‹ De Moise à DavidChapitre 64 sur 106 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'histoire nous apprend que dans l'univers entier, partout où s'élevait un temple, se dressait aussi un autel destiné aux sacrifices. Le sacrifice fut toujours la partie principale du culte rendu à la Divinité. Aujourd'hui, à mesure que l'idée religieuse s'oblitère et s'efïace au contact du scepticisme croissant , la notion du sacrifice devient plus obscure ; on en arrive à ne plus se rendre compte d'un fait dont l'universalité et l'antiquité ne peuvent cependant être traitées légèrement. On comprend les dons et les offrandes des sujets à leur roi, en forme d'hommage; mais la destruction et la mort, pour honorer le Dieu cjui a tout créé, ne se comprennent plus. Il faut aller chercher ailleurs que dans les habitudes humaines la vraie raison des sacrifices.

Lorsque l'homme se recueille devant Dieu dans le sentiment de sa culpabilité, et qu'il s'humilie en sollicitant son pardon , la nécessité d'une réparation se révèle à son esprit. Il a contracté une dette : comment la payer? Il devrait expier personnellement, mais il se sent à la fois impuissant et coupable. C'est

alors qu'il est incité à substituer à sa place une victime. La substitution est l'idée même des sacrifices tels qu'ils apparaissent dans les souvenirs les plus anciens du genre humain. Selon l'enseignement chrétien, les sacrifices judaïques puisaient leur efficacité dans l'immolation future du Christ sur la croix.

Malheureusement l'homme ne tarda pas à faire de cette institution antique ce qu'il a coutume de faire des meilleures choses : il la dénatura et la convertit €n usages odieux. La pensée que l'immolation des animaux était insuffisante à apaiser la Divinité offensée le poussa au sacrifice de ses semblables.

La sage Egypte elle-même eut ses sacrifices humains. Ils furent rares, sans doute; et de bonne lieure, comme l'indique une vieille légende, on reprit l'usage premier de substituer à l'homme des animaux, ■des offrandes de diverses natures , des fruits , des gâteaux spéciaux'. Nonobstant, les papyrus nous

* La légende de la Destruction des hommes par les dieux contient "ce passage : « Les fidèles du dieu Rà vinrent lui rendre grâce (de les avoir épargnés du massacre général ) , et ils lui dirent : « Nous ■abattrons tes détracteurs. » Et ces hommes sortirent avec leurs arcs et leurs flèches, et ils commencèrent à tirer sur les ennemis. Sur quoi Sa Majesté leur dit : « Vos péchés vous sont remis , car le sacrifice exclut l'exécution du coupable. » Et ce fut l'origine des ■sacrifices sanglants sur la terre. » (Naville, la Destruct. des hommes par les dieux, 1?. IV, pi. ii.) Le sacrifice humain apparaissait, aux hommes dont parle la légende , comme le seul qui pût racheter les fautes commises contre la Divinité. Dieu accepta Texpiation ; mais la répugnance qu'il éprouvait à voir tuer ses créatures remporta, et il substitua la bête à l'homme. " En voulant nous -expliquer, dit Maspero après Naville, pourquoi il n'y avait plus ■de sacrifices humains chez les Egyptiens, la vieille légende nous fournit la preuve directe de leur existence aux temps primitifs. » Le rachat des premiers -nés imposé par Moïse concordait avec la

apprennent que longtemps on immola des esclaves des deux sexes sur la tombe des riches. A Thèbes, cette coutume subsistait encore sous la xix' dynastie, et elle se prolongea jusque vers Tépoque romaine ^ .

Moïse combattit avec énergie les sacrifices humains. Il décréta la peine de morl contre ceux qui seraient convaincus de cette barbarie ; et , afin d'empêcher les abus, il restreignit, pour un temps, Tusage des sacrifices sanglants, défendant de les offrir ailleurs que dans Tunique sanctuaire nationaP.

croyance générale qu'une famille devait à Dieu, pour ses péchés, une expiation sanglante; mais au premier -né, victime précieuse entre toutes , Dieu voulut substituer un animal , ainsi qu'il le signifia à son peuple à l'occasion de la dixième plaie d'Egypte et de la fin de la captivité (Exod. xiii, 3-16; xxii, xxiv, etc.). 11 n'y a de commun entre le récit biblique et la légende égyptienne que l'idée générale : seul un homme peut laver dans son sang les péchés des hommes ; mais Dieu ne veut pas demander à sa créature un tel sacrifice : un animal expiera à la place de l'homme. Selon les lois de Manou (1. V, 39-40), les animaux n'ont été créés que pour le sacrifice ; l'animal et même la plante, qui aura servi d'ofTrande , renaîtra dans un rang plus élevé. En Chaldée , on ofl'rit des victimes humaines aux temps les plus anciens ; mais l'usage n'en avait persisté que dans des cas très rares (Lenormant, les Premières civilisations, t. Il, p. 196; Sayce, On the Relig. of the anc. Babyl., p. 83).

