PASSAGE DU JOURDAIN. PRISE DE JÉRICHO
Les caravanes aujourd'hui traversent aisément le Jourdain , les eaux du fleuve laissant beaucoup de points guéables. Cependant il faut toujours compter avec les saisons. Or Josué passa le Jourdain dans le mois d'avril . au moment de l'année où le fleuve remplit entièrement son lit'. Les Israélites eussent pu demeurer jusqu'à la baisse des eaux dans les bonnes positions militaires qu'ils occupaient; mais Dieu pressa Josué de partir. Il voulait consacrer par un miracle l'autorité du successeur de Moïse, dès les premiers jours de son commandement, et montrer que le nouveau chef d'Israël serait l'objet des mêmes protections providentielles.
La traversée du Jourdain ressembla moins à un fait de guerre qu'à une procession religieuse. On partit de Sittim ^ au milieu d'un enthousiasme indescriptible. Au moment où les prêtres , portant « l'arche d'alliance du Maître de l'univers » ,
* Jos. m, la, et II, 7, 23; Eccli. xxiv, 36; I Parai, xii, Ib. ^ Ou Abel-Sittim (Num. xxv, 1), partie de la plaine de Moab. sans doute alors plantée d'acacias, sittim.
touchèrent les eaux de leurs pieds, le cours du fleuve, dit rÉcrilure, fut suspendu : d'un côté, au lieu de descendre, les eaux refluèrent jusqu'à Adam\ tandis que de l'autre elles continuaient de couler jusqu'à la mer Morte. L'arche s'arrêta au milieu du lit desséché, et tout le peuple défda devant elle. Les prêtres attendirent que tous fussent passés, et quand les derniers eurent atteint la rive, ils reprirent leur place à la tête des colonnes. Avec douze grosses pierres qu'on fit rouler sur le sol, on éleva un monument commémoratif à l'endroit qu'on nomma dès lors Gilgal, volvere^. Il y avait quarante ans , jour pour jour, que les Israélites avaient passé la mer Uouge.
' Les critiques ne sont pas d'accord sur le site de cette localité. D'après le récit, elle se trouvait du côté de Sarthan , ville mentionnée deux fois clans l'Écriture (III Rcg. iv, 12, et vu, 46), et qu'on s'accorde à placer sur la rive orientale du Jourdain, entre la mer Morte et le lac de Tibériade.
- Guilgal, Gilgal ou Galgala, où les Hébreux élevèrent leur premier monument national et religieux, s'appelle aujourd'hui encore en arabe de son vieux nom. Tell -Djeldj oui. Il est à une heure du Jourdain, dans la direction de Jéricho. Des débris de mosaïques constatent qu'il y eut là une église. Le christianisme a toujours aimé à honorer les grands souvenirs de l'Ancien Testament, Ici la nation avait pris possession de la terre promise. Josué y fit circoncire les enfants d'Israël, et l'on retrouvait encore, paraît-il, il y a quelques années, en cet endroit, des couteaux de silex. L'arche y resta six ans. — D'après le verset 9 du chapitre iv, Josué plaça aussi douze pierres au milieu du lit du Jourdain , à l'endroit où l'arche s'était arrêtée. Les critiques rejettent en général ce verset comme interpolé, sous prétexte qu'il était impossible d'élever un monument durable au milieu d'un ileuve sujet à de violentes crues. Le texte ne parle pas ici d'un monument, mais de douze pierres représentant chacune des tribus. Elles étaient assez grosses pour qu'on pût les apercevoir de la rive, quand les eaux étaient basses.
Lorsqu'on étudie avec attention le récit dont on vient de lire le résumé , on remarque , dans les circonstances du fait principal . des répétitions et même de légères variantes qui font croire que l'auteur du livre de Josué a rapproché plutôt que fondu les divers écrits qu'il reproduisait', et on s'est basé làdessus pour infirmer l'exactitude du récit. Le fait du passage merveilleux du Jourdain est placé audessus de ces menus détails. Le miracle des eaux qui arrêtent leur cours est annoncé d'avance ; il est invoqué par Josué comme preuve que Jéhovah est avec lui , ainsi qu'il avait été avec Moïse ; il a eu pour témoin un peuple entier. Le souvenir en a été perpétué par le monument de Gilgal. Le fait avait été si éclatant, que la Bible, en maints endroits, le met en parallèle avec le passage de la mer Rouge :
Mare vidit , et fugit;
Jordanis conversus est retrorsum.
