‹ De Moise à DavidChapitre 75 sur 106 · BALAAM, ETUDE DU PERSONNAGE LES DEVINS · texte numérisé non relu

BALAAM, ETUDE DU PERSONNAGE LES DEVINS

Dès les premiers siècles de l'Église, les commentateurs chrétiens s'occupèrent de définir ce singulier personnage. Pour les uns, Balaam était un ennemi de la vraie religion, un faux prophète adonné au culte des idoles , un magicien , dont la disposition d'esprit était hostile à Israël. S'il bénit les Hébreux, s'il prophétisa, ce ne fut que malgré lui et vaincu par la toute- puissance de Dieu. Telle est l'opinion de saint Ambroise , de saint Augustin , de saint Grégoire de Nysse , de Théodoret ; c'est celle d'un grand nombre de théologiens, soit catholiques, soit protestants. Suivant les autres, Balaam était un vrai prophète, un homme pieux, mais que l'avarice perdit. Tertullien et saint Jérôme ont été de cette opinion.

Ces deux jugements reposent sur un fond de vérité ; ils peuvent se concilier tous les deux, si l'on écarte de chacun ce qu'il a de trop absolu.

D'abord l'on ne peut dire, ce nous semble, que Balaam fût purement et simplement un impie, un ennemi de Jéhovah. Balac ne le fit venir de si loin

que parce qu'il avait la réputation d'être en rapport avec le Dieu d'Israël. Balaam se flattait de ce privilège, et il le suppose lorsqu'il dit aux premiers envoyés du roi : « Demeurez ici cette nuit, et je vous dirai tout ce que Jéhovah me fera connaître. » C'était donner clairement à entendre que, dans les occasions difficiles, il avait coutume de s'adresser à Jéhovah pour obtenir assistance et conseil, et que Dieu daignait au moins quelquefois l'aider et l'éclairer. Il a la crainte du Dieu d'Israël, qu'il consulte avant de se rendre à l'invitation de Balac ; lorsque celui-ci lui envoie une seconde députation, composée de princes, Balaam répond : « Je ne puis contrevenir aux ordres de Jéhovah, pas plus dans les grandes choses que dans les petites. » Sans doute, Balaam est un rusé , qui évite avant tout de compromettre une renommée qui lui rapportait; saint Jérôme et d'autres Pères disent qu'il fut sincère tant que son intérêt ne fut pas en jeu. Mais le récit biblique suppose dans cet homme bonne foi et sincérité quand il consulte Jéhovah, bonne foi et sincérité quand il parle à Balac, bonne foi et sincérité quand il prophétise.

Quant à nous, il nous serait impossible d'expliquer autrement l'épisode de Balaam et ses prophéties. Sans doute, Dieu peut forcer ses ennemis et même l'esprit de mensonge à lui rendre témoignage ; mais alors ce témoignage porte l'empreinte de la violence. C'est ainsi que les démons, confessant la puissance de Jésus- Christ, lui disaient : «Jésus, fils de Dieu, pourquoi viens -tu nous tourmenter avant

le temps ^ ? » Mais rien de semblable dans l'histoire de Balaam. L'Ecriture nous le montre parlant de Jéhovali avec un respect parfait, avec une complaisance réelle ^ Il se délecte à orner des plus éclatantes couleurs de la poésie les bénédictions que la main de Dieu veut répandre. On dirait qu'il y a dans les discours de Balaam comme l'onction de la piété : « Puisse -je, dit-il, mourir de la mort des justes ! Que ma fin soit semblable à la leur ! » On pourrait encore supposer que Balaam était un hypocrite ; mais comment l'Ecriture ne nous dit- elle rien de semblable?

D'ailleurs, cette supposition a ses dangers. Si Balaam joue son rôle et ment toujours jusqu'au moment oii il prophétise, si jusque-là toutes ses actions sont des feintes, et toutes ses paroles des mensonges , quelle garantie avons-nous de la valeur de ses prophéties?

