CHAPITRE I I. — Crâniectomie linéaire de Lannelongue
Lannelongue eut l'idée de tenter dans les cas de microcéphalie, suivant en cela l'opinion de Virchow, qui attribuait l'arrêt de développement del'encéphale à lasynostose prématurée des os du crâne, une nouvelle opération, la crâniectomie linéaire, et qui consistait dans l’ablation, au voisinage de la suture sagittale, de longues et étroites bandes de tissu osseux.
M. le professeur Lannelongue fit une communication sur ce sujet, le 30 juin 1890, à l'Académie de médecine.
La description détaillée de l'opération fut donnée par lui, le 31 mars 1891, au Congrès de Chirurgie :
« Le crâne est attaqué, dit-il, par une couronne de trépan, de préférence à l’une des extrémités de la brèche qu'on veut produire, et je me sers ensuite de pinces coupantes de divers modèles, dont une latérale et une autre dite décollatrice, parce qu'elle est munie d'une lame mousse à son extrémité. J'ai fait calculer la courbure de ces pinces, de manière qu'elles ne puissent déterminer une dépression cérébrale de plus de 3 ou 4 millimètres, chiffre maximum, qui n’a aucun inconvénient au point de vue de la compression cérébrale, cette compression étant d’ailleurs douce et temporaire... Dans la crâniectomie simple, on laisse la dure mère intacte au fond de la brèche. »
Ces crâniectomies linéaires, il les a pratiquées, le plus souvent, le long du sinus longitudinal supérieur, d’autres fois transversale ment, à un centimètre en avant de la suture fronto-pariétale, traversant, sans l'ouvrir, la région du sinus longitudinal.
« J'avais, d’ailleurs, ajoute Lannelongue, préalablement expérimenté sur le cadavre, et je m'étais assuré qu'on pouvait décoller le sinus longitudinal dans toute sa longueur jusqu’au pressoir d'Hérophile, sans l’ouvrir »
RÉ pO Mais bientôt M. le professeur Lannelongue modifia la technique de son opération :
Fig. 1. — Cràniectomie linéaire en Y (Lannelongue). « À moins d'indications spéciales, dit-il, j'ai plus de tendance à pratiquer Ja crâniectomie à lambeaux(1).Je comprends, par là, les
Fig 2.— Crâniectomie linéaire à ponts (Postempski).
(1) Nous ferons remarquer que cette dénomination de erâniectomie à lambeaux n’est peut-être pas tout à fait exacte, puisque les lambeaux de Lannelongue demeurent fixes et ne peuvent être rabattus. Elle prêterailà confusion avec la méthode de Wagner, caractérisée par la confection d’un lambeau ou volet ostéo-cutané mobile.
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incisions avec perte de substance du crâne, combinées de manière à dessiner des lambeaux, qui restent adhérents par une base osseuse plus ou moins large ; quelquefois le lambeau ne comprend qu'un seul os, le pariétal, par exemple, plus rarement le frontal ; et ici suivant les circonstances, c'est-à-dire suivant les indications qu'on veut remplir, on peut confectionner des lambeaux d'aspect différent. Dansun cas d'hyperostose limitée du pariétal, j'ai confectionné un lambeau en fer à cheval, en enlevant une zone du crâne partant de la base de la suture frontale jusqu’à la voûte, suivant ensuite le
Fig. 8. — Cräniectomie linéaire en fer à cheval (Lannelongue, Longean).
sinus longitudinal pour se diriger plus loin, le long de la suture pariéto-occipitale, jusque vers la base du crâne. Le pariétal, dans ce cas, n’est resté adhérent que par un seul côté, celui qui le rattache au temporal.
« Sur le même os, j'ai pratiqué des incisions en T, la branche horizontale étant parallèle au sinus longitudinal, et les deux petites extrémités du T descendant de quelques centimètres le long des sutures fronto-pariétale et occipito-pariétale.
« J'ai pratiqué des lambeaux à cheval sur deux os, le frontal et le pariétal. D'habitude, ces lambeaux ont la forme d’un U ou d’un V renversés, d'un rectangle. Il va de soi que les sutures sont traversées par la crâniectomie, dans ces cas. Enfin, j'ai pratiqué une
: ar Qi re fois un lambeau médian par une double crâniectomie pariétale et parallèle de chaque côté du sinus longitudinal. On remarquera que j'ai maintes fois constaté et fait constater, à la fin de l'opération, la mobilité d’un ou de deux lambeaux osseux.
« Relativement à la perte de substance, je dirai qu'actuellement j'excise plus d'os que dans les premiers temps; je laisse environ de 8 millimètres à un centimètre d'écartement, et même davantage, entire les deux bords de l’incision osseuse.
« La durée moyenne de mes opérations à été de quarante minutes, pansement fait ; elle est moindre actuellement. »
M. le professeur Lannelongue a donc eu le mérite de tenter le premier la décompression de l’encéphale dans les cas de microcéphalie. a
Sa méthode remplit-elle entièrement le but qu'il se proposait ? En d’autres termes, donne-t-elle une décompression suffisante ? Elle détruit bien la synostose des os du crâne, mais, ne mobilisant pas la voûte, elle ne peut guère abaisser la tension encéphalique, d'autant plus que les brèches osseuses créées sont trop étroites pour permettre une incision réellement utile de la dure-mère.
Nous sommes convaincu que, dans les cas où la décompression cérébrale est réellement indiquée, il est préférable d'employer la méthode de M. Doyen, que nous décrirons plus loin, c'est-à-dire de mobiliser entièrement un vaste lambeau ostéo-cutané, comprenant un tiers, au' moins, de la calotte crânienne, et de libérer largement le cerveau en incisant la dure-mère dans toute l'étendue nécessaire.
Cette méthode, qui a déjà donné des résultats confirmés depuis plus de 18 mois, est, comme l'a dit l’auteur, au Congrès de Chirurgie de 1895, une amélioration de la méthode primitive -de ‘ Lannelongue, à qui revient tout l'honneur des succès obtenus.