LE CAMP DE SATHONAY
Ce camp contient cinq ou six mille hommes de toutes armes, logés dans des baraques en planches, briques et pisé, et couvertes en feuilles de zinc. Chaque division de l'armée de Lyon y séjourne à tour de rôle pendant deux mois. On y a tracé des rues, des places, comme dans une ville ; un autel, où le dimanche on célébrait l'office divin, s'élevait sur une légère éminence, en vue de tous les quartiers du camp. Cet autel a été supprimé depuis quelques années.
Un ancien aumônier, le populaire abbé Faivre, fonda, sous les auspices du maréchal comte de Castellane, l'Onvroir de Saint-Maurice, en faveur des petites filles des soldats de
la garnison de Lyon. Cet ouvroir est établi dans le vieux château de Sathonay ; et là, sous la direction des Sœurs de Saint-Charles, ces enfants reçoivent l'instruction primaire, et se livrent à des travaux de couture. Ce zélé ecclésiastique avait aussi ouvert une école dans l'intérieur du camp pour les petits garçons.
Dans le camp, des militaires, véritables artistes dramatiques, ont monté un théâtre où l'on joue des vaudevilles et où l'on chante des chansonnettes comiques. Gymnase, salles d'armes, bibliothèque, salle de bal et de concert cafés chantants, manutention où se fait le pain nécessaire à tant de consommateurs; puis des établissements tenus par des bouchers, vivandiers, cambusiers, blanchisseuses, etc. ; voilà ce que le camp renferme et présente à ses nombreux visiteurs. On y trouve aussi une ambulance munie de bains pour les hommes malades. Des sources captées dans le vallon de Sathonay et refoulées par une puissante machine, donnent des eaux en assez grande quantité pour abreuver cette population. Il a cependant perdu beaucoup de son importance depuis l'établissement, en 1871,
ducampdelaValbonne,dans la grande plaine qui s'étend entre la Côtière de Montluel et la rivière d'Ain.
Certains de nos historiens placent sur le plateau de Sathonay la sanglante bataille qui fut livrée, en Tan 202, entre Albin et Septime Sévère, compétiteurs du pouvoir impérial. On sait qu'Albin fut vaincu et que Sévère entra à Lyon et massacra la population qui avait embrassé le parti d'Albin. Selon les uns, Albin se suicida sur les bords du Rhône ; selon les autres, il eut la tête tranchée par les ordres de son impitoyable vainqueur.
Une voie secondaire, qui se détachait à Caluire de la grande voie de Lyon à Genève et au Rhin, traversait ce plateau. Elle se dirigeait sur Mâcon par la rive gauche de la Saône. Les vestiges de cette voie ont été reconnus dans le bois du vallon de Sathonay, à Rochetaillée, à Genay, Reyrieux, Trévoux, etc.
RILLIETJX
Le village de Rillieux, où l'on arrive par une avenue bordée de beaux arbres, se trouve
à une demi-heure à Test du camp et de la gare, sur une légère éminence couronnée par une nouvelle et jolie église, dont la haute flèche domine le paysage d'alentour.
La grande route de Lyon à Bourg, par Villars, traverse le village. Il est propret et bien bâti, mais d'un prosaïsme désespérant aux yeux de l'artiste.
Dans les premiers siècles du moyen âge, les abbés de File-Barbe y fondèrent un prieuré, dont la possession fut confirmée par le roi Conrad-le-Pacifique, en 971, et par le pape Lucius III, en 1 183. Les religieux du couvent des Célestins et les dames de Saint-Pierre de Lyon y avaient acquis quelques fonds et y jouissaient de quelques rentes.
Tout près de l'église, existait une vieille maison-forte, qui a fait place à de nouvelles habitations. De la terrasse située derrière l'abside, la vue embrasse le camp, le fort de Montessuy, le faubourg de la Croix-Rousse et le massif du Mont-d'Or.
A la suite de la terrible insurrection de novembre i83i, la garnison et les gardes nationaux de Lyon, après avoir été contraints
d'abandonner la ville à l'émeute triomphante, vinrent camper pendant quelques jours dans la plaine qui s'étend en avant de Rillieux.
Le jeune duc d'Orléans et le vieux maréchal Soult, ministre de la guerre, amenèrent des renforts à ces troupes à la tête desquelles ils rentrèrent à Lyon, où ils rétablirent l'autorité.
A une faible distance du village, le château de la Roue, bâti par un ancien échevin de Lyon, se déploie au milieu de beaux jardins, de fraîches pelouses et sous les hautes futaies d'un parc d'une certaine étendue.
Lorsque le maréchal Canrobert commandait la ville de Lyon, ce château lui servit temporairement de résidence. Il s'y trouvait plus à proximité du camp de Sathonay que du château de la Pape où il s'était établi précédemment.
On remarque dans l'église de Rillieux un souvenir du séjour du maréchal au château de la Roue. C'est un tableau que lui avait envoyé Napoléon III, pour être offert en son nom à l'église.
SATHONAY
Cet intéressant village, placé à l'ouest de Rillieux et au nord du camp, possède également une nouvelle église ornée d'un clocher élevé. Les abbés de nie-Barbe y avaient aussi quelques domaines, conjointement avec les abbés d'Ainay. Le curé était à la collation des premiers et les seconds y prélevaient une partie des dîmes.
Le château actuel occupe l'emplacement d'une ancienne forteresse, qui fut prise et rasée, en 1468, par les troupes de Louis XI, commandées par Jean, bâtard d'Armagnac, gouverneur du Dauphiné. Cette forteresse avait appartenu successivement à plusieurs familles chevaleresques, qui reconnaissaient tantôt la suzeraineté des comtes de Savoie, lorsque les domaines de ces derniers s'étendaient jusqu'au portes de Lyon, tantôt celle des rois de France. , Leur nom est maintes fois cité dans les chroniques du moyen-âge, et dans les cartulaires de nie-Barbe et d'Ainay.
Par suite d'aliénations partielles, la terre de
Sathonay reconnut pour seigneurs divers citoyens de Lyon enrichis par le commerce et anoblis par l'échevinage ou autres charges publiques. Avant la Révolution, on y voyait la famille Méallet de Fargues, à laquelle succéda par alliance la famille Fay de Sathonay.
Un de Sathonay devint maire de Lyon , sous Napoléon I er ; un de Fargues occupa les mêmes fonctions après i8i5.
Le château de Sathonay, accompagné de beaux et vastes jardins, appartient aujourd'hui à la famille de Virieu ; et là, se trouve, avonsnous dit, VOuvroir de Saint-Maurice.
Le coup d'œil dont on jouit du château est à peu près le même que de Rillieux ; mais la vue du vallon qui descend jusqu'à Fontaines, sur les bords de la Saône,offre un intérêt de plus. Une promenade dans ce vallon est vraiment charmante par les bois, les prairies et les sources qui le décorent. De nouvelles beautés viennent s'ajouter encore à ses - beautés naturelles. Ce sont plusieurs viaducs du nouveau chemin de fer de Trévoux, que nous allons visiter tout à l'heure.
Ces travaux d'art, avec leur silhouette régu-
lière et leurs belles arcades d'une conception hardie, donnent un caractère tout particulier au paysage et font un heureux contraste avec les nombreux accidents diusol. Ils nous présentent aussi une étude aussi curieuse qu'instructive : le génie de l'homme aux prises avec les difficultés passives de la nature et les surmontant !