Le rationalisme s'autorisera de cette dangereuse concession. Il s'emparera avec empressement du terrain abandonné et cherchera avec avantage à enlever la position tout entière. Les prophéties de Balaam ne seront plus qu'une mystification. Nous n'admettons pas que le vrai et la fiction soient mêlés et confondus jusque dans les prophéties proprement dites ; car Balaam se déclare interprète de Dieu , non seulement dans une circonstance donnée, mais d'une manière habituelle. « Voici, affirme-t-il,

1 Matth. viii, 29.

^ Il est curieux que Balaam nomme Dieu Jéhovah , et que le narrateur l'appelle Élohim.

<?e que dit celui qui entend les paroles de Dieu et qui a vu les visions du Tout-Puissant. . . Voici ce que dit celui qui connaît la doctrine du Très-Haut. »

Devons -nous conclure de ces raisons que Balaam fut un saint comme il s'en trouvait parmi les Gentils, un autre Job ? Non ; après avoir combattu ce que la première opinion a de trop absolu, nous signalerons ie même défaut dans la seconde.

D'abord l'Ecriture désigne Balaam sous un nom qui serait à lui seul une réfutation suffisante de cette seconde opinion. L'Ecriture l'appelle un devin, un magicien , car c'est ainsi qu'il faut traduire le mot hébreu nc'p [ariolus]^ qualificatif apposé au nom de Balaam', et qui désigne toujours soit les faux prophètes d'Israël, soit les devins des Gentils*.

Que l'on prenne garde aussi à la conduite de Balaam devant les ambassadeurs de Balac : elle est suspecte et ambiguë. Séduit par l'amour de l'argent «et par l'ambition, il caresse en secret les propositions de Balac. Il sait qu'Israël est le peuple choisi de Dieu , et il hésite à ne pas le maudire. Ne cherchet-il pas à obscurcir la vérité dans sa propre conscience? Quoi qu'il en soit, cet homme tentera les dernières chances avant de renoncer aux faveurs et à l'argent.

Lorsqu'arrive la seconde députation, il cherche à se tromper de nouveau lui-même , et il consulte une seconde fois Jéhovah, Jéhovah qui lui avait déjà

1 Jos. XIII, 22. La Vulgate lui donne ce nom, Num. xxii, 5. - Deut. XVIII, 10, 14; I Reg. xvm, 8; IV Reg. xvii; 17; Is. m, 2; Mich. III, 6.

dit : (( Ne va point avec ces hommes, ne maudis point mon peuple , car il est béni. » Et lorsque Dieu, voulant ménager aux enfants d'Israël un éclatant témoignage de son assistance, lui permet enfin de partir, aussitôt il se met en route avec les mêmes préoccupations intéressées. Cette conduite était évidemment coupable. Balaam ne pouvait suivre ainsi les envoyés de Balac sans un commencement de trahison. Il avait la pensée secrète de contrevenir à la condition formelle mise par Dieu à son départ. En effet, chemin faisant, il se fortifia dans ses sentiments d'opposition à la volonté divine , et l'ange du Seigneur dut apparaître avec un glaive nu pour le ramener au devoir.

Balaam n'était donc point un vrai prophète. Nous avons dit que, d'autre part, il n'était pas purement et simplement un fourbe : qu'était donc cet étrange personnage ? Un de ces types d'hiérophantes inconnus dans le monde moderne et difficilement compris aujourd'hui. Il faut le comparer aux devins des Grecs. C'était un Calchas à la fois vénéré et redouté, consulté par les peuples et par les rois ; un augure à la manière de ceux des Romains, lisant dans des signes les volontés du ciel et décidant de la paix ou de la guerre, avançant ou retardant le jour des batailles. Devins, augures, sacrificateurs : personnages étranges, mêlant de hauts sentiments religieux à de viles superstitions , associant la sagesse et la déraison, conciliant même la bonne foi et la supercherie , ils déconcertent à la fois le psychologue , le philosophe et l'historien, et, n'étaient les monuments

qui attestent leur rôle dans les siècles passés, on rejetterait volontiers leur existence dans le domaine de la fable.

