‹ De Loin et de prèsChapitre 25 sur 39 · IS · texte numérisé non relu

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attendent à l’affût les cygnes, les glèbes, les martres, les loutres, les castors, etc.

Cela donnait une sorte de poésie à ces trois variétés de citadins ; je me représentais le casque des cuirassiers, sous forme de tigre, répandant la terreur; les culottes et les gants des gendarmes franchissant les pics neigeux, etc.

Erreur! erreur! un procès vient de m’enlever cette illusion : il n’y a pas de bêtes féroces, il n’y a pas de tigres, de panthères, de renards bleus ou isotis, de renards rouges ou blancs; il n’y a pas d’hermine ni de martre; il n’y a que des lapins.

C’est la Gazette des Tribunaux qui vient de me l’apprendre à propos d’un procès qui a été jugé ces jours- ci, par-devant le tribunal de commerce de la Seine, sous ta présidence de M. Mouette.

11 s’agissait de coalition d’ouvriers.

J’ai fait souvent remarquer que presque toujours les coalitions d’ouvriers arrivent à la suite d’une coalition de maîtres; la cause en question m’en paraît un exemple de plus.

Je disais donc tout à l’heure, il n’y a pas de bêtes

féroces, il n'y a que des lapins el des fourreurs; il faut ajouler des luslreurs et des bûtes non féroces, mais débonnaires, qui, comme moi, croient aux bêtes féroces.

M’est avis que les fourreurs et les luslreurs auraient mieux fait de laver leurs peaux de iapin en famille, que de porter les choses, à ia fois, devant les tribunaux et à la connaissance du public.

Voici ce qui a été révélé :

11 faut encore que je rectifie mon assertion et ma liste des personnages. Pour faire des peaux de bûtes féroces, prenez d’abord des bourgeois crédules, des fourreurs, des lapins, des Auvergnats et de la noix de galle. Mêlez le tout — misceatur secundùm artem — et vous aurez des peaux de tigre, de léopard, de panthère, de chamois, de renard bleu, rouge et blanc.

Cette métamorphose se faisait, de temps immémorial, pour le prix de trente-cinq francs par cent de peaux de lapin.

Les fourreurs s’entendaient pour ne pas augmenter le prix; les Auvergnats lustreurs se sont entendus pour l’élever; indè irœ , de là le papier timbré.

— Vous vous conduisez comme des tigres I disaient les Auvergnats aux fourreurs.

— Et vous comme des renards! répondaient les fourreurs aux Auvergnats.

Le tribunal a dit :

— 11 n’y a ni tigres, ni renards, il n’y a que des peaux de lapin, et des Auvergnats qui ne sont pas sortis de leur droit.

Donc, les lapins se changeront toujours, comme par le passé, à la volonté des Auvergnats, en tigres, en panthères, en renards, en hermines, en chamois, à la façon dont les citrouilles et les chats se changeaient, sous la baguette de la marraine de Cendrillon, en carrosse et en chevaux gris pommelé.

Seulement, ce sera plus cher — et c’est le consommateur qui payera.

A propos, est-il bien sûr qu’il y ait môme des la ■ pins? Il n’y a peut-être au fond que des chais.

Bêtes fauves, — lisez : bûtes fausses.

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