‹ De Moise à DavidChapitre 60 sur 106 · LE TABERNACLE ET LARCHE · texte numérisé non relu

LE TABERNACLE ET LARCHE

nous trouvons dans une vaste cour appelée parvis, longue de cent coudées et large de cinquante. Elle était formée par des rangées de rideaux de lin tendus entre soixante colonnes dairain qui mesuraient cinq coudées de hauteur. Ces rideaux avaient leur point d'attache à des traverses d'argent et étaient soutenus par des crochets de même matière '. Au milieu de cette enceinte et devant le tabernacle, s'élevait l'autel destiné au sacrifice. Il était construit en bois de sittim et recouvert entièrement d'airain. Il comptait cinq coudées en longueur et en largeur, et trois en hauteur. Le feu sacré y était perpétuellement entretenu*.

A quelque distance du tabernacle un grand bassin d'airain reposait sur un socle de même métal. Les prêtres y puisaient de l'eau pour se laver les mains et les pieds, avant d'entrer dans le sanctuaire ou d'approcher de Fautel. On avait employé à la confection de ce bassin des miroirs métalliques offerts par les femmes pieuses qui venaient habituellement prier Jéhovah à la porte de sa demeurer

' Le parvis avait cinquante -deux mètres cinquante de long et vingt-six mètres vingt-cinq de large. A l'orient, où était l'entrée, un rideau de vingt coudées de largeur remplaçait la tenture.

* Exod. XXVII ,1-8.

^ Exod. XXXVIII, 8; cf. xxx, 17-21..) Le texte dit littéralement: De speculis mulierum cjusc mililnhant, paroles assez obscures, dans lesquelles les Septante ont vu un service religieux rempli par les femmes, service de prières et de jeûnes sans doute (I Reg. ii,22). Sur des usages analogues chez les Egyptiens , v. Wilkinson , Manners and customs of anc. Egi/pt., t. I, p. 258, et sur les miroirs métalliques, ihicL, t. 111, p. 384. M. Reuss s'étonne de lire la mention de fonctions remplies par les femmes au sanctuaire, avant que le sanctuaire fut construit et que le service eût com-

La magnificence du tabernacle, la richesse de ses matériaux , le luxe de son ameublement , la beauté et la finesse des ornements, la somptuosité des habits du grand prêtre, ont fait douter que Moïse ait pu fabriquer ces merveilles. Tout ce récit, selon les néocritiques, est une œuvre d'imagination, postérieure de plusieurs siècles à la sortie d'Egypte et due à quelque auteur qui avait sous les yeux les magnificences du temple de Salomon ^

Il faut observer que la Bible décrit le tabernacle tel qu'il devint, une fois son achèvement complet. Il se peut qu'au premier jour il ne fût pas encore ce qu'il était appelé à devenir, lorsque Israël, vainqueur de ses ennemis, se serait emparé de leurs richesses ^ Ici l'absolu, comme souvent ailleurs , ne s'impose pas. Toutefois on ne manque pas de bonnes raisons à opposer aux négations des rationalistes.

Ainsi, ils ont trouvé invraisemblable que des nomades, d'anciens esclaves, eussent pu produire dans le désert des ouvrages d'art aussi compliqués,

mencé. Le critique se méprend simplement sur la tente du rendezvous {ohel-moëd).

1 Vater, Commentar ûher den Peutateuch, t. III; Bohlen , de Wette, Grambei'g, Reuss, etc. Les raisons alléguées par ces critiques ont été réfutées en partie par Bœhr, Sijmbolik, t. I ; Winer, Biblisches Real., t. II, p. 620, et par M. Vigouroux , etc.