Leur disparition du monde chrétien prouve le progrès que la raison publique doit à l'Evangile. Le christianisme, en effet, a jeté dans les esprits une grande lumière; il a doué les plus humbles, à certains égards, d'un bon sens que ne possédaient pas toujours dans le paganisme, les hommes les plus cultivés. Nous comprenons sans peine, nous, à qui l'Evangile a rendu familière la notion d'un Dieu unique et parfait, que toute puissance et toute lumière émanent de ce Dieu, qu'il gouverne et commande en maître absolu et que lui seul doit être adoré et invoqué. Nous comprenons que les pratiques superstitieuses, cruelles ou puériles, ne peuvent nous obtenir ni sa protection ni ses lumières. Mais les païens n'avaient point ces larges et rassurantes idées. Pour €ux, l'univers était le domaine d'un nombre indéfini et vraiment prodigieux de divinités, qui se disputaient les forces de la nature et le gouvernement du monde. Parmi les dieux, les uns étaient malfaisants, les autres bienveillants; celui-ci plein de majesté, celui-là ridicule. Il y avait la déesse de la pudicité et la déesse de la luxure. Il fallait un culte pour toutes ces divinités, et les pratiques superstitieuses et bizarres se trouvaient ainsi justifiées. Souvent victime de puissances ennemies, l'homme intéressait à sa cause d'autres puissances mieux disposées, et en combinant ainsi des forces, des influences mystérieuses , il pouvait se défendre.

D'autres fois il capitulait avec l'ennemi, et tous ses efforts n'avaient pour but que de le fléchir. Un nègre refusait de se convertir ; le missionnaire s'évertuait cependant à le toucher par des considérations sur la bonté de Dieu : « Non, non, disait le nègre, puisque votre Dieu est bon, il ne peut jamais me. faire de mal ; il me suffit de conjurer les esprits mauvais ; j'ai déjà trop de peine à y réussir. »

Le prêtre païen , le devin , l'augure , avaient leur rôle tracé par les croyances populaires et presque universelles. A eux de conjurer les divinités malfaisantes, de faire naître et d'entretenir des sympathies ou des haines , d'arracher aux dieux les secrets du présent et les mystères de Tavenir.

On dit que les pratiques divinatoires renaissent dans notre siècle incrédule. De la Ghaldée, patrie des sciences occultes, la sorcellerie s'est répandue dans le monde occidental, pour arriver jusqu'à nous, après avoir traversé le moyen âge et la Renaissance , qui s'enivrèrent de ses fantasmagories. Le christianisme n'a pu encore triompher entièrement de ces superstitions ridicules. Tziganes dans leurs campements, bohémiens dans leurs voitures circulantes, spiriles des salons, chiromanciennes et diseuses de bonne aventure dans leurs taudis : les charlatans sont partout. On a vu plus d'un sceptique de race recourir aux procédés divinatoires et aux sorts. La vieille Ghaldée retrouverait encore parmi nous ses enfants comme Bouddha y trouve des adeptes '.

* On consultera avec intérêt sur ce sujet les Petites religions de Paris, par M. Jules Bois.

On est porté à se demander si les sciences occultes ne reposent vraiment que sur une vaine crédulité. Les Pères de l'Eglise ne l'ont point pensé, et aux oracles des païens ils ont trouvé une explication dans la présence réelle du démon en ce monde. Les mauvais esprits sont répandus partout, l'Evangile en fait foi. Considéré dans sa durée et dans son universalité , le paganisme est un fait qui a ses causes mystérieuses, et que nombre de savants sérieux ont jugé naturellement inexplicable. C'est sur cet ordre de croyances que reposait la foi de Balac aux malédictions d'un devin.