' Ainsi au verset 2 i ch. iv ) nous lisons que Dieu ordonna à Josué de prendre douze hommes, etc.; six versets plus haut (ni, 12) nous avions déjà lu le même ordre. En deux endroits nous lisons que le peuple passa le Jourdain (iv, 3 et 10). Le verset 11 raconte que les prêtres ont passé le fleuve ; quatre versets plus loin. Dieu dira encore à Josué de commander aux prêtres de quitter le lit de la rivière. Deux fois (6-7 et 21-24) Josué ordonne aux Israélites de placer douze pierres à l'endroit où ils ont passé le Jourdain ; deux fois aussi il leur dit ce qu'ils devront répondre à leurs enfants quand ceux-ci demanderont la raison de ces pierres. Eichhorn et Paulus ont édifié un roman sur ces données : le récit serait composé de deux documents, dont l'un, contemporain des événements, ne raconte rien de miraculeux, et l'autre, formé de différentes traditions, à leurs yeux fabuleuses. Maurer s'est chargé de réfuter ces divagations.
Nous voulons bien que les gués soient nombreux aujourd'hui près de Jéricho; nous admettons même, avec certains géographes, qu'à cette époque reculée le fleuve était beaucoup plus large que maintenant, et partant moins profond : du temps de Josué et de David, au témoignage même de l'Ecriture, non seulement des individus, mais des troupes nombreuses le passaient aisément au plus fort de la crue * . Mais un peuple entier a jugé que le passage exécuté sous les ordres de Josué s'est accompli dans des conditions miraculeuses; il n'appartient à personne de récuser l'appréciation de tant de témoins oculaires. Le prodige entre forcément dans la trame de Thistoire : il explique Fautorité dont Josué a joui, pendant toute sa vie, auprès des tribus d'Israël.
C'était au nom de Jéhovah , et par l'effet d'un prodige dû à sa protection toute-puissante, qu'Israël entrait en Chanaan : l'événement fut consacré par des cérémonies religieuses éclatantes. Tout était à la joie : les pérégrinations lointaines étaient finies, on arrivait au pays de la promesse. La pratique de la circoncision, interrompue pendant quarante ans,
* Jos. II, 7, 23 ; I Parai, xii, 15. Un de nos savants contemporains, M. Clermont-Ganneau , a voulu expliquer le passage du Jourdain. Selon lui, le récit biblique repose sur l'observation d'un phénomène naturel, auquel le fleuve est sujet au moment des grandes crues, par suite de l'éboulement des terres riveraines. Un fait analogue à celui que relate le livre de Josué est rapporté par le chroniqueur arabe Novairi : en l'an 1267, pendant une crue du Jourdain, Téboulement d'un monticule surplombant la rive, arrêta pendant quatre heures l'écoulement des eaux, et permit de travailler à pied sec à la réparation d'un pont situé à trente kilomètres au nord de Jéricho. (Acarfém;e des Inscriptions, séancedu iOmars 1893.)
fut reprise ; et, comme on se trouvait au quatorzième jour du premier mois, la Pâque fut solennellement célébrée. A dater de ce jour, remarque l'écrivain sacré , la manne cessa de tomber , et les Hébreux se nourrirent des produits du pays*.
Après quelque repos , Josué ordonna de poursuivre la campagne. La petite ville de Jéricho était le premier obstacle à emporter. Le fils de Nun savait par les espions que la terreur avait glacé tous les habitants: à l'avance, ils étaient vaincus. Dieu voulut néanmoins que la prise de la ville servît à sa gloire et ajoutât à la confiance des Israélites. Il commanda à Josué de faire, lui et son armée, pendant six jours consécutifs, le tour des murs. L'arche marchait en tète , accompagnée de sept prêtres sonnant de la trompette; ces marches, moitié religieuses, moitié militaires, avaient sans doute pour but d'endormir la vigilance des ennemis. Le septième jour, dit le texte sacré , on fit sept fois le tour de la ville , et au septième tour l'armée poussa le cri de guerre. Ce fut le signal d'un assaut général ; les murs s'écroulèrent d'eux-mêmes, « chacun monta à l'assaut droit devant lui, » et la ville tomba au pouvoir des Hébreux. Tout ce qu'elle renfermait de vivant fut mis à mort, à l'exception de Rahab et de sa famille. L'or, l'argent, les objets précieux furent transportés dans le trésor du sanctuaire.
