IV
TIléAtre romain.
rées. Le plus souvent elles n'ont pas lieu dans les arènes, mais sur la place Royale.
Théâtre d x Auguste et de Livic. — Les ruines du théâtre, dont on reporte la fondation au siècle d'Auguste, mais qui fut a peu près entièrement reconstruit par Constantin, se trouvent à peu de distance et au midi de l'Amphithéâtre. Ce n'est plus qu'un assemblage de débris imposants, et il faut explorer les maisons voisines pour reconnaître et
retrouver les traces encore existantes de ce somptueux édifice, dont la ruine remonte aux premiers temps du christianisme. En 446, saint Hilaire fit enlever les marbres qui le décoraient pour les employer dans les églises de la ville. Il devint au vir siècle une forteresse, comme l'amphithéâtre.
Le* grand axe du théâtre est de Test à l'ouest, c'est-à-dire que le fond de la scène était du côté de la ville, tandis que la partie circulaire où se trouvaient les gradins était au levant. En entrant dans les maisons qui se trouvent de ce côté, on reconnaît ça et là des portions de voûtes inclinées sur lesquelles les gradins étaient appuyés. Il reste encore deux portions de la décoration extérieure. Celle du midi , engagée dans le mur de la ville , s'appelle Tour Roland : elle se compose de trois étages en arcades; mais le troisième date du moyen âge et n'a jamais appartenu à l'édifice primitif. La portion du nord n'offre plus que l'arcade du rezde-chaussée, qui a conservé son entablement dorique. Contrairement à toutes les règles supposées de l'art antique, cet entablement porte une décoration d'une grande richesse. Les métopes sont occupés par des taureaux et leurs conducteurs représentés à mi-corps. Au-dessus règne une frise corinthienne ornée d'un rinceau a feuilles d'acanthe formant des enroulements d'où sortent des groupes d'enfants, de sangliers et de lièvres.
La décoration du premier ordre de la Tour Roland ressemble à celle que nous venons de décrire; mais elle est tout à fait fruste et dégradée; dans celle du second ordre, la frise corinthienne offre une ornementation plus simple.
On voit encore, dans l'intérieur du théâtre, deux colonnes corinthiennes en brèche d'Afrique, surmontées d'une portion d'architrave. Elles sont placées à gauche du centre de l'espèce de cul-de-four qui se remarque dans les théâtres antiques, et qui avait pour but de répercuter la voix des acteurs et d'en augmenter le volume et la sonorité.
Gomme toutes les villes romaines, Arles avait son forum; mais les édifices qui formaient son enceinte ont à peu près complètement disparu. On ne peut guère citer aujourd'hui parmi les débris de ces édifice* que les ruines du Palais de Constantin et celles d'un Panthéon» Les premières se composent de deux colonnes colossales de granit, sur la place des Hommes, qui ont été évidemment restaurées dans les premiers temps du christianisme; — d'une portion de salle voûtée, à plein-cintreetà lunettes, formant voûte d'arête ; — de la tour de la Trouille, sur les bords du Rhône : cette tour communiquait avec les constructions de la place des Hommes. La tour de la Trouille n'a conservé de sa décoration primitive que quelques portions assez considérables de corniches. Du reste , l'intérieur est dans un tel état de délabrement et de saleté repoussante, que Ton ne doit s'y aventurer qu'en marchant avec toutes sortes de précautions.
Rien nedémontre d'une façon péremptoire que l'ensemble de ces ruines ait appartenu au palais de l'empereur Constantin ; rien ne prouve non plus qu'une portion de salle circulaire, ornée de niches séparées par des colonnes, mérite bien justement le nom de Panthéon qui lui est donné par les antiquaires. Les antiquaires sont tous de la race de celui de Walter Scott : ils prennent volontiers les fondations d'une grange pour l'enceinte d'un castrum romain, et il ne leur en coûte rien d'habiller d'une épithète flatteuse trois ou quatre pierres frustes surmontées d'une apparence d'entablement.
Cependant, comme il faut des noms à toutes choses, nous ne voyons pas d'inconvénient à laisser aux ruines d'Arles celui que les archéologues du pays leur ont attribué.
Une colonne gigantesque, cannelée et d'ordre composite, se remarque en dedans de l'enceinte circulaire du Panthéon. La base porte sur le sol, et l'extrémité du fût va se perdre dans la voûte actuelle. La décoration extérieure du Panthéon correspond à celle que nous venons de décrire : elle se com-
pose d'arcades figurées dans le mur et séparées par des pilastres corinthiens. L'ensemble de ces ruines accuse une époque de décadence par le mauvais goût et la grossière exécution des ornements.
Sur la place royale on voit un bel obélisque en granit de l'Estevel. C'est le seul monument antique de ce genre qui ne vienne pas de la terre des Pharaons. Il a été découvert en 1 389 ; mais il resta enfoui dans le sol jusqu'à la fin du règne de Charles IX. Toutefois son érection sur la place ne date que de i 676 ; les inscriptions gravées sur son piédestal montrent qu'il fut dédié à Louis XIV. On suppose qu'il décorait autrefois le cirque des courses en char. Il mesure 48 mètres de haut, et son piédestal 3 mètres et demi , ce qui donne à la hauteur totale du monument 21 mètres 50 centimètres. La base de ce monolithe, large de 5 mètres 65 centimètres, porte sur quatre lions en bronze. Bien qu'il décroisse plus rapidement que les obélisques égyptiens, ce qui le fait paraître un peu grêle, l'ensemble de ce monument ne manque pas d'élégance. Sous Louis XIV, le sommet de l'obélisque fut décoré du soleil du grand roi, remplacé lors de la République par le bonnet de la Liberté, et plus tard par l'aigle de l'Empire. Le gouvernement de Louis-Philippe lui a rendu le soleil , qu'il . a toujours conservé depuis, et qui fait un assez mauvais effet.
Puisque nous voilà à la place Royale, nous allons entrer au musée, établi dans l'ancienne église Sainte-Anne. Il est surtout riche en tombeaux du Bas -Empire, dont plusieurs offrent une grande importance sous le double point de vue de l'art et ' de l'histoire. Nous citerons celui de Julia Tyrannia, décoré d'un grand nombre d'instruments de musique, et entre autres d'un orgue hydraulique. Le sarcophage de Cornelia Jancœa nous semble d'une époque antérieure au précédent et d'un meilleur style, ainsi que celui à'Hydria Tertvllia, et à* Aria Celiona, orné de bustes placés sur la face du tom-
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beau au milieu de figures plus petites, fort intéressantes h cause des costumes. Deux autres tombeaux sont décorés de bas-reliefs représentant, pour le premier une chasse au sanglier et au cerf, pour le second la récolte des olives.
Il faut mentionner aussi le bas-relief du Musée, — la statue de Mithras; — Mèdêe, groupe de la dernière époque de l'art, mais d'une composition énergique; — un autel dédié à la bonne déesse; — un cippe avec une inscription en l'honneur de Constantin~Il ; — une borne milliaire portant les noms de Théodose et de Valentinien; — un marbre trouvé dans le proscénium du théâtre et sculpté sur trois faces, dont la principale est divisée en trois parties : celle du cintre représentant Apollon, assis et appuyé sur sa lyre , et ayant à ses côtés un trépied; les deux autres parties sont occupées par des branches de laurier chargées d'oiseaux. Sur l'un des autres côtés de ce marbre, on voit un Marsyas, sur l'autre un Phrygien aiguisant un couteau. Toutes les figures ainsj que les ornements sont d'une exécution élégante et d'un beau style.
Mais le joyau du musée d'Arles consiste dans une admirable tête de Diane, d'une exécution et d'un style véritablement grecs, qui rappellent la grande époque de Phidias. On remarque aussi une tête d'empereur, dont le nez a été cassé comme celui de Diane, et qui , sans être aussi belle, peut se mettre à côté des meilleurs bustes romains du Louvre.
À côté des restes de l'art romain qui font la gloire d'Arles et que pourrait lui envier Rome elle-même, il est juste de citer les beaux édifices que lui ont légués les premiers âges de l'architecture chrétienne, et qu'on chercherait vainement dans la ville éternelle.
Vers le commencement du xn e siècle, s'élevait à Arles la belle église de Saint-Trophime, où l'on retrouve, pour ainsi dire, les dernières formules de l'art latin mêlées et confondues dans le style roman. Un fronton peu aigu surmonte le 165 / ,
portail; il est enrichi de moulures ornées de feuillages exécutés dans un goût emprunté à la tradition antique, ainsi >que plusieurs autres détails du porche. Mais déjà la représentation de ligures singulières, plusieurs chapiteaux, des bases décorées de lions et de chimères montrent que les sculpteurs chrétiens s'affranchissent des règles de l'art païen. L'histoire sainte se reproduit sur cette façade, à laquelle les siècles ont donné l'aspect du bronze , dans une suite de sujets d'une exécution un peu grossière, mais empreints * d'un grand sentiment religieux. L'ensemble de ce portail forme une sorte de placage adossé contre un mur formé de petites pierres noyées dans le ciment et surhaussé d'une restauration plus moderne. La porte principale, qui semble cintrée à la première vue, laisse voir, après un examen plus approfondi , les rudiments de sa forme ogivale. Au milieu du tympan formé par les cintres des arcades, on voit^Dieu le père, entouré des emblèmes des Evangélistes ; au-dessous, dans le linteau, on a figuré les apôtres. A la droite de Dieu sont les élus, les damnés à sa- gauche. Entre les colonnes de marbre qui décorent les parties antérieures de la porte, sont sculptées des ligures d'évêques, de saints, une Résurrection et d'autres sujets religieux.
Le clocher occupe le centre de l'édifice. Il est soutenu par quatre forts piliers supportant des arcades ogivales. La tour, de forme carrée et de style roman, a trois étages surmontés d'un attique, et séparés par des arcatures en pleincintre. Ses fenêtres, également cintrées, sont décorées le colonnettes.
Le plan de Saint-Trophime est celui d'une basilique assez longue dont la nef appartient au style de transition, tandis que le chœur et l'abside sont du xv e siècle (le cardinal Louis Lallement les fit construire en 1430).
On remarque dans cette église des autels décorés de basreliefs empruntés à des tombeaux du Bas-Empire, deux
D'AVIGNON A ARLES. i47
tableaux de Fiusonnins , une Ascension en marbre , incrustée dans le mur de la chapelle des Rois, la pierre monumentale du cardinal Lallement et la chaire.
Le cloître attenant à l'église est un des plus beaux qu'on connaisse. Ses quatre galeries présentent au premier-coup d'œil deux constructions bien distinctes, Tune romane, l'autre ogivale. La première des deux galeries romanes
Cloître SaiutrTrupLimc.
nous paraît plus ancienne que l'autre, d'une exécution et d'un style plus voisins de l'art antique, comme le démontrent ses piliers et ses pilastres cannelés, qui surmontent des chapiteaux corinthiens assez correctement imités. Les arcades sont soutenues par des colonnes doublées, alternant avec des piliers larges et trapus dans la partie ogivale, tandis que, dans la partie romane, les piliers ne se rencontrent que de trois en trois colonnes. Les piliers
des galeries romanes sont décorés de statues d'une grande dimension, qui ont été détruites dans les arcades gothiques.
Les bas-reliefs sculptés sur les massifs des angles du cloître sont, dans la partie romane, d'une exécution bien supérifureàla partie gothique (xnr 9 siècle). Les statues, préférables à celles du portail , apparliennent cependant à la même époque. Les ornements multipliés qui recouvrent celles du cloître, les plis nombreux et prolongés des draperies se rapportent évidemment au xn e siècle.
Rien de plus saisissant que l'aspect de ce cloître.
