‹ De Moise à DavidChapitre 65 sur 106 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Considérées en elles-mêmes et dans leurs rapports avec les fêtes chrétiennes, les fêtes religieuses des Hébreux forment un chapitre d'histoire intéressant. Les solennités de Pâques et de la Pentecôte nous sont communes avec les Juifs : puissent-ils un jour s'unir à nous pour glorifier tous les mystères que ces fêtes rappellent aux chrétiens 1 On assure qu'elles sont pour les Israélites encore fidèles aujourd'hui ce qu'elles étaient pour leurs ancêtres, un mémorial de leurs vieilles croyances. Il est vrai que leur sacerdoce a disparu pour jamais avec leurs sacrifices; mais qu'ils sachent que l'Eglise leur présente, dans une réalité vivante et non jdIus seulement en figures, tous les mystères de la Thora, le sacerdoce et les sacrifices qu'ils ont perdus.

La loi de Moïse avait échelonné le long de l'année , pour son peuple sacerdotal , une série de fêtes séparées par des temps de relâche, qui n'en faisaient que mieux sentir le prix. Ces fêtes n'empêchaient pas le culte quotidien, avec ses deux sacrifices, celui du matin et celui de l'après-midi,

entre les deux soirs, comme dit le texte sacré'. Un agneau était offert en holocauste, une simple offrande et une libation complétaient le sacrifice-.

Ce fut à riieure du sacrifice du soir que le Sauveur, accomplissant toutes les figures, se substitua aux victimes de l'Ancien Testament et s'offrit luimême sur la croix. C'est à l'heure du sacrifice du matin que, chaque jour, la Victime, pour ainsi dire renaissante, du Calvaire continue de s'offrir sur les autels des chrétiens. Cependant il n'y a qu'un sacrifice dans TEglise : celui du Christ au Golgolha ; la messe n'en est que la continuation et la représentation. C'est Faccomplissement littéral de la prophétie: Per singulos dies jugiter^. a Voilà le 23arfum agréable, le feu sacré brûlant toujoiu's sous les yeux de l'Eternel. Alors, avait dit le Seigneur, je me communiquerai à vous, je vous parlerai, je vous sanctifierai. Et je demeurerai au milieu des enfants d'Israël, et je serai leur Dieu ; ils

* Selon la Iradilion rabbinique, le premier soir commence au déclin du soleil, à midi et demi, et le second à son coucher; selon les Caraïtes, lexpression entre les deux soirs veut dire entre le coucher du soleil et la nuit. Au temps du Christ, le sacrifice du soir avait lieu à trois heures (Act. m, 1). Les Chaldéens avaient leur sacrifice quotidien, matin et soir (Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, p. 681). Tout porte à croire qu'il en était de même chez les Egyptiens.

- Exod. XXIX, 38-42 ; Num. xxviii, 2-8. Pour le sacrifice du matin, tel qu'on le pratiquait au temps de Jésus-Christ, v. Stapfer, la Palestine au temps de J.-C. p. 418.

^ Exod. XXIX, 38. Notons que limmolation de l'agneau était suivie de l'oblation du vin : nous trouvons là figurée la double matière du sacrifice eucharistique. (V. Cyprian. Epist. 3 ad Cœcilium.)

reconnaîtront que c'est moi qui les ai fait sortir de l'Egypte , afin de demeurer au milieu d'eux , moi , l'Eternel , leur Dieu ' . » Ces paroles , dites à propos du sacrifice quotidien , se vérifient d'une façon touchante dans nos églises : chaque matin, de pieuses femmes, des enfants, des vieillards, des affligés, se rangent autour de Fautel eucharistique, jusque dans les plus pauvres églises de nos plus humbles villages.

Parmi les jours de la semaine, le septième, ou le sabbat , était particulièrement fêté en Israël. Dieu lui-même l'avait sanctifié en cessant àe créer; aussi ce jour devait-il être consacré par la cessation du travail, d'où son nom de shabhath, quies, repos ^.

' Exod. XXIX , 41 -46.