* Maspero, op. cit., p. 168, note 1; Porphyr. de Abstinent, ii, ^^i Euseb. Prsep. Evang.; Diod. i, 88. Ces derniers auteurs parlent des immolations des chefs ennemis pris à la guerre, devant les dieux, dans plusieurs villes.

* La loi dunité de lieu pour les sacrifices , telle que la formule le Lévitiqse (xvii, 3-9) , paraît être une protestation contre l'abus de la multiplicité des sacrifices en Egypte. Si complexe que fût, dans chaque nome , le culte de nombreuses divinités , le peuple , laissé à lui-même, le compliquait encore. " On adorait, dit Maspero, en plein désert, un palmier très haut, un rocher de silhouette extraordinaire, une source qui filtrait de la montagne goutte à

On voit clairement par la Thora, qu'au moment de sa promulgation les sacrifices étaient en usage parmi les Hébreux , et même que de grands abus s'étaient mêlés à leur pratique. Moïse en règle le nombre et le mode. Mais il fallut longtemps pour que les pres- ■criptions du Sinaï entrassent dans les mœurs du peuple. Le législateur ne put supprimer ou voiler tout à fait le fond de barbarie et de grossièreté des anciens sacrifices. On prenait plaisir à l'abattage des brebis et des bœufs. Dans nos temps modernes ne voit-on pas encore les foules s'entasser dans les arènes et réclamer en spectacle le meurtre d'un taureau ? Selon la remarque de saint Augustin, les sacrifices sanglants furent concédés aux Israélites à cause de leur esprit charnel et de leur cœur de pierre : sans ■eux, ils auraient couru aux idoles ^

■goutte. Ailleurs c'était un gros serpent qu'on répulail immortel et ■qui hantait un champ , un bouquet d'arbres , une grotte ou un ravin de la montagne. Les paysans du voisinage lui apportaient du pain, des gâteaux, des fruits, et croyaient, en le gorgeant d'offrandes, appeler sur leurs terres les bénédictions d'en haut... ■C'étaient de beaux sycomores isolés : les Égyptiens de tout rang les estimaient divins et leur rendaient un culte suivi. Ils leur ■donnaient des figues, du raisin, des concombres, des légumes, ■de l'eau enfermée dans des jarres et renouvelée chaque jour par ■de braves gens charitable^... Chaque famille, chaque individu possédait ses dieux et ses fétiches, qui lui avaient été indiqués par un songe ou la rencontre fortuite d'une bête. On leur réservait une place à la maison , une niche dans la paroi : une lampe brûlait sans cesse devant eux, et on leur accordait quelque menue offrande chaque jour... » (Maspero, op. cit., p. 120.) C'est contre cette coutume que Moïse protestait par cette ordonnance : 'i Si quelque Israélite ou un étranger tue un bœuf, un agneau ou une chèvre dans le camp ou hors du camp , sans le pi'ésenter à la porte du tabernacle en offrande à Jéhovah , il sera mis à mort. »

* « Novit Charitas vestra quod sacrificia illi populo pro ejus

La loi établit deux ordres de sacrifices, suivant les objets offerts à la Divinité : les sacrifices du règne animal , ou sacrifices sanglants , et ceux du règne végétal, ou offrandes et libations'.

Pour les sacrifices sanglants, il ne pouvait être choisi que quatre espèces d'animaux domestiques : l'espèce bovine, le mouton, la chèvre et la colombe.

carnalitate et corde adhuc lapideo data sunt talia, quibus teneretur ne in idola deflueret. » {In Joan. tract, x, c. ii, 4; cf. Cont. Faustum, 1. VI et XVIII.) Saint Jérôme dit à son tour : <• Hostiœ non principaliter a Deo qusesilœ sunt ; sed ne idolis fièrent et ut de carnalibus A^ictimls quasi per typum et imaginem ad spirituales hostias transiremus. » {In Is. i, 12.) Cf. D. Thom. Sum. theol. la II» q. 102, a. 3, ad l""»; Ibid., a. 2.