2 Les passages Exod. xxxix, 31 , et xl, 14-15, sont susceptibles d'un sens assez large. Il est certain qu'on eut besoin plus tard des dépouilles et des richesses des ennemis vaincus pour l'ornementation du tabernacle et son achèvement. Sans doute ce qui n'avait pas été achevé était représenté. (V. Num. vu; xxxi, 48- 54, etc.) Les commentateurs donnent au passage : Plus offert quam necessarium est (Exod. xxxvi , 5), le sens : « Le peuple a provisoirement donné assez. »

LE TABERNACLE ET L'ARCHE 5o

alors que Salomon lui-même fut obligé de se servir d'artistes étrangers. Mais les Hébreux sortaient de l'Egypte, où fleurissaient les arts et l'industrie, et peut-être étaient-ils alors plus exercés qu'au temps de Salomon. Ils durent oublier bien des choses pendant les longues guerres de la conquête. Jusqu'au milieu du règne de David, ils n'avaient qu'à de rares intervalles déposé les armes, et ils avaient dû surtout consacrer les loisirs de la paix à l'agriculture.

Les parfums et beaucoup d'autres objets purent être fournis aux Israélites du désert par les caravanes qui, dès la plus haute antiquité, allaient porter en Égvpte les produits de l'Arabie^ ; mais on se demande comment l'on put se procurer la quantité d'or, d'argent, d'airain, de pierres précieuses requise pour le tabernacle. Si, au sortir des mains des premiers ouvriers, l'arche et sa tente avaient dû être pourvus de tous leurs accessoires, peut-être que non seulement la matière, mais le temps aussi eussent manqué.

Ces difficultés ont paru graves à M. Munk, désireux pourtant de résoudre le problème sans blesser la tradition "^ Elles ont en partie disparu aujourd'hui. Les découvertes modernes fournissent la preuve que les Israélites, à leur arrivée au Sinaï, y trou-

* Voir notre volume précédent, p. 402. Les Hébreux se mettaient volontiers en rapport avec les habitants de la péninsule. Voir sur ce sujet les observations de Rosenmûller, in Nuni. ii, 7.

2 Munk, loc. cit. 11 ajoute : « Mais rétablissement d'un sanctuaire central et du sacerdoce ressort tellement de l'esprit général de la loi mosaïque, qu'il est impossible de ne pas admettre lautheuticité historique du fait en lui-même. »

vèrenl installés de nombreux ouvriers égyptiens occupés aux mines. Ainsi s'offrait à eux une grande partie des métaux précieux dont ils avaient besoin. Bien des siècles avant Moïse, en effet, les premiers habitants de la presqu'île, les Monilou, ou Maîtres des sables, avaient découvert, au flanc des collines, des veines abondantes de minerai et des gisements de pierres précieuses. Ils savaient en extraire les fers, les oxydes de cuivre et de manganèse, les turquoises, qu'ils envoyaient en Egypte. La convoitise des pharaons fut vite attirée de ce côté. Ils confisquèrent les mines à leur profit et y établirent des colonies d'ouvriers, qu'ils maintinrent tant que dura l'empire ^

Quant à l'or qu'employa Béséléel, l'architecte de Moïse, il faut savoir que ce métal était alors entre toutes les mains et très abondant. Les femmes égyptiennes, en particulier, étaient chargées de bijoux : pendants d'oreilles, bracelets, bagues, chaînes, dont quelques-unes massives ^ Les femmes, les jeunes fdles et même les jeunes gens d'Israël, n'étaient pas dépourvus non plus de ces ornements pendant leur séjour en Egypte, et nous savons par quel strata-

^ Ebcrs, Durch Gosen zuni Siiiai ; Brugsch, Wanderung nach (1er Tûrkis-Minen ; Maspero, Ilist. anc. des peuples de l'Orient, les Origines, p. 347 et suiv.

- Les mines d'or de Coptos, de Rhedesieh, de Ilanimaniat , en Egypte, étaient en exploitation dès la plus haute antiquité. (Wilkinson, The manners and cusioms, t. II.) Les mines d'or de Nubie furent exploitées de temps immémorial ; les nomades en introduisaient les paillettes en Ég-ypte, jusqu'au moment où, sous la Xll*^ dynastie, les Égyptiens allèrent les chercher eux-mêmes. (Maspero, p. 480 et suiv.)

Page 1