^ Le sabbat n'est pas d'institution mosaïque : les patriarches le connaissaient ; il ne différait pas autant pour eux que pour les Juifs des autres jours de la semaine , leur occupation consistant à paître les troupeaux. C'est sans doute pour cela que la Bible n'a pas eu l'occasion de parler du sabbat dans l'histoire des patriarches. 11 est certain que les Chaldéens avaient leur sabbat, leur « jour du cœur, jour de joie », leur jour de repos, où « le pasteur des hommes ne doit pas manger de viande ni changer de vêtements , où le roi ne doit pas sortir sur un char ni i-endre la justice, où le général ne doit pas donner d'ordres pour les cantonnements, où l'on ne doit pas prendre médecine ». (Lenormant, Hist. anc. de l'Orient, t. Y, p. 175.) Le nom même du sabbat se lit sur un fragment de tablette : shahat-lomn, que l'on a identifié avec l'hébreu 112^' , shahbat. On n'est cependant pas autorisé à conclure de ce rapprochement que les Chaldéens observaient le sabbat comme l'observèrent les Hébreux. Il est certain que les monuments historiques gardent un silence absolu sur cette pratique du culte , eux qui nous renseignent si minutieusement sur les dieux , les temples , les processions. Aucun contrat babylonien ne laisse croire non plus qu'il y eût un jour de la. semaine où les transactions commerciales et les actes de la vie

iOO L'ANCIEN TESTAMENT

Moïse ajouta une signification nouvelle et particulière à ce jour dès longtemps observé par les ancêtres d'Israël : il devint un des signes de l'alliance de Jéhovah avec les Hébreux : « Observez bien mes sabbats ; ils sont un signe entre vou& et moi , dàge en âge , pour faire reconnaître que c'est moi, l'Eternel, qui vous ai consacrés ^ » En même temps, le repos que les Hébreux étaient obligés d'accorder ce jour-là à tous leurs serviteurs devait leur rappeler qu'eux-mêmes avaient été afFranchis par Dieu , et par lui délivrés des durs et incessante labeurs de la captivité '.

civile fussent suspendus. D'ailleurs des découvertes ultérieuresnous révéleraient -elles un jour des points plus précis de ressemblance entre le sabbat chaldéen et le sabbat mosaïque, qu'on n'en devrait conclure qu'à la haute antiquité de l'institution. On aurait ainsi lexplication de ce fait étrange dune loi positive rangée par Moïse parmi les lois naturelles du Décalogue. (V, sur ce sujet : Sayce, Records of the pasl , Vil, p. 157; Schrader, die Keilinschriften and das A. T., 18; Etudes religieuses du 15 mars et du 15 juin 1895, la Semaine chez les peuples bibliques.) Les encyclopédistes se trompaient grandement quand ils soutenaient que Thébes et Memphis avaient eu leurs sabbats, et que Moïse leur avait emprunté le sien. Les Égyptiens ignorèrent la semaine de sept jours : ils divisaient leurs mois en trois parties égales, de dix jours chacune : c'était la décade (Lenormant, t. III, p. 113 et suiv.).

' Exod. XXXI, 12-13. C'est à l'occasion de la manne (Exod. xvi), qu'on rencontre les premières prescriptions relatives au sabbat. Il est à remarquer que les ordres de Moïse semblent provoquer Fétonnement des Israélites (xvi, 22"). Le Talmud en a conclu que c'est seulement à ce moment que fut institué le sabbat (BabyL shahbat , fol. 87, b; synedr., fol. 36, b; cf. Maimonide, Dilalat, m, 22). Nous croyons plutôt que l'observation du sabbat était tombée en désuétude, surtout pendant la captivité égyptienne.

'^ Deut. V, 12-13. L'Exode (xx, 11 ) fonde l'institution du sabbat sur l'histoire de la création ; le Deutéronome le rapporte à la ser-

La violation du sabbat était considérée comme un acte didolàtrie. une rupture de Falliance jurée, un crime de haute trahison contre le roi Jéhovah; aussi était-elle punie de mort'. La loi ne spécifiait pas elle-même les occupations défendues-.

