‹ De Lyon a la MéditerranéeChapitre 12 sur 14 · VIII. PORTAS MVROS. DAT · texte numérisé non relu

VIII. PORTAS MVROS. DAT

« Le fils du divin César, Auguste , consul pour la quatrième fois, revêtu pour la huitième fois de la puissance tribunitienne , construisit ces portes et ces murailles. »

La Porte de France est située à l'angle sud des anciens murs. Sa construction est d'une élégante simplicité. Comme la précédente , elle était flanquée de deux tours maintenant détruites, a l'exception d'une partie de celle de gauche. L'unique ouverture est surmontée d'un attique orné de quatre pilastres.

Il est encore facile aujourd'hui de reconnaître l'emplacement de l'enceinte romaine, qu'on peut suivre dans tout son circuit, d'une longueur d'environ 6082 mètres. Les murs avaient une hauteur moyenne de 9 m ,50 au-dessus du sol. Ils sont parementés en dedans et en dehors par des assises régulières de moellons smillés et posés au ciment. L'intervalle entre ces deux parements était rempli par un blocage de fragments de pierre et de mortier, formant maintenant une masse compacte dure comme la pierre.

La cathédrale est la seule église ancienne de Nîmes; encore l'intérieur a-t-il été refait en grande partie au xvn e siècle. Dès l'origine du christianisme à Nîmes, elle fut consacrée à sainte Clotide. On la reconstruisit en 4 030. Pendant les guerres de religion , les protestants démolirent la nef et la partie droite de la façade, de sorte qu'il n'existe plus de l'église du xi e siècle que le clocher et la portion de façade épargnée par les réformés.

La porte actuelle de la façade est toute moderne, mais on a encadré dans la muraille, au-dessus d'elle, un fragment de frise antique en marbre, représentant des griffons. On voit au-dessus de celle-ci une seconde frise, où sont sculptés des sujets tirés de l'histoire de l'Ancien Testament, qui appartient bien à l'art du xi e siècle. Les corniches rampantes du fronton qui surmonte la façade sont ornées de modillons, les uns romans avec des têtes d'animaux fantastiques ou des masques grimaçants , les autres dans le style du xvn - siècle , avec des mufles de lions.

Une partie du soubassement de la façade et de la tour qui

en fait partie paraît avoir appartenu à un temple antique dédié à Auguste.

Nous avons visité tous les monuments de Nîmes, véritablement dignes de ce nom ; ceux qui nous resteraient à voir n'ont rien qui les recommande à notre attention. A part Saint* Paul et la cathédrale, les églises n'offrent aucun intérêt, et je ne crois pas que vous soyez curieux d'admirer la préfecture, la caserne, l'Hôtel-Dieu et l'évêthé, qui ne présentent rien d'intéressant pour celui qui vient de contempler les Arènes et la Maison-Carrée.

Cependant nous devons rendre à Nîmes cette justice , que bien loin de s'endormir, comme Arles , à l'ombre de ses ruines vénérables, elle se montre une cité active et industrielle, tout en témoignant d'un grand respect pour les monuments de son glorieux passé. Les étrangers qui l'ont parcourue il y a quelque vingt ans ne la reconnaîtraient plus aujourd'hui. Le cœur même de la ville est entouré de boulevards aérés, larges et plantés d'arbres. Si cette partie de la cité se compose d'un dédale inextricable de ruelles étroites et sinueuses, en revanche les faubourgs, qui occupent un plus vaste espace que la ville, sont percés de voies où les passants peuvent circuler à l'aise au milieu des flots d'une poussière blanchâtre.

Le pont du Gard. — Cette merveille de l'art antique se trouve sur la route du Pont-Saint-Esprit, à 18 kilomètres environ de Nîmes. On peut dire, sans crainte d'être démenti, que l'Italie moderne n'offre rien, parmi les restes des travaux hydrauliques que lui ont légués les Romains, qui soit comparable au pont du Gard. Et cependant ce prodigieux travail n'est qu'une partie d'un aqueduc de 41 000 mètres en longueur, qui conduisait à Nîmes les eaux des sources de l'Eure etd'Airan.

