‹ De Moise à DavidChapitre 79 sur 106 · CARACTÈRE MESSIANIQUE DE LA PROPHÉTIE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE MESSIANIQUE DE LA PROPHÉTIE

Ces paroles de la première des quatre prophéties : « Les enfants disraël sont nombreux comme les grains de poussière. » rappellent les yjrome.s.se.ç faites aux patriarches. C'est la même idée, ce sont les mêmes mots. Or, nous l'avons prouvé, les promesses faites aux patriarches ont un caractère messianique incontestable.

Ces autres paroles de la seconde prophétie suggèrent la même observation : « Voyez , c'est un peuple qui se lève comme une lionne, il se dresse comme un lion! Il ne se couchera point qu'il n'ait dévoré sa proie, et qu'il n'ait bu le sang de sa victime. » A quelques variantes près, voilà les mêmes comparaisons, les mêmes mots dont s'est servi Jacob. Ce n'est point un fait d'une médiocre importance que ce langage et ces images prophétiques si fidèlement et si exactement reproduits : on sent l'inspiration du même esprit. Il n'y a, en effet, entre l'oracle de Balaam et la prophétie de Jacob qu'une différence : Balaam applique à Israël tout entier ce que le patriarche avait dit de Juda en particulier. La promesse est la même. Israël, défendu par Jéhovah, ne

craindra pas plus ses ennemis que le lion ne craint les animaux les plus forts de la création ; il ne se reposera ni ne s'arrêtera, avant d'avoir remporté un triomphe complet.

Qui a réalisé cette prophétie? Est-ce David? est-ce Salomon? est-ce le peuple juif séparé du Christ? Les triomphes de David, de Salomon et d'Israël n'ont été évidemment que les faibles images de victoires d'un autre ordre, celles de l'Evangile. Le lion, le vrai lion est le même que celui de Jacob , duquel saint Jean a dit : Vicif leo de Irthu Juda! C'est le Christ qui, du fond du tombeau où l'on avait cru l'enfermer, s'est élevé au plus haut des cieux,d'où il viendra à la fin des temps triompher de tous ses ennemis. Alors vraiment, une dernière fois, il ravira sa proie ; el qui donc la lui arrachera ?

Les paroles de la troisième prophétie : « Que son roi soit plus élevé qu'Agag! Son règne sera glorieux, » confirment cette interprétation et montrent bien qu'il s'agit du Dominateur annoncé par Jacob. Les Juifs anciens le pensaient aussi, puisqu'ils ont mis à la place de ces mots : « Que son roi..., » ceuxci, plus clairs encore : « Que le règne du Messie. » Les Septante étaient du même avis, comme le prouve cette variante : « Que son roi soit au-dessus de Gog. » Théodoret, Origène, Eusèbe, saint Cyprien, ont suivi cette version \ qui est aussi celle de Sjmmaque. Or Gog et Magog signifient dans l'Ecriture sainte les

' Thoodorel. Qusest. lxv et i.x\i ; Origun. Ilomil. in xvii Num.; Euseb. lib. IX Prœparat., ix. — Cypriaii. lil). I a'I Quirin. Testim. X.

Scythes et, en général, les peuples du Nord, les nations non civilisées, les ennemis du royaume de Dieu ^ Cette domination sur les peuples septentrionaux , exercée par un roi issu d'Israël , est évidemment la domination du Messie.

Enfin ces derniers mots : « Qui te bénit sera béni; qui te maudit sera maudit, « répètent exactement une des promesses faites aux patriarches ^

Encore une fois, n'est-ce pas une chose merveilleuse que ce retour, non seulement des mêmes idées, mais encore des mômes expressions dans les prophéties messianiques? Ce phénomène n'accuse-t-il pas le dessein de Dieu d'éclairer les prophéties les unes par les autres? Ne montre-t-il pas la volonté duTrès-Haul de frapper les esprits par les mêmes oracles et de les faire entrer dans les mémoires par la reproduction des mêmes pensées et des mêmes images ? Dieu avait dit à Abraham : «. Qui te bénit sera béni ! » Balaam, fidèle écho, répèle : « Qui te bénit sera béni! Qui te maudit sera maudit ! »

