MOÏSE AU SINAI J
dire des garanties sensibles de la parole de Jéhovah. Remarquons, d'autre part, que Moïse ne sépare pas un moment sa personne de son peuple coupable : il partagera son sort, il vivra ou mourra avec lui.
Dans ces paroles : Dieu est lent à la colère et prompt au pardon, le chef d'Israël, disent les Pères, recevait une leçon discrète de modération. Moïse avait été violent, il avait brisé les pierres de la loi, commandé un massacre ; Jéhovah le rappelle à des sentiments plus cléments. Ainsi un jour reprendrat-il le grand prophète Elie du carnage du mont Carmel. Chose remarquable 1 c'est au lieu même où Elie viendra recevoir le pardon de ses rigueurs, que le Seigneur reprend Moïse de ses sévérités et de sa colère.
En adorant le veau d'or, Israël avait rompu le pacte juré ^ ; et, considéré en lui-même, l'acte de Moïse brisant les tables de la loi était une énergique dénonciation de l'alliance et l'annulation de tout ce qui avait été convenu. L'ancien traité était rompu; il s'agissait de le renouveler. La j^rophète étant monté de nouveau sur la montafme, le Seigneur lui ordonna d'écrire une seconde fois, et presque dans les mêmes termes, le traité de l'alliance ^ Deux nou-
^ Exod. XXIV, 7.
- Exod. XXXIV. M. Renan, aj)rès Rcuss et Kuenen , n"a rien compris à cette répétition du traité de l'alliance : il raltri})ue à des « remanieurs sacerdotaux ». « Nous trouvons, dit Reiiss, dans le chapitre xxxiv de l'Exode , les prescriptions des chapitres xxi-xxiii. Le pacte que Dieu conclut avec Moïse est répété deux fois, et il avait été conclu depuis longtemps (xix, 5). » Les critiques ne prennent pas garde que ce traité ayant été rompu, il fut, pour cette raison, renouvelé par l'ordre de Dieu. L'historien
velles tables de pierre reçurent les dix commandements promulgués sur le Sinaï.
Quand, après quarante jours, Moïse redescendit, il ignorait, dit l'Écriture, que ses entretiens avec l'Éternel avaient transfiguré son visage et laissé comme deux rayons de lumière sur son front ' . Les Israélites, à cette vue, s'éloignaient saisis de crainte. Mais, les appelant à lui. Moïse les rassura et mit un voile sur son visage. Quand il entrait dans sa tente , et plus tard dans le tabernacle , pour s'entretenir avec le Seigneur, il ôtait le voile, et il le remettait pour parler au peuple ^
Désormais le prophète ne montera plus au Sinaï. Dieu , selon sa promesse , se manifestera à lui sous la tente qu'il habitait, puis dans le tabernacle quand il sera construit. Ce dernier, du reste, s'appellera, comme la tente de Moïse, Vohel du rendez- vous ^
reproduit les événements tels qu'ils se sont passés ; non plus qu'Homère , il ne craint les répétitions intégrales d'un fait réalisé deux fois. Ici la répétition est pleinement justifiée. Tout cela , notons-le, convient à un législateur préoccupé avant tout de la validité d'un contrat, et s'expliquerait moins si l'ouvrage était l'œuvre d'un lettré du temps de Salomon ou de Josias.
* Les Hébreux se servent du même mot pour le rayon de soleil et la corne d'un animal, pp. La Vulgate a traduit par cornuta faciès; et les peintres comme les sculpteurs, prenant à la lettre cette traduction, ont doté le visage de Moïse de deux cornes de lumière.
^ Exod. XXXIV. Saint Paul (Il Cor. m, 13) rappelle le voile de Moïse. Pour les Juifs, Moïse, méconnu, est toujours voilé : ils ne Font point compris.
^ Exod. xxxiii, 7-11 et xxxix, 31 ; xl, 2 et 7. Reuss suppose deux récits. L'un, dit-il, montre Jéhovah apparaissant dans la tente de Moïse, l'autre dans le tabernacle : « 11 y a là, ajoute le critique, deux conceptions différentes et inconciliables , par conséquent deux rédactions indépendantes l'une de l'autre. » L'unité du récit est au contraire manifeste. Avant que le tabernacle ne fût con-
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On s'occupa sans retard de sa construction , et bientôt, sous la direction de Béséléel, petit-fils de Hour, de la tribu de Juda , le tabernacle s'éleva radieux au milieu du camp, abritant l'arche d'alliance, symbole de la présence de Jéhovah au milieu de son peuple. C'est là désormais que Dieu dictera ses ordres, c'est de là que sortira le signal du départ et du campement. La nuée qui apparaissait au-dessus de la tente sacrée guida Israël jusqu'à son établissement dans la terre promise. Le tabernacle demeura le sanctuaire national d'Israël jusqu'au jour où, Salomon ayant élevé le temple dans la ville sainte', se réalisa la promesse que Dieu avait faite de se choisir une demeure fixe. Alors disparut le tabernacle, et la Bible n'en parle plus. Il ne resta dans le temple , où tout fut renouvelé , que la vieille arche construite par Moïse. Elle y resta jusqu'à la prise de Jérusalem par Xabuchodonosor, puis elle-même disparut mystérieusement et ne fut pas remplacée dans le second temple.
Au moment où Béséléel acheva le tabernacle et l'arche, il y avait dix mois que les Hébreux séjournaient au Sinaï, et un an qu'ils étaient sortis d'Egypte^.
struit, la tente de Moïse était un sanctuaire intérimaire, la tente de réunion, ohel-moed. C'était sans doute celle où se rendait la justice, où l'on venait de toutes les parties du camp chercher les décisions de Jéhovah. Dieu , après le scandale du veau d'or, ordonna à Moïse de la dresser hors du camp, pour signifier que Dieu s'éloignait d'Israël. II n'y avait pas encore de tabernacle (xxxv). Ce dernier remplaça la tente de Moïse. Il y a succession de faits et non contradiction.
' I Reg. VIII, 4.
' Exod. XL, 2, 15.