La présence des monuments romains a exercé à Arles une heureuse influence sur l'art. On trouve dans plusieurs maisons particulières, et notamment dans celle de M. Artaud, où le propriétaire a eu l'idée de réunir divers fragments antiques, des morceaux de sculpture de la Renaissance fort remarquables. Le palier de l'escalier de cette maison est orné d'un bas-relief représentant une bacchanale de diablei, d'une admirable exécution.
L'hôtel de ville d'Arles ferait l'orgueil d'une cité ordinaire; mais il faut convenir que le voisinage des monuments antiques diminue son importance. Il ne mérite pas cependant d'être dédaigné. C'est un élégant édiûce construit au xvu« siècle sur les dessins de Peytret, corrigés, dit-on, par Mansard. Il a deux façades, l'une sur la place du Plan de la Cour, l'autre sur la place Royale, toutes deux d'une ordonnance pompeuse et monumentale. La tour de l'Horloge semble appartenir au xvr siècle ; c'est une imitation gracieuse du mausolée romain de Saint-Remy.
Mansard ne contribua pas seulement à l'édification de l'hôtel de ville, il fournit aussi des dessins pour plusieurs maisons particulières. On voit encore une de ces maisons à la Calade , et une autre dans la rue du Collège. . Arles possède de jolies promenades, notamment celle qu'on appelle la Lice, plantée de trois allées d'arbres; et
bordée dans loule sa longueur par le canal de Craponne, qui arrose un paysage de jardins et de prairies. Le port du Rhône et ses navires aux voiles latines présentent un aspect animé, qui constraste avec la physionomie calme et mélancolique de la ville de Constantin et de saint Trophime.
Place Rurale, l'église Saint-Trophimc, l'Obélisque, l'Hôtel de ville.
Vv, On ne peut pas quitter Arles sans visiter les Alyscamps, la montagne des Cordes et l'abbaye de Montmajour.
Avant d'être un cimetière chrétien, les Alyscamps étaient consacrés aux dieux Mânes, et l'on peut supposer qu'au temps de la domination des Romains la voie qui conduisait de Marseille à Arles était bordée de tombeaux. Quand saint Trophime eut converti la contrée, il convoqua une assemblée de pieux personnages, afin de bénir ce cimetière et les monuments païens dont il avait chassé les faux dieux
pour y placer l'image du Rédempteur. Aucun des assis* tants ne voulut, par humilité, accepter l'honneur d'officier* en une circonstance si solennelle. Le débat durait depuis longtemps, menaçant de ne pas finir, quand tout à coup le Christ, apparaissant au milieu des évêqucs, se mit lui-même à b^nir le cimetière. Une chapelle plusieurs fois détruite et rebâtie fut élevée au lieu du miracle; elle s'appelle encore la Genouillade , et l'on y voyait jadis une fenêtre grillée indiquant l'endroit précis où le Fils de Dieu s'était pro&terné à côté de saint Trophime.
Mais les chrétiens d'Arles ne se contentèrent pas d'emprunter aux païens leurs temples. Du jour où ils eurent consacré les Alyscamps, toute tombe vide reçut un nouvel hôte; souvent l'urne, encore pleine des cendres de quelque patricien , fit place au cadavre apporté par les moines de Saint Honorât, qui eurent bientôt le monopole du droit de awortellage. Les Alyscamps acquirent rapidement une réputation de terre sainte. Selon Gervais de Tilleuse, maréchal du royaume d'Arles pour l ! empereur Othon, il suffisait de livrer au cours du fleuve un cercueil destiné aux Alyscamps, en ayant soin cependant d'y déposer le prix des funérailles, pour que le mort arrivât à destination. Quand les marins du Rhône rencontraient ces esquifs funèbres, ils les saluaient d'un signe de la croix, persuadés que l'ange gardien du défunt le guidait jusqu'au port.
Aujourd'hui, les Alyscamps n'offrent plus qu'un champ de dévastation; les chapelles en ruines, les marbres mutilés, gisent sur le sol dans un état d'abandon complet. Par bonheur, le tracé du chemin de fer qui traverse les Alyscamps en diagonale en a respecté les principales dispositions/ Il serait peut-être digne de la municipalilé arlésienne de restaurer ce lieu, consacré par le souvenir de l'histoire et de la poésie. Jadis les Arlésiens Font dépouillé de ses tombeaux, pour en faire cadeau à des princes ou à des villes; c'est
aift&î que Paris s est enrichi du sarcophage deCécilia Aprula, Lyon de celui de Servilius Marcianus , Marseille de celui de Flavius Mémorius. Ce serait un honneur pour ces grandes cifés de restituer au Campo-Santo de la Provence ces monuments vénérables, qui seraient mieux placés d'ailleurs à l'onibre des cyprès des Alyscainps que sous les voûtes de leurs musées.
«Parmi les monuments qui sont restés debout dans la solilude des Alyscamps, mais que le temps a ruinés, nous citerons les restes de l'abbaye de Saint-Césaire (vi* siècle) , Notre-Dame de Grâce, l'église de Sain t- Honorât , dont la porte principale appartient au xii e siècle, mais dont Tinté- . rieur a été évidemment restauré au xiirou au xiv e siècle. La crypte placée sous cette église date très-probablement de la fondation du christianisme à Arles. Dans une chapelle érigée au xiv* siècle, dite Chapelle des Porcelets, on voit encore des armes de cette illustre famille, qui étaient dor à un pourceau passant de sable.
Il y a trente ans, un vaste marécage, coupé par des chaussées, s'étendait au nord-est d'Arles. Des monticules rocheux s'élevaient comme des îles au milieu des eaux stagnantes et des roseaux. Le plus considérable s'appelle Mont-Major; c-'est là que, vers le x* siècle, fut fondé un monastère célèbre par sa richesse et sa puissance.
Aujourd'hui, grâce à des travaux de dessèchement, les rnarais et les étangs ont à peu près disparu. A leur place on voit une plaine fertile couverte de moissons abondantes ou de vastes prairies. Cetle amélioration du sol, qui a doté le territoire d'Arles de nouvelles richesses, a été fort mal appréciée d'une certaine classe d'hommes qui s'étaient fait des étangs de Montmajour un lieu d'asile, où ils végétaient pourtant entre la fièvre et la faim. Il est vrai dç dire que cçtte population malheureuse se recrutait d'ordinaire de çpxidamnés évadés qui se bâtissaient des retraites inacces-
sibles au milieu des marécages, aimant mieux mourir de misère que d'expier leurs fautes par la prison.
Une église, une tour et des bâtiments claustraux sont tout ce qui reste de l'abbaye de Montmajour. On arrive par an chemin dont les méandres se déroulent à l'ombre de Ien~ tisques , d'arbousiers et de chênes verts , à une esplanade d'où la vue s'étend sur un magnifique panorama Au milieu du désordre pittoresque des constructions mutilées, l'œil s'arrête d'abord sur l'église principale, construction du xi e siècle. Bien qu'elle soit de grande dimension, il est évident qu'elle a été commencée sur un plan plus considérable, qui n'a pas été suivi jusqu'au bout, comme le démontre le manque de proportions de la nef, sensiblement trop courte par rapport au transept et à l'abside.
La porte est cintrée et surmontée d'une grande fenêtre dont l'ogive est à peine indiquée; les voûtes sont également en ogives très-trapues. L'intérieur ne présente qu'une nef sans ornements , sauf le transept de gauche , terminé par une chapelle du xir siècle.
Sous l'église se trouve une crypte en forme de croix latine. Un peu au delà des transepts , à la place du chœur, est un mur semi-circulaire, percé de cinq arcades laissant apercevoir des chapelles séparées du chœur par un large promenoir.
Toute cette construction est d'une simplicité pleine de noblesse et de grandeur. La façon mystérieuse dont le jour pénètre dans l'intérieur de la crypte ajoute à l'impression religieuse que produit la vue de cet édifice.
A l'église est attenant un cloître dont les arcades surbaissées s'appuient sur des piliers cannelés. Chaque arcade est divisée à l'intérieur par quatre petits arcs cintrés que supportaient des colonnes aujourd'hui enlevées ou détruites.
Non loin de là est l'église de Sainte-Croix, remarquable par son aspect, qui se rapproche de celui d'un vaste mau-
solée. Son plan est celui d'une «croix grecque. Une rotonde au centre communique avec trois culs-de-four remplaçant l'abside et les transepts. Un vestibule précède la coupole et tient lieu de nef. Sauf quelques moulures peu saillantes, l'intérieur de cet édifice est dépourvu d'ornements. A l'extérieur, chaque face est terminée par un fronton imité des frontons antiques , et l'on n'y voit d'autre décoration qu'une élégante corniche avec des moulures ornées d'arcs et de palmettes.
Dans le roc sur lequel cette chapelle est bâtie se trouvent une grande quantité de fosses vides , la plupart en forme de trapèze ou de triangle allongé et tronqué à la pointe; plusieurs n'ont pas plus d'un mètre de long. La profondeur n'excède pas deux pieds. On ignore quelle pouvait être la destination de ces fosses.
Une autre chapelle souterraine existe dans le flanc méridional du rocher de Montmajour. La tradition veut que saint Trophime y ait dit la messe. Que la tradition soit fondée ou non, il est certain que cette chapelle remonte au v* siècle ou au commencement du vr.
Elle se divise en deux nefs. La première, beaucoup plus ancienne et terminée par une abside semi-circulaire , est entièrement creusée dans le roc. Trois piliers taillés également dans le roc la séparentde la seconde, qui semble du vm e ou du ix* siècle. Elle est soutenue par des arcades et n'a pas d'abside. Toutes ces constructions ont un caractère de rudesse, tout à fait primitif et rappellent les catacombes où les premiers chrétiens se rassemblaient pour célébrer les cérémonies du culte. Une porte h droite de l'abside communique à quatre cellules creusées dans le roc, dont la plus petite, qui n'a pas plus d'un mètre et quelques centimètres, est presque entièrement remplie par un fauteuil grossièrement ébauché dans la pierre. On appelle cette sorte de niche le Confessionnal de saint Trophime. Le sainl, dit la légende, assis sur ce
fauteuil, écoutait les pénitents et leur parlait par une lucarne: qui existe encore. ri
Une tour carrée qui élève à droite , près de la grandeéglise , sa masse imposante couronnée de mâchicoulis, date du xi? e siècle, et fut construite par l'évêque Pons d'Ulmo; » Elle faisaif partie des fortifications qui ont été démoliespotfrr bâtir le-corps de l'abbaye, élevé au xvm* siècle. >
La Révolution , qui a respecté l'église , les chapelles et la tour de Montmajour, a démoli en grande partie l'abbaye. Le temps ahève aujourd'hui l'œuvre de destruction commencée par les hommes, et semble ne pas vouloir porter atteinte aux bâtiments du moyen âge. Toutefois, ce qui reste du logement des moines a encore un air dej>alaisqui donne une haute idée de leur richesse et de leur puissance. ■ ■
Nous avons dit plus haut que la colline des Cordes, située à peu de distance de Montmajour, devait son nom *tt souvenir de la ville de Cordoue. L'opinion la plus commune dans le pays veut, en effet, que les Sarrasins aient établi, au vin 6 siècle, une place d'armes sur son sommet, aujourd'hui couvert de broussailles. Il n'est pas douteux que ce lieu a été fortifié, comme le démontrent les ruines d'une muraille qui se prolonge sur tout le flanc méridional de la montagne.