La prédiction messianique de Balaam n'est cependant qu'ébauchée dans les trois premières prophéties. C'est la quatrième qui fait le grand intérêt des oracles du fils de Béor. Elle renferme une indication messianique dont le souvenir ne s'effacera jamais. Prédire l'apparition merveilleuse d'une étoile c'était, dans la bouche d'un devin de Chaldée, ce pays de l'astronomie et des superstitions sidérales, un événement éminemment propre à surexciter la curiosité

' Ezech. xxxviii ; Apoc. xx, - Geii. XXVII, 29.

et l'imagination des peuples de FOrient. Le roi de l'avenir apparaît à ce voyant sous l'image d'une étoile qui se lèvera sur Israël. Il lui apparaît aussi sous l'image d'un sceptre :

Je le vois, mais il n'est pas encore paru; Je l'aperçois, mais il est loin encore : Une étoile sort de Jacob , Un sceptre s'élève d'Israël.

A qui se rapportent ces mots? Nous n'hésitons pas à répondre qu'ils se rapportent à celui qui est désigné par l'étoile et le sceptre , à celui que Balaam appelle plus loin le dominateur .

Un nombre assez considérable de commentateurs modernes, et à leur tête A erschuir, affirment, au contraire , que le pronom le, régime de voir, désigne Israël ^ Ils s'appuient sur les raisons suivantes, qui ne sont que spécieuses. Balaam était placé sur un lieu élevé , d'où il découvrait tout le camp d'Israël ; dès lors n'est-il pas naturel de supposer qu'il commence sa prophétie en disant : « Je le vois cet Israël sur lequel je dois prophétiser? w Mais cette supposition de Verschuir tombe devant une simple observation. Le peuple d'Israël était présent aux yeux de Balaam; or ce que celui-ci déclare contempler est, au contraire , éloigné ; ce qu'il aperçoit ne viendra pas sitôt : Videho eiim, sed non modo.

Verschuir ajoute : « L'objet de toutes les prophéties de Balaam est exclusivement Israël. » Nous

* Verschuir, Dissert, de oraculo Dileami.

avouons qiieBalaam, en annonçant la venue du Messie, ne cesse pas pour cela de s'occuper d'Israël et de son avenir : il prédit ce qui doit arriver au peuple choisi vers la fin des temps. Mais cette prédiction, loin d'être incompatible avec l'idée du Messie , la suppose et la renferme.

Les raisons les plus décisives prouvent que le pronom eiim se rapporte au Messie *. Notre interprétation d'abord est fort naturelle et ne contient rien de forcé. « Je le vois, s'écrie Balaam ; il m'apparaît comme une étoile qui se lève sur Jacob ; il se montre à ma vue comme un sceptre sortant du milieu d'Israël î )) On conçoit le sens elliptique de ce langage : il s'explique par l'enthousiasme d'une telle vision et par ce que le devin a déjà dit.

Si Balaam ne voit qu'Israël, pourquoi ces mots jetés sans explication aucune : « un sceptre ! une étoile ! » Lui, c'est le salut promis, le semen attendu, le prince pacifique. Le Messie n'a pas encore de nom bien arrêté dans l'Ecriture. 11 s'appellera plus tard le Christ, Voint ; mais eiim désigne celui qui a déjà été désigné par ipse et par semen-. C'est Lui dont la sainte Ecriture parle toujours, alors même qu'elle ne le nomme pas.

Une autre preuve évidente que Balaam voit le

' C'est avec raison que RosenmûUer traduit le mot 1JN1N* par video illud : « Je vois une chose merveilleuse, surprenante, qui doit arriver après de longs jours : une étoile, un sceptre! )) Saadias traduit aussi par video rem. Mais on peut aussi rendre le mot hébreu par video eum, se rapportant au roi dont il est question bientôt api'ès '?

^ Gen. III, 15; xxii, 18; xxvi, 4; xxviii, 14.

264 LANCIEN TESTAMENT

Messie- Roi sou? l'aspecl d'un dominateur, c'est qne le reste de la prophétie ne parlera que de ses triomphes.

Une étoile s'élève de Jacob , Un sceptre sort d'Israël !