Le pont traverse la vallée du Gardon ; des collines arides et sauvages, un torrent qui roule sur un lit de rocs son onde mur-

ni urante en été, grondante et furieuse dans la saison despluies, lui font un paysage digne de sa grandeur et de sa majesté. Rousseau , qui visita ce monument lors de son voyage à Montpellier, et qui pourtant se montrait plus sensible aux beautés de la nature qu'a celles de l'art, fut saisi en sa présence d'une émotion à laquelle personne n'est capable d'échapper. « Ce que je vois , ce que j'éprouve , a-t-il dit , est fort au-dessus de ce que je m'étais figuré. » Le pont du Gard est composé de deux rangs de grands

Le pont du Gard.

. arcs et d'un troisième rang de petits arcs. Tous ces arcs sont à plein-cintre et portent sur des impostes. Au-dessus du troisième rang est établi l'aqueduc où les eaux franchissaient la vallée, à plus de 48 mètres au-dessus du niveau du Gardon. Le grand arc formant le centre de l'ordonnance générale a 24 n y>0 d'ouverture. La hauteur des deux premiers étages est de 20 m ,12 pour chacun d'eux; celle du troisième mesure 8 m ,55.

Le premier rang a 6 m ,3G d'épaisseur, le second 4 m ,56, et le troisième 3 m ,6 ; ce qui produit pour chaque étage une retraite de 90 centimètres.

D'un côté de la vallée, l'aqueduc continuait à être supporté par des arcades pareilles à celles du troisième rang ; de l'autre il s'engageait dans les flancs de la montagne et ne reparaissait , suspendu sur de nouveaux arcs , que dans la traversée des gorges et des vallons divisant les 41 000 mètres qu'il avait à franchir.

Le pont du Gard est fondé sur le roc. Il est bâti de pierres ou plutôt de blocs énormes à peine épannelés. Cette rusticité même contribue à la grandeur de l'aspect, grandeur résultant de la belle conception de l'ensemble, de l'harmonie des lignes et des audacieuses proportions des parties principales.

Les lits et les joints des assises, tous posés à sec, sont faits avec la plus grande perfection.

Les parois intérieures du canal sont en moellons revêtus d'un enduit ou ciment épais de 5 centimètres, et composé do chaux vive, de sable fin et de poussière de briques, devenu aujourd'hui plus dur que la pierre. Cette couche de ciment était elle-même recouverte d'une sorte de stuc aussi poli que du marbre et peint en rougè.

Pendant les guerres de religion, le duc de Rohan fit couper un tiers de l'épaisseur des piles du second rang , pour faciliter le passage de son artillerie. Heureusement qu'en 1799 ce dommage fut réparé par le conseil du célèbre architecte Daviler et de l'abbé Laurent.

Quarante-quatre ans plus tard, M. Pélet r directeur des. travaux du Languedoc , fit adosser un pont contre sa face orientale. Il est juste de dire qu'il fit faire d'importants travaux de réparation et de consolidation à l'aqueduc romain. Mais que ne transportait-il son pont plus loin?

Les Romains ont laissé subsister les corbeaux de pierre qui leur avaient servi à poser les cintres et les échafauds.

On dirait qu'en agissant ainsi ils ont prévu le jour où leur édifice pourrait avoir besoin de réparation. Quelle idée se faisaient-ils donc de la durée de leur empire , ces hommes qui croyaient qu'un jour viendrait où leurs descendants auraient à réparer le pont du Gard !

Luoel.

De Nîmes à Lunel , nous rencontrons les stations de Saint- Césaire, Nilhauw, Remis, Uchaux, Vergeze, Aigues-Vives, Gaillargues, en elles-mêmes médiocrement intéressantes, où par conséquent nous n'avons pas à nous arrêter.

