‹ De Moise à DavidChapitre 63 sur 106 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

En quittant l'Egypte, les Hébreux s'éloignaient d'un pays où sans doute ils avaient beaucoup souffert, mais dont le sol étaitfertile et les villes superbes. Plus tard ils regretteront la vallée du Nil et ses riches produits*. Quand l'envie n'a pas trop aigri le cœur des pauvres , ils voient dans la richesse publique une sorte de dédommagement à leur sort. Quittant leurs foyers indigents , ils se plaisent à traverser un parc fleuri , à s'arrêter devant un cortège , à se mêler à une fête somptueuse^. Les Hébreux avaient souvent aussi admiré les magnificences du culte égyptien , et lorsque Moïse s'occupa de les constituer en nation , il dut tenir compte de leurs regrets et de leurs désirs. Il savait qu'ils seraient fiers de posséder une part des belles choses de l'Egypte ; qu'ils étaient disposés à accepter avec faveur tout ce que le législateur introduirait de riche dans le culte de Jéhovah, tout ce qu'ils avaient admiré dans les

' Exod. XIV, 12; xvi, 3; xvii, 3; Xum. xiv, 3; xx, 5; xxi, 5. " Cf. les Syracusaines de Théocritc.

habitudes et les pratiques de leurs anciens maîtres. Moïse ne fera pas, comme on l'en a accusé, de concessions au penchant idolàtrique et sensuel des Hébreux ; mais , dans la limite du possible , il donnera satisfaction à leurs goûts et à leurs préférences.

Il ne faut point nier que, considérés du dehors, le sacerdoce mosaïque et le sacerdoce égyptien aient eu de nombreuses analogies. Munk voit encore là une preuve que les institutions du Pentateuque remontent bien à Moïse; car lui seul, dit-il, a pu , à la date où il organisait le sacerdoce, mêler tant d'éléments égyptiens au culte de Jéhovah ^ Au reste, tous les cultes ont des points de ressemblance qui s'expliquent naturellement par l'institution du sacerdoce et par les sacrifices, qu'on retrouve partout.

Pour se faire une juste idée de ce que Moïse a pu emprunter au sacerdoce égyptien, il faut connaître ce qu'a été ce sacerdoce.

Primitivement, chaque province d'Egypte avait ses prêtres à elle pour le service de son dieu particulier. Dans ces conditions, Misraïm possédait des

* Munk, Palestine, p. 171. " Plusieurs critiques renommés, dit cet auteur, ont fait descendre l'établissement d'un sacerdoce régulier jusqu'aux temps de Salomon ou même de Josias ; mais leurs arguments respectifs se détruisent mutuellement, et leurs assertions contradictoires nous permettent d'assister avec indifférence à ces tournois littéraires , où chacun tient à faire preuve de sagacité criti(jue , en inventant une nouvelle hypothèse. Nous ne pouvons accorder ici qu'une simple mention à ces tentatives dune critique qui tend à renverser toute l'histoire des Hébreux et à en faire un chaos inextricable. Ceux cjui désirent la connaître sommairement, avec ses faiblesses et ses contradictions, peuvent consulter quelques excellentes observations de Bœhr, Si/mbolik, t. Il, p. 7-41. ))

sacerdoces et non un sacerdoce unique. Les prêtres ne formaient pas une seule hiérarchie. Ils avaient plus ou moins d'importance, selon celle du dieu ou du nome, et aussi selon le genre de leurs fonctions. Le prêtre le plus considéré était celui que les Grecs ont appelé « le prophète ». Après lui venaient les (( pères divins », puis les « purificateurs », et enfin les noutri meri, dont on ignore les fonctions. Audessous s'échelonnaient des catégories de ministres inférieurs, tels que les porte-encens, les musiciens et les chanteurs.

Plus tard les prêtres constituèrent une hiérarchie officielle. Sous les dynasties thébaines, vers le quinzième siècle avant Jésus-Christ, par conséquent du temps de Moïse, les grands prêtres d'Ammon à Thèbes devinrent, par suite d'une centralisation progressive , les chefs du sacerdoce de l'Egypte entière , des papes , si l'on ose ainsi parler, dont l'autorité spirituelle, toujours en progrès, se doubla d'un pouvoir temporel qui alla grandissant à mesure que s'afTaiblissait l'autorité royale. Un jour vint oîi ils ceignirent temporairement la couronne des pharaons'.