Balaam était devin ; mais une circonstance exceptionnelle donne une véritable originalité à sa personne : il connaissait le Dieu des Hébreux. Ce Chaldéen n'avait point perdu entièrement la foi apportée par Abraham des rives de FEuphrate ^ Il croyait à Jéhovah, mais aussi à d'autres dieux, esprits puissants quoique inférieurs. Tel était Jéthro , selon plusieurs commentateurs, au moment oii Moïse arriva au désert ; telle était Rahab ; tel fut ce Simon le magicien, à la fois samaritain par la naissance, païen par les pratiques, et chrétien autant par intérêt qu'à cause des miracles dont il avait été le témoin.

* Il est possible aussi que le nom de Jéhovah fût parvenu aux oreilles de Balaam avec la nouvelle des merveilles qui accompagnaient les Hébreux depuis la sortie d'Egypte (cf. Jos. ii, 9 et seqq.; v, 1). D'après le rapport textuel qui existe entre la prophétie de Balaam et les bénédictions des patriarches , on pourrait même croire, dit Hengstenberg, que le devin connaissait l'alliance contractée par Jéhovah avec son peuple. Les tablettes de Tell el- Amarna nous montrent les fréquents rapports qui existaient entre les pays de l'Euphrate, l'Egypte et les déserts de l'Arabie.

On sait qu'aux premiers jours du christianisme, beaucoup d'autres païens croyaient à Jésus- Christ sans cesser de croire à leurs dieux.

Cette inconséquence nous étonne peut-être. Au fond, avons-nous bien le droit d'en être surpris? N'existe-t-il pas, dans notre société moderne, au soleil du christianisme, une classe d'hommes éclairés qui, associant tous les cultes, confondant l'erreur et la vérité, prétendent que toutes les religions sont bonnes , et se font les bruyants propagateurs d'une sorte de religion cosmopolite ?

Nous ne nous représentons pas toutefois Balaam rendant, avec une parfaite bonne foi et une conscience tranquille, un culte égal aux dieux de la Chaldée et à Jéhovah. Non, la vérité a des droits exclusifs ; et Balaam , à qui Jéhovah avait daigné se révéler, ne pouvait Fignorer. Nous nous le figurons sollicité par Dieu à renoncer à la divination, mais retenu par l'avarice dans des pratiques lucratives; tantôt converti à Jéhovah, tantôt retournant à ses dieux; un jour, l'interprète du démon, et un autre, l'apôtre convaincu du vrai Dieu.

Le Seigneur daignait-il honorer de ses communications un homme aussi inconstant? Les textes de l'Écriture sont si positifs, que nous n'hésitons point à répondre affirmativement, Balaam consultait Jéhovah avec un sentiment réel de foi ; et Dieu , qui , dans son infmie bonté , prédestinait Balaam à prophétiser la venue de son Fils, ne dédaignait pas alors de répondre au devin. Ne peut -il pas choisir où il veut les instruments de ses desseins? Le don de pro-

phétie est très distinct de la sainteté ; Dieu l'accorde beaucoup moins pour l'avantage particulier de celui qui le reçoit, que pour le profit des autres.

Quelques observations étymologiques et historiques confirmeront l'idée que nous nous faisons déjà de la personne du devin.

Le nom de Balaam est fort singulier. C'est bien, pour l'imagination populaire, celui d'un sorcier. Simonis le fait, avec raison, dériver de 'j-^i, degliitio, et de wj,populus. Il signifie mangeur d'hommes^. Si donc on en juge par son nom, Balaam devait être un devin redouté, un sorcier terrible. Issu , comme nous le présumons, d'une famille livrée à cette détestable profession, peut-être avait-il été ainsi nommé à sa naissance , ou peut-être la frayeur populaire lui donna-t-elle ce nom, suivant cette coutume des Orientaux de désigner les hommes par leur profession, leurs mœurs, ou quelque événement considérable de leur vie.

