‹ De Moise à DavidChapitre 87 sur 106 · JOS. II · texte numérisé non relu

JOS. II

338 LANCIEN TESTAMENT

déclare sa foi en Jéhovah ; et , quand la ville fui prise, elle et sa famille embrassèrent la religion d'Israël. Elle épousa Salmon, prince de la famille de Juda, et devint la mère de Booz, Tancêtre du Christ.

L'historien Josèphe , qui ne veut voir dans celle femme qu'une honnête hôtelière , traduit autrement que la ^ ulgate le mot n;*', meretrix, courtisane. Il faut croire cependant que la maison de Rahab avait un mauvais renom, et qu'elle n'était guère hantée que par des gens de peu de considération. C'était un lieu de libres réunions, où se débitaient des nouvelles de toutes sortes. Les espions de Josué, qui voulaient savoir ce qui se disait à Jéricho, pensèrent qu'ils trouveraient là ce qu'ils cherchaient, et ils entrèrent dans celle maison ouverte à tous.

Nous répugnons à croire que Rahab fut une courtisane de profession ' . Elle vivait en famille avec son père, sa mère et ses sœurs. C'est en admettant que sa maison était un rendez-vous d'oisifs et

' On ne doit point, en effet, supposer chez les envoyés de Josué des intentions de libertinage. Le caractère religieux qu'ils montrent s'y oppose, et jamais Josué neùt choisi des hommes dont la fermeté de caractère lui eut paru suspecte. Nous pouvons affirmer que le Seigneur dirigeait les pas de ces émissaires vers la maison d'une femme qui devait servir à ses desseins. Josèphe, Lyra, saint Grégoire de Nazianze, Valable et un grand nombre d'auteurs regardent simplement Rahab comme une hôtelière. Les femmes qui exercent ce métier peuvent être injustement soupçonnées de mœurs légères, et la malignité publique traduit aisément ses soupçons par des appellations imméritées. Cependant la plupart des Pères regardent Rahab comme une courtisane; sa conversion se prêtait à des développements moraux qui leur plaisaient.

de curieux, qu'on s'explique commenl les espions, qui se irahirenl par leur langage d'étrangers , furent immédiatement dénoncés. Ni Raliab ni ses hôtes n'étaient nécessairement des libertins. Malgré tout ce que l'Evangile raconte des pardons accordés aux pécheresses repentantes, un sentiment de délicatesse fait hésiter à introduire une courtisane avérée parmi les ancêtres du Fils de Dieu.

Si l'on veut savoir ce qu'était Rahab , il n'y a qu'à lire attentivement le récit de la Bible , et l'on n'aura pas d'elle l'idée d'une femme perdue. Elle avait le cœur Israélite. Le discours qu'elle tient aux émissaires indique qu'à la nouvelle des premiers succès des Hébreux elle s'était déclarée pour eux; dès lors elle avait commencé à croire au Dieu qui opérait tant de merveilles. Elle conseillera à ses concitoyens, pour les sauver, de se convertir et de rendre hommage au Dieu d'Israël ' .

Il faut enfin considérer que , après la prise de Jéricho, Rahab se réfugia avec les siens dans le camp Israélite, où bientôt ils abjurèrent tous l'idolâtrie et acquirent des droits aux prérogatives du peuple choisi. Le royaume de Dieu a toujours été ouvert à tous les hommes de bonne volonté, aux vrais pénitents comme aux justes de la première heure. Suivant l'étymologie de son nom, Rahab élargissait, nm , rahab, la communauté d'Israël, figure de l'Eglise, qui devait recevoir un

^ Fide Rahab meretrix non periit cum incredulis (Hebr. xi, 31 j.

jour dans son sein les païens justifiés par leur foi et leurs bonnes œuvres. Il a plu aux Pères de rapprocher Rahab de Marie Madeleine : « C'était, dit saint Cliysostome, une perle cachée dans la boue, une fleur enfouie sous les épines; le Dieu de miséricorde, qui viendra pour sauver les pécheurs, tendit, dès les premiers jours, sa main à ces créatures infortunées ' . »

' Chrysosl. Iloinil. vu de Pœn. n. 5; cf. Proeop. in Jos. ii. « Rahab ipsa quoque typum portabat Ecclesia», » dit saint Cyprien {de Unit. EccL viii ; de Hœr. hapf. iv; cf. Cyril. Hier. Cat. x de uno Dom. n. 11 ; Theodoret. Quœst. vin in Jos.; Isidor. Alleg. Vct. Test. 73).

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