Un élément essentiel du sacerdoce égyptien était l'ordre des prêtresses ou des palhicides. La femme eut son rôle aux sanctuaires des dieux de Misraïm ; parfois assez noble , surtout au commencement. Ce rôle dégénéra, et trop souvent aboutit à de honteuses prostitutions. Disons -le tout de suite, en excluant les femmes du service divin , Moïse éleva tout d'un

* Lenormant, op. cit., t. II, p. 327; t. III, p. 5.

coup son sacerdoce au-dessus de tous ceux de l'antiquité. Dans la sage Egypte, jusqu'au temps des Césars, on choisissait les jeunes filles les plus jolies des familles nobles, pour les consacrer dans le temple de la divinité. Si c'était un temple de déesses , elles y occupaient les premiers postes ; mais dans celui des dieux, leur rang était bien inférieur : elles y formaient une sorte de harem où l'on choisissait pour le dieu des épouses mystiques , des concubines, des servantes, des magiciennes et des danseuses, chargées du soin d'orner ses fêtes. Rien même ne les empêchait de céder aux caprices des prêtres : elles trouvaient à cela honneur et profit.

Dans la constitution mosaïque, au contraire, point de femmes : un sacerdoce chaste , sans tache , fortement hiérarchisé. Cette dignité et cette hiérarchie étaient la figure et la prophétie du sacerdoce qu'établiront le Christ et les apôtres.

Jusqu'à Moïse avaient prévalu les coutumes patriarcales, et les fonctions de j^rêtre étaient dévolues au premier-né de chaque famille. Les commentateurs se sont demandé si, sans un ordre d'en haut. Moïse aurait songé à modifier aussi profondément cet état de choses ^ Israël y était tellement attaché, que longtemps, même après l'institution du sacerdoce nouveau, on n'observa pas les lois lévitiques". L'an-

' Exod. XIII, 2; xix , 6; xx, 24; Xum. m, 12-13. Voir les commentaires des rabbins sur Exod. xix, 22, et la version de Jonathan sur Exod. XXIV, 15. Cf. Job i, S.

^ Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, en étudiant l'époque des juges.

cien régime procurait aux familles de grands avantages. Elles étaient flattées de compter un de leurs membres parmi les hommes les plus considérables de la tribu , et volontiers elles ofl'raient leur premier-né au service du Seigneur. C'était enfm un moyen de maintenir l'union entre les tribus que de les honorer toutes également. Ainsi se trouvaient écartées les causes d'une jalousie qui eut plusieurs fois ses manifestations dans l'histoire d'Israël. Jusqu'à la nouvelle loi sacerdotale, on n'avait point entendu en Israël de plaintes comme celle-ci : « Pourquoi l'honneur d'offrir des sacrifices et le soin de veiller au maintien de la loi sont- ils devenus le privilège d'une seule tribu ? Pourquoi ces prêtres placés audessus des autres fils de Jacob, nourris et payés par eux ' ? »

On sait dans quelles circonstances Moïse reçut de Dieu l'inspiration de confier le sacerdoce à une seule tribu. Au spectacle d'Israël infidèle à Jéhovah et dansant autour du veau d'or, il comprit que le peuple qu'il avait amené d'Egypte était généralement trop inconstant et trop ignorant pour exercer les fonctions saintes. Dieu lui ordonna donc de choisir une tribu, de la séparer des autres, de l'instruire, d'en faire une grande corporation vouée à la religion. Elle enseignerait la loi aux autres; seule elle offrirait les sacrifices, mais elle n'aurait aucune part au pouvoir exécutif ou législatif. Les affaires politiques seront traitées en présence du peuple réuni

' Voir plus loin l'épisode de Dathan et d'Abiron.

et par les anciens. La tribu privilégiée ne sera pas une tribu gouvernante , mais une tribu savante , désintéressée à ce point des choses temporelks qu'elle n'aura pas sa part d'héritage dans la terre de Ghanaan. Le service du sanctuaire, l'interprétalion de la loi, la pratique du droit, delà médecine et des sciences, lui seront dévolus.