Il semble bien difficile à l'homme de bonne foi de méconnaître les rapports qui existent entre l'étoile annoncée par Balaam et l'étoile des Mages dont parle saint Matthieu. L'Evangile nous montre que les Mages venus d'Orient ont identifié les deux astres en parlant à Hérode'. L'étoile annoncée par le fils de Béor est l'astre miraculeux qui s'est levé sur le berceau de Jésus-Christ, et qui figurait le Verbe incarné, dont saint Jean a dit : Erat lux vera, « il est la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde. »

Les moyens de connaître l'oracle de Balaam ne manquaient pas aux habitants de la Chaldée : les Juifs avaient emporté leurs livres saints sur la terre de la captivité ^ Les mages voyaient dans Balaam un an-

' Les ternies dont se sert saint Malthieu rappellent anlant (jue possible ceux qui sont employés dans le livre des Nombres. L'Évangéliste appelle les Mages : p-àyoi à.n' àvaToÀcôv. Balaam nous dit que Balac l'a fait venir : i% opéwv à;t' àvaToXwv. — Saint Matthieu met ces paroles dans la bouche des Mages : Eî'ooajv a-jToO tov àdTÉpa, Vidimus stellam ejus. Balaam s'est écrié : « Je le vois... une étoile sur Jacob ! » etc.

- <■ Cette étoile qui paraît aux Mages, dit Bossuet, était la figure de celle que Balaam avait vue; et qui sait si la prophétie de Balaam ne s'était pas répandue en Orient et dans l'Arabie, et si le bruit n'en était j)as venu jusqu'aux Mages? >< {Elév. sur les myst., XV1I<= scm., 2" élév.)

cêtre. Aucun épisode de la sainte Ecriture ne pouvait autant saisir leur esprit : Balaam y est appelé mage d'Orient. Enfin en ce moment, selon Tacite, le bruit était partout répandu que les conquérants du monde se lèveraient de FOrient.

Les Mages purent donc dire : « Nous avons vu son étoile, (celle du roi promis), et nous sommes venus l'adorer. » D'ailleurs ne furent-ils pas éclairés surnaturellement par Dieu ? Ils étaient convaincus que l'étoile et le sceptre annonçaient qu'un roi extraordinaire naîtrait en Israël. La question qu'ils font en entrant à Jérusalem le prouve évidemment : « Où est le nouveau-né, le roi des Juifs, car nous avons vu son étoile en Orient? » Ils ne disent pas : Nous avons vu une étoile du côté de l'Orient ; nous avons conjecturé , d'après notre science astrologique, qu'un grand roi a dû naître quelque part. Non ; ils parlent de la naissance du roi des Juifs comme d'un événement connu des Juifs encore mieux que d'eux-mêmes : « Où est le roi des Juifs nouveau -né? nous avons vu son étoile, » stellam ejus. Quelle étoile, sinon l'étoile annoncée par Balaam ?

L'étoile a été regardée par tous les peuples comme le symbole de la gloire et du bonheur ^ Une croyance générale dans le monde païen supposait que la naissance des grands princes ou leur intronisation étaient

' Ovide dit d'un misérable qu'il nomme Vlhis :

Xatus es infelix : ita dî volucre, née ulla Commoda nascenti Stella, levisve fuit.

annoncés par une étoile ^ Aux yeux des Chaldéens en j^articulier, les étoiles, même les plus éloignées de la terre, ne demeurent étrangères à rien de ce qui se passe chez nous. « Elles sont, dit M. Maspero , autant d' êtres animés et doués de qualités diverses, dont le rayonnement gagne de proche en proche à travers les plaines célestes et vient agir d'en haut sur tout ce qu'il touche. Chaque portion du temps, chaque division de l'espace, chaque catégorie d'êtres, et dans chaque catégorie chaque individu est placé sous leur domination et subit leur tyrannie inévitable. L'enfant naît leur esclave et reste leur esclave jusqu'à son dernier jour, l'étoile qui prévalait au moment de sa naissance devient son étoile et commande sa destinée ^ » Indépendamment de tout autre moyen de connaissance, l'apparition d'une étoile en Orient indiquait donc, aux yeux des mages, la naissance d'un grand personnage.

