‹ De Loin et de prèsChapitre 21 sur 39 · LSS PHILANTHROPES ET LES TOURS · texte numérisé non relu

LSS PHILANTHROPES ET LES TOURS

11 est une plaie sur laquelle il faut fixer les deux yeux ouverts, en ce moment où on s’opiniâtre à mettre en question l’existence des tours, dont une grande partie a déjà été fermée en France. Je veux parler de l’infanticide et de l’avortement. — Non-seulement les exemples de ces crimes déférés à la justice deviennent chaque jour plus communs, mais encore il faut reconnaître que ce n’est que le plus petit nombre qui est connu. Ce n’est que lorsqu’un accident vient ef-

frayer un voisinage, lorsqu’une fille, jeune et fraîche hier, meurt subitement dans d’horribles douleurs aujourd’hui, que la voix publique avertit la justice. Mais quand une de ces créatures si singulièrement appelées sages-femmes , déshonorant une utile et respectable profession, est amenée sur la sellette après un de ces terribles accidents, sait-on combien de fois elle a pratiqué son industrie avant de commettre la maladresse qui a éveillé l’attention de la justice? — La justice et le public ne connaissent que les avortements qui ne réussissent pas.

Il en est de même de l’infanticide. Une fille, le plus souvent une servante, devient grosse; le village entier s’en aperçoit. Les autres femmes ne lui épargnent ni chagrin ni humiliation. Elle nie sa grossesse, mais on l’épie. Sa maîtresse, qui est femme avant tout, et qui, en qualité de femme, est jalouse, avec haine, de tout amour qui ne s’adresse pas à elle, fût-ce un amour qu’elle aurait dédaigné avec colère, sa maîtresse l’interroge, non pour lui offrir des secours et du secret si le bruit public est fondé, mais pour l’humilier, pour la chasser honteusement. — On sait le

resle. La malheureuse fille, ne pouvant ni s’absenter, ni interrompre ses travaux, exécute son crime toujours de la môme manière; puis on le découvre, toujours par les mêmes moyens, qui ne changent jamais.

Mais supprimez deux ou trois circonstances amenées nécessairement par l’état de domesticité et le manque d’argent, et le crime ne serait pas découvert, puisque c’est par ces circonstances qu’on le découvre; il est donc évident que ce nombre si effrayant d’infanticides déférés à la justice n’est qu’une très-petite partie de ceux qui se commettent.

Pour éviter l’infanticide et l’avortement, il faudrait changer beaucoup de choses dans les mœurs et dans les usages; il faudrait que ce fût le trompeur et non l'abusée sur qui tombât le déshonneur et l’abandon.

Il taudrait qu’une- fille abusée qui accepterait courageusement les devoirs nouveaux qu’une imprudence lui a fait assumer, qui se dévouerai là élever, en travaillant, la pauvre petite créature qu’elle mettrait au monde, et à qui elle devrait servir de père et de mère, que cette fille, dis-je, ne fût pas humiliée, repoussée et chassée.

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Il faudrait qu’on ne permît pas aux hommes d’enlever aux femmes toutes les professions lucratives, môme celles qui s’exercent au moyen de l’aiguille.

Si vous désespérez de parvenir à ce double résultat, il faut non-seulement ne pas fermer les tours, mais rouvrir bien vite ceux qui sont fermés, mais en ouvrir d’autres, mais multiplier les garanties de mystère autour de cette chrétienne institution ; car personne n’oserait démentir celle proposition que j’ai formulée pour la première fois il y a vingt ans : partout où ces faux et féroces philanthropes ont réussi, soit à faire fermer les tours, soit à en ôter le mystère, il est arrivé qu’on a mis beaucoup moins d’enfants dans les tours, mais beaucoup plus dans les rivières et dans les égouts.

Ce sera une honte, entre les autres, pour ce pays et pour cette époque, que celte question ait été agitée, et surtout qu’elle l’ait été si longtemps; — car je ne suppose pas un moment qu’elle puisse être résolue contre les tours.

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