Nous avons raconté comment la tribu de Lévi, à laquelle Moïse appartenait, mérita les préférences du Ciel et vit tout à coup sa situation se transformer d'une façon inattendue. Après avoir renversé le veau d'or, le prophète se trouvait en présence d'une multitude révoltée : « A moi , s'écrie-t-il , quiconque est pour Jéhovah! » Cet appel à la fidélité émeut les fils de Lévi, qui accourent autour de leur chef méconnu. A son commandement, ils fondent sur la foule rebelle et passent par les armes tout ce qui se rencontre devant eux. Quand l'ordre est rétabli , Moïse leur dit : a A ous avez consacré vos mains à l'Eternel, et vous avez attiré sur vous aujourd hui la bénédiction'. » La bénédiction dont parle ici le prophète rappelait les dernières paroles de Jacob à Lévi et à Siméon ; elle relevait les Lévites de l'état de malédiction où les avait mis la cruauté de leur ancêtre à l'égard des Sichimites, et contenait une allusion aux privilèges qui allaient leur être accordés ^

Les membres de la tribu de Lévi furent divisés en deux classes, dont l'une , formée des descendants

1 Exod. XXXII, 21-29.

^ Gen. xLix, 7. — V. notre explication de la prophétie de Jacob, au volume précédent, p. 419 et 427.

d'Aaron , composa le corps sacerdotal proprement dit, et dont l'autre devint le corps des simples lévites : elle comprenait les fds de Lévi, moins la famille d'Aaron.

Les simples lévites étaient les serviteurs, les gardiens du sanctuaire , dont l'intérieur n'était accessible qu'aux prêtres. Ils aidaient ceux-ci à tour de rôle dans les fonctions qui ne s'exerçaient pas à l'autel. Pendant le séjour au désert, ils étaient chargés du transport du tabernacle et de ses accessoires. Lorsque le temple fut construit, ils en ouvraient et fermaient les portes. Ils étaient administrateurs des revenus, directeurs des offices extérieurs, de la musique et des chants'. Ils entraient dans le service actif à l'âge de trente ans , et le quittaient à cinquante '^

Aux prêtres, c'est-à-dire aux descendants d'Aaron,

' Exod. XXIX, 9, 44; Xum. viii, G -26 et passim ; I Parai, ix. La tribu de Lévi ne devait pas participer au partage de la terre de Chanaan, mais elle avait le droit d'occuper quarante-huit villes choisies au milieu des différentes tribus. Leurs revenus consistaient dans les dîmes prélevées chaque année sur le produit des terres ou des troupeaux (Num. xxxv, 2-6; xviii, 11-13; Deut. xiv, XV ; Lev. vu, etc.).

2 Num. IV, 3. Suivant un autre passage, le service devait commencer à vingt-cinq ans (Xum. viii, 24'|. Nous avons là évidemment, dit Reuss, deux règlements différents, rédigés et adoptés à diverses époques. Pour lever la contradiction, le Talmud suppose que de vingt-cinq à trente ans les lévites faisaient leur apprentissage. On croit communément quVu chapitre iv il est question des lourds travaux de transport auxquels les lévites n'étaient soumis qu'à l'âge de trente ans, tandis que les autres services commençaient dès l'âge de vingt-cinq ans. Cette opinion est celle de Rosenmûller, et ce savant s'étonne qu'on s'appuie sur une hypothèse si fragile pour conclure à la pluralité d'auteurs.

était exclusivement confié le service immédiat des^ autels ; mais la loi imposait les conditions suivantes : ils devaient être exempts de défauts corporels, n'ètreentachés d'aucune impureté et jouir d'une bonne réputation. Aucun doute ne devait planer sur leur naissance et sur la conduite de leur mère ou de leur femme. Pendant le temps de leur service, ils devaient s'abstenir de vin et de toute autre boisson spiritueuse *. La loi ne renferme aucune disposition spéciale concernant Vkge recpiis pour l'exercice de leurs fonctions, mais ils étaient probablement soumis à la rèfîfle des lévites ^