Le sabbat était, ainsi que les autres jours de fête, un jour de convocations saintes, mikra kodesch, c'est-à-dire d'assemblées religieuses. On y intro-

Titude d'Egypte. Les néocritiques eu concluent h la multiplicité <ie rédacteurs et d'auteurs (Reuss, l'Histoire sainte et la loi, p. 183), qui auraient voulu expliquer, chacun à sa façon , une institution dont Forigine se perdait dans la nuit des temps. Mais il est manifeste que Moïse, dans le Deutéronome, ne donne point comme unique raison de sanctifier le sabbat , le souvenir de la délivrance d'Egypte : il voulait justifier l'obligation pour les maîtres d'exempter du travail, au jour du sabbat, les serviteurs, les esclaves et les servantes : « Souviens-toi, Israël, dit-il, que toim^ème tu as été esclave et que Dieu t'a délivré » ; accorde aussi quelque délivrance de travail à tes serviteurs. » (Y. Rosenniûller, Schol. in Deut., v. la.) Plusieurs soutiennent, après M?f Clifîord, que c'est la semaine liturgique qui a servi de type à la semaine cosmogonique. Ce qui est dit du repos de Dieu aurait pour but de consacrer le repos de l'homme au jour du sabbat.

* Moïse décréta la peine de mort contre un homme qui avait publiquement fait provision de bois le jour du sabbat ( Xum. xv, 32-36). Cette rigueur fut exceptionnelle : il fallait sans doute un exem.ple pour consacrer l'institution du sabbat.

'^ La loi ne défendait spécialement que de recueillir la manne {Exod. XVI, 23), de faire des excursions [Ibid., 29) ou un voyage d'une certaine longueur (Act. i, 12), et d'allumer du feu (Exod. XXXV, 3). Le texte vague de la loi devint dans la suite un sujet inépuisable de discussions entre les docteurs juifs et l'occasion d'une réglementation minutieuse. Sur les trente-neuf espèces de travaux interdits, V. Stapfer, op. cit., p. 333. Comme tous les jours de fête , le sabbat commençait dès la veille au soir, et finissait au coucher du soleil. Les aliments devaient être préparés le sixième jour pour le lendemain (Exod. xvi. 23l ; d'où son nom de Parasceve^ préparation (Matth. xxvii, 62).

duisit, avec le temps, l'usage de la prière en commim, et plus tard, dans les synagogues, on ajouta à la prière la lecture et l'explication des livres saints*.

Nous n'avons pas ici à apprécier la haute portée morale et sociale de Finstitution du sabbat, de ce jour de relâche « où Dieu, dit Bossuet, modérait la sentence de perpétuel travail qu'il avait imposé ; car, après le péché , il ne devait plus y avoir de sabbat pour l'homme- ». Les saints Pères ont observé que ce jour-là a été choisi par le Rédempteur pour que l'humanité dont il s'était revêtu se reposât dans le tombeau et en sortît glorieuse. En mémoire de la résurrection, le sabbat est devenu le dimanche pour les chrétiens; mais il n'a rien perdu des bienfaits de l'institution première. Le retour périodique de ce jour de relâche, ses heures de repos et de prière, le pain de la parole qu'on y distribue, tout cela allège le poids et l'ennui de la vie, ranime les forces corporelles, rafraîchit le cœur et l'esprit. C'est le jour de la « convocation sainte » ; les chrétiens se revoient, s'encouragent et s'édifient. Le mouvement que crée le dimanche transforme et réjouit le village, morne et solitaire aux autres jours.

A l'instar de l'homme , la terre , dans l'ancienne

' Lev. XXIII, 2 et seqq. La Vulgate ne donne pas aux mots mikra kodesch tout leur sens (cf. IV Reg. iv, 23). Les sabbats étaient plus que des ferise sanctse ; c'étaient les jours des saintes réunions. Le sacrifice quotidien était le même que les autres jours, mais on renouvelait les pains de proposition (V. Matth. xii, ,5; Joan. VII, 22).