^ Justin a dit de Mithridate : " Hiijus futuram magnitudinem etiam cœlestia porteuta pra^dixeraiit. Nam et eo quo genitus est anno et eo quo regnai'e primum cœpit, stella comètes per utrumque tempus septuaginta diebus ita luxit, ut cœlum omne flagrare videretur u (1. XXXVII, c. II). Pline a dit d'Auguste, lequel, comme on sait„ prétendait à l'honneui* de posséder au ciel une étoile : c Interiore gaudio illam sibi natam seque in ea nasci interprétât us est. » {Hist. nat., 1. Il, c. XXIII.) Suétone {Jul. Cœs. lxxxviii) et Dion Cassius (1. XLV) parlent de Fétoile de Jules César : on sait que les pièces d'argent frappées à son effigie portent une étoile. Dans l'Ecriture, Isaïe appelle le roi de Babylone l'Etoile du malin, (xiv, 12), et Daniel nomme aussi les rois des étoiles (viii, 10). Notons enfin (jue le parallélisme demande que l'on donne au mot étoile le sens de royauté : le mot sceptre, du second membre, l'exige.

^ Maspero , Hist. anc. des peuples de l'Orient, les Origines, p. 668. Cf. Lenormant, la Divination et la science des présages chez les Chaldéens, pp. 5-14, 37-47.

Quant à la signification du « sceptre qui sort de Jacob », elle est évidente : personne n'a contesté que le sceptre signifiait la royauté d'Israël. De même que Moïse, nous l'établirons bientôt, voit tous les prophètes qui doivent surgir à travers les âges dans la personne du Messie , parce que Jésus-Christ les représentait tous , de même Balaam voit tous les rois d'Israël résumés en un seul.

Si saint Ghrysostome et un grand nombre d'interprètes ont rapporté au règne de David la prophétie de Balaam , c'est que ce roi et ses victoires étaient des figures du Christ et de ses triomphes : il ne faut pas l'oublier quand on lit certains commentateurs affirmant que l'oracle peut s'appliquer à la royauté israélite ^ ; Israël était la figure de l'Eglise. Le roi- Messie est directement visé et exalté ; devant lui tout disparaît et s'efTace ; toute royauté appartient à celui qui a dit de lui-même : « Je suis le rejeton de David, l'étoile du matin *. »

Les raisons qu'on oppose à notre interprétation proviennent de malentendus ou d'un examen superficiel. Lorsque M. Reuss dit, par exemple : « Si cette prédiction était messianique, il faudrait avouer que le prophète assignerait au Messie un rôle compara-

* Ces commentateurs s'appuient sur l'analogie qui existe entre la prophétie de Balaam et les autres oracles touchant la royauté promise à David et à ses descendants. Ces oracles ont un sens collectif (Gen. xlix ; II Reg. vu, 16, etc.). Cependant quelques exégètes s'opposent à ce sens collectif, et soutiennent qu'il n'est question que d'un seul personnage, le roi messianique (Trochon, la Sainte Bible, Introduction aux prophètes , p. 7a).

^ Apoc. II, 28; V, S; xxii, 16. Cf. de Bolle, Christolocfia, p. 108.

tivement bien modeste et surtout peu évangélique ^ » Le Christ a-t-il donc été seulement roi et triomphateur? On oublie qu'il était dans la nature des choses que Balaam le considérât ici au seul point de vue de la grandeur humaine. Le thème de son discours lui avait été donné par Balac : « Viens, maudis-moi ce peuple; peut-être viendrons -nous à bout de le frapper et de le chasser du pays. » Israël dans ses rapports avec ses ennemis, voilà donc le sujet sur lequel Balaam devait parler. Il accepte ce thème : « Je te dirai ce qu'Israël fera contre ton peuple jusqu'à la fin des temps. » La sphère étroite où se renferme Balaam était une nécessité , et l'on ne pourrait, de cette circonstance, tirer des inductions contre notre interprétation , que si Balaam eût nié positivement les autres caractères du Messie.

On a dit encore qu'au temps de Jésus -Christ les Moabites avaient dès longtemps disparu du théâtre de l'histoire-. Mais, nous le répétons, les Moabites représentent ici les ennemis du peuple de Dieu en général. Isaïe les considère au même point de vue lorsqu'il dit : « Le Christ achèvera la ruine de Moab ^ » Miellée a appelé du nom d'Assyriens les ennemis de Dieu au temps du Messie*, bien que Michée ait indiqué dans d'autres passages qu'au

* Reuss, loc. cit., p. 243, note 1.