On a trouvé dans les papyrus des prescriptions analogues pour ajouter à la considération et à l'honneur des prêtres égyptiens. Ces derniers étaient tenus à la plus extrême propreté sur leur personne et dans leurs vêtements. « Ils se rasent le corps entier tous les trois jours, dit Hérodote, dont le récit se trouve en parfait accord avec les monuments. Ils ne portent qu'une robe de laine et des chaussures, en écorce de papyrus. Ils se lavent deux fois par jour dans Feau froide et autant de fois toutes les nuits; en un mot, ils ont mille pratiques religieuses qu'ils observent régulièrement. » Une grande cérémonie de purification précédait chacun de leurs jeûnes, qui étaient nombreux, et duraient de sept à quarante-deux jours. Pendant le temps de ces jeûnes, ils devaient s'abstenir de tout aliment ayant

' Lev. X, 9.

- Num. IV, 3. Plus tard ils entrent au service à làge de vingt ans i 11 Parai, xxxi , 17 :.

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eu vie et pratiquer la plus rigoureuse chasteté*. Une tache d'impureté même involontaire eût rendu le prêtre à jamais odieux aux yeux du peuple.

Comme les jjrêtres hébreux, primitivement les prêtres égyptiens vivaient des dons des fidèles ; ils ne devaient rien posséder en propre. Mais la divinité acceptait et même sollicitait, à l'occasion, des maisons , des champs , des vignes , des vergers , des esclaves , des étangs de pêche , dont le produit était en partie afFetté à l'entretien des temples, et en partie à la subsistance de ses ministres. Tout Égyptien aisé faisait en mourant un legs aux dieux ; c'était comme un mémorial de son passage sur la terre. En échange , les prêtres instituaient à son intention des prières et des sacrifices perpétuels. Ces donations accumulées finirent par former de véritables fiefs sacrés ^.

L'installation des simples lévites d'Israël et leur consécration n'eurent lieu qu'une fois : la tribu fut consacrée pour toute la suite des temps. La cérémonie consista en lustrations, en sacrifices, et principalement dans l'imposition des mains par les chefs des tribus^. La consécration des prêtres fut plus solen-

* Lenormant , loc. cit. Les prêtres ne devaient jamais manger de poisson : c'eût été faire acte éclatant d'apostasie. Ils ne mangeaient jamais ni fèves, ni pois, ni lentilles, ni ail, ni oignons, ces fameux oignons d'Egypte après lesquels les fils dlsraël soupiraient dans le désert , et que ces mêmes prêtres présentaient si souvent aux dieux en offrande. Les purifications étaient jugées si nécessaires, elles étaient si multipliées, que le prêtre de profession tirait de là son nom d'oiiîLou , le lavé, le propre.

^ Maspero, op. cit., p. 123.

^ Num. VIII, t)-lo.

nelle et dura sept jours. Pendant tout ce temps, Aaron et ses fils demeurèrent dans le sanctuaire. Là ils revêtirent le costume sacerdotal, puis reçurent l'onction sainte avec une huile composée de cinq substances ; Moïse lui-même la versa sur la tête d' Aaron. Cette onction seule fut renouvelée à ses successeurs; on ne voit nulle part qu'on répétât le& autres cérémonies. Les prêtres, entrant en fonction,, n'étaient astreints qu'à présenter une offrande'.

Nulle dignité, selon l'esprit de la loi mosaïque, n'était comparable à celle du Cohen- Messiah , le prêtre - oint , le souverain pontife-. Il dominait le sacerdoce tout entier, et résumait en sa personne toute la hiérarchie. Des lois rigoureuses de pureté lui étaient imposées, en signe de la sainteté à entretenir dans son âme. Il ne pouvait pas même assister aux funérailles de son père et de sa mère. Tout signe de deuil lui était interdit. A cet ange de la terre , vêtu de lin blanc \ le privilège exclusif d'entrer dans le Saint des saints. Son costume devait effacer l'éclat des plus riches vêtements. Moïse trouva dans les

* Les détails du sacre sont contenus dans Exod. xxix et Lev. VIII ; IX ; XXI, 10.

- - En Egypte, le grand prêtre avait le titre de chef des prophètes; mais le plus souvent il était subordonné au pharaon ou au chef du nome , qui prenait alors le titre honorifique de directeur des prophètes.

