‹ de lesprit des loisChapitre 148 sur 168 · TOLÉRANCE · texte numérisé non relu

TOLÉRANCE

Tout ce que l'auteur a dit sur là tolérance se rapporte à cette proposition du chapitre IX , livre XXV : a Nous sommes ici politiques , et non pas « théologiens ; et , pour les théologien s. me mes, il « y a bien de la différence entre tolérer une reli- « gion et l'approuver.

* Lorsque les lois de l'état ont cru devoir soufre frir plusieurs religions, il faut qu'elles les obli- « gent aussi à se tolérer entre elles. » Qn prie de lire le reste du chapitre.

On a beaucoup crié sur ce que Fauteur a ajouté au chapitre X, livre XXV : « Voici le principe

DS l'BSrftlT DIS LOIS. T. XII. I?

a 58 DEFENSE

« fondamental des lois politiques en fait de refi- « gion : quand on est maître, dans un état, de rece- « voir une nouvelle religion au de ne la pas recevoir, Une faut pAFy établir; quand elle y est « établie, il faut la tolérer. »

On objecte à l'auteur qu'il va avertir les princes idolâtrés de fermer leurs états à la religion chrétienne : effectivement c'est un secret qu'il a été dire à l'oreille au roi de la Cochinchine. Gomme cçt argument a fourni matière à beaucoup de déclamations, j'y ferai deux réponses. La première, c'est que {'auteur a excepté nommément dans son livre la religion chrétienne. H a dit au livre XXIV, chapitre premier, à la fin, : a La religion c^ré- « tienne, qui ordonne aux hommes de s'aimer, « veut sans doute que chaque peuple ait lçs meil- « Içures lois politiques et les meilleures lois civi- « les, parcèqu'elles sont, après elle, le plus grand « bien que le& hommes puissent donner et rece- « voir. » Si donc la religion chrétienne est le premier bien et les lois politiques et civiles le second , il n'y a point (Je lois politiques et civiles dans un

état qui puissent ,bu doivent y empêcher 1'entirée de la religioh chrétienne. . •

Ma seconde réponse est que la religion du ciel ne s'établit pas par les mêmes voies que le» religions de la terre. Lisez l'histoire de l'église , et vous verrez les prodiges de la religion chrétienne.

de l'esprit des lois. a5q

A-t-elle résolu d'entrer dans un pays , elle sait; s'en faire ouvrirles portes^ tous les instruments sont bons pour cela * quelquefois Dieu veut se servir de quelques pécheurs ; quelquefois il va prendre sur le trône un empereur , et fait plier sa tête sous le joug de l'évangile. La religion chrétienne se cache-t-elle dans les lieux souterrains, attendez un moment, et vous verrez la majesté impériale parler pour elle. Elle traverse, ,quan4elle veut, les mers, les rivières et les montagnes. Ce ne sont pas les obstacles d'ici-bas qui l'empêchent d'aller. Mettez de la répugnance dans les esprits elle saura vaincre ces répugnances rétablissez des coutumes , formez des usages , publiez des édite , faites des lois; elle triomphera du climat, des lois qui en résultent, et des législateurs qui les auront faites. Dieu, suivant des décrets que nous ne connaissons point , étend ou resserre lés limites de sa religion.

On dit : C'est comme si vous alliez dire aux rois d'Orient qu'il ne faut pas qu'ils reçoivent chez eux la religion chrétienne. C'est être bien charnel que de parler ainsi ! étoit-ce donc Hérode qui devoit être le messie? IL semble qu'on regarde Jésus-Çhrist comme un roi qui, voulant conquérir un état voisin , cache ses pratiques et ses intelligences. Rendons-nous justice: la manière dont

nous nous conduisons dans les affaires humaines

a6o DÉFENSE

est-elle assez pure pour penser à l'employer à la conversion des peuples?

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