LIVRE XXX, CHAPITRE XIX
ce temps il étoit défendu à tout Je monde , et à si. femme même> de lui donner du pain ou dâle recevoir dans sa maison, un tel hqmmeétoit à l'égard des autres et les antres étoient à son égard dans l'état de nature , jusqu'à ce que cet état eût cessé par la composition.
A cela près, on voit que les sages des diverses nations barbares songèrent à faire par eux-mêmes ce qu'il étoit trop long et trop dangereux d'attendre de la convention réciproque des parties. Ils furent attentifs à mettre un prix juste à la composition que devoit recevoir , celui à tyri on avoit fait quelque tort pu quelque injure. Toutes ces lois des barbares ont là-dessus une précision admirable : pn y distingué avec finesse les cas , on y pèse les «circonstances*; la loi se met à la place de celui qui est offensé, et demande pour lui la satisfaction que dans un moment de sang-froid il auroit demandée lui-même.
Ce fut par l'établissement de ces lois que les ' peuples germains sortirent de «cet état de nature où il semble qu'ils étoient encore du temps de Tacite. • . . ,
Rotharis déclara, dans la loi des Lombards, qu'il avoit augmenté les compositions de la coutume ancienne pour les blessures , afin que , le
4 Voyez surtout les tit. in, ir , v, vi et vu de la loi salkpe, qui regardent les vols des animaux.
blessé étaht satisfait , les inimitiés pussent cesser 1 . En effet , les Lombards , peuple pauvre , s'étant enrichis par la conquête de l'Italie, les compositions anciennes devenaient frivoles « et les réconciliations ne se faisoient plus. Je ne doute pas que cette considération n'ait obligé les autres chefs des nations conquérantes à faire les divers codes de lois que nous avons aujourd'hui.
La principale composition étoit celle que le meurtrier de voit payer aux parents du mort. La différence des Conditions en mettait une dans les compositions * : ainsi , dans la loi des Àngle^, la composition étoit de six cents sous pour la mort d'un adaliiïgue, de deux cents pour celle d'un homme libre, de trente pour celle d'un serf. La grandeur de la composition établie sur la tête d'un homme f^isoit donc une de ses grandes prérogatives; car ? outre la distinction qu'elle faisoit de sa personne , elle établissoit pour lui, parmi des nations violentes , une plus grande sûreté/
La loi des Bavarois nous fait bien seAtir ceci*; eHe donne le nom des familles bavaroises qbi recevoient une composition double, parce qu'elles étoiént les premières après les Agilolfingues 4 . Les
1 Lit. 1, tit. tu, § i5.
* Voyez la loi des Angles, tit> 1 , $ 1 , à , 4 j ibitL tit. v, J 6 ; la loi des Bavarois, tit. 1, ch. vin et ix; et la loi des Frisons, tit. xv.
*Tït. 11 , ch. xx.
* Hozidra,Ozza, Sagana, Habilingua, Anniena. lbid.