‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 142 sur 236 · Ms. de la Sorbonne, de la Nécessité des conférences · texte numérisé non relu

Ms. de la Sorbonne, de la Nécessité des conférences

ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS

CAYLUS A L'ACADÉMIE ROYALE

robligation stricte de se conformer à cette prescription des statuts, et ne leur reconnaît pas le droit de s'y soustraire. Rien de frappant C(nnine le ton de ce discours; il lient du conseil, mais plus encore de la mercuriale. Cavlus sV révèle gardien de la tradition; on le sent investi d'un pouvoir. Ne lui demandez ni ménagements, ni complaisances : il dit à chacun son fait, avec une rudesse tempérée de bonhomie. Il parle sans façon de la « paresse » et du « dégoût » de certains académiciens : est-il donc si pénible de parler d'un art où l'on excelle? L'assiduité n'est rien, si « des hommes profonds dans un art consentent à s'assembler pour ne jamais parler de ce même art ». « Des empiriques, ajoute-t-il spirituellement, qui craindraient le vol de leur secret, n'auraient pas une conduite jdus réservée. » Est-ce une fausse timidité qui les retient? « Je veux supposer qu'on apportât à l'Académie des choses communes et triviales ; je soutiens qu'elles auraient encore plusieurs avantages. » Aussi ne peut-on attribuer ce silence qu'à « une paresse trop écoutée, que le fond de leur cœur désavoue ». Et Caylus montre les fruits incontestables de ces conférences, et pour ceux qui les font, et pour ceux qui les écoutent. Il plaide la cause de cette jeunesse « qui fera dans la suite l'honneur de son pays comme vous le faites aujourd'hui, et qui mérite par ses progrès que vous fassiez un effort pour elle ». Que de chemin encore à parcourir pour que l'Académie devienne (( la fidèle copie de celle que les Grecs avaient l'habitude de se former »! Car — Caylus n'en doute pas — c'est Là le modèle sur lequel s'est réglé le fondateur de l'Académie. Caylus, par ses conseils, veut seulement rappeler a les moyens de mettre en action les images de l'école d'Athènes, indiquée si [)récisément dans les statuts ». Enfin, pour mieux convaincre la compagnie et la « tirer d'une espèce de léthargie », l'orateur fait api»el à sa reconnaissance.

« Songez que les conférences sont un moyen de répondre aux bontés du roi, qui vous comble de ses bienfaits, et qui vous a honorés de sa protection immédiate. »

Après un tel manifeste, Caylus était tenu de prêcher d'exemple. Il n'y manqua pas. Tous ses discours ne nous ont pas été conservés, et c'est grand dommage. Il est même impossible d'en établir la liste probable, car nous en connaissons au moins deux qui ne sont même pas mentionnés au procès-verbal \ L'existence de cinq autres nous est garantie \ et certainement il en a composé un nombre bien plus considérable. Dans la seule année 1747, il en a lu deux ou trois, et non des moins importants. Celui qui nous reste, Réflexions sur la peinture^ est intéressant à plus d'un titre. C'est une sorte de leçon sans apprêt, sans ornement, mais pleine de sens, de justesse et d'autorité. Caylus pose des définitions, donne des conseils. Il distingue le f^ênie, le rjoût et la ^latnre ; il rend compte du rôle de chacun dans la conception d'une œuvre d'art. Il justifie l'objet de son étude : (< Le méchanisme d'une chose nonseulement nous fait plaisir à savoir, mais souvent nous en facilite la production ». Après quoi il définit les termes (['académie et à'étude, précise l'emploi et l'utiUté de ces exercices, et passe à l'exécution. Les jeunes peintres doivent surtout se défier de ce qu'il appelle ingénieusement un « faux feu », et de la réminiscence, cette grande ennemie de l'originalité. Entre autres moyens de se prémunir contre celle-ci, il indique le suivant : u laisser

1. Sur la nécessité des conférences et Sur les dessins des maîtres.

2. Réflexions sur la peinture, 3 juin 1747 (relu le 5 août ensuivant); — Sur Vharmonie et sur la couleur, 4 novembre 1747 (relu le 5 juin 1762); — Dissertation sur Vaynateur, 7 septembre 1748; — Sur la composition, 5 décembre 1750 (perdu?) : — Sur diverses statues d'hermaphrodites, 27 octobre 1758 (perdu?). — Ceci sans préjudice des autres travaux tels que biographies, environ une vingtaine de Vies courtes, et plusieurs très

développées, etc. ,.,.», • looo^

3. Retrouvé et publié par M. Ch. Henry {Revue libérale de mai 188.J).

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CAYLUS A L'ACADÉMIE ROYALE

reposer quelque temps sa pensée pour être bien assuré du degré de propriété qu'on a sur elle ». Pendant qu'il compose, le peintre pourra être utilement conseillé par des amis éclairés. L'ami « qui vous conseille et non pas qui vous loue » joue un rôle considérable dans les opuscules de Caylus. Volontiers il rappellerait le vers du satirique :

Faites-vous des amis prompts à vous censurer.