Les miracles racontés au livre de Josué ont fait attribuer à ce récit en particulier un caractère
1 Jos. V, 2-12.
légendaire qu'il n'a point. La prise de Jéricho est rédigée comme un bulletin de guerre, écrit sur le champ de bataille, dans l'enthousiasme de la victoire. On y raconte la campagne telle que les événements eux-mêmes l'avaient écrite dans la conscience populaire. Au xviif siècle, on voulait des explications naturelles de tous ces faits, et on en bannissait l'action de Dieu. Ainsi, on attribuait la prise de Jéricho à un tremblement de terre qui aurait fait écrouler les murailles. Des commentateurs disaient que Josué les avait minées : les promenades inoffensives autour de la ville avaient pour but de masquer les opérations. M. Renan prétend que Jéricho fut enlevée probablement par trahison \
Le bon sens s'est justement dégoûté de ces hypothèses arbitraires. La Bible a raconté la prise de Jéricho comme la racontaient et la célébraient les témoins des événements. Ces récits sont dignes d'un grand respect; sous leur forme pieuse et enthousiaste, ils renferment la vérité autant qu'elle peut nous être connue , et telle qu'il a plu à Dieu de nous la révéler, à la fois pour notre instruction et notre édification. Ce qu'il importe que nous sachions, c'est que Jéhovah réalisa ses promesses et se montra protecteur envers Josué au même degré qu'il l'avait été avec Moïse.
Il y a, dit-on, dans les récits du livre de Josué, des traits hardis empruntés à des chants héroïques. En un endroit, en effet, l'auteur renvoie à un recueil
' Renan, Hist. du peuple d'Israël, t. I, p. 239.
de cantiques nationaux, qu'il appelle le Livre du Jasar '. Nous ne voulons pas nier qu'il faille prendre ce fait en considération; cependant il convient d'accepter avec réserve une critique suspecte , qui tendrait à dépouiller l'histoire sainte de son caractère surnaturel en altérant notablement la vérité. Le mieux est de reproduire les faits dans les termes mêmes employés par la Bible, sans cependant obliger les fidèles à une interprétation servile et trop littérale. Ainsi, l'écroulement des murs de Jéricho ne fut point absolument total. La Bible constate que la maison de Rahab, construite sur la muraille, resta debout ^ Suivant le pieux Hanneberg, nous sommes assurés que la prise de Jéricho fut un miracle ; mais il n'est pas interdit de penser que les faits ont revêtu les couleurs poétiques de quelque hymne du temps ^
' Quelques pages plus loin , nous citerons un chant célèbre tiré du recueil du Sepher-Jasar, Livre du Juste, ou du héros. Ce recueil, dont nous avons déjà parlé, est également cité au deuxième livre des Rois (i, 18) , comme le document où le rédacteur des livres de Samuel a pris l'élégie de David sur la mort de Saûl et de Jonathas. C'était une sorte d'anthologie où l'on ajoutait sans cesse de nouveaux chants, (juand on les jugeait dignes des premiers. Quelques-uns ont identitlé ce recueil de chants patriotiques avec le Livre des guerres de Jéhovah, dont nous avons dit un mot plus haut (p. 196). Il en est au moins la continuation. Commencé à la sortie d'Egypte, on y inséra les vieilles poésies des ancêtres d'Israël, comme le chant de Lamech; puis, au jour le jour, celles qui célébraient les merveilleuses protections dont le peuple fut l'objet au désert, et enfin les guerres entrepi'ises contre les ennemis de la nation, jusqu'après David et Salomon (Konig, Authent. des Josua, p. 89).
^ Jos. VI, 22-23.
^ Hanneberg, Ilist. de la révéL biblique, t. I. p. i9o.
L'anathème fut prononcé contre Jéricho ; cette ville fut brûlée et renversée de fond en comble. Josué maudit celui qui essayerait de la rebâtir, ou du moins d'en relever les remparts. Cependant elle fut reconstruite plus tard, mais assez loin de l'endroit où s'élevait la première cité chananéenne ^
Nous n'avons pas le dessein de redire dans tous ses détails l'histoire de la conquête. Deux campagnes la terminèrent : celles d'Haï et de Gabaon. La dernière rendit Josué maître de presque tout le pays occupé par les principicules de Jérusalem, d'Hébron , de Lachis, d'Eglon, de Jérimoth, etc. Ce fut une guerre d'extermination , comme toutes les guerres de conquête avant le christianisme. Pour occuper une terre, on prenait un moyen qui ne laissait de place à aucune revendication : on faisait disparaître les habitants par la mort ou la déportation. Tel était alors le droit barbare de la guerre. Dieu nous garde de le justifier ! Toutefois il ne faudrait pas en prendre occasion d'accuser de cruauté les Israélites. Ceux-ci revendiquaient un sol occupé par leurs ancêtres, et que le Ciel leur avait dès longtemps octroyé. Ils se regardaient d'ailleurs comme les justiciers de Dieu, envers une nation perdue de vices.
