CHAPITRE X
Élevé auprès du grand prêtre, dans le temple de Silo, et appliqué aux services ordinaires des lévites, le jeune Samuel se faisait remarquer par sa piété , ses aptitudes et cette distinction que Dieu donne pour signe des hautes vocations. Les écarts des fils d'Héli, trop publics pour qu'il les ignorât, durent contrister son âme délicate et droite. Sa jeune imagination s'éveilla dès lors à l'idée des réformes dont il devait un jour devenir le puissant instrument.
De bonne heure. Dieu le prédestina à servir ses desseins. Une nuit, pendant qu'il dormait, il entendit à diverses reprises une voix qui l'appelait par son nom. C'était la voix du Seigneur, qui le chargeait d'informer Héli des châtiments dont il allait frajjper la famille du grand prêtre : « Je vais, disait la voix, je vais faire en Israël une chose telle que les oreilles tinteront à ceux qui l'entendront. J'accomplirai jusqu'au bout les malédictions que j'ai prononcées contre Héli et ses enfants : leur péché ne sera jamais expié ni par sacrifices ni par offrandes. » Lorsque le lendemain, interrogé par le grand prêtre, Samuel
478 L'ANCIEN TESTAMExNT
lui apprit l'arrêt de Jéhovah, Héli, tout entier au sentiment de sa culpabilité et de la juste colère de Dieu, s'inclina devant cet arrêt irrévocable avec une résignation tout orientale : « C'est Jéhovah : qu'il fasse ce que bon lui semble ' 1 »
Selon Josèphe, Samuel était âgé de douze ans lorsqu'il préluda de la sorte à son ministère de prophète. Bientôt la réputation du jeune nazaréen à qui Dieu révélait ses desseins se répandit dans tout le pays : le châtiment prédit s'était réalisé. On sait comment les Israélites furent battus à Aphek. Les deux fils d'Héli, qui portaient l'arche sur leurs épaules . se virent assaillis par le gros de l'armée et périrent. La déroute fut complète et l'arche tomba au pouvoir des Philistins.
Un fuyard apporta au grand prêtre l'épouvantable nouvelle; en l'apprenant. Héli, comme foudroyé, tomba de son siège et se brisa le crâne. Sa bru, la femme de Phinées , était à la veille de devenir mère : quand elle apprit que son mari et son beaupère avaient péri, elle mourut elle-même en donnant le jour à un fils qui ne lui survécut pas. De toute la famille d'Héli il restait un seul enfant nommé x\chitob ; ce fut par lui que la dignité de grand prêtre se conserva dans la race d'Ithamar'^
On ne songea pas à relever le sanctuaire déshonoré de Silo, même quand l'arche revint aux mains des Israélites. On eût dit que, par suite de la punition d'Héli, les prêtres eux-mêmes n'osaient plus
1 I Reg. III, 1-18.
- Voir plus haut, p. 439, note 1.
toucher au monument sacré : le laïque Abinadab en eut la garde '. Le psalmiste a chanté cette époque malheureuse :
Dieu abandonna le tabernacle de Silo ,
La tente où il habitait parmi les hommes ;
Il laissa aux mains de l'ennemi son arche captive, Et il livra sa gloire à la puissance des Gentils -.
Le plus grand fléau pour une nation est que Dieu l'abandonne. L'Ecriture appelle ce châtiment « le sommeil de Jéhovah » , sinistre avant- coureur de la ruine totale. Il dura vingt ans pour Israël. Baal et Astarté s'établirent dans la plupart des lieux d'où Jéhovah se retirait. Qu'allaient devenir les promesses? Par un miracle qui se répétera souvent. Dieu préparait le salut du peuple coupable. Samuel grandissait; dans le silence, la réflexion et la prière, il recevait les communications du ciel. La réforme allait avoir son apôtre. La loi écrite cessera bientôt d'être une lettre morte; car à la tête de la nation va paraître un homme à qui Dieu accordera l'énergie , la volonté , le don de faire respecter cette loi. jMoïse avait confié à la tribu de Lévi le soin d'enseigner les ordonnances
1 I Reg. VII. 1. On ne voit nulle part qu'Abinadab fût de la race d'Aaron , ni même de celle de Lévi. Joséphe semble dire que c'était un lévite (A. J., V, ii); mais on ne trouve son nom dans aucun dénombrement de cette famille. On ne sait pas non plus précisément en quoi consista l'onction qu'on donna à Eléazar, fils d' Abinadab. Dom Calmet, au lieu de « ils le consacrèrent, » est disposé à traduire : « ils le préparèrent à recevoir l'arche. »
"^ Ps. Lxxvii, 60-61; cf. Jerem. vu, 10-14; xxvi, 6.
