‹ De Moise à DavidChapitre 32 sur 106 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

le lointain , découvrir enfin les murs de la cité sainte.

Ils ressemblaient encore à Glovis qui, à son entrée dans l'église de Reims, où il allait être baptisé, ébloui de la beauté du temple, de l'éclat des ornements, frappé de la majesté des prêtres, du recueillement, de la joie contenue de l'assistance, au milieu des parfums de l'encens, du chant harmonieux des prières, saisit saint Rémi par le bras et lui dit : « Mon père, n'est-ce point là le paradis que vous m'avez promis? — Non, mon fils, lui répondit le pontife; ce n'est que l'ombre et la figure. »

Il fallut aussi qu'Israël fût averti de ses illusions. Mais ces avertissements mêmes ne prouvent -ils pas à quel degré le peuple de Dieu était frappé des figures messianiques qui se succédaient sous ses yeux étonnés ? Aussi ne sommes-nous point surpris de constater en Judée, au moment où Jésus- Christ parut sur la terre, cette foi universelle aux figures et aux types de l'Ancien Testament. Le Maître et les apôtres y font un appel incessant. Pour leurs auditeurs, la réalisation des types scripturaires était un critérium souverain , le plus propre à les convaincre de l'arrivée du sauveur qu'ils espéraient. De l'avis même des rationalistes , il y a dans les citations du Christ une justesse d'appréciation , une profondeur de vues tout à fait remarquables. Les pharisiens revêches et querelleurs, les hérodiens sceptiques restaient muets devant lui, et son argumentation

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leur paraissait si redoutable, qu'après en avoir fait Texpérience à leur confusion, ils n'osèrent plus l'interroger.

Nous lisons , par exemple , dans saint Matthieu , que Jésus , parlant aux pharisiens , leur dit : « Que pensez -vous du Christ? de qui doit-il être fds ? — De David, » répondirent -ils sans hésiter. « Alors, reprit Jésus, comment David, guidé par l'Esprit- Saint, l'appelle-t-il son seigneur, lorsqu'il dit : (( Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assejez- « vous à ma droite ? » Si David appelle le Christ son seigneur, comment peut-il être son fils'? » On ne comprend ce verset qu'à la condition de supposer que les pharisiens, qui s'estimaient si savants dans la connaissance des figures et des types, ne pouvaient méconnaître la portée de celui-là. Si le fils de David est appelé par lui son seigneur, c'est que Salomon était la figure du Messie -Dieu. Le Maître voulait attirer l'attention des Juifs sur la filiation divine du Messie, sur sa qualité de prêtre et de roi prédite dans le psaume. Il voulait justifier aux yeux des pharisiens le titre qu'il prenait de Fils de Dieu.

Jésus -Christ voyait encore dans le « serviteur de Jéhovah », cité par Isaïe-, un type messianique qu'il était appelé à réaliser; et tous les anciens Juifs, jusqu'au iif siècle de notre ère, étaient également d'accord sur le caractère prophétique et messianique

* Matth. XXII ; Ps. cix, 1. - Is. LU, 13 : LUI.

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de ce type. Xi le peuple d'Israël, ni les justes, ni les prophètes, pas même Isaïe, pas même Jérémie , n'ont accompli cette figure, bien que plusieurs des traits du « serviteur de Jéhovah » aient été reproduits dans leurs persécutions : ils n'ont été que des images imparfaites de cet homme de douleur, dont Jésus seul a réalisé toutes les humiliations et toutes les épreuves '.

Le caractère typique de l'Ancien Testament , aux yeux de Notre-Seigneur, ne se révèle pas seulement par quelques faits isolés. Il considère l'ancienne alliance , ses institutions et son histoire comme essentiellement figuratives. Ce n'est pas tel ou tel chapitre qui lui rend témoignage, mais la Bible tout entière, dans toutes ses parties : Illœ sunl qux teslimonîum perhihent de me. Dans l'entretien de Jésus avec les deux disciples d'Emmaûs, le jour de sa résurrection , il leur interpréta par ordre toutes les Ecritures, nous dit saint Luc, « en commençant par Moïse et en continuant par tous les prophètes. » Quand donc des interprètes timides osent à peine citer un ou deux passages du Pentateuque pour les appliquer sûrement à Jésus-Christ, ils oublient que le Sauveur se voit partout dans IWncien Testament, dans les personnes, dans l'histoire, dans les cérémonies : « Moïse lui-même, ce Moïse en qui vous mettez toute votre espérance, s'élèvera devant mon Père

1 Voir notre volume les Prophètes d'Israël el le Messie, liv. III, ch. xii-xiv.

INTRODUCTIOxN XXXIX

pour vous accuser; car, si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, puisque c'est de moi qu'il a écrit*. » Il nous apprend que le serpent d'airain est le type de sa croix : « Comme ce serpent, il faut que le Fils de l'homme soit élevée » C'est lui encore qui dans la manne du désert et dans l'agneau pascal montre des types eucharistiques.

Dans le sort des prophètes, dans les persécutions et les ingratitudes dont ils furent les victimes, Jésus- Christ voit la figure de ce qu'il doit souffrir luimême , et de ce que souffriront ses disciples de tous les temps. Il prédit à ses apôtres un sort pareil au sien : « De même que les Juifs ont persécuté les prophètes, ils vous persécuteront ^ »

Enfin , pour hien faire comprendre que le caractère typique appartient à toute la Bible, Jésus-Christ le plus souvent n'a recours à aucune citation particulière. Lui et les Evangélistes se servent de ces mots généraux : « selon les Ecritures. »

Après le Maître , nous voyons les apôtres affirmer sans cesse l'existence des types qui annonçaient l'avenir*. Ils parlent de certaines personnes, de certains événements qui, defînifo concilio et prœscientia Dei, signifiaient de? choses futures^. Une

' Joan. V, 43 et 46.

^ Joan. m , 14.

^ Matth. V, 12; xxiii, 34-3 a ; Luc. ix, 49-Sl.

" Rom. V, 14 ; cf. Gai. iv, 24 ; Col. ii . 17 ; Hebr. ix , 9 ; x , 1 ; xi, 19.

^ Act. 11,23. On sait combien souvent les Evangélistes emploient les expressions: « ut impleretur Scriptura ; et ndimpleta est Scriptura. »

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