‹ de lesprit des loisChapitre 144 sur 168 · TROISIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBJECTION

L'auteur a dit « que la création , qui paroît être % un acte arbitraire , suppose des règles aussi in-*

: DE L ESPRIT DES LOIS. 4ig

c variables que la fatalité des athées.» De ces tenue» le critique conclut que l'auteur adtaet la fetaiité des athées.

REPONSE

Un moment auparavant il à détruit cette fatalité par ces paroles : « Ceux qui ont dit qu'une fa- « talité aveugle gouverne l'univers ont dit une « grande absurdité ; car quelle plus grande absur- « dite qu'une fatalité aveugle qui auroit produit des « êtres intelligents ? » De plus, dans le passage qu'on censure, on ne peut faire parler à Fauteur que de ce dont it parle. Il ne parle point des causes i et if ne compare point les causes; mais il parle des effets, et il compare les effets. Tout l'article , celui qui le précède et <îelui qui le suit , font voir qu'il n'est question ici que des règles du mouvement ? que J'auteur dit avoir été établies par Dieu : elles sont invariables ces règles, et toute la physique le dit avec lui; elles sont invariables r , parce que Dieu a voulu qu'elles fussent telles , et qu'il a voulu conserver le monde. Il n'en dit ni plus ni moins.

Je dirai toujours, que le critique n'entend jamais le sens des choses et ne s'attache qu'aux paroles. Quand l'auteur a dit que la création qui paroissoit être un acte arbitraire, supposoit des règles aussi invariables que la fatalité de» athées, on n'a pas pu l'entendre comme s'il disoit que

la création fut un acte nécessaire comme la fatalité des athées, puisqu'il a déjà combattu cette fatalité. De plus les deux membres d'une comparaison doivent se rapporter; ainsi il faut absolument que la phrase veuille dire : la création, qui paroît d'abord devoir produire de» règles de mouvement variables, en a d'aussi invariables que la fatalité des athées. Le critique, encore une fois, n'a vu et ne voit que les mots.

) Il n'y a donc point de spinosisme dans l'Esprit des lois» Passons aune autre accusation, et voyons s'il est vrai .que l'auteur ne reconnoisse pas* la religion révélée. L ? auteur , à la fin du chapitre premier , parlant de l'homme, qui est une intelligence finie , sujette à l'ignorance et à l'erreur , à dit : « Un tel être pouvoit à tous les instants oublier « son créateur; Dieu l'a rappelé à lui par les lois « de la religion. »

Il à dit au chapitré premier du livre XXIV :

« Je n'examinerai les diverses religions du monde « que par rapport au bien que l'on en ' tire dans « l'état civil, soit que je parle de celle qui à sa

* racine dans le ciel, ou bien de celles qui ont

* la leur sur la terre.

* Il ne faudra que très-peu d'équité pour voir

t>E L ESPRIT DES LOIS. 331

n que je -n'ai jamais prétendu faire céder les inté- ■ rets de la religion aux intérêts politiques, mais i les unir; or pour les unir il faut les connoître. « La religion chrétienne, qui ordonne aux hom-

aaa bÉFENSE

Au chapitre quatrième du même \livre : cr Sur et le caractère de la religion chrétienne et celui « de la mahométane , l'on doit, sans autre examen, « embrasser l'une et rejeter l'autre* » On prie de continuer.

Dans le chapitre sixième : « M. Bay le, après « avoir insulté toutes les religions , flétarit la reli- « gion chrétienne : il ose^ avancer que de véritables « chrétiens ne formeraient pas un état qui pût « subsister. Pourquoi non? Ce seraient des ci- « toyens infiniment éclairés sur leurs devoirs' et * qui auraient un très-grand zèle pour les remplir; « ils sentiraient très-bien leis droits de la défense « naturelle; plus ils croiroient devoir à la reli- « gion, plus ils penseraient devoir à la patrie. Les « principes du christianisme , bien gravés dans le « cœur, seraient infiniment plus forts que ce faur « honneur des monarchies ) ces vertus humaines « des républiques, et cette crainte servile des états « despotiques.

ce U est étonnant que ce grand homme n'ait « pas su distinguer les ordres pour rétablissement « du christianisme d'avec le christianisme même, « et qu'on puisse lui imputer d'avoir méconnu « l'esprit de sa propre religion c Lorsque le légiste lateur, au lieu, de donner des lois, a donné des « conseils , c'est qu'il a vu que ses conseils , s'ils « étoient ordonnés comme des lois , seroient con- « traires à l'esprit de ses lois. »

dz l'esprit dm lois. aa3

Au chapitre dixième : a Si je pouvois un mo-

« raenter sans cesse la miséricorde, par de nôuyfcàux « crimes et de nouvelles expiations ; qu'inquiets c< sur lçs anciennes dettes, jamais quittes envers « le Seigneur, nous devons craindre d'en contracte ter de nouvelles, de combler la mesure, et « d'aller jusqu'au terme où la bonté paternelle « finit. »

Dans le chapitre dix- neuvième , à la fin, l'auteur, après avoir fait sentir les abus de diverses religions païennes sur l'état des âmes dans l'autre vie, dit : « Ce n'est pas assez pour une religion « d'établir un dogme , il faut encore qu'elle le dice rige : c'est ce qu'a fait admirablement bien la «religion chrétienne à l'égard des dqgmes dont

« nous parlons. Elle nous fait espérer un état que « nous croyions , non pas un état que nous sen- « tionsou que nous connoissions : tout, jusqu'à la a résurrection des corps , nous mène à des idées ce spirituelles. »

Et au chapitre vingt-sixième , à la fin : « Il suit « de là qu'il est presque toujours convenable ce qu'une religion ait des dogmes particuliers et ce un culte général. Dans les lois qui concernent « les pratiques de culte il faut peu de détails ; par ce exemple, des mortifications, et non pas une ce certaine mortification. Le christianisme est plein ce de bon sens : l'abstinence est de droit divin 1 ; c< mais une abstinence particulière est de droit de * police , et on peut la changer. ».