* Nous ne pouvons entrer dans les détails sur les offrandes et les libations ; ce serait nous écarter de notre sujet principal. Notons seulement l'offrande appelée mincha ; elle se composait de fleur de farine de froment et d'huile d'olive, offertes ou séparément ou en forme de tourteaux pétris (Lev. ii, 4-7). Il fallait toujours y mettre du sel, comme signe de l'alliance avec Dieu (Lev. ii, 13 ; Num. xviii, 19), Les Egyptiens employaient aussi le sel à peu près partout dans leurs cérémonies , mais jamais de levain ni de miel. Les libations, nesech, se faisaient avec du vin, que l'on versait autour de l'autel. Il faut rattacher à l'offrande le sacrifice d'encens (Exod. XXX, 34) , qui se faisait chaque jour sur l'autel des parfums, les prémices et les dîmes de tous les produits du pays, quon présentait devant le sanctuaire et qui appartenaient aux prêtres ; et enfin l'offrande du premier-né. Le premier-né de la femme était racheté par un prix qui ne pouvait dépasser cinq sékels (le sékel A'alait 3 fr. 10); le premier-né d'un animal pur était employé à un sacrifice pacifique ; celui d'un animal impur était racheté pour une somme fixée par la loi. En limitant à la farine et au vin la nature des oblations, Moïse réagissait contre les coutumes d'Egypte, où l'on offrait aux dieux des comesti]:)les de toutes sortes, fèves, pois, lentilles, ail éteignons ( Lenormant. o/). cit., t. III, p. 5). D'ailleurs l'oblation du pain et du vin avait sa haute signification prophér tique, basée sur le sacrifice de Melchisédech et expliquée par le prophète Malachie. (V. les Derniers prophètes d'Israël, le prophète Malachie.)

Les victimes devaient être exemptes de tout défaut ; on brûlait sur l'autel la graisse qui couvre les entrailles , les deux rognons , le foie et la queue grasse des béliers'. L'Israélite qui offrait une victime la présentait à l'entrée du sanctuaire, en posant la main sur la tète de l'animal, qu'il égorgeait luimême ou faisait égorger par les prêtres'-. Ceux-ci recevaient le sang et en aspergeaient lautel. Puis, après avoir dépecé l'animal, on brûlait les parties que nous venons d'indiquer, et on disposait du reste suivant l'espèce de sacrifice et les règles instituées par Moïse ^

■* La Palestine, comme tout TOrient et le nord de TAfrique, possède une espèce de béliers qui ont la queue très longue et très grasse : elle pèse quelquefois jusqu'à quarante livres, et on est obligé de la soutenir par un petit chai'iot que le bélier traîne après lui.

^ Lev. I, 5; Il Parai, xxix, 22-24.

^ Nous ne pouvons qu'indiquer ici les différentes sortes de sacri- JQces. Dans l'holocauste, olah , on offrait une victime mâle, que l'on coupait en morceaux. On brûlait tout sur l'autel, excepté la peau, qui appartenait aux prêtres (Lev. i; vu, 8). L'holocauste faisait tantôt partie du culte public, comme par exemple le sacrifice quotidien du matin et du soir, tantôt n'était qu'une offrande privée (Lev. xiv et xv ; Num. vi, 11 et 14). Les goïm mêmes étaient admis à offrir des sacrifices (Num. xv, 14; Joseph. Cont. Ap., ir, 5). Dans les deux sacrifices pour le péché, hattath, et pour le ■délit, ascham (Lev. vi, 17-23; vu, 1-8), on brûlait les parties grasses destinées à l'autel, et tout le reste appartenait aux prêtres. Dans certains cas , les restes du sacrifice pour le péché et même la peau devaient être brûlés hors du camp (Lev. iv, 12-21 ; vi, 23; XVI, 27). On sait l'application que fait saint Paul de cette prescription à la mort de Jésus-Christ (Hebr. xiii, 12). Ces deux sacrifices ne pouvaient être offerts que dans les cas déterminés par la loi. Le sacrifice pacifique, zehach schelamim , était offert en conséquence d'un vœu ou par un simple sentiment de reconnaissance, et aussi dans des cas particuliers prévus par la loi (Lev.