Au sommet et près des escarpements du nord , on voit une caverne taillée dans le roc, et dans laquelle on descendait autrefois par un plan incliné, aujourd'hui obstrué par des ^boulements et d'épaisses broussailles. Sa profondeur moyenne est d'environ 5 mètres, et sa longueur de 25. Au bas de la descente est une sorte de vestibule taillé dans le pic à ciel ouvert, dont le plus grand diamètre mesure environ 30 pieds, et qui est arrondi en demi-cercle à ses deux extrémités. Une entrée taillée, assez semblable à l'ouverture d'un four, donne accès dans une sorte de corridor terminé par une chambre en forme de demi-cercle du côié de l'ouest , et coupée carrément du côté du levant. Les parois de cette
chambre sont taillées dans le roc, un peu obliquement, de façon que le haut surplombe le sol. Le toit est formé de grandes pierres plates, )a plupart posées à plat de chaque côté, se réunissant au milieu et s'appuyant Tune sur l'autre, maintenues par leur propre poids et par la portion qui repose à terre. Bien qu'elles n'aient pas été travaillées , leurs interstices ne laissent pénétrer qu'une faible lueur. L'intérieur du souterrain est travaillé avec quelque soin, et les parois sont polies de telle façon qu'on n'y aperçoit aucune trace d'outil.
On a comparé le plan de la grotte des Cordes à une croix ou à une épée, et on a tour à tour supposé qu'elle avait eu une destinée religieuse , qu'elle avait servi à consacrer le souvenir d'une conquête , que les Sarrasins l'avaient creusée pour en faire un magasin dans lequel ils renfermaient les dépouilles des vaincus, et, enfin , qu'elle pourrait bien être un dolmen.
Quoi qu'il en soit, ce nom de Grotte des Fées, qu'on donne généralement aux monuments druidiques, et la sauvagerie, s'il est permis de s'exprimer ainsi, tout à fait primitive de la construction, nous portent à attribuer au souterrain de Cordes une origine celtique.
Viaduc d'Arles.
Le convoi semble quitter à regret la ville de Constantin. Après avoir longé sa double enceinte , il traverse le boulevard et se lance au milieu des immenses ateliers du chemin de fer. Ces ateliers se composent d'un ensemble de constructions dont le centre est occupé par une rotonde de 50 mètres de diamètre sur 19 de hauteur, percée de 30 portiques donnant accès aux locomotives.
Pour trouver la place nécessaire à ces constructions , il a fallu écorner Fenceinte des Alyscamps, et la chapelle de la Genouillade se trouve enclavée dans le périmètre des ater liers.
Nous avons dépassé la chapelle de Saint-Honorat. La locomotive s'élance sur un magnifique viaduc bâti sur pilotis, long de 769 mètres, formé de Si arches , mesurant chacune 21 mètres de largeur et 8 mètres d'élévation. Ses fondations ont offert de grandes difficultés, à cause du sol tourbeux sut lequel il est construit. Le chemin traverse une campagne charmante ; de nombreux aqueducs coupent de lignes blmches les vertes prairies, les champs de mûriers et d'oliviers.
Ce sont des canaux de dessèchement parmi lesquels vous remarquerez les innombrables arcades du canal d'Adam de Craponne , le bienfaiteur de la contrée , dont le génie persévérant changea, au xvi* siècle, en un magnifique jardin de 10 000 hectares une partie des déserts de la Crau.
La reconnaissance publique lui a élevé une statue, il y a quelques années, dans la petite ville de Salon, sa patrie.
À l'est, c'est la Grau-Haute , qui n'est coupée que d'oliviers entremêlés de vignes et d'amandiers. On y récolte du vin fort estimé dans le pays, un peu épais et liquoreux pour des palais habitués aux vins secs de Bourgogne et de Bordeaux, mais dont une fabrication plus soignée améliorerait certainement la qualité.
Raphèle^ la première station au sortir d'Arles, n'est qu'un hameau sans importance. Le convoi continue sa route jusqu'à Saint-Martin y dont la chapelle se cache derrière un bouquet d'ormeaux, au milieu de belles prairies artificielles entrecoupées de mûriers, d'aubépines, delilas et de platanes. La nature se pare avec un éclat et une coquetterie qui vont nous faire trouver plus arides et plus désolées les plaines de la Crau-Coussol.
C'est un assez triste séjour que la station d'Entresscns Plus triste encore est sa vaste étendue dj terre rougeâtre, à peine couverte çà et là de touffes de thym et de graminées rampantes au milieu des cailloux. C'est le désert, un véritable désert africain avec un soleil de plomb et un ciel d'indigo foncé. Vous n'apercevez ni bâtiments ni cultures; à peine çà et là quelques bouquets de chênes à kermès , quelques masures couvertes de roseaux , ou des pans de muraille élevés avec d'énormes cailloux pour abriter les bergers contre les violences du mistral.
Le mistral, le Parlement et la Durance sont les trois fléaux de la Provence , disait un vieux proverbe. Il n'y a plus de Parlement; la Durance a été plus d'une fois vaincue par les
efforts de l'homme; mais jusqu'ici le mistral n'a pas encore trouvé de maître. C'est lui qui entretient l'aridité des collines, des montagnes et des plaines de la Provence , depuis les temps reculés où une malheureuse imprudence déboisa la contrée. Depuis cette époque, en effet, il einpêche la formation de la couche de terre végétale , et balaye sans cesse les • graines qu'elle contient. Les Romains qui, sous Auguste, élevèrent un temple au mistral, comme h une divinité
La Cran , entre Arles et Marseille
malfaisante dont il fallait conjurer la colère par des sacrifices, eussent mieux fait d'arrêter les défrichements des forets.
Cependant, le désert de la Crau, n'en déplaise aux imprécations des touristes, a un air grandiose et poétique. Il ne présente pas l'aspect monotone et ennuyeux des riches plaines de la Beauce et de la Brie, d'ailleurs tout aussi arides que lui après la moisson. Sa désolation même lui imprime un caractère d'autorité solennelle qui laisse dans l'esprit une ineffaçable impression. Sous les cailloux qui semblent cou-
jpir une nature morte, croit un gramen délicat suffisant pour la, pâture de plus de 150000 mouton», qui parcourent pendant six mois de Tannée ces vastes plaines, i Quand vieirt la saison, d'été , les troupeaux vont chercher dans les Alpes une nourriture plus abondante et un air moins embrasé. C'est alors un curieux spectacle que de voir ces longues armées bêlantes 'traverser lentement Je , désert sous la conduite de quelques bergers d'une physionomie étrange et vêtus d'un costume pittoresque et sauvage. Une file de chèvres noires , portant au cou une sonnette retentissante, marchent en avant des troupeaux., sur un seul rang, comme les- sapeurs d'un régiment en, campagne.
. Ainsi que le Sahara africain , la Crau-Coussol a ses effets de mirage. Quand viennent les grandes chaleurs et vers le milieu du jour, le terrain ou l'on se trouve paraît tout à coup borné par une inondation générale. Les quelques cabanes entourées d'arbres qui sont perdues çà et là dans la plaine semblent alors comme des îles assises au bord d'un lac limpide, reflétant l'image renversée du rivage. A mesure qu'on approche , le bord de cette inondation apparente diminue de grandeur et disparaît bientôt pour se reformer plus loin.
La Crau-Goussol commence avant Kntressens et se prolonge au delà. Toutefois le désert ne finit pas brusquement. Déjà avant Entressens, des brumes s'élevant dans la direction du sud- ouest annoncent le voisinage de la mer; on voit surgir çà et là comme des symptômes de végétation ; les marais succèdent aux cailloux. A gauche , yoici l'étang d'Entressens,-et plus loin la silhouette dentelée des montagnes rocheuses se découpant sur le ciel. Des groupes d'oliviers, d'abord rares et chétifs, puis plus serrés et plus beaux, se montrent sur les pentes des coteaux qui bordent le chemin. Les vignes se mêlent
aux oliviers et aux amandiers. Avec le canal de Craponné qui se montre de nouveau la campagne redevient verte ti fleurie.
Nous voici à la station de Constanline ; à partir de ce hameau, le convoi entre dans la délicieuse vallée de Saint- Chamas et s'enfonce à chaque tour de roue dans de nombreuses tranchées ,• au sortir desquelles apparaissent d'agrestes collines aux formes bizarres , mais nettement accentuées. Ges collines sont coupées de charmants vallons, pleins de calme, de fraîcheur et de verdure, véritables oasis au milieu de la Provence brûlée et stérile.
Ce cône tronqué percé de cavernes , aux flancs couverts de chênes verts et d'arbustes, et qui semble le roi des hauteurs environnantes, porte à son sommet les ruines imposantes du château de Miramas. Il domine une vallée dont les coteaux tapissés de prairies et de bouquets d'arbres laissent en s'entr'ouvrant voir Saint-Chamas assise au bord de l'étang salin de Berre.
Nous descendrons des sentiers bordés de haies fleuries, d'oliviers et de chênes verts, pour arriver jusqu'à cette petite ville, qui mérite bien une visite.
Elle possède la poudrerie la plus importante de France; l'aqueduc qui traverse la vallée et qui précède Saint-Chamas amène l'eau nécessaire pour faire tourner les douze moulins à pilons de l'usine gouvernementale, située sur le bord de l'étang. ^
Saint-Chamas, que l'on croit avoir été bâtie en 1328, est partagée en deux par la colline qui longe l'étang ; un tunnel de 60 mètres de longueur, Lou parlus (le pertuis ) , sert h faire communiquer ces deux fractions de la petite ville. Celle qui est située le long de l'étang est agréablement bâtie et a un aspect vivant et animé qu'elle doit à son port. Sur le flanc de la colline , on voit des maisons pratiquées dans le roc v et l'œil n'aperçoit pas du premier coup par quels chemins
les troglodytes de la Provence peuvent arriver à leurs habitations aériennes.
A cinq cents pas de la ville , au milieu d'une plaine traversée par la Touloubre, on voit le pont Flavien , héritage monumental légué par les Romains. Il se compose d'une seule arche dont l'appareil est formé de grands blocs de pierre ; à chacune de ses extrémités s'élève une arcade corinthienne surmontée d'une frise extérieure.
Le pont Flavien mesure 21 mètres 40 centimètres de longueur et 6 mètres 20 centimètres de largeur; la hauteur des arcs jusqu'au-dessus de l'entablement est de 7 mèlres.
La décoration est des plus simples. Chaque côté des angles des arcades est orné d'un pilastre corinthien cannelé supportant un entablement dont la frise est richement sculptée. Au-dessus de l'entablement, à l'aplomb des pilastres, est sculpté un lion d'une exécution assez médiocre, mais d'une belle tournure. L'harmonieuse proportion des arcades et l'élégante simplicité de l'ensemble, bien plus que la richesse ou l'abondance des ornements, font le mérite du pont Flavien, et ce n'est pas un mérite k dédaigner.
A peine avons-nous regagné le convoi , qu'il traverse le viaduc de Saint-Chamas , le plus remarquable de tous ceux du chemin de fer. Ce monument, d'un aspect si pittoresque et d'une construction si originale, se compose dequarante-neuf arches à plein-cintre dont les arcades forment, en se croisant au tiers de leur hauteur, une série d'ogives. Le tympan audessus de chaque pile est évidé, ce qui donne une grande légèreté à l'ensemble de l'édifice, tandis que l'espace compris entre les trois arcs de cercle de chaque pile est occupé par des briques. Chaque arche a 6 mètres d'ouverture; la longueur totale du viaduc est de 385 mètres, sa plus grande hauteur au dessus des eaux de la Touloubre qu'il franchit est de 26 mètres , sa plus petite de 9 mètres.
De Fautre côté du viaduc de Saint-Chamas , la voie s'en- 165 *
fonce successivement dans plusieurs tranchées et côtoie un rideau de collines sauvages à Test. A l ouest, la vue se porte 6ur l'étang de Berre, dominé tout entier par le railway. Aux collines succèdent des montagnes qui , en s'entr'ooh vrant dans la direction de Test, forment la vallée de l'Arc, où le chemin de fer traversé sur un remblai des vastes communaux en friche. Dans la direction du>ud-est, au
Viaduc de Sainl-Chamas.
milieu de prairies artificielles et de plantations de mûriers , d'oliviers et de figuiers, vous apercevez la façade du Ghâ^ teau Merveille , ainsi nommé parmi de ces tropes familiers au langage provençal , mais qui ne mérite guère son nom.