'^ Bossuet, Elév. sur les myst., VII1« sem., 12^ élév.

loi, avait son sabbat : labourée pendant six ans, elle devait rester en friche la septième année , au profit des pauvres ; car les produits spontanés des champs et des arbres appartenaient aux indigents et aux étrangers ^ Nous verrons plus loin les conséquences sociales et économiques de l'année sabbatique ^

Aux deux principales solennités de la Pàque et de la Pentecôte, s'ajoutait celle des Tabernacles. Ces trois grandes fêtes nationales devaient réunir toutes les tribus, ou du moins tous les hommes en état d'entreprendre le hag, ou pèlerinage au sanctuaire de Jéhovah ^. C'était un puissant moyen de

* Exod. xxiii, 10-11; Lev. xxv, 2-7; Joseph. .1. J., III, xii, 3. Après la révolution de sept périodes sabbatiques ou quaranteneuf ans, on célébrait le jubilé et l'année sabbatique. On l'annonçait au son retentissant du cor ou ijohel, d'où le nom de jubilé. Cette année-là, on devait restituer les terrains qui avaient été vendus et rendre la liberté aux esclaves hébreux.

^ Aux fêtes périodiques, il faut joindre les néoménies et le mois sabbatique. Les révolutions lunaires étaient, dans la loi de Moïse, la mesure du temps. La durée de la journée s'étendait duu soir à l'autre, le croissant se montrant le soir (Lev. xxiii, 32). Chaque nouvelle lune se célébrait par un holocauste extraordinaire (Num.. XXVIII, 11-15). Les gens de la campagne annonçaient la nouvelle lune par de grands feux allumés sur les hauteurs , et le lendemain on fêtait la néoménie. Moïse ne la mentionne pas cependant parmi les fêtes mikra kodesch (Lev. xxiii); mais les livres historiques et prophétiques nous apprennent que ce jour-là il y avait des repas solennels ; on interrompait les affaires ; on se réunissait chez les prophètes (I Reg. xx; YV Reg. iv, 23 ; Is. i, 13 ; Am. viii, 5). La néoménie du septième mois (Lev. xxiii, 24) portait le nom de jour de retentissement , parce qu'on l'annonçait au son des trompettes (Num. xxix, 1). L'année hébraïque commençait à la nouvelle lune de printemps (Exod. xii, 2); mais il n'existe pas de trace, dans toute la Bible, d'une solennité extraordinaire pour 1q premier jour de l'an.

^ Exod, xxiii, 14-17; xxxiv, 23; Deut. xvi, 16. Le hadj des

resserrer le lien social , de maintenir dans les esprits l'unité de vues. L'Israélite qui exerçait quelque pouvoir public avait occasion de se rencontrer là avec son chef, précieux avantage dans un pays où la centralisation avait en moins ce que chez nous elle a de trop. Les fêtes enfin donnaient à la vie religieuse un essor, une émulation et une édification salutaires. Gomme Israël était un peuple agricole, ces réunions se réglaient d'après les saisons et les récoltes.

La Pâque arrivait au moment de la moisson de l'orge, la plus hâtive des céréales'. Elle avait pour objet de célébrer le souvenir de la sortie d'Egypte. Nous avons dit ailleurs que, par une providence dont on rencontre les traces dans les plus grands comme dans les plus petits événements , la Pâque tombait dans le temps même où le Christ devait racheter le monde sur la croix et ressusciter du tombeau *.

Sept semaines, ou quarante-neuf jours après la Pâque, on solennisait la Pentecôte ^ Le temps des

musulmans à la Mecque est un emprunt du hag des Hébreux à Jérusalem; mais leurs traditions le font remonter jusqu'à Abraham.

* Le lendemain du premier jour de la Pâque, on présentait dans le sanctuaire une gerbe d'orge de la nouvelle moisson; on accompagnait cette offrande de sacrifices et de libations; puis la moisson était déclarée ouverte. Alors seulement il était permis de se servir de farine nouvelle (Lev. xxiii, 9-14).

^ L'Ancien Testament, de l'Eden à Moïse, 1. IV, c. vu.