du Sinaï ; mais nous avons vu qu'elle avait trahi sa mission. Au jour des suprêmes périls, Rome appelait ses dictateurs : Dieu suscita en Israël ses grands prophètes.
Samuel fit pour le prophétisme ce que le concile de Trente a fait pour le sacerdoce : il institua un véritable séminaire. Pour préparer ceux que Dieu appelait à être ses Voyants, et pour les initier à leur ministère, il fonda les Ecoles de prophètes. A cette œuvre, furent employées vingt années dune vie silencieuse. La piété, l'esprit de prière se réveillèrent; et au momentde l'établissement de la royauté, nous trouvons ces écoles en pleine activité ^ Il y en avait à Rama , patrie et résidence de Samuel , à Béthel, à Gilgal et à Jéricho. L'homme de Dieu leur faisait de fréquentes visites et présidait leurs assemblées. Il s'assurait ainsi le concours actif et puissant d'une jeunesse pleine d'élan, adonnée à la prière, au chant des cantiques, à la vie méditative et rude de l'ascète , avide de dévouement et nourrissant les plus hautes aspirations. Samuel fut, si nous osons parler ainsi, le premier fondateur des séminaires et des couvents.
Les néocritiques ont, à tort, interprété le silence gardé par Samuel sur les infractions à la loi, nombreuses encore au temps du prophète , comme une preuve de la rédaction tardive du Pentateuque. Si la loi avait été promulguée, disent-ils, Samuel en aurait repris les violateurs.
1 Voir notre ouvrage les Prophètes d'Israël, quatre siècles de lutte contre l'idolâtrie, ch. préliminaires.
Encore une fois, c'esl mal interpréter la Bible; c'est oublier que les crises que subissent les institutions, et les oppositions qu'elles rencontrent, font toujours plus de bruit que leur fonctionnement régulier. La preuve qu'alors la loi était connue et observée autant que le permettaient les circonstances , c'est la présence de l'arcbe au milieu d'Israël; c'est aussi la rénovation du sacerdoce, du culte, et de nombreuses prescriptions de la Thora ^
Lorsque les Philistins eurent été contraints de renvoyer à Israël l'arche d'alliance , on la transporta à Kiriath-Jéarim, au pays de Gabaa^ la colline de Dieu '.' C'est, en effet, aux habitants de cette ville lévitique* que les Bethsaniites avaient adressé ce message : « Les Philistins ont ramené l'arche de Jéhovah; venez, et transportez -la chez vous". » Le domaine d'Abinadab, où elle reposa, devint ainsi pour un temps le lieu saint en Israël. Sous l'influence
' Jud. II, 1-3; cf. Exod. xxiii, 22-23; xxxiv, 12-15; Num. xxxiii, 00 ; Deut. vu, 1, o, 12. —Jud. vr, 8-10; cf. Exod. xx , 2, 3, 12; XXIII, 24. — Jud. XI, 15-27; cf. Num. xx-xxii, etc. (V. W. Smith, The Book of Moses, etc.; Herbst, Einleitung, t. II; Keil, Kaulen, Delitzsch.)
^ Gabaa était à proximité de Kiriath-Jéarim (Jos. ix, 77). Gabaa, Gibéa, Géba et Gibéon désignent la même localité. Comme le mot hama , ce nom signifie colline, et peut se traduire par un nom commun : la colline de Kiriath-Jéarim. Gabaa était la patrie de Saiil (I Reg. vu, 1-2; II Reg. vi, 3-4; III Reg. m, 4; I Parai, xiii, 5-6; XVI, 39; xxi, 29, etc.). Guérin, la Palestine, t. I, p. 69.
