‹ De Mogador à Biskra: Maroc & Alge?rieChapitre 7 sur 25 · M06AD0H · texte numérisé non relu

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de la mer. Le cimetière des musulmans se trouve près de la porte de Maroc ; Taccès en est interdit aux chrétiens, mais nous pûmes nous en faire une idée de loin. Ici, plus un seul monument : des pieux fichés en terre indiquent seuls la place des sépultures ; il n'y a d'autre végétation que de maigres genêts.

Chaque nuit tous les chacals des environs s'y donnent rendez-vous.

Abdallah nous conduisit ensuite à la koubba de Sidi Mogador. Nous longeâmes quelque temps les murs de la ville, dont les créneaux découpaient nettement leur ombre sur le sol calciné, durci par la sécheresse. Au pied de ces murs flanqués de tours carrées gisent des montagnes de saletés qui empoisonnent l'air : c'est là que viennent s'amonceler toutes les ordures de la ville.

Après une heure de marche dans les sables, nous arrivâmes au sanctuaire auquel Mogador doit son nom. C'est un petit édifice carré surmonté d'une coupole, comme toutes les koubbas. Il sert de sépulture à un saint personnage dont l'histoire n'est pas longue, attendu que personne ne sait qui il était ni à quelle religion il appartenait : Maures et Juifs se le disputent avec la même ardeur. Un esti-

mable auteur espagnol suppose que c'était le capitaine d'un navire danois qui périt sur la côte du Maroc (1).

On me raconta qu'un des principaux juifs de Mogador, du nom de Daniel, lui offrit un jour un sacrifice pompeux et solennel dans des circonstances qui montrent comment le hasard se prête souvent d'une façon merveilleuse à servir d'aliment au fanatisme des musulmans. Un navire de commerce avait échoué sur la côte, et le juif Daniel entreprit de le renflouer. Il travailla sans succès pendant plusieurs jours, quand un marabout qui passait lui tint ce langage :

« Que veux-tu faire ?

— Renflouer ce bateau.

— Tu n'y réussiras point, sinon lorsque tu m'auras offert un taureau sur le tombeau de Sidi Mogador. »

- Pour toute réponse le juif haussa les épaules et se remit à l'œuvre. Chaque jour le marabout revenait à la charge. Au bout de quinze jours de travaux infructueux, Daniel se laissa fléchir par rinsistance du marabout, et voulant voir comment tournerait l'affaire, il se décida à lui

(1) Descripcion historica de Marruecos, por el P. Fr. Manuel Pablo Gastellanos.

sacrifier un taureau, ce qui lui valut de la part des rabbins une excommunication qui fut levée plus tard au moyen d'une somme d'argent. Le lendemain il se remit à l'œuvre devant toute la population assemblée, et la prédiction du marabout se réalisa. Les musulmans crièrent au miracle.

Mais Daniel ne devait pas jouir longtemps de sa bonne fortune : le jour même où le navire reprit la mer, il fut rejeté à la côte par un coup de vent, et cette fois il fut fendu en deux. Les musulmans, pour expliquer ce nouveau prodige, prétendirent que le navire avait pris le marabout en telle affection, qu'il était retourné à lui.

Le consignataire de la compagnie Paquet, à Mogador, m'a raconté un fait du même genre.

Un jour des Hadjis viennent le trouver pour se plaindre du long retard du steamer sur lequel ils doivent s'embarquer pour faire le pèlerinage de la Mecque. Il leur donne l'assurance que le bateau attendu arrivera le lendemain au plus tard. Mais le lendemain le bateau ne vient point, et les fanatiques ne veulent rien moins qu'assassiner le malheureux consignataire.

Avant d'exécuter leur dessein, ils ont l'idée de monter à la tour de la mosquée : là ils invoquent Allah, et leur prière n'est pas sitôt ter-

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minée, que la fumée du steamer leur apparaît à l'horizon .

C'est par de tels faits que les marabouts entretiennent le fanatisme des musulmans.

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