CHAPITRE VI
Observations cliniques.
Nous allons résumer, à l’appui de notre travail, les observations inédites de Doyen, qui sont au nombre de trente-huit.
Beaucoup sont encore de date trop rapprochée pour que nous puissions en apprécier les'résultats définitifs. Nous publierons en délail, les plus intéressantes, et nous tâcherons d'envisager dès aujourd'hui les espérances que l'on peut fonder sur cette nouvelle chirurgie crânienne.
OBsERvATION [
- F., 15 ans. — Enfant arriérée, sans intelligence, ni mémoire, ne parlant qu'avec une grandé difficulté et sans cohérence. En outre, goître exoph= talmique. Double coloboma de l'iris et de la choroïde.
OPÉRATION. — Le 28 mars 1895, crâniectomie temporaire à gauche, comprenant un tiers de la voûte. (Instrumentation à main). Incisions curvilignes multiples de la dur-emère. Section transversale du vertex, et opération à droite identique à celle du côté opposé, dans la même séance, sans incision de la dure-mère de ce côté. Réunion immédiate.
Le goître disparaît presque totalement en trois jours,en même temps que l’exophtalmie. L'intelligence se développa dès les premières semaines ; la malade apprit à compter, se mit à parler, et commença à s'intéresser à tout ce qui l’entourait. Ellé demande des nouvelles de sa famille, elle nomme ses frères et sœurs, qu’elle connaissait à peine. ‘ * Les progrès de l'intelligence, rapides pendant les quatre premiers mois, continuent depuis, d'une manière plus lente, mais progressive. Les nouvelles reçues au commencement de novembre sont très satisfaisantes
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OBSERVATION Il.
G., 17 ans. — Six mois avant l’opération, ce malade reçut une balle de revolver de 7 millimètres dans l'orbite gauche, par accident. Il tenait le revolver de la main droite. La balle fait sauter l'œil hors de l'orbite. Le malade présente une hémiplégie immédiate qu'il a pu constater lui-mème. Une demi-heure après, il perd connaissance, puis demeure dans un état comateux assez profond pendant quinze jours.
L'état général reste grave pendant trois semaines. L’œil avait été réséqué, le premier jour, d’un coup de ciseau. Le malade fut aphasique jusqu’à la fin de la sixième semaine, puis se remit à parler d’une manière intelligible. Actuellement il bégaie, et depuis un mois environ, on commence à le comprendre. La motilité de la jambe revint graduellement, quelques semaines avant la disparition de.l’aphasie. Le bras droit est resté paralysé; les doigts et le poignet sont atteints de contracture, mais peuvent être étendus après qu’lques efforts. La réaction électrique aux Courants induits est très affaiblie. La sensibilité est toujours demeurée intacte. La direction du projectile semble telle que l’aboutissant de la trajectoire serait Ja zone motrice gauche, et plus spécialement le centre moteur du bras. Pas de crises épileptiformes. L’aphasie et la parésie du membre inférieur, qui ont été momentanées, paraissent avoir été dues à la tension intra-cérébrale post-traumatique (épanchement de sang, ou phénomènes inflammatoires).
OPÉRATION. — Le 1er mai 1895, hémicràniectomie temporaire, avec l’instrumentation à main. Lsmbeau fronto-pariétal commençant en avant, à l’apophyseorbitaire externe. La dure-mèêre au niveau de la zone motrice est intacte. Une longue incision de cette membrane au niveau de la circonférence du volet osseux permet d'explorer la région correspondante du cerveau ; non seulement le projectile n’est pas superficiel, mais il est impossible de le découvrir, malgré une cinquantaine de ponctions exploratrices, et l’introduction de l’index au centre d’une incision cruciale pratiquée au niveau du centre moteur du bras droit. Le malade étant assez faible, la mobilisation de l’écaille du frontal est remise à une séance ultérieure.
Le 11 mai, mobilisation du premier lambeau et confection d'un second, comprenant la moitié gauche de l’écaille du frontal, fracturée au niveau de la paroi supérieure de l’orbite. Ablation de petits fragments de plomb et de plusieurs esquilles osseuses, dont une très volumineuse dans la 3e circonvolution frontale. Le corps principal du délit, qui paraît avoir ricoché sur la paroi postérieure du sinus frontal, a dû suivre, à partir de son entrée dans le globe frontal, un trajet différent de sa direction première. Malgré l’intro-
duction du doigt jusqu'au siège des esquilles, et de nombreuses tenta: tives d’acupuncture jusqu'aux limites du lobe occipital, il reste introuvable,
Guérison opératoire.
La décompression cérébrale a pour résultat, au bout de peu de temps, l’amélioration de la parole. Le malade, d’abord très faible, commence bientôt à marcher ; mais la monoplégie brachiale et la contracture persistent ; les symptômes sont évidemment dûs à la section des tubes nerveux dans leur trajet entre la zone motrice corticale et la capsule interne. Il s’agit donc d’une lésion incurable, et qui ne permet même plus la suppléance des centres voisins, comme on l’observe en d’autres cas.