‹ de lesprit des loisChapitre 145 sur 168 · SIXIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

SIXIÈME OBJECTION

L'auteur dit que la loi qui prescrit à l'homme ses devoirs envers Dieu est la plus importante; mais il nie qu'elle soit la première : il prétend que la première loi dé la nature est la paix ; que les hommes ont commencé par avoir peur les uns des autres , etc.; que les enfants savent que la première loi c'est d'aimer Dieu , et la seconde c'est d'aimer son prochain.

RÉPONSE

Voici les paroles de l'auteur : « Cette loi qui, en « imprimant dans nous-mêmes l'idée 4 un créa- « teur, nous porte vers lui, est la première des « lois naturelles, par son importance , et non pas « dans l'ordre de ces lois. L'homme, dans l'état de «nature , aurait plutôt la faculté de connoître, « quTl n'aurait des connoissances. H est clair que ces <c premières idées ne seraient point des idées spé- « culatives ; il songeait à la conservation de son « être avant de chercher l'origine de son être. Un « homme pareil ne sentirait d'abord que sa foice blesse; sa timidité serait extrême; et si l'on avoit « là-dessus besoin [de l'expérience , l'on a trouvé « dans les forêts, des hommes sauvages; tout les « fait trembler, tout les fait fuir '. » L'auteur a

1 Lîv. i, ch. ii.

DE L'ESPRIT DES LOIS. Sl3l

donc dit que la loi qui , en imprimant en nous» mêmes l'idée du créateur, nous porte vers lui, étoit la première de^Iois naturelles. Il ne lui a pas été défendu plus qu'aux philosophes et aux écri* vains du droit naturel de considérer l'homme sous divers égards.; il lui a été permis 4e supposer un homme comme tombé des nues , laissé à lui-même et sans éducation, avant rétablissement dés sociétés. Eh bien ! Fauteur a dit que la première loi naturelle, la plus importante, et par conséquent la capitale, serpit pour lui., comme pour to\is les hommes , de se porter tfers son créateur. Il a aussi été permis à {'auteur d'examiner quelle seroit la première impression qui se ferait spr çqt Somma, et de voir Tordre dans lequel ces impressions sproi$nt reçues dans son cerveau ; et il a cru qu'il auroit des sentiments avant de faire des réflexions; que le premier, dans Tordre du temps, seroit là peur, ensuite le besoin de se nourrir , etc. fauteur a dit qufe la loi qui , en imprimant en nous l'idée du créateur, nous porte vers lui, est la première des lois naturelles : le critique dit que! là première loi naturelle est d'aimer Dieu. Ils fie sont divisés que par les injures.

SEPTJB r \IE OBJECTION.

Elle est tirée d!u chapitre premier- du premier livre, où Fauteur, après avoir dit que l'homme

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étoit un être borné, a ajouté : « Un tel être pou- » voit à tous les instants oublier son créateur : pieu

» l'a rappelé à lui par les lois de la religion. » Or, dit-on , quelle est cette religion dont parle Taur teur? il parle sans doute de la religion naturelle; et il ne croit donc que la religion naturelle.

REPONSE

Je suppose encore, un moment que cette manière de raisonner soit bonne, et que, . de ce. que Fauteur n'auroit parlé que de la religion naturelle, on en pût conclure, qu'il ne croit que la religion naturelle, et qu'il exclut la religion révélée. Je dis que, dans cet endroit , il a parlé de la religion révélée , et non pas de la religion naturelle ; car , s'il avoit parlé de la religion naturelle, il serait un idiot. Ce, serait comme s'il disoit : , Un tel être pouvoit aisément oublier son créateur , c'est-à-dire la religion naturelle : Dieu l'a rappelé à \m par les ltfis de la religion naturelle; de sorte que Dieu lin aurait donné la religion naturelle pour perfectionner en lui la religion naturelle. Ainsi pour se préparer à dire des invectives à l'auteur , on commence par ôter à ses paroles le tens du monde le plus clair pour leur donner le sens du monde le plus absurde; et, pour avoir meilleur marché de lui , on le prive du sens commun.

ce l'espbit des lois. a33

HUITIÈME OBJECTIOH.

gouverne l'univers, n'a-t-il pas donné à de certains hommes plus de lumières , à d'autres plus de puissance ? Vous diriez que l'auteur a dit que > parce que Dieu à voulu que les hommes gouvernassent des hommes , il n'a pas voulu qu'ils lui obéissent, et qu'il s'est démis de l'empire qu'il avoit sur eux, etc. Voilà/ où sont réduits ceux qui, ayant beaucoup de foiblesse pour raisonner , ont beaucoup de force pour déclamer.

neûviève OBJECTION.

Le critique continue, ce Remarquons encore que « l'autçùr , qui trouve que Dieu ne peut pas gou- « verner les êtres libres aussi bien que les autres, a parce qu'étant libres il faut qu'ils .agissent par « eux-mêmes ( je remarquerai en passant que ce l'auteur ne se sert point de cette expression , « que Dieu ne peut pas ) , ne remédie à ce désordre « que par des lois qui peuvent bien nu^ntrer à « l'homme ce qu'il doit faire, mais qui ne lui <c donnent pas de le faire : ainsi, dans le système « de l'auteur , Dteu cirée des êtres dont il ne peut « empêcher le désordre, ni le réparer... Aveugle, « qui ne voit pas que Dieu' foit ce qu'il veut de « ceux mêmes qui né font pas ce cpi'il veut ! »

RÉPONSE

£.e critique a déjà reproché a l'auteur de n'avoir

de l'esprit des lois. a 35

point parlé du péché originel : il le prend encore sur le frit; il n'a point parlé de la grâce. C'est mie chose triste d'avoir affaire k un homme qui censure tous les articles d'un livre, et n'a qu'une idée dominante. C'est le conte de ce curé de vil* lageàquidesastrojiomes m outraient la lime dans un télescope , et qui n'y wyoit que son clocher.

L'auteur de l'Esprit des lois a cru qu'il devait commencer par donner quelque idée des lois générales et du droit de la nature et des gens. Ce sujet étoit immense , et il l'a traité dans deux chapitres; il a été obligé d'omettre quantité de choses qui appartenoient à son sujet ; à plus forte raison a-t-il omis celles qui n'y avoient point de rapport.

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