Le paysage, au sortir du chef-lieu du Gard , ressemble à celui que nous avons traversé pour arriver dans cette ville. D'abord de petites collines, avec des bastides, moins nombreuses à mesure que nous nous éloignons, puis une vaste plaine plantée d'oliviers et de vignes. On arrive à Milhaux d'une façon assez originale. Le village apparaît au moment où l'on s'y attend le moins , au sortir d'une tranchée taillée dans le roc; on dirait une décoration de théâtre. A peine l'a-t-on entrevu que voici une nouvelle tranchée, puis la plaine , et Bernis à gauche. Uchaux est du même côté, au milieu des vignes, qui sont plus nombreuses ici que les autres cultures.

Vergeze, au contraire, se trouve à droite. Nous n'en parlerons que pour vous dire que cette commune possède une

source d'eaux minérales froides , appelée Bouillens dans le pays, à cause des bouillonnements continuels qui agitent la surface d'une mare large d'une vingtaine de mètres, et qui tarit presque complètement dans les grandes chaleurs. Cette mare n'est autre chose que la source elle-même. Si vous avez des fièvres intermittentes, arrêtez-vous ici pour boire de l'eau de Vergeze. Vous devrez, au contraire, l'employer à l'extérieur dans le cas peu souhaitable où vous seriez affligé de rhumatismes , de sciatiques ou de maladies de la peau.

Aigues-Vrves, qui vient ensuite, malgré son nom, ne vend pas d'eau comme Vergezes , mais des alcools qu'elle fabrique en grande quantilé.

Gaillargues est également situé à droite de la ligne. C'est tout ce que nous avons à en dire. Après Gaillargues , les oliviers qui nous avaient quittés reparaissent au milieu d'autres cultures ou clair-semés sur le penchant de collines arides f derrière lesquelles nous apercevons k droite les cimes lointaines des montagnes du Languedoc. Le chemin s'enfonce de nouveau dans une tranchée, puis traverse une vaste et fertile plaine. Une petite ville surmontée d'un clocher pittoresque se montre à gauche de la station; c'est Lund , plus connue par son vin que par son histoire.

Elle en a une pourtant, et qui ne manque pas d'incidents dramatiques. Au vi e siècle , Lunel était peuplée de juifs qui y possédaient une synagogue célèbre. Charles-Martel fit de cette ville une baronnie qui passa plus tard au pouvoir de la maison d'Étampes, et fut réunie de nouveau pour toujours à la France en 4400. Prise parles huguenots, qui détruisirent ses églises et la fortifièrent, reprise par les catholiques et enfin par les protestants, elle vit ses murailles rasées par Richelieu (1632).

Elle gagna beaucoup à n'être plus une place de guerre. C'est aujourd'hui une petite ville assez bien bâtie, sans monuments remarquables toutefois, à moins qu'on ne veuille

donner le nom de monument à une belle caserne , propre à loger des troupes d'infanterie et de cavalerie. Le canal qui la fait communiquer avec le Rhône vaut mieux pour elle qu'une enceinte crénelée et des canons sur ses remparts. Elle possède une assez agréable promenade , appelée le Valoutera , ornée d'une fontaine surmontée d'un obélisque. Lunel- Yiel, qu'on rencontre ensuite j-est la patrie véritable

(iare de Montpellier.

du muscat de Lunel , et non la ville de ce nom que nous venons de quitter. Cette localité a encore un autre titre à la célébrité. On trouve sur son territoire des grottes bien connues des naturalistes par les nombreux dépôts d'ossements fossiles qu'elles renferment.

Entre Lunel-Viel et Valergues, la station suivante , le chemin traverse encore une tranchée , puis une plaine couverte de vignes.

Nous laissons Saint-Brès à gauche. A droite la plaine est bordée dans le lointain par les silhouettes fantastiques d'une chaîne de montagnes.

Baillargucs ne se voit pas du chemin, mais nous n'y perdons rien. Après Saint-Aunès f encore une tranchée, et au

sortir de la tranchée , la plaine couverte de cultures avec des mouvements de terrain qui interrompent la monotonie du paysage, et, chose a noter dans ces contrées un peu trop dépourvues d'ombrages , des bouquets d'arbres , mais d'ar-. bres véritables , avec des rameaux et des feuilles. Dès que nous avons dépassé les Mazes , dont nous nedi-

Montpellier.

rons ni plus ni moins de bien que des stations précédentes, le paysage prend de l'aspect et de la grandeur.