Nous voici à la station de Berre, distante de près de 2 kilomètres de la ville de ce nom J
Berre se pique d'une antique origine , et pour le prouvet elle montre les restes d'une vieille enceinte en fort mauvais état. Il est certain qu'elle envoyait au moyen âge un député
aux états généraux d'Aix , et qu'elle devint une place forte pendant les guerres de religion. Aujourd'hui c'est une petite ville d'un aspect assez maussade, vivant tant bien que mal de la pèche et de ses salines, plutôt mal que bien, à cause des fièvres endémiques attribuées aux vapeurs malsaines de l'étang qui baigne ses pieds.
Tout près de la station de Berre , on traverse un viaduc
L'étang de Bcrre.
long de 85 mètres et composé de cinq arches, dont les trois du milieu présentent à leur base des arcs renversés.
A droite, au pied d'un amphithéâtre semi -circulaire de montagnes, se montre le village de la Tare, au milieu d'une forêt d'amandiers; mais bientôt le sol redevient aride , les montagnes se rapprochent et semblent pousser la voie au bord de l'étang de Berre. Voici la station de Rognac, village situe dans une plaine fertile, mais qui cependant ne mérite pas de nous arrêter, à moins que nous ne voulions faire une visite à l'ermitage de Vitrolles.
Dans ce cas, une fais k Rognac, nous suivons la grande route de Marseille jusqu'au viaduc de la Grande-Beauroe (longueur, 46 mètres; hauteur au maximum, 70 centimètres; chaque arche mesure 8 mètres de largeur), tout près de .celui de Baou , qui franchit une vallée des plus pittoresques sur cinq arches d'inégale grandeur (longueur, 74 mètres 50 centimètres ; hauteur au maximum , 9 mètres). Après avoir traversé la voie sur une des arches de l'aqueduc , nous gravissons les escarpements rapides de la montagne de Vitrolles.
Suivons ce sentier qui contourne les bords d'un ruisseau Coulant au fond d'un ravin ombragé -d'arbres vigoureux, fait mille détours k travers des défilés de rocs sauvages , passe devant la caverne de la Grande - Beaume , et nous mène au pied d'un rocher qui s'élève comme une tour au milieu des montagnes environnantes. Un escalier pratiqué dans le roc nous conduit au sommet, où se trouve l'ermitage bâti sur les ruines d'un vieux château. L'ermite .n'est point un de ces anachorètes qui menaient au désert la rude vie que vous savez. Il vous fera les honneurs de sa demeure avec une avenante cordialité , vous conduira sur sa terrasse , dont il a essayé de faire un jardin , et vous désignera les uns après les autres les hameaux , les bourgades que vos yeux pourront saisir dans le splendide panorama qui s'étale de toutes parts à vos regards charmés : Vitrolles et son plateau, l'étang de Berre dans toute son étendue , les collines de Berre , de Marignanne et de Lyons, la mer étincelante au delà des hauteurs de la chaîne de l'Estaque , où le chemin de fer s'enfonce et dispa^ raît, les Alpines, Sainl-Chamas , et tant d'autres montagnes aux formes solennelles et bizarres, surgissant au milieu des vallées ou découpant sur le ciel leurs cimes dénudées.
Notre devoir de cicérone nous oblige à reprendre le convoi
à Roghac; mais la distance qui nous sépare de Vitrolles est bientôt franchie , sans que rien d'intéressant mérite d'arrêter nos regards. ."
Après Vitrolles , le chenjih se perd dans des tranchées Sauvages et traverse le viaduc de la Cadière, construit dans le inême système que celui de Saint-Chamas , dont il représeniîçje dessin en miniature (7 arches; longueur, 64 mètres 60 centimètres ; hauteur , 8 mètres). Nous passons rapidement devant la station du P as-des- Lanciers , située sur un plateau , à peine égayé de quelques bouquets d'arbres rabougris, d'arbustes mutilés par la dent des chèvres, et. de touffes de plantes marines.
Pendant que nous démandons l'origine de ce nom bizarre à nos compagnons de route , qui ne peuvent rien nous répondre de satisfaisant, îe convoi s'est précipité dans une tranchée dont les talus s'élèvent h une immense hauteur. Le sifflet de la locomotive déchire l'air de sons perçants, le jour baisse , la nuit se fait , le convoi semble vouloir plonger dans les entrailles des rochers. Nous sommes dans le souterrain de la Nerfhe.
Nous irions du train solennel d'une diligence , que l'obscurité à peu près complète où nous* sommes ensevelis ne nous permettrait pas d'admirer les hardis et prodigieux travaux de ce tunnel , le plus long de tous ceux qui ont été construits en France, puisqu'il mesure 4617 mètres de longueur, 500 mètres environ de plus qué le beau tunnel de Blaisy. • ,
' 'L'es puits sont au nombre de 22 , espacés par conséquent à peu près de 200 mètres. Le premier du côté du nord n'est qu'à 18 mètres de l'entrée, tandis que le second est à 347 mètres de la sortie. Le moins profond, le n° 1 , a 20 mètres; le plus profond , le n° 14 , én a 185. Leur diamètre est de 3 mètres ; la longueur de la -galerie transversale est de 10 mètres, et sa largeur de 3 mètres.
Le souterrain aboutit avec le ravin môme. Dans son parcours, il a une rampe de i millimètre et une pente de i millimètre qui se partagent à peu près également. La hauteur de la voûte est de 10 mètres, sa largeur, hors d'œuvrc, de 8 mètres. Il a la forme d'une ellipse tronquée, de façon que les pieds-droits en s'évasant résistent mieux aux poussées extérieures. Le seuil de la galerie fait arc à revers. A son centre, et recouvert par le ballast, règne dans toute sa longueur un aqueduc de \ mètre de hauteur, communiquant par de petits aqueducs transversaux aux puisards qui occupent la partie inférieure des puits d'extraction.
L'espace nous manque pour faire un résumé même rapide des difficultés sans nombre vaincues par le talent des ingénieurs chargés de la direction des travaux. Disons seulement que ces travaux ont coûté 10 200 000 francs , soit 2 200 francs par mètre.
Mais nous avons franchi le souterrain. Une gorge sauvage , bordée de rocs aux formes étranges , digne de servir de vestibule à l'Enfer du Dante, offre h nos yeux éblouis la brusque réapparition du soleil , ses flancs pelés , plaqués d'ocre rouge et de Ions gris verdâtres. Tout aussitôt un merveilleux tableau succède , avec la rapidité d'un changement de décor d'Opéra, à cette nature austère et mélancolique : c'est la mer, c'est la Méditerranée, dont les flots bleus, tachetés de voiles blanches , viennent mourir à iOO mètres au-dessous de la voie, découpant en de vives arêtes les contours déchiquetés de la côte.
Un écrivain célèbre à plus d'un titre, M. Thiers, a dessiné à grands traits les lignes principales du panorama splendide des environs de Marseille.
« Deux grandes chaînes de montagnes s'entr'ouvrent , embrassent un vaste espace et, se prolongeant dans la mer, viennent expirer très-avant dans ses flots. Marseille est enfermée dans cette enceinte. Lorsque , arrivant au •
nord, on parvient sur la première chaîne, on aperçoit tout à coup ce bassin immense : son étendue, son éblouissante clarté vous saisissent d'abord. Bientôt après , on est frappé- du sol et de sa singulière végétation. Il faut renoncer ici aux masses arrondies, à la parure si fraîche et si verdoyante des bords de la Seine et de la Garonne. Une masse immense de calcaire gris et azuré forme la première enceinte. Des bancs moins élevés s'en détachent et , se réunissant dans la plaine, composent un sol inégal et varié. Sur chaque hauteur s'élèvent des bouquets de pins d'Italie, qui forment d'élégants parasols d'un vert sombre et presque noir. Des oliviers à la verdure pâle, h la taille moyenne, descendent le long des coteaux et contrastent par leur petite masse arrondie avec la stature élancée et le superbe dôme des pins. A leurs pieds croît une végétation basse, épaisse et grisâtre. C'est la sauge piquante et le thym odorant qui , foulés aux pieds, répandent un parfum si doux et si furt. Au centre du bassin , Marseille , presque cachée par un coteau long et fuyant , se montre de profil , et sa silhouette;, tantôt elfacée dans la vapeur, tantôt apparaissant entre les ondulations du sol , vient se terminer dans l'azur des mers par la belle tour de Saint-Jean. Au couchant s'étend la Méditerranée , qui pousse dans les terres des lames argentées ; la Méditerranée , avec les îles de Pomègue et de Ratonneau, avec le château d'If, avec ses flots calmes ou agités, éclatants ou sombres, et son horizon immense où l'oeil revient et erre sans cesse en décrivant des arcs de cercle éternels. »
Après la station de VEstaquc, nous traversons deux viaducs , celui des Riaux et celui de Château-Follet.
Le viaduc des Riaux a 6 arches à plein-cintre, de 8 mètres d'ouverture. Sa longueur totale est de 79 mètres. Il traverse un vallon des plus pittoresques et d'une beauté sévère ; son ordonnance mâle et robuste s'harmonise bien avec cette
gorge mélancolique , aux lignes accentuées comme celles d'un paysage du Poussin.
Le viaduc de Château-Follet doit son nom au voisinage
d'un énorme- bâtiment que la bizarrerie prétentieuse de sa^ construction a fait appeler ainsi. Il est formé de S arches ogivales de 8 'mètres d'ouverture chacune ; sa longueur est de
fcoJ
Viaduc de Clialeau-Follet.
86 mètres , ses parapets sont découpés en créneaux comme une muraille féodale.
Après l'avoir franchi , nous entrons dans une profonde tranchée, au sortir de laquelle le chemin suit la mer sur un remblai de 17 mètres, soutenu du côté de la Méditerranée par "une muraille cyclopéenne, longue de 95 mètres. Puis il s'enfonce de nouveau dans la tranchée % puis la mer reparaît ; puis une ramification de la ehaîne de TEstaque nous dérobe Marseille, que nous venions d'entrevoir.
Sur un mamelon aux flancs couverts de pins, s'élève un beau château flanqué de tourelles, et qui étale son opulence
aristocratique au milieu de jardins verdoyants; c'est le château des Sept-Tours, une des plus ravissantes habitations que puissent envier les amateurs les plus enthousiastes de la villégiature.
Dès que nous l'avons entrevu, lè convoi sè précipite à touie vapeur dans la gueule béante du tunnel de Saint- Louis , long de 466 mètres; puis nous entrons dans la vallée des Ayglades, la plus souriante, la plus parée, la plus radieuse de toutes celles que nous avons traversées !
Encore un viaduc, le viaduc des Ayglades, d'où nos regards charmés plongent sur les sites variés et pittoresques de la vallée , sur ses habitations luxueuses, ses bosquets de pins, ses coteaux couverts d'oliviers, ses jardins, ses eaux limpides et murmurantes. Si la rapidité du convoi vous le permet \ vous aurez pu apercevoir, au-dessus d'une falaise de rochers , un vieux château que la tradition appelle, sans preuves sérieuses, le château du roi René; et presque aussitôt le château des Ayglades, qui mérite un regard autant pour le charme de sa situation que parce qu'il fut habité par le directeur Barras.
Le chemin coupe en deux la belle propriété de la Floride, dont il a détruit impitoyablement les magnifiques serres. Après vient Saint-Barthélemy. Les châteaux , les maisons de campagne, les bastides se multiplient de plus en plus. La terre rougéâtre des coteaux se constellé d'innombrables taches blanches. Partout où le sol a offert quelques pieds carrés de superficie à peu près de niveau , le négociant de Marseille s'est construit une habitation champêtre, où il vient régulièrement passer tout le temps que lui laissent ses affaires et son commerce.
