DE LA POLYGAMIE
D'autres articles ont encore fourni des^ sujets commodes pour les déclamations. La polygamie en était un excellent. L'auteur a fait un chapitre exprès, où il Fa réprouvée : le voie!.
De la polygamie en elle-même.
. « A regarder la polygamie et général, indé- « pendamment des circonstances qui peuvent la <c faire un peu tolérer, elle n'est point utile au « genre humain ni à aucu?i des deux seçes, soit à ce celui qui abuse, soit à celui dont on abuse. Elle « n'est pas non plus utile aux enfants ; et un .de ses « grands inconvénients est que Je père et la. mère « ce peuvent avoir la même affection pour leurs « enfants ; un pèrp ne peut pas aimer vingt ente fants comme une mère en aime deux. C'est « bien pis quand une femme a plusieurs maris; . « car pour lors l'amour paternel ne tient qu'à « cette opinion , qu'un père peut Groire, s'il veut,
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« ou que les autres peuvent croire , que de cer- « tains enfants lui appartiennent.
« Lat pluralité des femmes, qui lediroit? mène « à cet amour que la nature désavoue : c'est « qu'une dissolution en 4 entraine toujours une «autre, etc. . » ' *
a II y a plus : là possession de beaucoup de « femmes ne prévient pas toujours. les désirs pour « celle d'un autre: il en est de la luxure comme « de l'avarice r «lie augmente sa sbif par l'acquisi- « tion des trésors.
a Du temps de 3 ustinien plusieurs philosophes, « gênés par le christianisme, se retirèrent en Perse « auprès de Cosroès: ce qui les frappa le plus, dit « Àgathias, ce fut que la polygamie étoit permise à « des gens qui ne s'abstenoient pas même de Face dultère.» v
L'auteur à donc établi que la polygamie étoit par sa nature et en elle-même une chose" mauvaise ; il falloit partir de ce chapitre , et c'est pourtant de ce chapitre que l'on n'a rien dit L'auteur a de plus examiné philosophiquement dans quels pays , dans tjuels climats , dans quelles circonstances elle avoit de mauvais effets; il a comparé les climats aux climats, et les pays aux pays} et il a trouvé qu'il y avoit des pays où elle avoit des effets moins mauvais que dans- d'autres ; parce que , suivant les relations , le nombre des hommes
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et des femme» n'étant pas égal dans tous les pays, il est clair que, s'il y a des pays ou il y ait beaucoup plus de femmes que d'hommes, la polygamie, mauvaise ou elle-même , l'est moins dans ceux-là que dans d'autres. L'auteur a discuté ceci dans le chapitre IV du même livre. Mais parce que le titre de ce chapitre porte ces mots, que la loi de la polygamie est une affaire de cajcul, on a saisi ce titre. Cependant, comme le titre d'un chapitre se rapporte au chapitre même et ne peut dire ni plus ni moins que te chapitre , voyons-le. . * Suivant les calculs que Ton feit en diverses « parties de l'Europe, il y naît plus de garçons ce que de filles : au contraire, lesrélations de l'Asie « nous disent qu'il f naît beaucoup plus de filles «e que d* garçons. La loi d'une seule femme en « Europe et celle qui en permet plusieurs en Asie, a ont donc un certain rapport au climat.
f Dans les climats froids de l'Asie, il naît comme «e en Europe, beaucoup plus de garçons que de « filles : c'est, disent les Lamas, la raison de la « loi qui, chea eux, permet à une femme d'avoir « plusieurs maris. , < ^ '
y « Mais j'ai peiàe à croire qu'il y ait beaucoup « de pays t)ù la disproportion soit assez grande « pour qu'elle érige qu'on y introduise la loi de « plusieurs femmes ou la loi de plusieurs maris. a Cela veut dire seulement que la pluralité des
« femq&ës r ou même la pluralité des homtaes, est « plus conforme à la, nature dans certains pays « que dans d'autres.
% J'avoue que si ce que les relations nom disent a étptt vrai, qu'à Bantam il y a dix femmes pour « un homme , ce seroit un cas b'ien particulier de « la polygamie.
« Dans tout ceci, je ne justifie pas les usages , . « mais j'en rends les raisons. »
Revenons au titre: la polygamie est une affaire de calcul. Oui, elle l'est, quand qn veut savoir si elle est plus ou moins pernicieuse dans de Certains climats , dans de certains pays , dans de certaines circonstances que dans d'autres : elle n'est point une affaire de calcul quand on doit décider si elle est bonne ou mauvaise par elte-niéme.
Elle n'est point une affaire de calcul quand on raisonne sur sa nature : elle petit être une affaire de calcul qj^uid on 1 combine ses effets : enfin elle n'est jamais une affaire de calcul quand on examine le but du mariage , et elle l'est encore moins quand on examine le mariage comme' établi pa* Jésus-Christs '♦
J'ajouterai ici que le hasard a très-bien servi l'auteur. Il- ne prf&voyoit pas sans doute qu'on oublierait un chapitre formel pour donner des sens équivoques à un autre : il a le bonheur d'avoir fini cet autre par ces paroles : « Dans tout
a5a p&ekse
<* ceci je ne justifie point les usages y mais j'en
« tends les raisons. »
L'auteur vient de. dire qu'il ne voyoit pas qu'il pût y avoir des climats où le nombre des femmes pût tellement excéder celui dés hommes, ou le nombre des hommes celui de? femmes , que cela dût engager à la polygamie dans aucun pays ; et il a ajouté : « Gela veut dire seulement que la « pluralité des femmes et même la pluralité des a hommes, est/ plus conforme à; la nature dans de a certains pays que dans d'autres \ » Le critique a saisi, le mot est plus conforme à la nature pour faire dire à Fauteur qu'il approuvoit la polygamie.' Mspsf si je disois que j'aime mieux la fièvre que- le scorbut, cela signifieroit-il que j'aime la fièvre, ou seulement que le scorbut, m'est plus désagréable que la fie vre ?