Ces lois, on n'en peut guère douter aujourd'hui, étaient en partie une reproduction des rites anciens pratiqués un peu partout, parles patriarches comme par les prêtres de Thèhes et de Memphis. En Egypte aussi, l'espèce, la couleur, Fàge de la victime, la façon de l'amener, puis de lui lier les membres, le mode et le détail de l'abattage , l'ordre qui devait être suivi en ouvrant le corps et en détachant les morceaux , étaient réglés minutieusement et de manière immuable'. Encore n'était-ce là que les moindres exigences du dieu égyptien. Les formules qui accompagnaient chacun des actes du sacrificateur, dit Maspero, étaient de rigueur : elles comprenaient un nombre déterminé de mots, dont les séquences et les harmonies ne pouvaient être modifiées en quoi que ce soit, pas même par le dieu, sans perdre leur efficacité. On les récitait d'un rythme constant, sur une mélopée dont chaque note avait sa vertu , avec

VII, 12; XXIII, 19; Xura. vi, 14). Les parties qui n'étaient pas destinées à l'autel étaient mangées à un repas solennel. — • Il faut rattacher aux sacrifices sanglants deux espèces de victimes qu'on immolait dans certaines occasions en dehors du camp, du temple, ou plus tard de la ville. Trouvait-on une personne assassinée dans les champs, sans qu'on sût l'auteur du meurtre, les anciens conduisaient une jeune vache dans vin ravin, la tuaient et, en se lavant les mains sur la victime, affirmaient leur innocence : « Pardonne, disaient -ils, ô Jéhovah, à ton peuple d'Israël, et ne lui impute pas l'effusion du sang innocent. » (Deut. xxi, 1-8; cf. Bœhr, op. cit., ii, 447-4S9.) La seconde espèce de victime immolée hors du camp ou de la ville était la vache rousse (Num. xix).

' Cf. les expressions rit us, cultus perpeiuus des lois lévitiques (Exod. XII, 17; xxvii, 21; Lev. m, 17; vu, 36; x, IS, etc.). Voir la représentation détaillée du sacrifice dans Mariette, Ahydos, t. I, pi. xLviii. Sur l'examen des victimes et les lois du choix, cf. Herod. II. 38.

des mouvements qui en accentuaient le sens et avaient €ux-mémes une vertu irrésistible. S'il se glissait une note fausse , un désaccord entre la succession des gestes et l'émission des paroles, une hésitation, une gaucherie dans Faccomplissement d'un seul rite, le sacrifice restait nul et sans effets

Moïse dégagea l'acte du sacrifice de ces superstitions païennes et s'attacha à lui conserver le caractère religieux de l'âge patriarcal. Il fit seulement les concessions que lui imposait rattachement du peuple pour ses vieux rites; mais chacun fut expurgé et entièrement débarrassé de tout caractère idolàtrique. « Cependant, dit M. de Maistre, sur l'article des sacrifices, il se conforme au rite fondamental des nations, et non seulement il se conforme, mais il le renforce au risque de donner au caractère national une dureté dont il n'avait nul besoin. Il n'y a pas une des cérémonies prescrites par ce fameux législateur, et surtout il n'y a pas une puritîcation , même physique , qui n'exige du sang. Si cette croyance -aussi extraordinaire et aussi générale n'avait rien de réel ni de mystérieux, pourquoi Dieu lui-même l'aurait-il conservée dans la loi mosaïque-? »

M. Renan méconnaît absolument la raison, le sens et la portée des sacrifices : il regarde ceux des Juifs comme des « superstitions païennes importées en Israël ^. » L'idée d'expiation qui leur est attribuée,

* Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, les Origines, p. 124; Etudes de mythologie et d'archéologie égyptiennes, t. II, p. 302, ^ De Maistre, Soirées, Eclaircissement sur les sacrifices, c. i. ^ L'idée d'expiation que les Hébreux attachèrent toujours aux

dit-il, « est une idée fausse, puisque l'homme n'a qu'un moyen d'expier le mal qu'il fait : c'est de mieux faire. »