Montpellier se présente à nos regards , étalant ses maisons pressées sur les rampes d'un monticule peu élevé, qui borne l'horizon devant nous par des lignes fermes et bien accentuées. Les innombrables arcades d'un aqueduc vont se perdre à gauche dans les cultures de la plaine , et contribuent à donner un grand caractère a l'aspect général de la cité. A mesure que le convoi s'avance et ralentit sa marche, les délails se distinguent plus nettement et la ville y gagne. Tout à coup la voie ferrée s'enfonce dans un tunnel, et, après l'avoir franchi , nous conduit devant une station plus élé-

gante peut-être encore que celle de Nîmes , et d'une architecture tout aussi romaine.

Suivant les divers historiens de ^Montpellier , son nom vient de Mons pessulus, pessulanus, ou bien Mons pueila~ rum. Mons pessulus ou pessulanvs se traduit par mont fermé au verrou (quasi pessulo clausus) , en patois languedocien Montpeglat, mont fermé à clef. Cette étymologie viendrait dè ce qu'en des temps reculés la colline sur laquelle est bâtie Montpellier était une sorte de pâturage couvert de bois et de friches , appartenant à la ville de Substantion , et qu'on l'avait alors entourée d'une sorte d'enceinte de palissades, avec une porte fermée au verrou.

Monspuellarum a été trouvé par dos étymologistes galanls ; ils attribuent l'origine du nom de la ville actuelle aux charmes des dames de Montpellier. - >!

Nous ne citerons que pour mémoire une troisième étymologie qui fait venir Montpellier de Mons inpede Ledi, montagne au pied de la Lez, parce que cette rivière, qui coule au bas de la montagne de Montpellier, ne s'est jamais écartée de l'usage qu'ont toujours suivi les rivières, de couler au-dessous des montagnes, non au-dessus.

On ne fait point remonter l'origine de Montpellier au delà du vm e siècle. Humble village à cette époque , il tira son accroissement de la décadence de trois villes, Substantion, dont il dépendait, Melgueil et Maguelone. Une partie des habitants de cette dernière ville, détruite en 737 par Charles Martel, étant venus se réfugier à Montpellier, et avec eux leur comte et leur évêque, ceux-ci ajoutèrent à leurs titres celui du lieu où ils s'étaient retirés.

Montpellier semble avoir été, avant cette époque et longtemps encore après, une sorte d'asile où venaient se réfugier les populations que les guerres et les invasions chassaient du sol natal. On retrouve la trace de cette origine dan& la charte municipale de i 204 , remplie de dispositions favo*

DE NIMES A MONTPELLIER. 2ft3

rables aux étrangers. L'histoire a démontré que les villes ainsi formées font des progrès rapides et sont destinées à un brillant avenir, parce qu'elles renferment des éléments de civilisation plus nombreux et plus variés que ceux qui composent une population uniforme. Montpellier, qui doit son origine à une agglomération de Celtes , de Gallo-Romains , de Visigolhs et de Francs , et qui s'augmenta , après la chute de Maguelone, de Sarrasins et d'Espagnols, devait confirmer cette règle de l'histoire.

L'évêque et le comte de Maguelone ne furent pas longtemps . sans se disputer l'autorité. Néanmoins, en 975, deux filles de la maison de Substantion firent donation de leurs biens à Ricuin, évêque de Maguelone, qui, à son tour, inféoda Montpellier à Guilhem , un des vassaux du comte de Melgueil, tout en réservant pour lui et ses successeurs la partie de la ville qui se nommait alors Montpellieret.

Montpellier et son territoire passèrent, en 1204 , aux rois d'Aragon, puis un évêque de Maguelone la céda au roi de France Philippe le Bel. Repris, puis restitué par Charles V à Charles le Mauvais, Montpellier se vit définitivement réuni à la France (1378).

