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posées sans ordre et sans goût, et la culture des fleurs est complètement ignorée.
Le marché de Mazaghan nous offrit les mêmes scènes que celui de Mogador. Nous y vîmes de magnifiques étalons arabes, d'une puissante encolure. La coutume est de les entraver par le^ jambes à un anneau fixé au sol. Ces chevaux se vendent la bagatelle de 40 à 50 ducats» (200 à 250 francs. Les esclaves coûtent moins cher encore : nous avons vu vendre pour 16 ducats un nègre âgé de dixhuit ans : les enfants valent 7 ducats.
La traite des nègres se pratique au Maroc sur une large échelle : la plupart sont originaires du Soudan. Leur sort n'est pas aussi triste qu'on serait tenté de le croire : ils font en quelque sorte partie de la famille de leurs maîtres, et comme ceux-ci les traitent avec douceur, ils leur sont très-attachés. Si un Maure rudoie les noirs qui lui appartiennent, il peut être forcé de les vendre. Il n'y a dans ce pays aucun préjugé de couleur : les unions entre Maures et esclaves sont très-communes, et les enfants qui naissent de ces unions sont libres et ont tous les droits des enfants légitimes. L'esclavage des noirs au Maroc ne se peut donc nullement comparer à celui qui existait autrefois aux Etats-Unis.
Si jamais Murray ou ses émules publient un guide du voyageur au Maroc, je veux leur laisser le soin de décrire méthodiquement et minutieusement toutes les villes où je relâchai sur' le parcours de Mogador à Tanger.
Ce sera une tâche fastidieuse, car ces villes sont en quelque sorte stéréotypées les unes sur les autres : ce sont toujours les mêmes bicoques carrées, blanchies à la chaux, les mêmes terrasses, les mêmes ruelles étroites et tortueuses, les mêmes mosquées d'une architecture invariable, la même population sordide et pittoresque ; ce qui change le moins, c'est encore la saleté, qu'on est sûr de retrouver dès qu'on met le pied sur le sol du Maroc. Vues de la mer, à distance, ces villes présentent toutes un coup d'œil séduisant, avec leurs maisons d'une blancheur éclatante, leurs minarets élancés, leurs murailles qui découpent des lignes crénelées sur un ciel d'azur ; mais l'illusion tombe dès qu'on y entre : ainsi en est-il de toutes les villes musulmanes.
Casablanca, le Dar-el-Baida des Arabes, est le point le plus chaud de la côte : ce nom ré-
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veille en moi de cuisants souvenirs. Nous étions à la fin des canicules : la chaleur était si atroce, que les deux Canariens qui m'accompagnaient, quoique nés sous un ciel tropical, ne purent séjourner à terre et s'en retournèrent à bord dans Tespoir d'y retrouver un peu de fraîcheur : même à bord, la température était intolérable. On dressa la table sur le pont, et tandis que nous dînions sous la tente, nous recevions les brûlantes bouffées du simoun, chargées de particules de sable et venues en droite ligne du Sahara : il nous semblait que nous avions la face exposée à un feu ardent.
Chaque fois que souffle ce terrible simoun, la fièvre d'Afrique exerce dimmenses ravages parmi les populations. Lors de notre passage à Casablanca, la mortalité y était effrayante. Il est vrai que la fièvre ne s'attaque guère qu'aux indigènes, par suite de l'abus qu'ils font des fruits : ils ne se nourrissent guère en été que de figues de Barbarie et de pastèques, et ils dévorent ces fruits en plein soleil.
Casablanca n'a d'autre débarcadère que le sable de la plage : on y débarque sur les. épaules des Arabes, qui vous empoignent par les jambes au sortir du canot. Cette petite ville à une couleur locale beaucoup plus prononcée que Maza-
ghan : les maisons sont du plus pur syle mauresque, les portes sont bardées de ferrailles arabes et de gros clous ciselés dans le genre de ceux qu'on voit sur les portes des vieilles maisons de Tolède. Le marché est le plus pittoresque, mais aussi le plus sale que j'aie vu : nous n'y pûmes circuler qu'en nous bouchant le nez et en détournant la vue de ce qui pouvait provoquer la nausée. Il y avait là des légions de mouches tellement compactes, que Tair en était littéralement obscurci : ces mouches, en vertu de leur nationalité arabe, semblent s'acharner surtout contre les chrétiens : plus nous les chassions, plus elles revenaient à la charge. Pour nous soustraire à leurs cuisantes attaques, nous cherchâmes un refuge au bazar, grande place carrée entourée d'échoppes, où des milliers d'hirondelles ont élu domicile. C'est là que nous avons vu ces beaux tapis du Maroc, dont Casablanca a la spécialité. Ces tapis, qui peuvent rivaliser avec ceux de Smyrne, coûtent, suivant les dimensions, de 7 à 17 ducats.
Casablanca doit son nom aux Portugais, qui l'abandonnèrent à la suite d'un épouvantable tremblement de terre qui détruisit la ville de fond en comble.