^ Ou encore corrupteur du peuple. L'Apocalypse, ii, 12-17, a consacré l'étymologie que nous donnons du nom de Balaam en appelant les chrétiens qui imitaient cet imposteur nicolaïtes (de vixàw, vaincre, et ).ao;, peuple), tyrans du peuple, car le mot nicolaïtes n"a pas ici pour origine le nom d'un hérétique, Nicolas. Ce dernier mot, comme celui de Balaam, signifie dominator ou corruptor populi. Les nicolaïtes voulaient introduire dans l'Eglise les principes prêches jadis par Balaam , en représentant la participation aux festins et même au culte des païens comme chose licite ou indifTérente (cf. I Cor. viii, 10; Act. xv, 29). Sur l'usage homilétique du nom de Balaam, voir encore II Petr. ii, 15; Jud. H. L'étymologie du nom du père de Balaam prouve que la magie était un art héréditaire : Béor, T"2, dérive du mot i"2, dévorer, absorber. Le nom de Béor aurait été donné au père, comme le nom de Balaam au fils , par suite de l'effroi que causaient les sorciers et leurs malédictions.

La ville qu'habitait le devin, « avec les fils de son peuple, )) se nommait Pethor, "«^zs, mot qui signifie interprétation des songes , et qu'on pourrait traduire par cité des devins. Les découvertes modernes nous apprennent qu'elle était située au confluent de l'Euphrate et du Sedjour ou Sagur, en Mésopotamie ^ C'était une de ces villes où les vieux Kasdim avaient des écoles très fréquentées, peut-être la même qu'Uruk, si célèbre dans les monuments. Là, les prêtres constitués en caste se recrutaient dans les mêmes familles. Le père était le précepteur de son fds et lui enseignait tous les secrets de l'astrologie et de la science divinatoire ^.

Le nom terrible de Balaam et celui de son père s'expliquent aussi par ce que nous a appris des devins chaldéens la découverte de leurs livres d'incantations. L'elTrayant s'y mêle au risible. Ces descendants des vieux Kasdim avaient affaire à des peuples encore barbares , qui vivaient dans la terreur continuelle des êtres invisibles, dont la volonté arbitraire et changeante produisait tous les phénomènes visibles^.

' Layard, Inscriptions, 89, Obélisque de Salmanasar ; Schrader, die Keilinschriften und d. A. T., p. Go; Menant, Annales des rois d'Assyrie, p. 98.

- Lenormant, Hist. anc. de l'Orient , t. V, p. 36 et suiv.

3 Tandis qu'en Egypte les innombrables dieux invisibles et visibles se montraient pour la plupart bienveillants à riiomme, ils le poursuivaient en Chaldée d'une haine inexorable et semblaient n'aspirer qu'à sa perte. Ces monstres aux formes inquiétantes, armés de couteaux et de lances, que les prêtres d'Héliopolis ou de Thèbes enfermaient dans les cavernes de FHadès, les Chaldéens se les figuraient lâchés en plein jour à travers le monde. Certains flottaient dans l'air et présidaient aux vents malsains. Les génies des fièvres et de la folie s'insinuaient partout sans

Ils attribuaient à l'action directe de ces êtres mauvais les revers et les malheurs. Les devins se donnaient comme investis de pouvoirs souverains sur les divinités inférieures. Ils pouvaient forcer ces divinités et les démons à se démasquer devant leurs yeux et à leur obéir ; ils lisaient couramment au ciel le présent et l'avenir des individus et des nations ; ils interprétaient la pensée des immortels , et . par leurs rites et leurs formules, quelques-uns se disaient même capables d'exercer un pouvoir tout -puissant à la fois sur les dieux les jdIus élevés comme sur les plus redoutables des hommes.