3 Beth-Élohîm (I Reg. x, 3).
^ Les descendants du grand prêtre Éléazar demeuraient à Gabaa. Jos. XXIV, 33 ; I Parai, xvi, 39.
^ I Reg. VI, 21. Ce verset n'est intelligible que si Ton admet un sacerdoce constitué à Gabaa, autour du tabernacle.
de Samuel, le sacerdoce, dispersé, se groupa aussitôt autour de l'arche. Rama, la patrie du prophète, était dans le voisinage' ; peut-être même avait-il choisi la colline de Kiriath-Jéarim pour en faire un centre d'administration, et exercer plus aisément ses fonctions de juge. De leur côté, les prêtres de la branche d'Ithamar durent , après la mort du malheureux Héli, se réunir autour du nouveau sanctuaire, attirés par l'homme de Dieu, qui avait été le pupille et l'élève de leur parent. On les trouve en effet dans le voisinage de Gabaa, au village de Nobé, qui n'était peut-être qu'une sorte de faubourg de Kiriath-Jéarim '^
Celte ville devint bientôt une autre Silo. On l'appelait colline sainte, la colline par excellence, GilgaP, Mispa, montagne de Jéhovah*. Là se célé-
1 Jos. XVIII, 26; Jud. xix, 12-13; I Reg. ix, b.
^ I Reg. XXII, 11; cf. I Reg. xiv, 3. On disait indifféremment le sanctuaire de Gibéon ou le sanctuaire de Nobé (I Reg. xxi, J -9; XXII, 9). Sur l'identification probable de toutes ces localités, voir Mcrz, Onomasticon hiblicon, p. 326; Guérin, op. cit., p. 386-388 et 30ii; le Sanctuaire de Kiriath-Jéarim, par II. Poëls.
3 I Mach. III, 46. Du sommet de la montagne, on apercevait à l'orient, dans le lointain, la forteresse de Jébus , qui devint Jérusalem. De cette ville à Gabaon , cl-Djib, il y a huit kilomètres.
^ Jos. XVIII, 2o ; I Reg. xxii, 19. Le mot mispa, nEÏ^G, spécula, lieu d'observation, colline, paraît avoir été donné aux différentes collines où Ton transporta successivement Farche d'alliance. La mispa est d'abord à Silo (Jud. xx-xxi), puis à Gibéon ou Kiriath- Jéarim (I Reg. VII, S -7; x; III Reg. xv, 22). Mispa a pour synonyme Gilgal. Le Gilgal où Samuel convoquait la nation (I Reg. XI, XIII, XV ) est certainement différent du Gilgal de Josué, auprès de Jéricho ; car les faits se passent devant la face du Seigneur, c'est-à-dire devant l'arche (xv, 33). Sans cette distinction, beaucoup de passages de la Bible sont inexplicables.
braient les grandes fêles d'Israël', là se rendaient les haggim, pèlerinages de la nation^. Les décisions importantes étaient prises en présence de l'arche , « devant la face de Jéhovah, » dans des assemblées générales ^. C'était le lieu des sacrifices solennels ^ ; les particuliers y apportaient leurs offrandes, selon les prescriptions de la loi ^. Enfin on y consultait Féphod du grand prêtre ^. Kiriath-Jéarim était devenu le sanctuaire national.
En groupant ainsi les indices fournis par la Bible , nous constatons en Israël un état bien différent de l'anarchie politique et religieuse dont parlent les néocritiques , et au sein de laquelle , disent-ils, on ne trouve point de traces d'nne législation mosaïque. Sans doute, l'influence de Samuel contribuait beaucoup à attirer le peuple vers l'arche de Jéhovah; mais, pour exercer cette influence, le prophète, à son tour, s'appuyait sur les prescriptions de la Thora.