^ La laine produit la sueur et la malpropreté ; c'est surtout pour des motifs de propreté que Moïse ordonna l'usage du lin (Ezech. XLiv, 17-18; cf. Herodot. ii, 81). Les prêtres égyptiens ajoutaient à la robe blanche la peau de panthère ou le pagne à queue de chacal , suivant les cas. Chez les poètes romarins , les prêtres d'Egypte sont appelés linigeri.

habits splendides des prêtres égyptiens ce qui répondait à cette pensée.

Il est difficile de se faire, d'après le Pentateuque, une idée exacte du costume du grand pontife et des prêtres hébreux en général; mais le vague qui subsiste pour nous dans cette description n'existait pas pour les contemporains de Moïse. Le législateur leur parlait de choses qui leur étaient connues depuis longtemps, et il se contentait d'indications rapides ^ Nous pouvons cependant donner des renseignements sur quelques parties du costume sacerdotal.

La misnépheth était la coiffure du grand prêtre : c'était une sorte de turban dont les rois d'Orient se paraient*. Une plaque d'or attachée sur le devant par des fils violets portait ces mots : « La sainteté à .Jéhovah^. »

Une tunique violette , appelée meil , descendait des épaules en forme de sac renversé , avec des ouvertures qui laissaient passer la tête et les bras. Le bas portait une bordure de grenades ou glands diversement coloriés, alternant avec des clochettes d'or, dont le son annonçait Feutrée du grand prêtre dans le sanctuaire, et sa sortie. Ln vêtement plus court, Yéphod, en lin retors entremêlé de fils d'or et de fils de pourpre, couvrait la poitrine et le dos et s'attachait sur les épaules par deux agrafes enri-

* Un auteur du ix" ou du x"^ siècle serait, ce nous semble, entré dans plus de détails. Nous avons ici une nouvelle preuve, indiquée parMunk, de l'authenticité du Pentateuque.

* Ce turban entourait sans doute la base d'un haut bonnet pointu appelé mighoah (Exod. xxix, 9; cf. Ezech. xxi , 31; Is. lxii, 3).

^ Moïse appelle cet ornement diadème saint (Exod. xxix, 4).

chies de j3ieiTes précieuses, sur lesquelles étaient gravés les noms des douze tribus d'Israël.

Sur le devant de Féphod pendait un ornement de même tissu, appelé pectoral ou rational, hoschen. Double et carré , il formait une sorte de bourse attachée à Féphod par des anneaux d'or et des cordons violets. Sur le pectoral l)rillaient douze pierres précieuses de différente espèce, enchâssées dans l'or, rangées trois à trois et portant incrustés les noms des tribus d'IsraëP. Selon Munk et de nombreux auteurs, cette petite bourse renfermait le mystérieux oi'acle appelé urim et luiumim, que l'on consultait dans les circonstances graves ^

' Le musée du Louvre possède un maguifiquc pectoral égyptien en or et en lapis-lazuli, que décrit ainsi M. Pierret {Catalogue de la salle /list., n° o2l) : « Bijou en forme de naos, dans lequel sont juxtaj)Osés un vautour et un urœus ; au-dessus d'eux plane un épervier aux ailes déployées, tenant dans ses serres le sceau, emblème d'éternité. » Cet ornement, très commun, avait souvent une destination funéraire. Il était déposé et cousu sur la poitrine (pectoral) du mort. Il y en avait de métal, de bois, de faïence. Cette parure du grand prêtre était donc d'origine égyptienne (V. Ancessi, l'Egypte et Moïse, c. m et iv; Atlas, pi. vi et xv). Cependant le pectoral n'était pas réservé aux morts; les dieux le portent aussi, Osiris surtout, le juge des morts (cf. Rational du Jugement de l'Exod. xxviii, 30). C'était un symbole de dignité ou de puissance. (V., au musée du Louvre, statue de Pefâneif.)