3 Moïse l'appelle /'é^e des semaines (Exod. xxxiv, 22; Deut. xvi, 10 et 16). Plus tard on lui donna le nom grec de 7:£VTr|y.offi-7i, cinquantième iour après Pâques, d'où son nom de Pentecôte. Moïse l'appelle aussi fête de la moisson, parce qu'elle coïncidait avec la récolte du froment (Exod. xxiii, 16; xxxiv, 22). On offrait au sanc-

moissons, inauguré par la récolle de Torge, se terminait à celle du froment. Mais c'est surtout la correspondance de cette fête avec l'époque de la promulgation du Décalogue et de l'alliance conclue sur le Sinaï qui en faisait, dans l'esprit du peuple, la solennité par excellence , celle qui rappelait le fait capital de l'histoire d'Israël ^

Les Pères et les commentateurs ont remarqué entre la Pentecôte ancienne et la Pentecôte nouvelle des rapports très frappants. Ainsi la première eut lieu cinquante jours après l'immolation de l'agneau pascal, comme la Pentecôte chrétienne cinquante jours après Pâques ^

Ce jour-là, l'esprit qui était en Moïse ne visita pas seulement les anciens , mais des personnes pieuses , comme Eldad , Médad et Marie , sœur de Moïse, ce qui arracha au législateur ce vœu, qui était en même temps une prophétie : « Plaise au Seigneur de répandre son Esprit sur tous, et que tous prophétisent ! » Alors Moïse donna la loi aux Israélites; il fit une alliance entre Jéhovah et son

tuaire deux pains fermentes, faits de fleur de farine de froment, comme prémices de la nouvelle récolte ; de là le nom de joui' des prémices donné à la Pentecôte (Num, xxviii, 26 i. Avec les deux pains on offrait des holocaustes, un sacrifice pour le péché et un sacrifice pacifique, sans omettre les sacrifices additionnels des jours de fête. [Ibid., 27-30).

^ La fête de la Pentecôte rappelait aux Juifs la fameuse journée Où sur le mont Sina la loi leur fut donnée. En effet, la proclamation du Décalogue eut lieu dans les premiers jours du troisième mois, environ cinquante jours après la Pàque {Exod. XIX, 1 ; XXIV, 3-8i.

,2 Num. XI, 24-25.

peuple, et il voulut que le souvenir de cette journée se perpétuât en Israël par une fête toute d'allégresse'. Cinquante jours après la Pâque chrétienne et après quarante jours de jeûne et de prière, la majesté du Très- Haut se manifesta aux disciples du Christ sous forme de langues de feu et au brait solennel d'un vent impétueux. La foule aussi prophétisa. Une loi nouvelle fut donnée à un nouveau peuple composé de toutes les nations. La Pentecôte chrétienne devint à jamais une fêle de premier ordre où l'Eglise, reconnaissant laccomplissement des figures, semble à travers. les siècles répondre au vœu de Moïse : Utinam prophetarent omnes.

La Pentecôte juive avait un caractère à part : elle était plus largement conçue , plus hospitalière que les autres fêtes : la veuve, l'orphelin, l'étranger luimême, j trouvaient place ^ A la première Pentecôte chrétienne, se rencontrèrent les Juifs et les prosélytes de toutes les parties du monde : elle fut la réunion des diverses nations, le point de départ de la diffusion de l'Evangile et de la conversion des Gentils ^

Si grandes que fussent aux yeux des Hébreux la Pâque et la Pentecôte, il semble qu'ils célébraient avec plus d'entrain et d'empressement la fête des Tabernacles ou des Cabanes, succofh^. Elle tombait

1 Num. XI, 26-27; Deut. xvi, 9-12.

2 Deut. XVI, 11, 14.

. ^ Hieronym. Epist. ad Fahiolam, 12; August. C. Faustum, xxxii, 12. D. Thom. S. t. I», n^ q. 102, a. 4, ad 10"™.

^ Deut. XVI, 13-15; III Reg. viii, 2 et 65; II Parai, v, 3; vu, 8-9.

en une saison où toutes les récoltes étaient finies, les fruits des arbres et de la vi^ne rentrés. Tout Israël donc pouvait se mettre en mouvement. Pendant les sept jours que durait cette fête, les Hébreux devaient demeurer dans des tentes ou cabanes de verdure, en commémoration de la vie nomade au déserta La loi leur ordonnait d'apporter au temple, au premier jour de la fête, et par manière de bouquet, un faisceau des plus belles plantes et de branches chargées des plus beaux fruits; les sacrifices étaient accompagnés dilluminations et de processions, où chacun tenait à la main une branche de saule , ce qui fit croire à Plutarque que les Juifs célébraient le culte de Bacr chus^

