Recueil. II, H
2. « Raphaël n'a fait des progrès si rapides d'après le Pérugin, que parce que la matière avait été préparée par Léonard de Vinci, qui avait déjà établi des idées grandes, des moyens profonds, et d'autant plus certains (ju'ils étaient puisés dans la nature. Léonard de Vinci, né avec un esprit et des talents supérieurs, s'était élevé lui-même au-dessus de ceux <}ui l'avaient précédé. Il est vrai que sa manière était lente, et tendait peu à l'effet; mais il n'est pas moins vrai qu'il a fallu une succession dans l'art, depuis Cimabué et le Giotto jusqu'à Raphaël et le Corrège, épocpie qu'il faut regarder comme le point de perfection. » (fîec, II, 59.)
dans « la médiocrité des premières idées »; car « les premiers moyens ont été perfectionnés très lentement, et par <le très légères additions, inspirées i)ar la pratique, et principalement par la continuité des besoins ' ». L'invention vient à son aide : mais qu'est-elle au demeurant? Le couronnement d une série de moyens dus eux-mêmes à un grand nombre de hasards qui se complètent '. Il est vrai que l'instinct est un agent plus efficace. L'homme est né « singe et copiste »; or « l'une et l'autre de ces espèces (sic) charge toujours; et la charge, ajoute très finement Caylus, est sans contredit une augmentation qui dans les [premiers siècles a pu conduire au progrès ^ ». Après des siècles écoulés, l'art s'avance d'un pa.s moins indécis; il dispose jdus de moyens, il sait imiter, il peut choisir. L'antiquaire alors voit <( naître des divinités; c'està-dire que les hommes bienfaisants et les rois courageux obtiennent des autels longtemps après leur mort. Il distingue ensuite les augmentations de la superstition,... mais toujours avec la même lenteur que les secours contre les besoins \ »
L'art cependant, arrivé à ce point, peut tirer de l'esprit exceptionnel d'un homme un secours inespéré. « Il arrive quelquefois un génie juste qui éclaire ses contemporains €t voit dans le ciel, pour ainsi dire, la partie qu'il veut rendre : il l'exprime alors dans toute sa simplicité. Il n'admet que le nécessaire, et, s'il se permet quelque richesse, il ne tolère que celle que l'objet autorise : d'autant qu'il n'est conduit que par la seule justesse de son esprit, puisqu'en effet il u'a point de choix à faire que sur lui-même, et... qu'il ne peut être alors ni soutenu, ni formé par la