- Exod. xxviii, 30. Ces mots urim et tummim (au pluriel de majesté) signifient lumière et intégrité, ou révélation et vérité, suivant les Septante. Toutes les hypothèses ont été épuisées sur ce mystérieux ornement. Nous renvoyons le lecteur à ceux qui les ont résumées : à Winer, Bibl. Realwœrferhuch ; à Ancessi, l'Egypte et Moïse , etc. Peut-être un jour les découvertes d'Egypte éclaireront -elles le mystère. Diodore (i, 7o) et Elien (xiv, 34) parlent d'une image de pierres précieuses , portant le nom de vérité, que le grand prêtre avait autour du cou. On peut rapprocher de cette image Végide égyptien de nos musées , plaque d'or

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Tous ces riches ornements avaient pour but de rappeler au peuple, pendant les cérémonies, l'importance et le rôle du sacerdoce. Linscription du turban : « La sainteté est au Seigneur, » exprimait clairement l'obligation pour le prêtre de correspondre par sa vie à la sainteté de Dieu, et le devoir pour le peuple d'adorer Jéhovah et d'honorer son ministre. L'inscription du pectoral montrait que le prêtre représentait Israël tout entier dans la prière et dans les sacrifices. Les couleurs et les fleurs de l'éphod figuraient l'éclat et la beauté des vertus. Dans la tunique hyacinthe, ornée de ses clochettes et de ses grenades, il fallait voir d'aimables symboles de la doctrine qui ne doit cesser d'occuper les croyants. Enfin la couleur blanche, dominant partout, était le signe de la pureté morale qui doit -être à la base de la vie entière des prêtres et des fidèles.

Ainsi le culte contribuait pour une large part à l'enseignement public. Cette considération a poussé <ie pieux commentateurs à rechercher dans un grand •détail les leçons qui se cachaient sous chacun des ■divers symboles. Ces recherches sont des actes de piété qui ont leur mérite ; mais, en s'engageant trop •avant dans cette voie mal éclairée, on peut aisément

■couverte de fines gravures à la pointe et surmontée d'une tête de lionne entre deux tètes dépervier; ou bien encore ces éperviers ■d'or, incrusté de pâtes de verre. (V. Perrot et Chipiez, op. cit., t. I, p. 832 et suiv.) Sur certains pectoraux sont représentés le dieu Râ et la déesse Ma (t-Ma). « Il est curieux, observe M, Vigouroux, ■que ces deux noms aient une certaine ressemblance de son avec ■vrim et tummim. » [La Bible et la crit. ration., t. III, p. 1)4.)

prendre des imaginations pour des réalités. La base historique manque trop souvent ^ .

Autant il convient de bannir les excès du symbolisme , autant il importe d'en retenir le principe et d'en prendre au sérieux les sages applications. Il y a, sous Tenveloppe sensible des prescriptions de Moïse, une intention formelle de nous élever à des réalités invisibles. Le sabbat, la circoncision, le tabernacle, les fêtes, avaient des sens profonds que le législateur a du reste pris soin d'indiquer ^ C'est avec cette

' La typologie, qui considère les lois, les faits, les personnes, les choses de l'Ancien Testament comme des figures du Nouveau , a été adoptée par les Pères ; nous en avons donné dans notre introduction la haute raison. Cependant elle a été poussée quelquefois trop loin. Le symljolisme , qui considère les cérémonies du culte mosaïque et même les faits bibliques comme des allégories, était en vogue dans l'école juive d'Alexandrie, et les écrits de Philon montrent jusqu'où peut aller la manie de tout allégoriser. Origéne lui-même a excédé à cet égard. Le terrain de l'histoire se dérobe ; non seulement les lois , mais les récits de Moïse deviennent alors de purs concepts théologiques. Dans ces derniers temps la Symbolique de Creuzer, qui s'occupe particulièrement de la mythologie des Grecs, a remis en vogue le symbolisme. Malheureusement, au lieu d'en user dans un esprit de foi, on l'a pratiqué dans un esprit de scepticisme, et on s'en est servi pour supprimer de la Bible les faits miraculeux les plus certains. L'ouvrage le plus complet sur le symbolisme du culte mosaïque est de l'Allemand Karl Bœhr, Symholik des mosaischen Quitus.