Nous ne prétendons point qu'Israël ait atteint alors l'idéal proposé par Moïse : il faudra des siècles pour qu'il se réalise. La loi de l'unité de sanctuaire, par exemple, ne fut strictement observée qu'après la captivité, malgré les tentatives réitérées des prophètes et des rois. Il ne faut donc pas s'étonner si, en
1 I Heg. XIII, 8 et 11.
^ I Reg. X, 3-4.
^ I Heg. XI, XIII , XV.
* I Reg. XXI, G.
^ I Reg. X, 3-4 ; cf. vu, 9 ; ix, 12 ; Lev. ii, 4 ; vu, 12 ; xxi, xxiii, etc. ; Num. VI, 10.
^ I Reg. XIV, 3.
même temps que le culte mosaïque se célèbre à Kiriath-Jéarim, on continue d'immoler sur les hauts lieux ; Samuel donnait l'exemple : il avait un autel dans sa propre maison \ et on ne voit pas qu'il ait repris Saûl d'en avoir élevé un à Machmis, après sa victoire sur les Philistins ^
Les néocritiques se méprennent gravement, pour la plupart, au sujet des lois mosaïques relatives à l'unité de lieu pour les sacrifices ; ils en exagèrent la nature, l'économie et la portée. MM, Reuss, Kuenen, Wellhausen et Renan insistent tellement sur ce point, qu'on nous permettra de rappeler ces lois.
Les prescriptions concernant le lieu des sacrifices se trouvent promulguées en trois endroits différents, suivant un progrès qui correspond au développement de la vie d'Israël, à l'époque de Moïse. Le premier texte dit simplement à quel dieu les sacrifices doivent être offerts ^. On pourra immoler dans tous les endroits où Jéhovah a manifesté sa présence, pourvu qu'on n'y élève point d'autel en pierres taillées. Ce sont les coutumes patriarcales qui sont ici sanctionnées , à un point de vue strictement monothéiste. Moïse détermine les conditions dans lesquelles devait se célébrer le culte populaire, domestique ou privé.
' I Rog. VII, 17; cf. XVI, 2 et scqq.
^ I Reg. xiv, 3a.
3 Exod. XX, 24-23. Notons ces paroles du texte : « Tu ne monteras pas à mon autel par des degrés. » Elles sont adressées à tout Israël. Il n'est donc pas question ici d'une classe spéciale de ministres sacrés : tout le monde pouvait s'approcher de l'autel.
LOEUVRE DE SAMUEL 48b
Le second texte fut promulgaé après lérection du tabernacle ^ ; il a pour but de fixer le mode des sacrifices et de prévenir Lout acte d'idolâtrie, en obligeant à tuer les animaux el à sacrifier devant le tabernacle. Cette loi rappelait les coutumes égyptiennes dont nous avons parlé ^. Elle était limitée au temps où les Israélites vivaient en nomades , dans leurs campements successifs; elle s'explique par la facilité de se rendre au tabernacle. Destinée à être abrogée, elle le fut, en effet, parle troisième texte, que Moïse promulgua au moment où la vie errante allait cesser pour IsraëP.
Le Deutéronome prévoit le temps où , fixés en Palestine, les Hébreux pourront choisir un lieu pour le tabernacle et le temple : c'est dans ce lieu unique, sur l'autel du sanctuaire national, qu'on devra offrir les sacrifices solennels. Cette distinction est en parfaite conformité avec les lois du Lévitique et de FExode, qui permettaient d'immoler « dans tous les lieux où Dieu avait rendu son nom ^mémorable ». — «Si, dit le Deutéronome, le lieu choisi par Jéhovah est trop éloigné, tu immoleras tes animaux comme je te l'ai prescrit, et tu mangeras dans tes villes, au gré de ton désir ^. »
' Lev. XVII, 3-9.
^ RosenmûUer. Sckol. in Lev. xvii. V. plus haut, 1. I, ch. viii , et le Lieu du culte dans la législation rituelle des Hébreux, par A. Van Hoonacker.