- « Ceux qui voient le Messie dans l'étoile de Jacob, dit encore M. Reuss, seront très embarrassés d'expliquer des versets dont le contenu vise un état de choses bien antérieur à l'époque messianique. » {Loc, cit., p. 244, note 2.)

3 Is. XI , 14.

* Mich. V, 5.

temps du Messie les Assyriens auraient depuis longtemps disparu de la scène du monde.

Voyant l'importance donnée à la prophétie par les livres de TAncien Testament, les Juifs et les chrétiens l'ont soigneusement étudiée et ils n'ont eu qu'une même opinion à son sujet. Les uns et les autres affirment que celui dont Balaam a dit : « Je le vois, mais il ne viendra pas sitôt, » est le Messie; que l'étoile et le sceptre étaient deux vives et brillantes figures de sa royauté ; que le dominaleur sortant de Jacob est le Christ, fils de David'.

Cette opinion était d'ailleurs si commune parmi les anciens Juifs et si universelle, C[ue le faux prophète qui fit tant de bruit au temps d'Hadrien, Bar- Cosiba, voulut se l'appliquer et, pour cette raison,

' Selon la synagogue, le Messie était l'objet, sinon exclusif, du moins principal de la prophétie. Le Targuni de Jérusalem a dit : « Quis poterit numerare pueros domus Jacob, de quibus dictum est, quod sint multiplicandi tanquam stellœ cœli? » Onkélos : Quis poterit numerare parvulos domus Jacob de quibus dictum est : Multiplicabuntur instar pulvcris terra^? — A cette autre question : '■ Quand s'accomplira la prophétie de Balaam? » Onkélos répond : d Quando surget rex ex Jacob et ungetur Messias ex Israël. » — Jonathan : <' Quum surget rex fortis ex domo Jacob et ungetur Messias et sceptrum forte ex Israël. » Dans le Sohar, Fauteur, après avoir cité ces mots : (' Je le vois ; mais il ne viendra pas sitôt, » fait cette remarque : « Cette prédiction a déjà été en partie accomplie, et le reste doit avoir lieu au moment de l'apparition du Messie. » (V. Duvoisin et Schottgen, Jésus Messias, p. loi.) — Bechaï a dit, à l'occasion de ce texte de la prophétie : « Destruet omncs fdios Seth : intelligitur rex Messias de quo scriptum est : Et dominabitur a mari usque ad mare. » (Bechaï, ps, lxxi, 8.) Il est certain, d'un autre côté, que les Juifs croyaient , au temps de Jésus-Christ , que l'apparition d'une étoile merveilleuse coïnciderait avec la venue du Messie (V. le Shir hashirim Rahha, viii, 9, cité par Castelli, Il Messia seconda Ebrei, p. 192 et 298). On appuyait cette croyance sur l'oracle de Balaam.

se donna le titre de Fils de Vétoile ou liiir-CochebasK

Des Juifs, cette interprétation passa aux chrétiens. Ceux-ci virent avec raison dans l'étoile des mages, l'explication en même temps que l'accomplissement de la prophétie. Origène déclare qu'il n'existe pas, dans l'Ancien Testament, de texte messianique plus clair ^ Julien attaqua cette interprétation : saint Cyrille de Jérusalem la justifia^. Théodoret dit que de son temps il s'était rencontré quelques hérétiques qui refusaient d'admettre que Balaam eût parlé du Messie ; mais cette opinion était repoussée au nom de tous les chrétiens comme impie et absolument fausse. Saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Epiphane et saint Jérôme n'élèvent pas le plus léger doute sur le sens et le rôle de cette étoile qui, après avoir été prédite par Balaam , s'arrêta sur le berceau de Jésus.

Il ne nous reste plus, avant de mettre fin au commentaire de l'étonnant épisode de Balaam, qu'à commenter brièvement les oracles du fils de Béor relatifs aux nations.

* De concert avec le rabbin Akiba , il se fit passer pour le Messie, et excita parmi les Juifs une révolte contre les Romains. Il fut vaincu après une longue résistance, et tué avec un grand nombre de Juifs, vers l'an 135 après Jésus-Christ,

- Orig. in Joan., Uom, xiii in Num.

^ S. Cyril., lib. vji.

Page 1