En aucun lieu du monde la passion de la villégiature . n'a été poussée. rfussi loin. Il faut le dire, d'ailleurs, à la louange des descendants des. Phocéens : leur ambition est
modeste et. ne rêve pas les somptueux jardins de Luculi^; quatre murailles blanchies \x la chaux, enfermant un olivier rabougri, trois ceps de vignes et un figuier tortu, composent pour le citadin de la rue Saint-Féréol ou de la Cannebièitf* la plus délicieuse des retraites. Celui qui a le bonheur <ie posséder deux pins d'Italie s'en monlre aussi fier qu'un lorrf anglais de son parc immense. Il rêve que ses arbres lui.do.Pk nent de l'ombre et que son jet d'eau, alimenté de ses propres mains , ajouterait aux splendeurs hydrauliques de Versailles.
Dans ce réduit à ciel ouvert, où le soleil verse à Ilots une chaleur de fournaise, notre Marseillais ne se donne pas seulement la joie de respirer le frais , comme il dit, mais surtout il y vient pour le plaisir de chasser sur ses terres. Lorsque les dimensions trop restreintes de son domaine ne lui permettent pas de bâtir une bastide, il construit une sorte d'abri qu'on appelle un poste , et \h il passe de longues heures, pourvu de munitions abondantes , à guetter le passage des grives, le seul gibier que la Providence injuste accorde à son ambition de Nemrod.
Mais le convoi entre de*nouveau dans une tranchée, c'est la dernière, bientôt il arrive h une vaste esplanade où s'élèvent les élégantes constructions de la gare.
Avant d'entrer dans la grande ville, il est juste de nous arrêter un instant dans cette gare , la plus importante de toutes celles du réseau de la Méditerranée.
Elle est construite sur de vastes proportions et dans un style imité de l'architecture antique, dont la simplicité s'harmonise mieux que tous les autres avec la sérénité du ciel méridional. Une cour longue de 171 mètres, sur environ SO mètres, y donne accès du côté de la ville, qu'elle domine de toutes parts. Cette cour est mise en communication avec Marseille par des rampes douces pour les voitures, et par de vastes escaliers pour les piétons. Un beau vestibule à
arcades annonce le bâtiment principal, renfermant dè& salles d'attente vastes et commodes , disposées parallèlement à la voie , et s'ouvrant sur la grande salle couverte , longue de 159 mètres et large de 30 mètres. De l'autre côté de la saîle se trouvent le vestibule d'arrivée et deux cours f l'une destinée au service des voitures, l'autre au service des marchandises.
Gare de Marseille.
. Rien de plus poétique que la légende de la fondation de Marseille. Les Phocéens, frappés de l'admirable situation de la contrée, habitée par les Sigobriges députèrent Protis, un des leurs, auprès du roi Naut ou Nanus, pour contracter une alliance au nom des deux peuples. Protis arriva au moment où la fille du roi , Gyptis , était appelée à choisir un époux." Selon la coutume des Sigobriges, la Jeune fille devait porter un vase plein d'eau k celui des assistants auquel elle voulait . accorder sa main. Gyptis, frappée de l'aspect martial et de la bonne grâce de l'étranger, s'arrêta devant lui et lui tendit le vase en rougissant Protis, devenu le gendre de Nâut, se fixa dans le pays avec ses compagnons, et fonda une colonie qu'il
nomrna Massalia (mas sali a, demeure salienne). Plus tard Massalia devint Massilia, et enfin Marseille.
La nouvelle colonie fit des progrès rapides. Cinq cent quarante-deux ans avant Jésus-Christ, la conquête de l'Ionie par Harpagus accrut encore la population de Marseille d'un grand nombre de proscrits phocéens. Dès cette époque elle prend rang parmi les plus importantes cités commerciales du monde connu. Ses vaisseaux visitèrent les ports de l'Asie Mineure, de la Grèce et de l'Italie , pendant qu'elle introduisait la culture du blé, de la vigne et de l'olivier dans les campagnes voisines. Un vaste port, le Lacydon, reçut les navires de toutes les nations; une enceinte fortifiée protégea la colonie du côté des terres. Sa marine ne resta pas seulement l'instrument d'un commerce actif et florissant ; plus d'une fois elle entra en lutte contre les flottes de Tyr, de Rhodes et de Carthage.
Mais les Grecs n'avaient pas seulement apporté avec eux leur esprit commercial et industriel ; l'Olympe d'Homère et d'Hésiode les avait suivis sur ces nouveaux rivages. Les habitants de Massilia professaient un culte particulier pour l'Apollon deîphien et pour la Diane éphésienne, à qui ils élevèrent un temple dans l'enceinte même de la citadelle.
Leur constitution politique paraît avoir eu pour base une sorte d'aristocratie financière. Le peuple choisissait parmi les notables citoyens, c'est-à-dire parmi les plus riches et les plus considérés, six cents pères de famille appelés mouques (revêtus d'honneurs), pour en former un conseil souverain ; les timouques nommaient parmi eux quinze administrateurs de la cité, et trois fonctionnaires dont les attributions se rapprochaient de celles des consuls romains.
Nous ne saurions entreprendre d'écrire ici même une esquisse de l'histoire de Marseille ; à peine nous est-il permis d'en feuilleter les pages les plus brillantes ou les plus dramatiques. Disons seulement que la civilisation de la colonie
phocéenne, et une civilisation très-avancée , fut contemporaine de son commerce et de son industrie. On possède des monnaies marseillaises du \ e siècle avant l'ère chrétienne, d'un remarquable travail, et des drachmes du iv e siècle à l'effigie de Diane, où l'on trouve d'admirables beautés, même en les comparant aux chefs-d'œuvre de Corinthe et de Syracuse.
Les navigateurs marseillais , après avoir fondé dans les environs des colonies qui devinrent bientôt florissantes, Nicxa (Nice), Catharista (la Giotat, la ville à la cithare), Antipolis (Antibes), en établirent d'autres sur les côtes d'Espagne et d'Italie, Dercia, Roses , Ampuria, Elea, Monaco.
Presque toutes les rivales de Massilia s'effacent peu à peu devant elle. Les armes d'Alexandre, en ruinant Athènes et Tyr, plus tard celles de Rome en détruisant Carthage , la rendent maîtresse sur toutes les mers. Une étroite alliance, une amitié sincère l'unit à Rome. La première de ces villes avait reçu , il est vrai , d'éminents services de la seconde. Lorsque Rome eut été dévastée par Brennus , Marseille envoya aux Romains tout l'argent de son trésor ; plus tard, quand Annibal traversa la Gaule, les Marseillais avertirent les Romains de sa marche, excitèrent la résistance des Cavares, fournirent des vaisseaux pour la guerre , et offrirent . des secours après la bataille de Cannes.
Rome se montra reconnaissante. A diverses reprises elle aida Massilia contre les barbares, et enfin, lorsqu'elle forma dans le midi de la Gaule conquise la province de la Narbonnaise, elle épargna le territoire de son alliée et lui laissa toute son indépendance.
Malheureusement, cette amitié des deux républiques reçut Une fatale atteinte de la chute de la liberté romaine. Marseille ayant pris parti pour Pompée, César l'assiégea et parvint à s'en emparer après un long siège où elle se défendit avec héroïsme. Il lui laissa ses lois, mais il lui enleva, à l'excep-
lion deNice, toutes ses colonies, la dépouilla de ses armes et - de ses vaisseaux, établit deux légions dans la citadelle et une flotte romaine dans le port de Juliette {Julii sialio), et fit porter à son triomphe Ja statue de Marseille vaincue. Ce spectacle arrache à Cicérpn une apostrophe éloquente et indignée : « Nous avons vu , s'écrie-t-il , comme le dernier exemple de la décadence de notre empire, porter dans un triomphe l'image de Massilia , de cette cité sans le secours de laquelle nos généraux n'auraient jamais vaincu de l'autre côté des Alpes. ». . •
Toutefois, en perdant son indépendance, Marseille garde le premier rang parmi les cités commerciales. La culture des lettres et des sciences la console de la ruine de sa liberté en forçant ses vainqueurs à l'admirer. Fille de la Grèce, elle conserve longtemps encore dans ses écoles les grandes tra- ' dirions de la mère patrie, et devient le rendez-vous de tous les beaux esprits du monde romain , accourant dans ses TOurs pour éclairer leur intelligence aux derniers rayonnements des arts et des lèttres antiques. Cicéron l'appelait l'Athènes des Gaules ; Pline, la maîtresse des éludes. Gallus, l'ami de Virgile, Trogue Pompée, l'illustre Agricola, beaupère de Tacite, Pétrone, étudièrent à Marseille. Elle vit naître des poètes , des prosateurs , -des grammairiens , des savants célèbres et des professeurs éminents. Lucius Plotius, qui le premier enseigna publiquement la rhétorique a Rome, Gniphon Vàlérius, les médecins Démosthènè, Gharius et Crinas, aussi recommandable par sa générosité et par son patriotisme que par ses connaissances dans l'art d'Hippocrate et de Galien , et qui donna dix millions de sesterces pour réparer les murailles de la ville , étaient fils de Marseille.
Puis vinrent la décadence du monde romain , les persécutions des martyrs et l'établissement de la foi chrétienne dans les Gaules. Victor, commandant des. troupes romaines
dans la citadelle, fut le premier qui confessa la foi nouvelle (vers 288) k Marseille. L'empereur Maximien Hercule le fit mettre à mort au milieu des plus cruels tourments; mais les restes du saint et ceux de trois de ses soldats qu'il avait convertis furent pieusement recueillis par les fidèles et déposés dans une grotte devenue depuis le but de nombreux pèlerinages. Peu à peu, néanmoins, le christianisme s'établit; aux écoles de la littérature et de l'art païen, depuis longtemps déjà oubliées ou mourantes, succèdent les écoles chrétiennes où l'on enseigne la grammaire, les belles-lettres, la théologie, la rhétorique. L'auteur du livre sur le Gouvernement de Dieu, l'un des Pères de l'Église les plus éloquents, Salvien, sortit de ces écoles.
Ce dernier souffle de civilisation fut étouffé par les invasions successives des Visigoths, des Burgondes, des Ostrogoths, des Francs et des Sarrasins (735). Gharlemagne te ranime un moment. Sous sa domination, Marseille redevient une ville commerçante et lettrée. Mais la féodalité fait de la cité grecque, en 972, l'apanage d'un vicomte franc. Marseille fut alors divisée en deux parties : la ville basse, commerçante et industrielle, fut séparée par une muraille de la ville haute , habitée par des pêcheurs. La première élait la ville vicomtale, la seconde la ville épiscopale , soumise à la juridiction de i'évêque. Cette misérable boorgade conserva seule des institutions quasi républicaines : quatre prud'hommes, élus par le peuple, étaient chargés de prononcer en dernier ressort sur les différends qui pouvaient s'élever. Ce tribunal subsiste encore aujourd'hui. En 1214 , les Marseillais, qui n'avaient jamais subi qu'avec impatience le jôug féodal , dont ils tentèrent plus d'une fois de se délivrer , virent leurs seigneurs renoncer volontairement à leurs droits en faveur de la cité.
A partir de 1214, Marseille s'administre et se gouverne
elle-même, comme au temps de sa plus grande puissance.
Les affaires importantes de la ville étaient soumises à un parlement formé de tous les citoyens jouissant de leurs droits civils , et qui tenait ses séances dans un cimetière. À côté du pouvoir législatif était établi le pouvoir exécutif, composé du grand conseil où siégeaient quatre-vingts bourgeois , trois docteurs en droit et six chefs des métiers. Un podestat annuel, choisi toujours parmi les étrangers, et surtout parmi les Italiens , assisté d'un viguier et de trois syndics , présidait cette république. Au-dessous de lui se trouvaient trois clavaires ou trésoriers , trois archivaires ou conseillers d'État, six prud'hommes de la guerre formant le conseil de l'amirauté, et douze intendants chargés de la police des six quartiers de la ville.