On voit, par ce résumé trop rapide, que l'histoire de Montpellier, depuis son origine jusqu'à la fin du xv c siècle , dut être fertile en événements mémorables. Une population com • posée en grande partie d'hommes qui avaient fui leur patrie, les uns pour échapper au joug d'un ennemi vainqueur, les autres pour secouer l'oppression de quelque tyran féodal, était mal préparée pour la servitude.

Les bourgeois de Montpellier, après la mort du comte Guilhem VIII, se trouvèrent maîtres de la seigneurie. Le fils de Guilhem / encore enfant, fut mis sous la tutelle de quinze des leurs. Ils le déposèrent comme n'étant qu'un bâtard, rappelèrent l'héritière légitime , et lui choisirent pour époux Pierre II d'Aragon, à qui ils imposèrent une sorte de

constitution qu'il s'empressa d'accepter, et qui laissa presque tout le pouvoir entre leurs mains.

Aussi, pendant tout le temps que dura la domination des seigneurs aragonais , nous voyons les bourgeois traiter sur un pied d'égalité parfaite avec eux. La commune leur prête de l'argent sur bons gages et moyennant de gros intérêts. Elle se fait livrer plusieurs châteaux; et Pierre ayant voulu agir un peu trop en maître un beau jour, elle court aux armes, démolit la tour de Montpellier, et ne se laisse apaiser que par la promesse que cette tour ne sera point rebâtie.

Le peuple était divisé en sept échelles ou professions que rappelèrent plus tard les sept arts de Florence et qui devaient à tour de rôle garder les murs de la ville. Les chefs des échelles, nommés par l'élection, élisaient cinq prud'hommes par échelle, soit trente-cinq ; sur ce nombre le sort en désignait sept qui, d'accord avec les douze consuls sortants, élisaient soixante candidats, parmi lesquels le sort choisissait les douze consuls nouveaux. La seigneurie d'Aragon était représentée par le bayle, le sous-bayle etlejugeou le vicaire, qui ne devaient être nommés que pour une année, et qui ne pouvaient rentrer dans leurs fonctions qu'au bout de deux. ans.

Montpellier devint bientôt une des plus puissantes, des plus industrieuses et des plus commerçantes cités d'Europe. Divers traités lui assuraient des avantages considérables sur les ' principaux marchés. Ses bourgeois prêtent de l'argent au roi de Sicile et à Clément IV (1265). Elle envoie des capitaines dans les principales foires d'Europe, et, par une glorieuse prééminence, ils sont investis de la mission de protéger les marchands du Languedoc. En 1297, Philippe le Bel ouvre son royaume au commerce de Montpellier, sans redevance. En 1302 , il vient visiter la ville avec toute sa famille.

Les Juifs et les Arabes ne contribuèrent pas peu à la prospérité de Montpellier. En 1204, les premiers y étaient déjà si nombreux, qu'on jugea nécessaire de leur interdire la bay^

lie, moins peut-être par haine pour leur religion que par défiance de leur cupidité et de leur avarice. Quant aux Arabes, un seul exemple suffira pour donner la preuve du crédit dont ils jouissaient : la monnaie frappée à Melgueil , sous l'autorité des évêques de Maguelone, portait encore, en 4226, l'effigie de Mahomet ! On voit que les exemples d'entente cordiale entre les puissances catholiques et les infidèles remontent plus haut que le xvi e siècle.

Il est vrai que Montpellier dut beaucoup aux Arabes, peutêtre lsrplus belle part de sa renommée. On ne saurait douter que la science de la médecine , qui jeta sur cette ville un si vif éclat, n'y ait été introduite par les Maures.

Elle posséda aussi une école de droit fondée par le Lombard Placentin , disciple d'Irnerius, fille par conséquent de l'école de Bologne (4 289). L'école de médecine de Montpellier, qui reçut son premier règlement de saint Louis, et les écoles de droit et des arts furent réunies en université en 1289, sous le pape Nicolas IV.

