LES LOIS SOCIALES ET L'EGYPTE
sur l'Horeb n'étaient que des théories personnelles aux prophètes, des exposés idéalistes de la façon dont ils concevaient une société parfaite » , un code « comme celui de Manou, tout artificiel, répondant à l'idéal d'une école, et nullement une législation édictée par un pouvoir public » , enfin « des rêves d'ardents réformateurs, des vœux de piétistes destinés à rester sans application dans l'Etat^ ».
Nous voulons bien que les lois de Manou n'aient rien engendré en dehors de l'Inde ; mais la législation mosaïque a pénétré la conscience religieuse du. inonde civilisé , après avoir longtemps fait d'Israël un peuple à part et digne de la considération de l'histoire.
Si le Penlateuque et l'Evangile nous proposent un idéal, ne convient-il pas de nous en rapprocher et de voir s'ils ne renferment point des leçons pratiques de progrès. « Je doute, dit Herder, qu'il puisse exister comme principe gouvernemental un idéal plus noble et plus élevé. »
De ce que certains préceptes, comme l'année ScJdbatique , ne furent guère observés , on n'est pas autorisé à conclure que les vues de Moïse ne sont que « rêves et utopies ». La Bible n'a point rapporté tout le bien réalisé par Israël. Le livre sacré n'abonde pas en éloges ; il reprend les défauts et n'exalte guère les vertus. Il ne loue que pour exciter au bien, et sans s'arrêter beaucoup au panégyrique; mais il entre dans les détails les plus
* Renan, Hist. du peuple d'Israël, t. III, pp. 206-239.
minutieux sur les fautes ou les crimes. La Bible, à cet égard, est loin de ressembler aux hiéroglyphes des pharaons ou aux cunéiformes de la Ghaldée, qui ne remémorent que les actions d'éclat et se taisent ou glissent sur le reste. La vertu n'a pas été rare en Israël : les psaumes échelonnés le long de son histoire nous montrent la loi à la fois aimée et pratiquée :
Beati immaculati in via ,
Qui ambulant in lege Domini.
La lutte de quatre siècles entreprise par les prophètes, et que nous avons décrite ailleurs, fut entreprise au nom de la loi, et elle ne demeura pas sans résultat.
Rien ne justifie le nom d'utopie donné à la loi de Moïse ; mais il est vrai de dire que , promulguée d'abord sur le Sinaï dans sa perfection, au milieu d'un état social encore grossier, cette loi ne put être ni comprise ni pratiquée incontinent. La tâche du législateur avait été de la fixer par écrit, de la commenter^ de l'éclairer, d'en faire les premières applications. Josué entra dans la voie que Moïse lui avait tracée ; mais bientôt des guerres continuelles, les difficultés d'un établissement sur une terre nouvelle, les mauvaises influences des Chananéens, beaucoup d'autres difficultés retardèrent la mise en pratique d'un grand nombre de lois. La Thora n'en existait pas moins : on acceptait en principe ses prescriptions, mais le temps de leur exécution complète était encore loin. Si donc, à l'époque de