3 Deut. XI, 31-32; xii, 1-16.
^ Cela est si vrai, que Moïse ordonna lui-même (Deut. xxvii, 3 et seqq.) qu'après le passage du Jourdain, on érigeât un autel à Hébal, en observant les régies prescrites par le livre de Tal-
La nouvelle loi n'a pas pour but immédiat d'abolir le culte des bamoth et de leur substituer le sanctuaire unique, mais d'interdire les coutumes religieuses des Chananéens, dont les sanctuaires étaient disséminés partout '.
Voilà ce qui ressort de Tinterprétation des trois lois relatives à l'unité du sanctuaire, Samuel et les pieux Israélites pouvaient donc et devaient offrir leurs holocaustes dans tous les endroits que Dieu avait bénis. Les prescriptions légales n'excluaient que l'idolâtrie "^
liance ( Exod. xx, 23). Le législateur ne pouvait indiquer plus clairement sa Aolonté de voir Israël revenir au mode observé •à l'âge patriarcal, du moins jusqu'à la construction du temple. Il ordonne ailleurs, dans le cas d'un homicide dont l'auteur serait inconnu, des sacrifices en dehors du sanctuaire (Deut. xxi).
* C'est le sens du verset 4, ch. xii : « Vous ne ferez pas ainsi (comme les Chananéens) envers Jéhovah, votre Dieu; mais vous offrirez vos holocaustes au lieu qu'il aura choisi d'entre toutes les tribus pour y étabUr son nom. »
^ Samuel, simple lévite, et les pieux Israélites pouvaient-ils offrir des sacrifices? Non, suivant les néocritiques ; et comme, de fait , on les voit en offrir, cela prouve que du temps des juges , de Samuel et des premiers rois, le Pentateuque n'existait pas : (( Le Pentateuque, dit M. Kuenen, désigne clairement les personnes seules compétentes pour sacrifier et bénir : ce sont les prêtres, fils d'Aaron. Peuple, lévites, tous sans exception, seront punis de mort s'ils tentent d'usurper l'une ou l'autre prérogative. » (Kuenen, op. cit., p. 180. i Et le critique renvoie aux textes suivants : Exod. XXVIII ; Num. vi, 22-27; xvi ; xvii ; xviii, 3-7. Or, si Ton examine attentivement tous ces textes, on voit qu'Aaron et ses fils sont choisis pour être prêtres dans le sanctuaire. Ce sont " les vêtements du sanctuaire » (Exod. xxviii, 2, 3, 4, 35, 43) que Mo'ise doit leur façonner. Au grand prêtre sont réservées les bénédictions, mais celles qui se donnaient dans les cérémonies solennelles, au tabernacle .et plus tard au temple, quand tous les enfants d'Israël étaient rassemblés (Num. vi, 22; Eccli. l, 22). Coré suscite une dispute , non parce qu'il se voit privé du droit
Aussi Samuel se contenta-t-il de purifier les bamolh, de renverser les cippes et les statues. Il laissa subsister un état provisoire, où les sacrifices s'accomplissaient comme à Fâge patriarcal. Les autels étaient élevés dans les conditions de simplicité prescrites par TExode, et seulement dans les lieux où Jéhovah avait <( manifesté son nom » , et où les patriarches avaient les premiers adoré le Dieu unique.
Les réformes de Samuel, avec leur caractère pratique, portèrent vite leurs fruits. Le peuple revenait partout au Dieu dlsraël. Les malheurs de la patrie ouvraient les yeux aux plus obstinés; Jéhovah seul était assez fort pour les délivrer de la servitude des Philistins , de plus en plus menaçants : « Revenez de tout votre cœur à Jéhovah, disait Samuel; éloignez du milieu de vous les dieux étrangers et les Astartés ; attachez votre cœur fermement à l'Eternel et servez -le; lui seul est assez puissant pour vous sauver. » Les Israélites obéirent; ils renversèrent les cippes élevés à Baal et à la déesse impure, et vint le temps où ils ne servirent plus que Jéhovah.