La date de l'origine de l'école de médecine est inconnue ; tout porte à croire qu'elle est fort ancienne. Elle parvint rapidement à une renommée qui n'eut pas de rivale dans le monde entier. Ce n'est point à nous qu'il appartient de redire les glorieux travaux de cette école et de donner la liste de ses illustres docteurs , parmi lesquels brillent au premier rang Bernard de Gordon, Arnaud de Villeneuve, Gui de Chauliac, et, il ne faut pas l'oublier, l'auteur de Pantagruel, bon médecin, mais qui a conquis pourtant bien d'autres titres à l'immortalité. Rabelais laissa de joyeux souvenirs à Montpellier. Chacun sait qu'il joua un rôle dans « la morale comédie de celuy qui avait espousé une femme mute, » représentée par ses camarades de l'Université dans un de ces banquets dont l'autorité crut devoir régler le nombre , tant les écoliers du moyen âge et de la Renaissance en usaient largement.

Longtemps après que Rabelais eut quitté l'école , les étudiants soutenaient leurs thèses de docteur revêtus delà robe du grand écrivain. On fut forcé de la renouveler plusieurs fois , chacun de ceux qui l'endossaient ayant coutume d'en dérober un morceau, qu'il gardai! comme une relique.

Jusqu'au commencement du xvin e siècle, l'école de Montpellier tint le premier rang parmi celles de France. Elle a subi depuis le sort de ses rivales, et a dû reconnaître la supériorité de la faculté de Paris. Cependant elle n'a pas cessé de fournir à la médecine, à la chirurgie et aux sciences natureltès des noms justement célèbres : au xvin* siècle, Chirac, Astruc et Fize; et au nôtre, Chaptal, Candolle et le docteur Lalleraand.

Montpellier n'eut pas à se louer d'abord de sa réunion à la France ; l'administration du duc d'Anjou y fut , comme partout, odieuse et tyrannique. Elle chercha à s'en affranchir par la révolte, et fut vaincue. Mais, sous Charles VII, Jacques Cœur y transporta la capitale de son commerce immense et l'enrichit de ses dons. En 4552, ses consuls ayant racheté le domaine royal, Montpellier se trouva presque aussi libre qu'auparavant.

Elle resta fort attachée à la France jusqu'à la réforme, qui y pénétra en 4560. Devenus bientôt nombreux, les huguenots, insultés chaque jour par les catholiques, se soulèvent, saccagent les églises, écrasent les faubourgs. Montmorency-Damville , gouverneur du Languedoc, réprime la sédition, qui éclate de nouveau en 4567. Toutefois, Joyeuse, qui commandait à Montpellier au nom du roi , lors de la Sainte Barthélémy, n'osa pas faire exécuter les ordres odieux de Catherine de Médicis, en présence d'une population dont la grande majorité était hostile au parti catholique. La ligue ne put pas pénétrer dans la ville, qui accepta avec joie le gouvernement d'Henri IV. Elle resta fidèle à la couronne jusqu'en 4624 , où elle se souleva de nouveau et reconnut pour chef le duc de Rohan. Après un siège de deux mois (46S2),

commandé par Louis XIII en personne , elle se vit forcée d'ouvrir ses portes. Ses fortifications furent rasées, une citadelle s'éleva pour la contenir. Les protestants furent en butte à des persécutions qui redoublèrent après la révocation de l'édit de Nantes, sous l'intendance de Lamoignon deBasviile.

Montpellier commença *k respirer au xvni* siècle. La renommée de son école, et surtout la douceur de son climat, qu'épargne le mistral , y attirèrent*, comme au temps du moyen âge et de la Renaissance, un grand concours d'étrangers. Rousseau y vint pour se guérir de sa maladie de cœur, et s'en retournacomme il était venu. Young y perdit sa Narcissa, atteinte d'un mal incurable. On voit aujourd'hui, dans une allée sombre du Jardin botanique , à l'abri d'une voûte peu élevée, une plaque de marbre avec cette inscription :

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