Avec la liberté revinrent le commerce et l'industrie; puis les croisades rouvrent aux Marseillais le marché de l'Orient. IU établissent des comptoirs dans toute la terre sainte, et les premiers ils envoient dans ces comptoirs des consuls. Malheureusement la liberté de la ville reçut de nouvelles ^atteintes; en 1242, Marseille se voit forcée d'accorder des droits de suzeraineté à Raymond Béranger, puis à Charles d'Anjou. Ce dernier ne parvint à les conquérir qu'après deux sièges (1252, 1256) dans lesquels les habitants se défendirent avec héroïsme, et où leur adversaire déploya une cruauté inouïe. Upe foi* vainqueur, il nomma les membres du grand conseil ; pourtant il laissa au conseil municipal le droit de voler la paix et la guerre et les impôts. Sous son gouvernement et sous celui ,de ses successeurs, la prospérité de Marseille alla en décroissant. La ville , en prenant parti pour la maison d'Ajnou , s'attira la colère d'Alphonse d'Aragon, qui l'assiégea et la prit après une résistance opiniâtre (1423); elle fut brûlée et incendiée par le vainqueur. « On voyoit, dit à ce propos Michel de Nostradamus, tomber de grands esclalsde murailles, avec des esclats horribles et merveilleux, meslez parmi les cris et les hurlements des femmes esche-
velées et des enfants esperdus; ils tomboient inorts d'espouvante, sans coups, les ungs sur les aultres. » . Néanmoins les ducs d'Anjou finirent par récompenser les Marseillais de leur fidélité : Louis II leur accorda la faveur peu morale-, mais assurément très -profitable, de prêter à 40 pour 400, sans pouvoir être légalement accusés d'usure. Mais René fut surtout leur bienfaiteur, comme il le fut de toutes les populations de la Provence. .11 rétablit les libertés municipales, ouvrit le port aux navires de toutes les nations, et créa des manufactures dont les principales industries, les savonneries, par exemple, subsistent encore aujourd'hui.
La réunion de Marseille à la France sous Charles VIII fut fatale.à sa liberté; les membres du conseil se virent réduits à soixante-douze , et se renouvelèrent par tiers chaque année.
François 1 er fut reçu à Marseille en grande pompe. Les habitants montrèrent un grand dévouement à sa cause, et soutinrent contre le connétable de Bourbon elles impériaux, en 4524, un siège que l'ennemi se vit forcer d'abandonner au bout de trente-deux jours, devant la résistance héroïque de la population.
Les guerres de religion furent funestes k Marseille comme à presque toutes les villes du royaume. Un. bourgeois , Lamolte Duriez, y exerça au nom de la Ligue une autorité arbitraire et tyrannique, à ce point que ses partisans eux-mêmes, se réunissant contre lui, le firent condamner à mort et exécuter. Néanmoins les persécutions n'en furent point ralenties. En 4 594, le chef des ligueurs, Charles Caraux, qui avait concentré dans ses mains et dans celles du viguier, Louis d'Aix, un pouvoir dictatorial, signa avec le duc de Savoie un Iraité interdisant dans la ville tout autre culte que le culte catholique, et défendant d'y recevoir d'autres troupes que celles du roi d'Espagne. La trahison de Pierre Libertat rendit Marseille à la France et au roi Henri IV, qui le récompensa magnifiquement. Il le créa viguier, et le dota de 50 000 écus.
Marseille prit part aux troubles de la Fronde. Elle en fut sévèrement punie. Louis XIV avait décidé que les conseils et les officiers municipaux seraient tirés au sort, ce qui parut justement absurde aux habitants. Il y eut des barricades commandées par deux citoyens courageux, Gaspard Mondes et son frère. Mais le roi l'emporta; les Mondes furent tenus d'aller* à Versailles implorer leur pardon et celui de la ville. L'étiquette voulait qu'ils se missent à genoux ; on le leur cria deux fois : ils restèrent debout. A son retour, il est vrai, Gaspard Mondes fut foVcé de se cacher pour éviter les suites d'un mandai d'arrêt lancé contre lui» Ce fut le dernier sou^ pir des libertés de Marseille. Mercœur renvoya les consuls , enleva les canons de la ville. L'administration, d'abord remise aux mains de M. de Pelés, fut ensuite transférée à ùn viguier,deux échevins et soixante-dix conseillers. Louis XIV vint à Marseille. Il y entra accompagné de Mazariu , par une brèche pratiquée dans l'enceinte de la cité, et logea chez. Riquesti de Mirabeau, un des ancêtres de celui qui un siècle plus tard devaitporterde si rudes atteintes au pouvoir absolu.
En entrant définitivement dans la grande unité française, Marseille vit s'accroître sa prospérité, grâce au génie de Golbert. Son port devint port franc en 1669; de deux cents vaisseaux que possédaient d'abord les armateurs et les négociants, ils allèrent jusqu'à quinze cents. La ville fut assainie, augmentée et embellie; le Cours, la Cannebière et les allées datent de cette époque.
Une calamité lamentable et qui ne s'effacera jamais de la mémoire de3 hommes vint tout à coup fondre sur la rité; nous voulons parler de la fameuse peste de 1720. De 90 000. hommes , la population tomba à 50000. Gette. agonie dura treize mois (du 25 mai 1720 au mois d'août 1721)! Nous ne voulons pas essayer de retracer les horreurs de ces jours néfastes- des voix éloquentes l'ont fait avant nous; nous ne tenterons pas non plus de raconter après tant
d'autres l'héroïque dévouement de Févêque Belzunce, des échevins Estelle et Rose.
Chacun sait, en effet, que les hommes destinés à l'ensevelissement des morts manquèrent bientôt. On vit alors Belzunce parcourir les rues encombrées de cadavres et d'agonisants, prodiguer les consolations aux malades, ou aidé de son clergé procéder à l'ensevelissement des morts. Plus de 4500 cadavres gisaient étendus sur la place de l'hôtel de ville, et un nombre plus considérable encore sur l'esplanade . de la Tourette; Estelle et le chevalier Rose, suivis des forçats qu'on avait tous mis en liberté, débarrassèrent ces épouvantables charniers.
La Révolution trouva les Marseillais préparés à l'enthousiasme. La prise de la Bastille les enflamma surtout d'ardeur. Dans la nuit du 17 au 20 avril 4790, ils s'emparèrent des forts Saint-Jean et Nicolas , ces bastilles élevées par la monarchie de Louis XIV et de François I ,r contre les libertés de la cité. La ville devint bientôt le rendez-vous d'un grand nombre de patriotes , qui formèrent une sorte d'armée avec laquelle les Marseillais chassèrent les Suisses d'Arles et démolirent l'enceinte d'Aix, malgré la présence du général Witgenstein. Ce fut dans ses murs , au milieu d'un banquet qui précéda le départ de Barbaroux pour Paris à la tête du bataillon marseillais, que Mircœur, député du club de Montpellier, fit entendre pour la première fois l'hymne célèbre qui conduisit si souvent nos armées k la victoire. Le lendemain de ce banquet, l'œuvre inspirée de Rouget de Tlsle parut dans un journal, sous le titre de Chant de guerre aux armées des frontières, sur t air de Sargaires.
Les conséquences de l'expédition d'Égypte et les guerres de l'Empire ne furent pas favorables au commerce de Marseille. Avec la paix , sa prospérité remonta promptement h son ancien niveau , et la conquête de l'Algérie la fit tout à coup chasser les limites qu'elle avait atteintes aux siècles
précédents. Le commerce marseillais, comme s'il eût prévu les grands avantages qu'il retirerait de cette expédition, y contribua très-largement et fournit à la marine royale des approvisionnements , 357 navires de transport et 425 bateaux armés pour le débarquement des troupes. Marseille, qui avait 96 000 habitants en 4 84 4 , en comptait 113 000 en 4827, 146000 en 4836, et 183 000 en 4846. Aujourd'hui, d'après le recensement de 4854, elle en a 495 438.
En tout temps Marseille fut riche en hommes célèbres. Nous avons déjà parlé de ceux qu'elle donna à l'antiquité. Au moyen âge elle vit naître le troubadour Fouquet, qui devint évêque de Toulouse ; au xvn* siècle, Honoré d'Urfé, l'auteur du roman i'Astrée, le grand statuaire Puget, le célèbre prédicateur Mascaron, le généalogiste Pierre d'Hozier, le botaniste Plumier; au xviii* siècle, Lantier, auteur du Voyage d'Anténor; aux assemblées de la Révolution elle donna Barbaroux et le marquis dePastoret.
C'est une coutume assez générale de regretter qu'une grande ville comme Marseille ne possède pas de monuments somptueux, et qu'il ne s'y rencontre, à part quelques débris de peu d'importance, aucune de ces ruines antiques qui font l'orgueil d'Arles ou de Nîmes. On voudrait surtout y retrouver quelques vestiges de l'art grec; mais rien ne subsiste dès temples d'Apollon delphien et de la Diane éphésienne ; on chercherait vainement dans toute l'étendue du territoire marseillais, sinon dans quelques collections, un tronçon de colonne, un chapiteau mutilé, capables de réveiller dans l'esprit du voyageur amoureux des œuvres éternellement belles de la Grèce le souvenir des Phocéens , fondateurs de Marseille.
Quelques esprits chagrins et dépités en ont tiré une conclusion complètement fausse. Les Marseillais, ont-ils dit, n'ont jamais eu l'enthousiasme de l'art, mais seulement celui du commecce et du lucre; s'ils ne possèdent rien ou presque rien
qui puisse rappeler leurs ancêtres, c'est que leurs ancêtres préféraient comme eux le culte de Mercure, dieu du commerce, ou de l'opulent Plutus, à celui des Muses. Ces critiques sont un démenti donné à l'histoire. Trop d'écrivains de l'antiquité, ainsi que nous l'avons vu , ont célébré la civilisation raffinée de Massilia , pour qu'il soit permis de supposer que cette ville n'ait pas eu , elle aussi , ses grands architectes ou ses sculpteurs habiles. Si les dévastations des barbares n'ont rien laissé subsister des temples ou des palais de la colonie dorienne, il n'y a pas à s'en étonner; Lyon, qui fut dotée par les- empereurs de tant d'édifices ad- . mirables, n'a guère plus conservé de vestiges de la civilisation romaine que Marseille n'en a gardé de la civilisation grecque.
On peut d'ailleurs se consoler de l'absence de monuments • à Marseille, puisqu'on est en train d'y construire une bourse et une cathédrale. D'ailleurs , si on n'y voit ni belles églises ni riches palais, en revanche la vue y est rarement affligée par ces constructions prétentieuses et de mauvais goût élevées pour la satisfaction des vanités municipales , au- grand désespoir des délicats et des difficiles. *
Aussi Marseille n'en reste pas moins une des plus belles villes de France, et des plus curieuses à visiter. Elle a des quartiers élégants et des quartiers pittoresques , des promenades charmantes, des alentours qu'on trouverait admirables, si le chef-lieu des Bouches-du-Rhône était la capitale d'une principauté italienne. Elle a enfin son port et la Can^ nebière !
On a fait beaucoup de quolibets sur la Cannebière ; mais les quolibets n'ont jamais été des raisons, et l'aspect de la Caijnebière frappera toujours l'étranger d'admiration, lors même qu'il aurait vu le Corso de Rome, le boulevard des Italiens de Paris, ou les quartiers les plus opulents de Londres. Pourtant là Cannebière ne ressemble à aucun de ces lieux
si justement célèbres. Qu'on se figure une rue large et longue à peu près comme la rue Royale-Saint-Honoré, qui commence d'un côté à une promenade plantée d'arbres , le Cours % et qui finit à la mer, bordée d'hôtels d'une majestueuse architecture bâtis par le Pujet et de cafés éti.ncelants qu'emplit chaque jour une foule immense et surtout bigarrée. A. vrai dire, la mer et la foule qui circule à flots pressés du Cours au port font la plus grande beauté du spectacle : spectacle
La Cannebière.
admirable quanJ le soleil touche à son déclin, et que les mâtures et les agrès des navires découpent leurs silhouettes noires et enchevêtrées sur un fond d'azur, de pourpre et d'or.