M. Renan se trompe : l'infraction volontaire à la loi laisse une trace profonde et comme une blessure dans les âmes. De plus elle outrage le législateur et scandalise ceux qui en ont été les témoins. Elle cause un désordre que le seul amendement du coupable est impuissant à réparer. Tous les peuples l'ont ainsi compris, et les lois pénales reposent sur ce principe. La faute doit être expiée : de là, pour les fautes particulièrement graves, les exécutions sanglantes

sacriûces n'est point d'importation païenne : elle était antérieure à leur séjour en Egypte; elle était commune aux patriarches et aux anciens Kasdim, par conséquent elle semble être une tradition primitive de l'humanité. Le livre de Job, auquel il faut se reporter pour les temps de Moïse , développe longuement la doctrine du péché et de l'expiation. Les Sémites en général, et les Chaldéens en particulier, eurent de la fragilité humaine et de la responsabilité un sentiment plus vif que les Egyptiens. La terreur du péché les poursuivait toute la vie ; ils sondaient sans cesse les motifs de leurs actions, et dès que cet examen leur révélait l'ombre d'une intention mauvaise, ils en imploraient humblement le pardon dans de véritables psaumes de la pénitence. (V. les Prophètes d'Israël et le Messie, p. 540; Lenormant, Etudes accadiennes, t. III; Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, les Origines, p. 682.) Puis c'étaient des sacrifices expiatoires où Ion servait aux dieux tout ce que la cuisine du temps avait de plus délicat : de la farine de froment, des dattes, du miel, du beurre, des vins choisis, de la viande rôtie, des brebis, des bœufs, parfois du porc. Les dieux, invités solennellement à descendre, <( flairaient de loin l'odeur de la bonne chère, accouraient comme un essaim de mouches, » saisissaient à la volée la fumée grasse des autels et s'en repaissaient amoureusement. Alors on insinuait une requête, on demandait pardon, et l'on s'en retournait content (Lenormant, ii^udes accadiennes, t. III; la Magie chez les Chaldéens, p. 46; Haupt, Das Bahyl. Ninirodepos , p. 141).

exigées par l.es lois et le sentiment populaire. Saint Paul nest que l'écho de la conscience humaine^ quand il écrit que les grandes iniquités ne peuvent être effacées que par le sang'. M. Renan ne peut avoir la prétention de réformer des lois éternelles. La peine de mort sera longtemps encore écrite dans nos codes; on pourra l'en bannir; mais, sous une forme ou sous une autre, elle continuera d'être appliquée. Quand les lois ne l'imposeront plus, les populations lyncheront les coupables.

Le grand Juge, plus clément, a adouci les exigences de sa justice en introduisant le principe de la substitution dans les sacrifices : il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'aux saints eux-mêmes. L'agneau, la génisse, ont été agréés dans la loi de Moïse à la place de l'homme coupable. Pour indiquer que c'est bien l'homme qui devait payer son offense de sa vie , la Tliora désigne comme victimes les animaux les plus voisins de lui par leurs habitudes et leur instinct. Les bêtes stupides ou ennemies de l'homme sont exclues.

Le paganisme n'eut point ces clémences : il avait perdu de vue le sens profond des sacrifices. Israël lui-même ne s'éleva guère jusqu'au mystère de ses holocaustes. Son esprit n'en mesura jamais toute la portée. C'est en vain que les prophètes essayèrent d'initier les foules au sens profond du sacrifice, et de ses conditions morales même les plus simples^.

* « Sine sanguinis effusione non fit remissio. » (Hebr. ix, 22.)

' Les Juifs ne voyaient guère dans les sacrifices que ce que saint

Paul appelle emundatio carnis, la purification légale (Job i, 5;

Puisque le sacrifice est une exjDialion, les Hébreux auraient dû se laisser persuader que la contrition du cœur en était la condition indispensable. Les prophètes leur répétaient que Dieu, toujours prêt à pardonner, exigeait la justice, c'est-à-dire les bonnes dispositions intérieures et que, sans repentir, le sacrifice n'a ni valeur ni mérite ^ ; que le repentir à lui seul vaut mieux que les plus riches holocaustes ; mais c'était en vain, et leurs écrits ont immortalisé Fimmense douleur que leur causait la pensée de n'avoir jamais été compris de leur nation à tête dure : dura cervice !