Les Juifs ne célèbrent plus la fête des Tabernacles, et l'Eglise ne Fa point conservée. On dit que c'est pendant la journée où l'eau rituelle des libations était répandue autour de l'autel, que Jésus, venu à la fête, prononça ces paroles : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive ; » et qu'au milieu d'un des feux de l'illumination il s'écria : « Je suis, moi, la lumière du mondée »

Le cinquième jour avant la fête des Tabernacles était réservé aux expiations solennelles, Yom Kippourim. Par son caractère exclusivement religieux

* Les cabanes étaient construites en feuillages d'oliviers, de myrtes et de pommiers. On les dressait dans les rues et sur les places publiques, dans les cours des maisons et sur les toits. La fête se célébrait à une époque qui correspondait à la fin de notre mois de septembre et au commencement d'octobre.

- Syinp. IV, b. V. Stapfer, op. cit., p. 430.

3 Joan. VII, 37 et 38; viii, 12.

et tout austère , cette journée contrastait avec celle des succoth ^ Point de manifestations de joie : rien que le jeûne et les cérémonies expiatoires. Tout le peuple, ce jour-là, après de vives exhortations au repentir, se purifiait et se réconciliait avec Dieu. Les chrétiens ont appelé cette journée de grande expiation le vendredi saint des Juifs. Elle n'est pas, en effet, sans analogie avec notre vendredi saint ; l'auteur de l'épître aux Hébreux s'est élevé des sacrifices du Yom Kippourim au sacrifice du Sauveur.

Le grand prêtre accomplissait lui-même les fonctions liturgiques. Il s'y préparait par neuf jours de retraite absolue dans le temple, par le jeûne et les veilles. Le sixième jour, celui du pardon, était le seul de toute l'année où il entrât dans le Saint des saints. Il aspergeait sept fois le propitiatoire avec le sang des victimes, puis il chassait dans la direction du désert le bouc émissaire, pour le livrer à Azazel, comme dit l'Ecriture^. Mais auparavant le pontife

* Lev. XVI, 29; xxiii, 27; xxv, 9.

2 On a écrit des volumes sur la signification du mot ITXTÏT, Azazel. Nous ne pouvons qu'y renvoyer nos lecteurs, notamment aux Commentaires de Corneille Lapierre, annotés par M. Crampon (Lev. XVI, 10), et à la savante dissertation de M. Munk [Palestine, 190). Il est à croire que Moïse a imité une cérémonie égyptienne. Envoyer à Azazel, dans le désert, quelque sens qu'on donne à ce mot, signifiait, d'après l'opinion populaire, envoyer dans un désert peuplé d'êtres malfaisants, autrement dit vouer à la perdition. Or c'était la croyance des Égyptiens qu'en remontant fort loin le courant du Nil, on atteignait le désert, une contrée indécise, placée comme une sorte de large frontière entre ce monde et l'autre, une terre des Mânes, dont les habitants n'étaient plus que des nains, des monstres ou des esprits (Maspero, op. ci7.,p. 19). Une fois qu'on y était entré, on n'en, revenait plus. Les découvertes ne nous ont pas appris si les Egyptiens avaient leur fête d'Expiation; mais ils

avait posé les deux mains sur la tête de l'animal, en confessant les iniquités d'Israël, dont il chargeait symboliquement le bouc expiatoire.

Cette cérémonie répondait au besoin secret qu'éprouve l'homme coupable de soulager sa conscience en confessant sa faute et en la regrettant. Les Hébreux ne pouvaient s'égarer au point de croire qu'un bouc emportait au désert la faute et les responsabilités qui en sont la suite ; mais ils avaient foi au mvstère caché sous cette figure. Ils savaient que Dieu dans sa miséricorde , si Ton confesse le péché, si l'on s'en repent, pardonne à ses enfants. <( La figure du bouc émissaire . dit Bossuet après les Pères, représentait Notre- Seigneur, en qui Dieu a mis les iniquités de nous tous. Chargé donc de tant ■d'abominations, il a été séquestré du peuple, et, comme remarque saint Paul, il a souffert hors de la porte de Jérusalem , comme excommunié de la cité sainte, à cause de nos péchés qu'il portait'. »