La ville se divise en trois parties principales. A l'origine, la vieille cité, la cité des Phocéens, était bâtie sur la rive orientale du port. Au moyen âge, une seconde ville, la ville épiscopale, s'établit, comme nous l'avons vu, sur l'autre rive, autour de l'abbaye de Saint- Victor. Des habitations éparses
réunissaient ces deux centres* Plus tard elles se serrèrent davantage et donnèrent naissance à la ville neuve, séparée des deux autres aujourd'hui par cette immense artère qui traverse Marseille de Test à l'ouest, en ligne droite, prenant successivement dans l'étendue de son parcours les noms de route et de rue d'Aix, du Cours, de la rue de Rome et de la rue du Grand-Chemin de Rome.
A partir de l'extrémité du Cours, la ville neuve envahit par un large crochet, qui s'arrête à la hauteur de la place Royale, l'ancienne ville épiscopale.
Si ces grandes divisions de Marseille, subdivisées ellesmêmes en différents quartiers, ont chacune leur physionomie propre, leurs habitants qui ne sont pas les habitants des autres quartiers, on peut dire que la Cannebière et le port sont le centre commun où vienneut se réunir ces populations diverses. Quand on a séjourné quelque temps sur la Cannebière, on a vu tous les Marseillais, depuis les nervis et les artisunes de la place des Hommes jusqu'aux grandes dames et aux opulents propriétaires du cours Bonaparte; depuis le matelot des vieux quartiers jusqu'aux armateurs, aux banquiers et aux négociants habitués du café Boudhoul, le Tortoni de Marseille, ou membres du cercle des Phocéens.
Mais ce n'est pas la population provençale et marseillaise qui fait le charme le plus saisissant de la Cannebière et du port. Le port est le plus beau de la Méditerranée, sans contredit, et le plus fréquenté. S'il y a encore des Turcs quelque part, j'entends de vrais Turcs, portant des turbans et des pelisses, vous les trouverez là, avec leur physionomie honnête et douce, leur gravité un peu nonchalante. A côté d'eux, voici les Grecs, leurs irréconciliables ennemis; mais ne vous attendez pas a rencontrer parmi les descendants d'Alcibiade ces types d'une beauté suprême rêvés par les poètes et réalisés par le ciseau de Phidias. Les Grecs modernes, du moins
ceux qu'on voit à Marseille, sont de race malingre et d'une prétentieuse et sordide élégance dans leur costume, qui ne rappelle en rien les idéales draperies de la statuaire antique. En revanche, ils sont bruyants et prodigues de gestes, autant que pas un Athénien discoureur habituel de l'Agora. Après les Turcs et les Grecs vient toute une population de Levantins et d'Africains, dont les costumes sont plus ou moins vulgarisés par des pièces empruntées aux vêtements européens; des Arméniens, de vigoureux matelots de Tunis, au cuir bronzé, aux formes nerveuses , des nègres de toutes nuances, depuis le bistre clair jusqu'au noir d'ébène.
Les députés des autres nations à ce grand congrès commercial et maritime sont moins faciles à reconnaître. Toute» fois pas n'est besoin d'être un Lavater pour distinguer ce matelot anglais, roide et gauche, du malelot catalan, au sombre regard et au teint couleur d'airain de Corinthe. Ce candide Hollandais, si attentif et si mesuré en ses mouvements, n'a guère l'allure d'un Provençal, et il ne ressemble pas davantage à, un Breton. L'homme du Nord, qui s'enivre d'alcool et de bière, est facile k remarquer au Milieu de ces populations sobres du midi où l'on voit un portefaix entrer haletant chez un liquoriste pour se faire servir, en guise d'eau-de-vie , un verre de limonade ou de sirop. Et puisque nous parlons des portefaix , où avez-vous vu , je vous prie, ailleurs qu'à Marseille, des femmes exerçant ce rude et dur métier? Ce sont des Génoises qui , malgré leur vigoureuse encolure, ont des pieds et des mains d'enfant. Elles s'acquittent de leurs fonctions viriles avec une aisance qui n'est point sans grâce. Un peintre prendrait plaisir à les regarder charger sans efforts apparents, sur leurs larges épaules, une sorte de joug recourbé portant à ses deux extrémités, appendus par des cordes, deux énormes paniers de jonc, pleins de blé de Grimée et d'Egypte ou de maïs doré. Ces paniers ressemblent à ceux dont on voit le modèle sur les vases
grecs ; ils n'ont pas changé (te forme depuis la fondation de Massilia.
Puisque nous avons indiqué déjà les grandes divisions de Marseille, continuons notre coursé au clocher. La partie orientale du pont est un des quartiers les plus rebutants de la ville; il est occupé par de vastes magasins et de .grands chantiers. Les marins grecs y, ont une auberge dont l'enseigne est peinte en caractères semblables à ceux dont se * servaient Sophocle et Thucydide. Le quartier central de la Gannebière, de la place Royale, des rues Saint-Ferréol et Paradis peut se comparer aux quartiers de la rue Vivienne et Richelieu. Plus au nord, on trouve des quartiers exclusivement bourgeois. La vieille" vilte , la ville de la rive occidentale du port, aussi sale, aussi puante que possible, est la ville des matelots, des ouvriers, la ville populaire en un mot. Il faut s'y aventurer avec toutes sortes de précautions et bien regarder devant soi. Autant les rues de la ville neuve sont droites et aérées, aulant celles de la vieille ville sont étroites et tortueuses. Mais il y a des quartiers fort pittoresques, et que devront visiter ceux qui voudront emporter de leur voyage un souvenir exact de l'ensemble de Marseille.
Par delà les boulevards, au nord, se rencontrent d'autres quartiers aristocratiques, dont la solitude et le calme offrent un contraste frappant avec le bruit et l'agitation du reste de la ville. C'est dans ces régions éloignées du centre que se irouvent les couvents et les confréries. Aux extrémités de la rue de Rome et de la rue d'Aix sont des faubourgs reliés entre eux par des habitations plus ou moins serrées, mais qui tendent chaque jour à se rapprocher davantage et à former de nouveanx quartiers, malgré l'irrégularité du terrain.
Lorsque nous disions tout à l'heure que Marseille n'avait pas de monuments, cela signifiait seulement qu'elle n'en possédait aucun digne de son importance. Elle en a cependant que nous n'avons pas le droit de passer sous silence,
et nous allons commencer une revue rapide des principaux édifices du chef-lieu des Bouches-du-Rhùne par le plus ancien de tous les monuments religieux ,-par l'église Saint- Victor, située à l'extrémité de la rue Sainte, près du port Saint-Nicolas.
Au commencement du v e siècle, Cassien , après avoir as-* sisté dans tous les grands centres de la chrétienté aux dis-
Saint-Viclor de Marseille.
eussions que soulevaient les matières de la grâce, vint se fixer à Marseille. Il fonda pour ses nombreux disciples le monastère de Saint-Victor, destiné aux hommes, et celui de Saint- Sauveur, destiné aux femmes.
L'abbaye de Saint-Victor a joui d'une très-grande célébrité au moyen âge. De même que l'abbaye de Lérins et les églises d'Arles et de Lyon, elle resta longtemps fidèle auxtraditions orientales et demeura étrangère au mouvement
de l'Église de Rome. Elle n'entra guère dans la grande unité catholique que deux siècles plus tard.
Comme presque tous les monuments fondés à cette époque, le monastère de Cassien , établi sur les catacombes de Saint- Victor, fut successivement détruit et réédifié plusieurs fois. C'est en 1200 que l'église fut reconstruite sur un plan nouveau , roman par l'ensemble, gothique par quelques détails. En 1350, le pape Urbain , qui avait été abbé de Saint-Victor, y ajouta deux tours. De ces deux tours il n'en reste plus qu'une aujourd'hui; d'autres, qui subsistent encore, sont d'un appareil différent et plus moderne. L'église n'offre rien de remarquable à Fintérieur, et la décoration a été souvent remaniée. 11 n'en est pas de même de la crypte. En partie creusée dans le roc, en partie bâtie en moyen appareil, elle rappelle par la beauté mâle de ses proportions les plus vigoureux monuments des Latins. Malheureusement, lorsqu'on a refait l'église supérieure, on a gâté la crypte en la coupant par des murailles destinées à supporter les piliers des nefs construits au-dessus des voûtes.
De nos jours on a creusé un bassin de carénage au pied de l'abbaye, dans l'endroit occupé jadis par le cimetière. Tous les bruits et tout le mouvement de l'industrie moderne se mêlent au lieu même où l'on n'entendait que les chants de l'office divin et les murmures de la prière.
Du monastère de Saint-Sauveur, il ne reste plus rien aujourd'hui que les souterrains, composés de six voûtes à grand appareil, creusés dans les flancs d'une hauteur à droite du port, et communiquant tous entre eux par une sorte de corridor.
La cathédrale, la Major (Sainte-Marie-Majeure), est située à l'extrémité de l'esplanade de la Tourette. La tradition veut qu'elle occupe l'emplacement d'un temple de Diane. Aujourd'hui son architecture n'offre rien d'intéressant , les murs seuls de son abside romane ayant échappé aux restaurations successives qui l'ont défigurée.
Elle possède un tombeau antique qui sert de fonts baptismaux, un tableau de D. Papety, né à Marseille, représentant; sainte Philomène en prière; mais son plus bel ornement est le tombeau de Lazare. Il se compose de deux arcades, audessus desquelles est une frise couronnée de deux frontons circulaires , à l'aplomb des deux arcades. Trois statues de saints décorent ce monument. Celle du milieu représente un guerrier armé de toutes pièces de blason. Sur la frise on lit des vers latins à la louange de Lazare. Ce monument, d'une très-grande délicatesse d'exécution, est en marbre de Carrare et semble appartenir à l'art florentin du commencement du xv e siècle. ■ »* •
L'église des Accoules, près du palais de justice, ne mérite de nous arrêter que pour son clocher gothique en pierre (xiv e siècle), qui domine tout Marseille.
Les églises de Notre-Dame du Mont-Carmcl, près de Tare de triomphe; Saint-Théodore, rue des Dominicains; Saint- Charles, rue Grignon; Notre-Dame du Mont, sur la place de ce nom; des Chartreux, près du jardin des plantes; des Prêcheurs, sur la place de ce nom, ont presque toutes été construites ou complètement restaurées aux xvn e et xvm* siècles; elles ne méritent pas de longues visites du voyageur qui a vu Avignon et Arles. On remarque à Notre-Dame du Mont-Carmel l'élévation de la voûte, les sculptures du chœur, de la chaire et de l'orgue et plusieurs tableaux de Serre; à Saint-Théodore, un saint Jérôme de Zurbaran.
Le culte grec-arabe-catholique poâsède la chapelle de Saint-Nicolas de Myre, rue Monleau; le culte grec-schismatique a un temple dans la rue de la Grande-Armée; le culte israélite a le sien rue de Grignon, à côté de celui des protestants.