Au chapitre dernier ,' livre vingt-cinquième : « Mais il n'en résulte pas qu'une religion apportée a d'ufc pays très-élbigné, et totalement différent « de climat, de lois $ de mœurs et de manières , « ait tout le succès que sa sainteté devrait' lui pro- « mettre* » .... •

Et au chapitre troisième du livre vingt-quatrième : «C'est la religion chrétienne qui , malgré' « la grandeur del'empire et le vice du climat, a « empêché le despotisme de s'établir en Ethiopie, * et a porté au milieu de l'Afrique les mœurs de

« l'Europe et ses lois, etc Tout près de là on

« voit le mahométisme faire enfermer les enfants « du roi de Sennar : à sa mort le conseil les envoie « égorger en faveur de celui qui; monte sur le « trône.

« Que, d'un côté, l'on se mette devant lesyetlx « les massacres continuels des rois et des chefs « grecs et romains, et de l'autre, la destruction « des peuples et des villes par ces mêmes chefs , « Thimur et Gengis-kan, qui ont dévasté l'Asie; et a nous verrons que nous devons au christianisme t ce et dans le gouvernement un certain droit po- « litique, et dans la guerre un certain droit des <c gens, que la nature humaine ne sauroit assez re- « connoïtré. » On supplie de lire tout le chapitre.

Dans le chapitre huitième du livre vingt-quatrième ::<c Dans un pays-où l'on a le malheur d'ans l'upeit des lois. t. iii. f 5

1lÇ> B^FENSC

« voir une religion que Dieu n'a pas donnée? il « est toujours nécessaire qu'elle s'accorde avec la «morale; parce que la religion, même fausse, « est le n^eiHeur garant que les hommes puissent

« aVoil* de la probité dès hommes. » *

Ce sont des passages formels. On y voit un écrivain, qui non seulement croit la religion chrétienne, mais qui l'aime» Que dit*>n pour prouver le contraire? Et on avertit encore une fois qu'il faut que les preuves soient proportionnées 4 l'accusation : cette accusation n'est pas frivole., les preuves ne doivent pas l'être. Et comme ces preuves sont données dans une forme asse^extraordinaiie, étant toujours moitié preuves , moitié injures, et se trouvant comme enveloppées dan* la suite d'un discours fort vague , je vais les chercher.

PREMIÈRE OBjgCTJOW.

" L'auteur a loué les stoïciens, qui admettaient une fatalité aveugle, un enchaînement hécessaire, etc. * Cest le fondement de la religion naturelle.

RSPONSS.

le suppose un moment que cette mauvaise manière de raisonner soit bonne. L'auteur a-t-il loué

* Page i65 de la àekxiéme feéffle dtt f 6 œtôlfc* 1749.

DE L ESPRIT pES LOIS. a a ?

la physique et la métapfey^iqtie des stoïciens ? S a loué leur morale; U a dit qu$ le* peuples, en avaient tiré de grands biens : il a dit cela, et il n'a rien dit de plus» Je me trompe, il a ditplqs: car, de* la première page 4u livre* il a attaqué celte, fatalité c^ stoïciens :ij ne l'a donc pas louée quand il a loué Je* stoïciens»

% slicoirjpjK objection.

L'auteur a toùé Bayle en l'appelant un grand

homme \

* suppc en»™ un moment ^ génépi cette manière de raisonner soît bonne, elle ne l'est pas du moins dans ce cas-ci. II est vrai que Fauteur a appelé Bayle un grand homme ; mais il a censuré stes opinions. S'il les a censurées, il ne les admet pas. Et puisqu'il a combattu ses opinions» il ne l'appelle pas un grand homme à cause de ses opinions. Tout te monde sait que Bayle avoit un grand esprit dont Û a abusé ; mais cet esprit dont il a abusé , il Favoit. ï/auteur a combattu ses sophismes, et il plaint ses égarements* Je n'aime point les gens qui renversent les lois de leur patrie; mais j'aurois de la peine à croira que César et Cromwell

1 Age f 65 de la demoème feeitte.

228 DlkrEXSE

fussent de petits esprits. Je n'aime point les conquérants ; mais on ne pourra guère me persuader qu'Alexandre et Gengis-kan aient été des génies communs. Il n'aurait pas fallu beaucoup tl'esprit à Fauteur pour dire que Baylfc étôit un hotnme abominable , mais il y a apparence qu'il n'aime point à dire des injures , soit qu'il tienne cette disposition de la nature , soit qu'il l'ait reçue de son éducation. J'ai lieu de 'croire que*, s'il prenoit la plume , il n'en dirait pas même à ceux qui ont cherché à lui faire un des plus grands maux qu'un homme puisse faire à un homme , en travaillant à le rendre odieux à tous ceux qui ne le connoissent pas , et suspect à tous ceux qui lé connoissent.

De pli^s j'ai remarqué que les déclamations des hommes furieux ne font guère d'impression que sur ceux qui sont furieux [eux-mêmes. La plupart des lecteurs sont des gens .modérés; on ne prend guère un livre quelorsqu'oûest de san£ froid; les gens raisonnables aiment les faisons. Quand Tauteur auroit dit mille injures à Bayle, il .n'en serait résulté ni que Bayle eût bien raisonné, ni que Baylé eût mal raisonné; tout ce qu'on en aurait pu. conclure auroit été qug l'auteur savoit dire des injures.

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