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puté le premier orteil dans la continuité du premier métatarsien.
En 1796, Barbier, chirurgien du Val-de-Grâce, en présence d’une luxation irréductible du premier métatarsien, eut l’idée de l’extirper totalement.
Au commencement de ce siècle, les chirurgiens les plus estimés s’occupèrent avec une prédilection marquée du gros orteil ; mais ils se partagèrent en deux camps : les uns, avec Dupuytren, Richerand, Velpeau, amputaient le gros orteil et enlevaient la partie antérieure nécrosée du métatarsien correspondant; les autres, tels que Roux, Blandin (1), réséquaient la tête métatarsienne en respectant entièrement l’orteil.
Somme toute, à cette époque, l’'amputation de l’orteil était considérée comme de beaucoup supérieure à sa conservation, quand il fallait toucher au métatarsien : telle était aussi l’idée de Velpeau (2).
Jusqu’alors les auteurs avaient été assez timides dans leurs théories comme dans leurs interventions : la question des indications était secondaire.
Avec Broca nous inaugurons une nouvelle période, période vraiment active, celle-là, et toute chirurgicale.
Broca, en avril 1832, présenta à la Société anatomique un cas de gros orteil dévié en dehors : au niveau de la
(4) Bzannin, Dictionn. de médecine et de chirurgie pratiques, 1835, t. XIV, p. 268. — Gaz. med. de Paris, 1837, p. 35.
(2) Vezprau, Nouveaux élémenis de médecine opératoire, 1842, t. T, p. 448. :
tête du 1° métatarsien existait un gros oignon, les orteils « étaient disposés en deux étages ».
Dans la même année, Broca fit paraître un travail sur « quelques difformités des orteils déterminées par l’action des chaussures ». C’est Chassaignac qui lut à la Société de chirurgie, au mois de décembre, un rapport qu'il avait fait sur ce mémoire. :
Broca accusait la chaussure d’être la cause de la déviation. Malgaigne soutint une opinion adverse, qu’il exposa dans la Revue médico-chirurgicale ; de fait, on parlait peu du traitement: Mellet (1) avait bien proposé quelques appareils redresseurs, il avait parlé de manœuvres destinées à faire disparaître la difformité : ces moyens, tout au plus utiles dans les petites déviations, étaient absolument insuffisants dans les cas plus sérieux.
Malgaigne (2), Nélaton (3) proposèrent l’amputation simple du gros orteil: ce dernier, dans les cas légers, pratiqua la ténotomie de l’extenseur propre.
Cependant, la résection du métatarsien avec conservation du gros orteil, méthode de Roux et, de Blandin, rejetée d’abord par la plupart des chirurgiens, revint bientôt en honneur. Huguier et Larrey l’appliquèrent particulièrement pour les cas de luxation accidentelle du gros orteil. En 1856, Broca, présentant un malade d’Huguier, semblablement opéré, dit « qu’il croyait utile de montrer le
(1) Meccer, Manuel pratique d'orthopédie, 1844.
(2) MazGaiGne, Revue médico-chirurgicale, 1852, t. XI, p. 213 et Lecons d'orthopédie, 1862.
(3) Nécaron, Eléments de pathologie chirurgicale, 1884, t. VI et Gazette des hôpitaux, 1855, p. 391.
le
résultat d’une pratique dont l’utilité est contestée par plusieurs chirurgiens (1) ».
Depuis Broca, les travaux abondent sur l’hallux valgus : en 1859, un de ses élèves, Legée (2), s'appuyant sur de nombreuses dissections, s'occupe tout spécialement de l'anatomie pathologique.
Jusqu'en 1870, le nom d’hallux valgus était inconnu ; l'affection était simplement désignée sous le nom d’orteil dévié en dehors. Hueter (3), professeur à Greifswald, créa ce mot qui fit fortune : d’abord accepté dans les pays étrangers, il pénétra en France ; aujourd’hui il est employé d’une façon presque générale ; c’est ce terme dont M. Kirmisson (4) se sert dans Le Traité de chirurgie ; c’est également par ce mot d'hallux valgus que l'affection est désignée dans la discussion qui eut lieu à la Société de chirurgie de Paris en 1893.
Il serait sans intérêt de citer ici tous ceux qui, à des degrés divers, ont contribué à faire connaître l’hallux valgus ; nous nommerons Dubreuil (5) qui, à plusieurs reprises, s’étendit sur ce sujet ; les thèses intéressantes de Miribel (6), en 1873, de Monglond (7), en 1876, de Dela-
(1) Bulletin de la Société de chirurgie. Séance du 24 décembre 1856.
(2) Lecée, Essai sur les difformités des orteils. Th. Paris, 1859.
(3) Huerer, Klinik der Gelenkkrankheiten mit Einschluss der Orthopædie. Leipzig, 1870.
(4) Kirmissow, Traité de chirurgie, t. VII.
(5) Dusreuiz, Gaz. des hôpitaux, 1870, p. 50 et 54. — De quelques difformités du gros orteil. Leçons de clinique chirurgicale ; orthopédie, Montpellier, 4880. — ÆZléments d’orthopédie, Paris, 1882. ;
(6) Mirisez, Malformations des doigts et des orteils dans leurs rapports avec l’hérédité, thèse de Paris, 1873.
(7) Moncconp, De l’oignon ou déviation du gros orteil, thèse de Paris,
rocheaulion (1) en 1885, mettent au point chacune un des côtés intéressants de l'affection. Le
Mais tandis qu’en France les mémoires se multipliaient visant principalement la pathogénie, à l'étranger de nombreux chirurgiens imaginaient de nouveaux traitements de l’hallux valgus, surtout aux Etats-Unis:
Au premier rang se placent Arthon (2), Annandale (3), Bige (4), Hutchinson (5), Rose (6), Post, Blodgett, (A. C.) Post, Barthez (A. E.) (7), Fowler, Betz, Riedel, Owen (Richard), Fulton, Ellis, Owen, Armstrong, Hoffa; nous nous contentons ici de les citer, nous réservant d'insister plus longuement sur leurs procédés dans le cours de celte thèse. Nous ne voudrions pas terminer ce court historique, sans citer deux travaux importants, auxquels nous avons eu souvent recours et où nous avons puisé de nombreux renseignements : c'est d’abord la thèse de M. Quevedo, dont nous avons déjà parlé dans l'introduction et dont nous avons vanté les qualités sérieuses et la profonde érudition ; c’est aussi un article de M. Lafour-
(1) DELAROCHEAULION, Arthrite déformante de l'articulation métatarsophalangienne du gros orteil, thèse de Paris, 1883.
(2) ARTHON, On corns and bunions. Medical Times and Gazette, 1852. t. V, p. 232-260.
(3) ANNANDALE, The malformations, diseases and injuries of the fingers and toes, Edimburg, 1865.
(4) Bicc (H,. Hrarer), À Manual of Orthopraxy, London, 1867.
(5) Huremnsow, Distorded toes. Medical Times and Gazette, 1875, t. I, p. 430.
(6) Rose, Resection considered as a remedy for abduction of the great toe. Hallux valgus and Bunion. Medic. Rec., New-York, 1874, p. 200.
(7) Barrmez (A. E.), On operation for hallux valgus. Lancet, 12 avril
STE EE cade (1), paru quelques mois plus tard dans la Gazette des hôpitaux.
Grâce à ces documents, il est possible de tracer à l'heure
actuelle de l’hallux valgus une histoire à la fois concise et complète.
(4) Larourcane, Gaz. méd. des hôpitaux, 1894, n° 87: de la déviation en dehors du gros orteil.