Édifices civils. — La Porte de la Joliette, qui faisait autrefois partie des remparts, remonte/ selon quelques archéologues , au temps le plus reculé : c'est par elle que César
aurait fait son entrée dans la ville. D'autres pensent au contraire qu'elle ne date que du xvii" siècle, et c'est notre avig; nous ne l'avons citée qu'à cause de sa réputation d'antiquité; c'est une ruine complètement fruste et dégradée, et qui ne résistera pas longtemps désormais à l'influence corrosiye des vents marins. ,iv/ La Consigne, à l'extrémité du port, près du fort Saint- Jean , est le lieu de réunion et le local des bureaux de Pïii-
Hôtel de ville de Marseille.
tendance sanitaire. On y voit un bas-relief justement célèbre de Pujet, la Peste de Milan, une Scène du choléra, de M. H. Vernet, et un très-curieux tableau de David, Saint Hoch priant pour les victimes de la peste. Ceux qui connaissent l'ensemble des œuvres de ce maître illustre seront certainement fort étonnés à la vue de cette toile, peinte par David dans les commencements de son séjour à Rome, dans une manière qui rappelle l'école du Carrache. ' »i
V hôtel de ville est une construction d'une assez mé- <
diocre étendue, primitivement destinée à servir de Bourse. On a faussement attribué au Pujet l'architecture de ce bâtiment, construit par un Italien dont le nom est resté inconnu; le style en est lourd et pesant, et Ton y voit des ornements bizarres et contournés imités de certains palais génois du xvii* siècle. La façade donne sur le port. Elle se compose d'un corps de bâtiment à deux étages, flanqué de deux pavillons formant avant-corps; le tout chargé de colonnes, de pilastres, d'arcades, de bossages, d'un goût un peu étrange, mais cependant opulent et pittoresque. Au centre et dans la partie supérieure on voit un écusson aux armes de France, sculpté par le Puget avec cette audace d'exécution large et puissante qu'il apportait dans toutes ses œuvres.
Ce qu'il y a de plus étrange dans l'hôtel de ville de Marseille, c'est qu'on ne trouve pas dans le premier-étage du principal corps de logis d'escalier pour monter aux étages supérieur^. L'escalier se trouve dans un autre bâtiment séparé de l'hôtel proprement dit par une rue qu'il franchit sur une voûte •légère. Cet escalier h rampes de marbre a du reste toutes les apparences d'un monument. Au bout de la première rampe, au pied de la -statue du traître Libertat, il sç partage en deux grandes coupes latérales réunies a leur sommet par un beau palier chargé de colonnes. On a attribué cet escalier au Puget.
De la préfecture, de Xcvcchè, du palais de justice, du tribunal de commerce, nous ne vous dirons rien, n'ayant rien à vous en dire. Nous rappellerons seulement que l'hôtel de la préfecture fut construit par Georges Roux, négociant de Marseille, l'Ango du xvnr 3 siècle.
. Georges Roux, qui de Gommis était devenu le plus riche armateur de la ville , ayant appris qu'un de ses vaisseaux avait été insulté par un navire anglais, et ne trouvant pas le gouvernement français disposé à lui faire donner satisfaction, résolut de se venger lui-même. Il arma et équipa plutôt - m
sieurs navires et déclara la guerre au roi de la Grande- Bretagne par un manifeste commençant ainsi : s . |, « George Roux à George roy. » r \ Après plusieurs années de courses, Georges Roux, estiman t que ses corsaires avaient assez fait de mal à son ennemi, fit cesser la lutte en désarmant avec les honneurs de la guerre. Il voulut ensuite jouir en grand seigneur du fruit do ses travaux, décora a grands frais son château de Brue, situé à douze lieues de Marseille, et son palais de ville, et se fu anoblir. Mais ces grandes dépenses diminuèrent singulièrement sa fortune. Il mourut marquis de Brue , conseiller d'État et chevalier de Saint-Michel, ne laissant qu'un hérn tage médiocre, comparé aux immenses richesses qu'il avait acquises. > Nous entrerons à peine à la Bourse. ,"n La Bourse est en bois , et conçue dans un style moresque qui rappelle beaucoup mieux une salle de bal de la banlieue parisienne que les magnificences de l'Alhamr bra. Nous avons vu que Marseille s'en élève une autre, qui sera peut-être un magnifique monument, mais qui certainement ne servira jamais à grand'chose. Et qu'on ne s'en étonne pas : la Bourse actuelle, pour être en sapin, n'en est pas moins vaste et spacieuse; seulement personne n'y veut mettre les pieds. Les agents de change, les courtiers et les négociants préfèrent se tenir au grand air et au soleil. Chaque jour leurs groupes épais encombrent dans l'après-mid^ la place Royale et les rues adjacentes. L'édifice le plus somp-^ tueux ne leur fera pas changer des habitudes qui remontent sans contredit aux premiers temps de la république phocéenne. C'est tout ce que les descendants de Protis ont retenu des traditions de Yagora.
Dans ses plans pour Marseille, Pujet avait dessiné à l'en-; trée de la rue d'Aix un arc de triomphe. C'est notre époque qui a exécuté ce projet.
Destiné tout d'abord à éterniser la mémoire de la prise du Trocadéro , ce monument changea de destination après la révolution de Juillet; il fut alors dédié aux gloires militaires de la République et de l'Empire. MM. David (d'Angers) . et Ramey furent chargés des sculptures. Le premier eut à exécuter toutes celles de la partie occidentale de l'édifice et uti grand bas-relief sous l'arcade; le second, l'autre bas* relief et toutes les sculptures de la face orientale.
M. Peuchand, l'architecte, semble avoir pris pour modèle l'arc de Titus, qui n'a qu'une seule ouverture ornée de chaque côté de deux colonnes corinthiennes avec un entablement surmonté d'un attique.
Les sculptures de M. Ramey sont une œuvre consciencieuse , mais d'un caractère académique un peu banal. Il n'en est pas de même de celles de David , que nous n'hésitons pas à placer a côté des plus admirables ouvrages qui soient sortis du ciseau de ce grand statuaire. Les quatre figures de l'attique, le Courage , la Résignation, la Prudence et la Prévoyance, ont dans leur attitude calme et sereine un caractère d'héroïsme sans emphase qu'on chercherait difficilement dans les œuvres contemporaines. L'exécution est à la hauteur du style, simple, forte et large.
Marseille possède deux théâtres. Le premier, qui seul appartient à la ville, et où l'on joue surtout des opéras et des ballets, est un grand édifice, avec un portique surmonté d'un fronton triangulaire, qui ressemble à tous les théâtres du même genre élevés en Europe depuis cinquante ans. La salle est vaste et commode.
Il s'appelle le Grand-Théâtre', le second, situé près des Allées de Meilhan , se nomme le Théâtre du Gymnase , après s'être appelé le Théâtre-Français. On y représente le drame, la comédie et le vaudeville. Nous n'avons rien à en dire, sinon que les pièces de M. Méry y obtiennent beaucoup de succès.
On a placé le musée sur le boulevard de ce nom , dans
les bâtiments obscurs et humides de l'ancien couvent «ftfe Bernardines. Cette collection, qui semblerait plus richè dans un local mieux disposé, renferme quelques toiles wmarquables. Au premier rang nous mettrons une Chasse au sanglier de Rubens, d'une couleur splendide : c'est l'une dès compositions les plus énergiquement conçues et dessinées de ce grand maître; — un beau Pérugin, la Famille de l» Vierge; —. l'Ange et Tobie, une Vestale, de D. Féti ; — un Ermite, de Salvalor Rosa; — le Christ mort, de Caravage; — la Construction de l'Arche, de Bassan ; — cinq tableaux de Danièle de Volterre; — un Paysage de P. Breughel; V Apothéose de la Madeleine, une des bonnes toiles de Phi*lippe de Ghampaigne; — deux autres tableaux du même maître ; — des peintures de Grayer, de G. de Lairesse, de Jordaens, de Sneyder, de Van Mol et d'autres maîtres ho)± landais ou flamands.* f On voit „ dans ce musée, bon nombre de toiles de l'école française des xvii e et xvin 0 siècles, parmi lesquelles plusieurs tableaux de Pujet, notamment celui qui est intitulé le Sauveur du monte, font voir sous un aspect peu connu le talent de ce grand artiste. Pujet était plutôt sculpteur que peintre, quoi qu'en aient dit des admirateurs trop passionnés qui l'ont placé au même rang que Michèl-Ange ; mais on retrouve dans sa peinture un peu lâche. , et fortement empreinte du style de l'école du Carrache, beaucoup des rares qualités de sa sculpture.
Il faut remarquer aussi les nombreux tableaux de Serre, peintre catalan, assez ignoré ailleurs qu'à Marseille oit il passa la plus grande partie de sa vie.
Parmi les monuments de l'art antique conservés dans, le musée de Marseille, on remarque le tombeau gallo-romain de Julia Quintilla, enlevé aux aliscamps d'Arles ; — plusieurs autres sarcophages romains et gallo-romains, entre autréfe celui de Jean Cassius; — la statue de la déesse égyptienne
Ma, déesse de la justice; — plusieurs colonnes antiques en brèche violette ou en granit, avec les bustes de Jupiter- Sérapis, de Junon, de Jupiter et d' Hercule ;— des fragments assyriens, un autel grec triangulaire, le cippe de Glaucias et plusieurs autres fragments précieux.
La bibliothèque , aussi .mal logée que le musée, se trouve à côté. Elle contient plus de 70 0Q0 volumes, et à peu près 4300 manuscrits.
Un très-beau cabinet de médailles est attenant au musée. Non loin se trouve le cabinet d'histoire naturelle , dont les collections sont étouffées dans le local trop étroit où elles ont reçu asile.
Places, fontaines, colonnes, promenades. — Nous avons déjà parlé du Cours, situé au commencement de la Cannehière. Au centre du Cours se trouve une statue en bronze
de Vévêque Belzunce , et aux deux extrémités une fontaine jaillissante en marbre et bronze doré. La statue est d'un Marseillais, M. Ramus.
La place Royale, où se trouvent le théâtre et la bourse actuelle , est décorée aussi d'une fontaine jaillissante, d'un goût médiocre, de l'aveu des Marseillais eux-mêmes. Nous aimons mieux la petite fontaine imitée de l'antique qui occupe le centre de la place Saint- Ferrcol , place un peu solitaire , mais plantée d'arbres et bordée de belles maisons.
Cette fontaine, élevée à la mémoi-re des citoyens qui se dévouèrent pendant la peste de 1 740, se compose d'une colonne tin granit surmontée d'une statue du génie de la Santé, par Ohardigny.
Nous n'avons pas grand'chose à dire des autres places. Mentionnons pourtant la place du Palais, en face du palais de justice, au pied dé la montée des Accoules. Un des côtés de cette place est occupé par un calvaire. C'est l'ancienne agora de Marseille; c'est là que se tenaient, dans l'origine, les assemblées populaires.
Au moyen âge elles se transportèrent dans la plaine Sainte Michel ou Champ de Mars, où les Romains avaient établi* après la prise de Marseille, un camp retranché. Le quartier où se trouve cette plaoe s'appelle le quartier de la Plaine. Naguère c'était le lieu le plus aride du monde; mais, depuis les beaux travaux hydrauliques qui ont amené les eaux de la Durance à Marseille, des fontaines se sont établies de toutes parts. Au milieu de la Plaine on a creusé, en \ 852, un bassin de 50 mètres de diamètre, dont le centre est occupé par un tertre couvert de plantes aquatiques , d'où s'élève une tour en marbre surmontée d'un groupe de rocailles. Un jet de plus de 50 mètres de hauteur s'élance du sommet de ce monument, qui serait peut-être une admirable chose si ce n'étaient la tour et les rochers, mais qui produit néanmoins un effet puissant et original. .<
Une charmante fontaine s'élève à l'angle formé par les deux allées de Meilhan. Là plus de rochers, ni de tour; mais un massif de lauriers-roses, de saules pleureurs et de plantes aquatiques occupe le centre d'un bassin de marbre où l'eau retombe en filets d'argent mat ou de cristal limpide et scintillant, à travers la sombre verdure et les fleurs éclatantes.
Les allées de Meilhan sont une des promenades les plus fréquentées par le beau monde de Marseille.
Si vous montez \&rued' Aubagne, vous trouverez, à l'angle d'un carrefour, une colonne surmontée d'un buste d'Homère. Surle socle on lit cette inscription, qui donne une idée peutêtre exagérée de l'amour de la population marseillaise poulies poèmes du divin aveugle : •■•»