Après avoir chassé le bouc émissaire, le grand prêtre rentrait dans le tabernacle, dépouillait les vêtements de lin dont il s'était revêtu, et prenait le riche costume des grandes solennités : Israël avait cté purifié. Pour lui en donner l'assurance, il offrait alors un sacrifice d'actions de grâces.

avaient leur désert et leur Azazel. Nous nous contentons d'indiquer ce rapprochement. (Cf. Tob. viii, 3.) Hengstenberg a entrevu le premier des rapports entre Azazel et le Typhon des Egyptiens. -Selon lui, la cérémonie religieuse du bouc émissaire serait une .accommodation aux idées égyptiennes , moins pour les consacrer <jue pour les combattre.

• Bossuet, Elév. sur les mystères. IX'' s., 9<= élév.

Les calholiques , dans des conditions plus simples sans doute, après avoir individuellement obtenu Tabsolution de leurs fautes, sentent le bien-être d'une conscience allégée. Mais, plus heureux encore que les Juifs, s'ils le veulent, ils reçoivent de leur Dieu , dans la communion eucharistique , le baiser du pardon. La figure du sacrement catholique est manifeste dans l'Ancien Testament pour tout homme de bonne foi.

Lorsque des mystères que laissent entrevoir les lois religieuses de Moïse la pensée descend aux foules qui entouraient le prophète , on demeure frappé de la disproportion qui existait entre ces lois d'un caractère si élevé et le peuple grossier auquel elles étaient destinées. Cette disproportion montre que les institutions mosaïques portaient plus loin que le temps où elles furent promulguées, et ne s'adressaient pas seulement aux contemporains du législateur. Moïse enseignait les générations futures plus encore que sa propre génération : il enseignait l'humanité. Ce caractère d'universalité accuse l'origine divine de la loi : l'homme n'étend guère sa vue au delà du présent ; Dieu seul considère la plénitude des temps. Mais si les Hébreux ne comprenaient pas toute la loi, du moins avec elle leur instruction commença. La Tliora leur fut toujours comme un programme d'études ; ils s"y appliqueront la vie entière. Aujourd'hui même, l'Ancien Testament ne nous aide-t-il pas à comprendre l'Evangile ? Le Deutéronome et les prophètes nous instruisent toujours.

LES FÊTES Ul

Ni Moïse, ni même Josiié, n'eurent la consolation de voir obéie dans toute son étendue la loi du Sinaï. On peut se demander, par exemple, si, avant l'exil de Babylone, Tannée sabbatique et le jubilé avaient été observés'. Il faut souvent un long temps pour qu'une loi passe dans les mœurs; cependant on n'a peut-être jamais vu chez aucun autre peuple persister dans de telles proportions des mœurs si différentes des lois. Mais Moïse savait Israël appelé à une durée que nulle nation ne devait connaître. Les successeurs de Josué jusqu'à Samuel se montreront visiblement au-dessous de leur tâche, et il faudra arriver à la seconde moitié du règne de David, à Salomon , -à la construction du temple . pour constater l'observation à peu près satisfaisante du Lévitique. Dieu •employa des siècles à préparer des auditeurs dignes •des Isaïe, des Jérémie, des Ezéchiel. de ces grands serviteurs de Jéhovah qui . les premiers , firent entendre, dans des discours publics, que le temple et •ses cérémonies étaient l'ombre et la fioure de réalités plus sublimes.

* V. Munk, Palestine, p. 140 et 185. Do ce que ces dernières lois ne furent pas observées avant l'exil, on n'en doit pas conclure qu'elles n'existaient pas : « Elles ressortant tellement, dit M. Munk, ^■de l'esprit de la constitution mosaïque , basée sur l'agriculture et i'égalité , que nous ne pouvons les attribuer qu'au législateur primitif. Personne n'en a pu concevoir l'idée aux époques postérieures, quand l'industrie, le commerce, le luxe, s'étaient introduits parmi les Hébreux. »

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