Leur titre de shahrou , voyants, indique le caractère principal de leur mission : choisis par le dieu comme intermédiaires , ils signifiaient les volontés du ciel. La divinité se révélait en songe à ses voyants',

bruit. Les lutins hantaient les maisons, les follets erraient au ijord (les eaux, les] goules attendaient les voyageurs dans les lieux inhabités. La figure matérielle de ces êtres meurtriers exprimait fidèlement au regard leur caractère féroce : une tête dhomme aux gros yeux ronds , aux sourcils épais , aux lèvres rétractées formidablement sur des dents menaçantes et munie de cornes de chèvre, surmonte un corps de chien, sur deux jambes terminées en serres d'aigles, avec des bras armés de griffes acérées : le tout si laid que les dieux s'enfuyaient eux-mêmes quand ils les rencontraient. L'homme les voyait partout : « Ici ils hurlent, là ils sont à l'affût, ils sont les grands vers que le ciel a lâchés; ils s'enroulent autour des poutres, ils cheminent de maison en maison ; ils glissent comme un serpent sous la porte , ils s'insinuent comme l'air par les joints des battants. Ils éloignent l'épouse de son époux, ils arrachent l'enfant aux bras de sa mère... » (Lenormant, la Magie chez les Chaldéens. et Hist. anc. de l'Orient, loc. cit.; Rawlinson, Cuneif. inscr., t. II et IV; Sayce, The Relig. of the anc. Babyl.; Maspero, Hist. anc. des peuplés de l'Orient, les Origines, p. 631 et passim. )

' Dans l'histoire d'Assurbanipal nous trouvons plusieurs voyants,

OU elle les envahissait brusquement et parlait par leur bouche. Les discours de ces possédés du dieu étaient recueillis et commentés par les assistants comme autant d'oracles infaillibles. Ils interrogeaient les statues, les temples, les pierres tombées du ciel, les arbres , plus rarement les animaux , tels que le lion , le taureau ; enfin certains oiseaux , dont le vol, le cri trahissaient à leurs yeux les secrets de l'avenir ^ Leurs procédés d'incantations revêtaient un appareil terrifiant ; leurs paroles et leurs gestes étaient lugubres : ils méritaient bien le nom de hâlaamites, terrorisateurs du peuple'^.

dont \\\n prédit le triomphe général du roi sur ses ennemis, et dont l'autre voit en songe la défaite et la mort du roi d'Elam (Smith, Hht. of Assurpanihal, p. 123).

* Lenormant, Etudes accacliennes, t. Il, p. 272; t. III, p. 104, et la Divination chez les Chalcléens, p. o2; Smith, loc. cit.; Sayce, The Relig. of the anc. BabijL, p. 140 et 238-242; Maspero, op. cit., p. 640 et suiv.

' Les devins des vieux Kasdini ne se bornaient pas à conjurer les malins esprits ; ils jetaient des sorts. Les livres sacrés des Chaldéens parlent fréquemment des sorciers et de leurs pratiques de magie noire. On regardait les maladies comme le résultat d'un ensorcellement jeté par « le méchant malfaisant, l'homme mauvais qui répand la terreur )>. Le sorcier pouvait déchaîner les démons, avides de possessions et semeurs de maladies, hostiles à des individus et à des pays entiers ; ils pouvaient même donner la mort, et, de fait, ils la donnaient parfois par les poisons qu'on leur avait enseignés : « L'imprécation, disaient leurs livres d'exorcisme, l'imprécation s'est abattue sur l'homme; la voix du magicien comme un joug s'est appesantie sur lui. Cet homme, l'imprécation malfaisante l'égorgé comme un agneau ; son dieu s'est retiré de son corps, sa déesse s'est mise à l'écart; le sort l'a enveloppé comme un vêtement. » (Lenormant, //j's^ anc, t. V, p. 208; Maspero, op. cit., p. 780.)

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