A M. VI LLEMA1N IT A QUELQUES-UNS DI SES AMIS
Remontrances.
Il ne dépend pas des partis politiques de remporter la victoire, mais il dépend d’eux de rester fidèles à leurs principes. Cavaignac a mieux aimé ne pas être président de la République que de se laisser nommei par l’assemblée législative. Un parti qui n’a pas dr principes fixes, immuables, un parti qui change
dan l’occasion, la couleur de son drapeau, qui en obscurcit ou en adoucit les nuances, ne mérite pas le nom de parti politique; c'est une réunion, une compagnie de spéculateurs qui mettent en commun leurs efforts dans le but de conquérir et de se partager, le cas échéant, les bénéfices du pouvoir. Cela, aux yeux de l’homme de bon sens et de l’honnête homme, n’a rien qui le distingue des compagnies qui se forment pour l’exploitation d’une houillère, d’une ligne d’omnibus, ou d’un grand magasin de nouveautés.
Depuis Louis XIV, on n’a plus, en France, succédé à son père; il est donc permis, sans pouvoir être taxé de manquer en rien aux lois et au gouvernement actuel, de chercher quelles seraient les chances des divers partis, si ce gouvernement, si solidement établi sur le suffrage universel, n’existait pas. Ce sont des recherches purement philosophiques et morales qui n’ont rien de dangereux ni de défendu, puisqu’il ne s’agit que d’assigner le second rang, le premier étant naturellement conservé à ce qui est.
Ce second rang, dans les ciiances de l’avenir, appartenait évidemment au parti orléaniste.
Le parti représenté par Cavaignac se formait, en grande majorité, des orléanistes avancés et des républicains modérés; à la mort de ce grand citoyen, je ne crois pas me tromper en disant que le parti orléaniste, fidèle aux principes de progrès et de libéralisme qui avaient fait sa force en 1830, aurait hérité de cet appoint.
Il est difficile de savoir pourquoi il plaît à certains membres des plus influents de ce parti, de le diminuer et de le démoraliser comme à plaisir.
La politique a inventé une machine destructive appelé coalition ; cette machine consiste à réunir contre un ennemi commun actuellement au pouvoir, des hommes plus opposés entre eux que chacun d’eux ne l’esta celui qu’il attaque, d’en faire une armée monstrueusement formée de soldats de toutes nations et ' des uniformes les plus variés, qui, précédés d’une musique cacophonique et charivarique jouant à la fois la Marseillaise , Vive Henri IV , la Parisienne, avec un peu de Ça ira , semblent marcher bien plus au butin qu’à la victoire.
Celte machine, trop souvent triomphante, a cepen-
dant divers inconvénients dont je vais signaler seulement quelques-uns.
L’armée agressive, ne représentant plus aucun principe que le désir du pouvoir et de ses avantages, ne peut guère échauffer les esprits ouverts, justes et honnêtes, et donner une grande force au parti qu’elle représente. Supposons qu’elle réussisse, comme nous l’avons déjà vu plusieurs fois, on sait d’avance ce qui doit arriver :
Les vainqueurs se disputeront le butin qui, en définitive, sera la proie d’une seule des hordes composant l’armée d’invasion.
Le parti dépossédé se réunira aux partis évincés, et une nouvelle bataille se préparera, laquelle sera suivie perpétuellement de batailles semblables qui, • toutes, auront le môme résultat.
Ce qui ne me parait pas constituer pour un pays une situation précisément calme et prospère.
Lorsque quelques-uns des chefs du parti orléaniste imaginèrent cette bouffonne saugrenuilô appelée la fusion, c’était un amoindrissement, un effacement volontaire, un oubli complet jusqu'au grotesque, de
son origine et de son principe. Le parti orléaniste n’avait jamais eu de puissance que comme négation du principe légitimiste, auquel il prétendait se réunir ; les deux branches se réunissant, le rôle de la branche d'Orléans, de la branche cadette, ne pouvait être que de demander humblement pardon à l’ainéc, qui lui donnait sa main à baiser.
Alors, revenant aux principes légitimistes, on lavait le drapeau tricolore en famille, on le lessivait si bien, qu’il ne restait à côté du blanc qu’un peu de rose pâle et un peu de bleuâtre, que la pluie et le temps ne tarderaient pas à effacer.
Je me suis expliqué plus longuement en ce tempslà sur ce sujet, et j’ai développé les raisons qu’aurait la nation française de ne pas ratifier ce marché.
La regrettable duchesse d’Orléans est mdrte, comme . elle a vécu, opposée à la fusion.
Mais voici maintenant une autre gaieté : c’est la conversion de M. Yillemain.
M. Yillemain aspire à devenir un père de l’Église, quelque chose comme un évêque en redingote ; il publie son petit mandement. Comme celui de tous
m DE LOIN ET DE PRÉS.
les nouveaux convertis, son zèle manque un peu de limites; ce n’est pas en évêque gallican que se transforme M. Yillemain, — c’était une place à prendre — c’est en catholique papiste, en ultramontain. Je ne savais pas le diable si vieux. Mais M. Yillemain n’est pas seul. Il y a des journaux notoirement orléanistes qui se livrent à cette forme plus facile qu’intelligente de la politique, qui consiste à dire, sans examen, le contraire de ce que disent les adversaires, de sorte que, si les adversaires trouvent quelque intérêt à se démentir, à abandonner leur principe pour en adopter, en suivre, en seconder même un autre, ces grands politiques arrivent à dire le contraire de ce qu’ils ont dit eux-mêmes.
Un parti qui n’a pas de principes fixes, immuables, n’est pas un parti, c’est une raison sociale, c’est une spéculation commerciale. Convient-il aux hommes sérieux du parti orléaniste de suivre MM. Villemain et compagnie dans celte voie, et d’adopter pour drapeau la culotte d’arlequin? Je le leur laisse à décider.
Pour moi, j’aime mieux appartenir à un parti
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vaincu, mais logique et honnête, qu’à un parti triomphant... autrement que par la logique et l’honnêteté. L’honnêteté en politique exige que l’on ait un drapeau bon teint, un drapeau dont les couleurs ne s’altèrent ni par la pluie ni par le soleil, ni par la défaite ni parla victoire.
On avait dit, dans le temps, que les jésuites avaient, à force de menaces, rendu M. Yillemain, alors ministre de l’instruction publique, complètement fou : leurs caresses sont plus dangereuses que leurs menaces; celte fois, ils l’ont rendu jésuite.