Eclairé par les révélations du Sinaï, Moïse fut sans doute à peu près le seul à savoir qu'aux victimes substituées au pécheur serait substituée une autre victime qui assumerait tous les péchés et toutes les expiations-. Nous croyons cependant qu'il se trouva aussi en Israël des justes éclairés qui comprirent que les immolations sanglantes et les sacrifices pour le péché étaient une figure, une prophétie

Hebr. ix, 13). Les cérémonies de Tancienne loi, dit saint Thomas,. (S. t. I* n^ q. 103, a. 2), n'avaient pas en elles-mêmes la vertu de remettre les péchés : mais, ofTerts avec la foi aux promesses messianiques et le repentir sincère, les sacrifices purifiaient des fautes [Ibid., a. 2; cf. August. Qusest. xxv in Num.). Les Juifs pouvaient et devaient comprendre la signification symbolique et morale des sacrifices, iiivisihilis aacrificii sacramentum (August, de Civ. Dei , x. 3); mais (juelques-uns seulement pénétrèrent leur signification typique, mysterium Christi et singulare sacrificium (D. Thom. S. '/. 1=' II" q. 102, a. 3 et 6).

' I Reg. III, 14.

^ L'auteur de l'Épître aux Hébreux a dit de Moïse : « Il jugea que l'ignominie de Jésus- Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l'Egypte. » (Hebr. xi , 26 ; cf. xiii, 13.)

LES SACUI FIGES . 95

d'expiations plus efficaces. Le Christ n'eût pas renvoyé à la loi de Moïse et à son caractère prophétique, si aucun Israélite n'avait été capable de comprendre ou d'entrevoir les réalités qui se cachaient sous les figures*. En présence des boucheries que nécessitait l'immolation de cinquante et de cent bœufs, le malaise devait régner dans la foule, et provoquer les esprits à chercher la raison de ces pratiques sanglantes. Il ne fallait pas être un grand esprit pour sentir qu'un mystère se cachait sous les rites institués par Moïse. Malachie Fa éclairé par d'admirables paroles , lorsqu'il prophétisa l'hostie pure qui serait immolée dans tout l'univers ^

N'avaient-ils pas aussi le pressentiment de l'immolation du Messie futur ces justes qui déjà s'offraient eux-mêmes pour satisfaire aux justices de Dieu : « Vous ne voulez, Seigneur, ni sacrifices ni holocaustes : me voici, faites de moi selon votre bon plaisir? » L'histoire de l'Ancien Testament présente depuis Abel jusqu'au Christ une série d'hommes craignant Dieu, persécutés et victimes de leur justice ; Isaïe les appelle serviteurs de Dieu, en figure de Jésus persécuté et immolé sur la croix.

Cependant on ne saisira généralement, en Israël, la signification des expiations prophétiques offertes par des innocents pour les coupables, qu'au moment où le Christ, accomplissant toutes les figures, en aura révélé le sens profond. Le Calvaire et l'autel

' Luc. XVI , 29 et 31 ; xxiv, 27 et 44 ; Joan. i , 43 ; cf. Ac. xxvi, 22 ; xxviii, 23.

* Voir notre volume les Derniers prophètes, Malachie.

jetteront une grande clarté sur les rites imparfaits de Fancienne loi. A saint Paul était réservé de dévoiler ces mystères :

« Nous avons un autel dont la victime ne peut être mang-ée par les serviteurs du tabernacle '. De même que les corps des animaux dont le sang est porté par le grand prêtre dans le sanctuaire sont brûlés hors du camp '^ ^ de même Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a subi la mort hors de la porte ^. Sortons donc aussi du camp, et allons k lui en portant l'ignominie de sa croix ^. d

Les patriarches immolant à Dieu leurs plus beaux agneaux, Moïse réglant les sacrifices et les purifiant de toute idolâtrie, Jésus se substituant aux victimes expiatoires de l'Ancien Testament, le sacrifice de l'autel succédant à celui du Calvaire, les chrétiens > dans la suite des temps, acceptant les souffrances, les persécutions et la mort pour l'honneur de Dieu offensé : voilà l'histoire complète et le sens profond des sacrifices.

' L'Apôtro parle des Juifs en général, et des chrétiens iudaïsants.

' L'Apôtre fait allusion aux sacrifices du bouc émissaire et de la vache rousse qui, au jour solennel de l'expiation, étaient brûlés hors du camp , tant qu'Israël demeura dans le désert , et plus tard hors de la ville ( Lev. xvi, 14-28).

^ La colline du Golgotha , sur laquelle le Sauveur fut crucifié , était, au temps de Jésus-Christ, située hors de l'enceinte des murs, à l'ouest de Jérusalem. Lorsque Hadrien agrandit la ville, et qu'il bâtit un temple dans la région du Golgotha, cette colline fut comprise dans les murs de la cité ; présentement elle se trouve presque au milieu de Jérusalem.

" Hebr. xiii , 10-13.

Page 1