Voici mot pour mot une objection bien extraordinaire. •
« La pçly garnie d'une femme qui a plusieurs « maris est un désordre monstrueux qui n'a été a permis en aucun cas, et que l'auteur ne dis- « tingue en aucune sorte de la polygamie d'un 4 homme quia plusieurs femmes *. Ce langage, a dans un sectateur de te rçligion naturelle, n'a a pas besoin de commentaire. »
' Chap. it du livre xvi.
1 Page x44.de la feuille. du 9 octobre 1749.
ue l'esprit des, LOIS. 2 53
Je supplie de faire attention à la liaison des idées di* critique. Selon lui, il suit que, de ce que Fauteur est un sectateur de la religion naturelle , il na point parlé de ce dont il n'a voit que faire de parler : ou bien il suit, selon lui,' que l'auteur n'a point parlé de ce dont il n'avoit que faire de parler, parce qu'il est sectateur de la religion liaturelle* Ces deux raisonnements sont de même espèce, et les conséquences se trouvent également dans les prémisses. La manière ordinaire est de critiquer surce que l'on écrit; ici la critique s'évapore sur ce <jue Foh n'écrit pas*
Je dis tout ceci en supposant , avec le critique, que l'auteur n'eût point distingué la polygamie d'une femme qui à plusieurs maris de celle où un mari auroit plusieurs femmes. Mais si l'auteur les a distinguées , que dira-t-il? Si l'auteur a fait voir, que f dans . le pretaiier cas, les abus ëtôiènt plus grands , que : dira-t-il ? Je supplie le lecteur de rélire lé chapitre VJ du lïvre'XVI j je ^qi '-rapporté ci-dessus. Le critiqué .lui .a feit dçs invectives parce^u'il ayoit gardé le silence sur cet article; il ne reste plus que de lui ^n faire sur ce qu'il ne Fa pas gardée / " ' , ' '
* Mais voici une chose que je ne puis comprendre. Le critique a mis dans la seconde de se* feuilles , page 1 66 : « fauteur nous a dit ci-dessus que la « religion doit permettre la polygamie dans lès
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« pays chauds, et non dans les pays froids. » Mais l'auteur n'a dit cela nulle part. Il n'est plus question de mauvais raisonnements entre le critique et lui; il est question d'un fait. Et comme l'auteur n'a dit nulle part que la religion doit permettre la polygamie dans les pays chauds et non dans les pays froids, si l'imputation est fausse comme elle l'est, et grave comme elle l'est, je prié le critique de se juger lui-même. Ce n'est pas le seul endroit sur lequel l'auteur ait à faire un cri. À la page *G3, à la fin de la première feuille , il est dit; : « Le cha- « pitre IV porte pour titre que la loi de la poly- <c garnie est une affaire de calcul; c'est-à-dire que, « dans les lieux où il naît plus de garçons qlie de « filles , oopime en Europe , on ne doit épouser « qu'une Femme; dans ceux où il naît plus de filles « que de garçons, la polygamie doit y, être intro- « duife. » Ainsi , lorsque l'auteur explique quelques, usages ou donne la raison de quelques pratiques, on les kti fait mettre en maximes, et, ce qui est plui triste encore, en maxiities de religion ; et, comme U a parlé d'une infinité d'usages e* de pratique^ dans tous les pays du monde, on peut , avec une pareille méthode , le charger des erreurs et même des abominations dé tout l'univers: Le critique dit, à la fin de sp. seconde feuille, que Dieu liji a donné quelque zèle. Eh bien ! jç réponds qtie Dieu ne lui a ps^s donné celui-là.
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les esprits; ces dispositions peuvent influer sur les actions humaines : cela choque-t-il l'empire de celui qui a créé ou les mérites de celui qui a racheté?
Si Fauteur a recherché ce que les magistrats de divers pays pouvaient faire pour ^bndmre leur nation de la manière la plus convenable et là plus conforme à soja caractère, quel mal à-t-il fait en cela? " / *•..'.'. • .-.'-' ;• : " '; ' ' •'
On raisonnera de même à 1 égard de diverses pratiques locales de religion. L'auteur n'avoit à les considérer ni comme bonnes ni comme mauvaisea: il v a dit seulement qu'il y. avoit des climats où de certaines pratiqué» de religion- ètoient plus aisées à recevoir, ^c'est-à-dire 9 étoient plus aisées à pratiquer par les peuples de ces climats que par les peuples d'un autre. De ceci il est- inutile da, ^donner de$ exemples; il y en a cent mille.
Je sais bien que la religion est indépendante par elle-même de tout effet physique quelconque; que celle qui est. bonne danrf un pays est bonne dans lin antre, et qu'elle ne peut être mauvaise dans un pays sans l'être dans tous : mai* je dis que, comme elle est pratiquée par les hommes et pour les hommes, il y a des lieux où une religion quelconque trouve plus de facilité à être pratiquée , soit en tout, ^oit en partie, dans de certains pays que dans d'autres, et' dans de certaines cireons-
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tances que dans d'autres ; et dès que quelqu'un dira le contraire, il renoncera au bon sens.
L'auteur a remarqué que le climat des Indes produisit une certaine douceur dans le» mœurs. Mais, dit le critique, les femmes s'y brûlent à la mort de leur mari. Il n'y a guère de philosophie dans cette objection. Le critique ignore-t-il les contradictions^ l'esprit humain r et comment il sait séparer les choses les plus unies et unir celles qui sont les plus séparées ? Voyez là-dessus les réflexions de Fauteur, au chapitre III du livre XIV.