Il termine par quelques considérations sur le costume, et sur les moyens d'eu acquérir la connaissance : l'étude de l'histoire et de la fable, la lecture de quelques auteurs. Mais il ne veut pas qu'on s'adonne exclusivement à cette recherche : ce serait se distraire d'un art qui demande un homme tout entier ».

Ce discours est dtjà digne d'attention; il replace l'enseignement de l'art sur son véritable terrain, qui doit être technique et pratique; mais il ne relève que de ce que nous appellerons la pédagogie artistique. Caylus, qui connaissait h merveille les vieux i>apiers de l'Académie, a pu en trouver d'analogues dans les rédactions d'un Boulogne le père ou d'un Van Obstal. Le suivant, Discours sur l'harmonie et sur la couleur *, relève de la critique d'art. Un artiste, possédant à fond le métier, doué du goût le plus fm et du jugement le plus sur, a seul pu l'écrire. Quand on considère la valeur des idées d'un tel morceau, comme on passe aisément sur quelques imperfections de forme! Encore faut-il s'entendre, et convenir que, pour exprimer certains jugements, Caylus trouve dans l'excellence de sa pensée des ressources im[»révues, et touche au parfait. — Le discours est composé avec rigueur. Dans un sujet si vaste, l'auteur se bornera. 11 rappelle cette première harmonie dans une ligure dessinée, qu'on appelle balancement;

i. Archives de la BibL des Beaux-Arts (manuscrit).

une autre, analogue « et peut-être plus aisée », qu'on trouve dans une composition groupée ; de là il passe à l'harmonie en général, qui est comme la « magie » de la peinture, et il s'attache à en étudier les éléments et les effets ; enfin, parmi les genres d'harmonie dont la pratique est également nécessaire, il examine la plus essentielle, la couleur, et termine par quelques conseils.

Il y a, dans les premières pages, tout un programme d'éducation artistique. Qu'est-ce qui fait l'artiste, pour Caylus? Au début, une plus grande finesse des sens, rien de [)lus, rien de moins. « Il est certain que nous n avons aucunes idées innées, et que les dons de la nature ne consistent qu'en une plus grande aptitude, en une disposition de fibres, plus propre dans un sujet que dans un autre à recevoir une impression et à la faire germer. » Ce sont ces bonnes semences qu'il faut faire lever. Affinons nos organes, donnons à nos yeux cette espèce de tact qui s'acquiert dans le commerce des maîtres. C'est à eux qu'il faut aller d'abord; mais on doit « faire marcher cette étude d'un pas égal avec celle de la nature ». En quoi celle-ci doit consister, Caylus le dit en termes excellents. L'air, la perspective, les masses, les percées lumineuses, le jeu des ombres, sont sobrement et délicatement définis. Surtout, que l'on se défie de YejJ'et : « 'Que la paresse ou le libertinage d'une grande facilité ne nous engage point à tout sacrifier pour produire un elfet qui souvent n'est que celui du moment, et qui, n'étant qu'une fleur, se détruit comme elle ». — A cette double école, le jeune artiste apprendra que le secret de la véritable harmonie, chez les maîtres aussi bien que dans la nature, consiste à ne pas sacrifier l'ensemble au détail, à ne pas laisser distinguer « sur la superficie les ressorts de la machine », à « cacher l'art des oppositions ». Il sentira le prix d'un ordre calculé, savant, dont les yeux ne sont pas frappés d'abord, mais qui parle à l'esprit et

lis

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finit par le captiver. Il évitera son « plus grand ennemi, le papillotage », véritable « ennemi des yeux et de Tart », dont les faux réveillons « sont autant d'instruments discors dans un concert, qui en interrompent le bel effet, et qui désespèrent l'auditeur ». Il se rappellera que la véritable grandeur est faite de discrétion, de justesse et de mesure; que « les choses indiquées à demi tiennent le même rang dans la peinture et y sont pour le moins aussi recommandables que les sous-entendus dans les autres œuvres de Fesprit * ». Entin, s'il faut que pour cette partie de l'art il se choisisse un maitre, ce maître sera Corrège, à moins qu'il ne soit Titien.

Autre chose est la couleur. Ici, c'est surtout le critique qui parle. La couleur « peut être très bonne en elle-même et manquer d'iiarmonie ». Elle consiste dans « un empâtement, une préparation, un je ne sais quoi qui dépend sans doute de la ditïérente composition de nos yeux, car tous les peintres achètent leurs couleurs chez les mêmes marchands... ». Et cependant quelles différences! Ce qui prouve bien « que nous ne voyons pas la nature coloriée de la même façon ». Le vieux Chardin disait de même, dans un autre style : « Ce n'est pas avec la couleur qu'on peint, c'est avec l'âme ». L'un et l'autre disent vrai, et Cavlus conclurait volontiers avec Chardin qu'il n'y a pas de recette pour devenir coloriste, pas plus que pour inventer : la pensée d'un Poussin, la couleur d'un Titien, ne se peuvent communicjuer; tout l'entre-deux se peut apprendre. Caylus ne cherche donc pas à analyser la couleur; il se contente d'en traduire l'impression, et il le fait par une image. La couleur est « montée comme un instrument sur le ton que l'on choisit plus haut ou plus bas, il n'importe pour l'accord ». Cette juste comparaison lui fournit une très belle

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