^ Le sabbat se rapportait à l'œuvre de la créatio-n achevée le septième jour, où Dieu lui-même, dit Moïse, s'était reposé (Exod. XX, H ; XXXI, 17). La circoncision était un symbole qui devait rappeler que le peuple hébreu est un peuple à part et choisi par Dieu (Gen. XVII, 11). Elle inspirait « la circoncision du cœur » ( Deut. X, 16; XXX, 6), c'est-à-dire le retranchement de toute affection déréglée. Le tabernacle représentait que Jéhovah, particulièrement présent à son peuple, voulait le régir par une action constante et une providence spéciale (Exod. xxv, 8). La Pâque et ses rites perpétuaient la mémoire des grands miracles qui signalèrent la sortie

pensée qu'il convient, selon nous, d'étudier l'ancienne loi et le mosaïsme en général , et d'en surprendre les intentions mystiques. Après avoir proclamé Jéhovah le Dieu unique, et avoir sévèrement défendu de le représenter sous une image visible. Moïse avait cependant senti la nécessité d'établir des symboles multipliés de sa présence au milieu d'Israël : c'était le moyen d'aider des hommes encore grossiers à s'élever vers leur Créateur. Dieu, se conformant à des usages chers au peuple, le prenait, pour ainsi dire, par la main pour le faire monter jusqu'à lui. Les prophètes travailleront à cette œuvre d'ascension, et nous verrons, dans la suite de cet ouvrage, comment, lorsque le prêtre oubliait le sens et le but des pratiques légales , les Voyants le rappelaient à des pensées plus hautes , au sentiment <run ministère dont l'esprit lui échappait.

Voltaire abondait en ironies quand il parlait des lois cérémonielles ; les néocritiques les traitent avec plus de respect ; mais la portée messianique de ces lois leur échappe. Ils ne comprennent pas toujours comment les usages égyptiens transformés sont devenus, sous le souffle de Dieu, des moyens d'instruction religieuse et morale. S accommodant aux -goûts de son temps, Moïse donna à des pratiques païennes le caractère d'actes religieux , louables et méritoires.

De leur côté, les protestants qui ont répudié le

d'Egypte (Exod. xii). La fête des Tabernacles rappelait aux Hébreux leur séjour dans le désert (Lev. xxiii, 43). Pour le symbolisme de certaines lois, v. Théodoret, Quœsf. in Lev., xxvir.

sacerdoce et qui oui, autrefois surtout, réduit le culte à une indigence et à une austérité glaciales, s'étonnent de l'importance et de l'éclat que lui donnent les lois de Moïse. Ils dénigrent les prêtres et leur opposent les prophètes. Leur doctrine confessionnelle leur fait méconnaître que le sacerdoce ancien était la figure du sacerdoce nouveau , et les sacrifices mosaïques les types du sacrifice du Calvaire. L'apôtre saint Paul a établi les relations du culte figurai et du culte définitif. Le sacerdoce du Christ plonge ses racines mystérieuses jusqu'à celui d'Aaron. Entre les deux sacerdoces, l'ancien et le nouveau, il existe le même rapport qu'entre les deux sacrifices, entre la figure et la réalité , entre la prophétie et l'événement, les excellences de ce qui dure et les imperfections de ce qui passe; en un mot, entre la loi nouvelle et la loi ancienne. « Le grand pontife Jésus, dit l'Apôtre, a traversé les cieux et s'est présenté lui-même comme victime devant le trône de son Père : pontife miséricordieux qui a expérimenté tous nos maux afin d'y mieux compatir. A un sacerdoce impuissant et devenu inutile a succédé le sacerdoce définitif qui a mis fin à toutes les lois cérémonielles. Autrefois il y avait des prêtres qui se succédaient les uns aux autres , frappés successivement par la mort. Mais voilà que celui qui demeure éternellement possède un sacerdoce éternel. Notre pontife est toujours vivant afin d'intercéder pour nous. Pontife saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, plus élevé que les cieux, il n'a pas besoin, comme les autres, d'offrir tous les jours des victimes, pour

lui d'abord, ensuite pour les péchés du peuple : en une fois il a racheté le monde. Le tabernacle dont il est le prêtre n'est plus celui du Sinaï : c'est le sanctuaire des cieux ; il y est entré non avec le sang des boucs et des génisses , mais avec son propre sang ; et il en offre à son Père les éternels mérites , jusqu'au jour oii il apparaîtra de nouveau , cette fois non plus comme victime chargée des péchés du monde, mais en Sauveur de ceux cpii espèrent en lui ' . »

* Ileljr. IV, 14- la; vii-ix; cf. II Cor. xir, 12.

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