Profitant de ces bonnes dispositions, le prophète fit convoquer à Mispa une assemblée générale. Là, les représentants du peuple confessèrent hautement
d'offrir aucun sacrifice , mais parce qu'il était exclusivement permis à Aaron d'entrer dans le sanctuaire (Num. xvi, 3-5; xvii, 5; XVIII, 1). Au grand prêtre sont réservés les sacrifices solennels devant le tabernacle ( Léviti(jue, xvii , 3-9); mais en son particulier tout Isi-aélite pouvait immoler à Jéhovah d'après la loi de l'Exode (xx, 24-25) et celle du Deutéronome (xii, 15).
le crime de s'être livré au culte des divinités étrangères. En signe de pénitence, on jeûna ce jour -là et on fit des libations d'eau lustrale. Ensuite Samuel fut solennellement proclamé schophet ou juge'.
A la première nouvelle qu'une grande assemblée serait tenue à Mispa, les Philistins avaient résolu de surprendre les Hébreux. Leurs soldats arrivaient au moment même où Samuel achevait d'offrir le sacrifice de réconciliation. Mais il éclata tout d'un coup un orage si violent, qu'il arrêta la marche offensive de l'ennemi. Les Israélites sortirent de Mispa, fondirent sur les ennemis et les repoussèrent, avec de grandes pertes, jusqu'à un endroit nommé Beth- Car. Là, Samuel éleva une pierre monumentale, qu'il appela Eben-ha-Ezer, « la Pierre du Secours. » Les conséquences de cette victoire furent des plus importantes : les Philistins rendirent les villes qu'ils avaient prises et conclurent la paix. « Humiliés, ils n'osèrent plus violer le territoire israélite, et la main de Jéhovah fut sur eux pendant tous les jours de Samuel ^ » Il y avait quarante ans qu'ils oppri-
* I Reg. VII, 6. Dom Calmet pense que Samuel fut nommé juge d'Israël lors de l'installation do l'arche à Kiriath-Jéarim (1 Reg. VII, 1).
^ I Reg. VII, 2-13. « Tous les jours de Samuel » commencent à la victoire d'Eben-ha-Ezer et se terminent à l'élection de Saiil. A ces dernières paroles les néocritiques ont opposé le passage suivant (xiii, 19-22) : « Et l'on ne trouvait aucun forgeron en Israël, car les Philistins avaient dit : Que les Israélites ne puissent plus fabriquer des glaives. Ainsi tout Israël devait descendre au pays des Philistins pour faire forger les socs, les cognées, etc. » Faut -il voir dans ces mots « une contradiction manifeste » avec le passage qui affirme que la paix régna avec les Philistins pendant la judicature de Samuel? Nous ne le pensons pas. Ces
L'UEUVRE DE SAMUEL 489
niaient Israël par tontes sortes de vexations. De leur côté les Amorrhéens, c'est-à-dire les autres peuplades de Ghanaan, demeurèrent en paix. Le prestige que Samuel avait donné à la nation réduisait au silence tous les ennemis.
mots : « On ne trouva aucun forgeron en Israël, » ne disent point que les Philistins firent sentir leur despotisme au point d'empêcher tout travail de forge chez leurs ennemis ; mais ils insinuent clairement que les forgerons des Hébreux étaient, comme ils le furent toujours, les Philistins; que ceux-ci retirèrent leurs ouvriers du pays d'Israël , afin de forcer « à descendre » chez eux pour les instruments d'agriculture. C'était le moyen de mettre leurs voisins dans l'impossibilité d'avoir des armes. Ils y réussirent d'autant mieux, que ces derniers « convertissaient leurs armes eu socs et en cognées ». Les néocriliques voient une autre contradiction dans le passage I Reg. x, 5, où, d'après une traduction possible, les Philistins auraient eu un gouverneur a\i centre de Benjamin (cf. xiii, 3). Mais toute difficulté s'évanouit si l'on traduit , comme le contexte l'impose , le mot 2''y2 . par monument (Gen. xix, 26) et non par gouverneur. Comment Saiil aurait -il pu établir une garnison de trois mille hommes (I Reg. XIII , 2 ) dans une ville qui avait un gouverneur philistin ?