Les découvertes récentes faites à Tell el-Amarna-,
* V. Rosenmuller et dom Calmet sur Jos. vi , 2C>.
^ « Le premier peut-être des pharaons, dit Lenormanl après M. Maspero {Hist. anc, t. II, p. 209), Aménophis ou Amonhoptou IV porta la main sur la religion du pays pour la réformer. A la place de la religion constituée, il voulut établir le culte d'un dieu unique, adoré dans la splendeur du disque solaire, sous
en témoignant de l'affolement des tribus chananéennes, nous aident à nous faire une idée des conditions de la conquête et des causes de sa rapidité'. Elles nous montrent les petits princes de la
le nom d'Aten, qu'on a comparé, non sans raison, à rAdonaï sémitique... Le temple d'Ammon, dieu suprême de Thèbes, fut fermé ; le roi réformateur abandonna cette capitale et s'en bâtit une autre, qu'il nomma Aten ou Adôn. » Il y déposa les archives de l'Etat : parmi ces archives figurait une quantité de tablettes couvertes d'écritur£ cunéiforme contenant la correspondance des divers princes de l'Asie antérieure avec ce monarque et son père. La nouvelle capitale n'eut cju'une existence éphémère : elle était complètement abandonnée un demi -siècle plus tard. C'est du sein de ses ruines que de pauvres fellahs retirèrent, il y a (juelques années, îa Correspondance de Tell el-Amarna.
* Jos. II, 9. On a pensé que les fameuses tablettes font allusion aux événements racontés dans le livre de Josué, et on a identifié 1' les mercenaires de Juda » Jaoudi et Habiri , dont elles parlent, aux Israélites de la conquête. On a fixé par conséquent la date de rétablissement des Hébreux (1450, suivant l'ancien système) aune époque un peu plus rapprochée de nous, puisqu'il semble probable que les deux Aménophis III et IV régnèrent, le premier de 1443 à 1403, le second de 1403 à 1388 (d'après une note de M. Maspero, qui donne d'ailleurs ces chifTres comme approximatifs, à quarante ans près). Ces dates s'accordent assez bien avec la chronologie biblique. En efïet, les Rois (III Reg. vi, 1) comptent 480 ans de l'exode à la quatrième année de Salomon, 1011 ou 991, dates qui l'une et l'autre renvoient l'exode au règne de Toutmès 111(1308 à 1434), grand constructeur, comme le pharaon persécuteur, ou au règne très court de l'un de ses deux successeurs. De l'exode à la conquête on compte 63 ans ; par conséquent, l'exode ayant eu lieu en 1491 (1011 -|- 480), ou eu 1471 , la conquête se fit en l'an 1436 ou 1406, dans les deux cas, sous le règne d'Aménophis III. II faut enfin noter que la Table des synchronismes ( Lenormant , t. IV, p. 114) place vers l'an 1430 le règne d'un roi chaldéen nommé Purnapurias, dont le nom se l'etrouve dans les tablettes d'el- Amarna. — Quoi qu'il en soit de la vraisemblance de ce système, nous croyons qu'il ne faut point se hâter d'abandonner la très vieille tradition qui identifie les pharaons de Moïse avec Rhamsès II et son successeur, si peu satisfaisante que soit cette tradition. Mais les tablettes d"el-Amarna ncais donnent du moins une idée des
Palestine, abandonnés à eux-mêmes, appelant à leur secours les pharaons Aménophis III et Aménophis l\ , leurs suzerains . les avisant qu'ils sont bloqués dans leurs capitales « comme des oiseaux en cage «. Mais l'Egypte, alors très affaiblie, laissait faire. Sa politique ménageait peut-être les vainqueurs, dans l'espoir de traiter un jour avec eux. « Pourquoi, écrit au pharaon le gouverneur de Jérusalem Abdihêba^ pourquoi favorises-tu les Habiri aux dépens des gouverneurs?... Le roi est en train de perdre ce pays -ci. » Les villes tombent les unes après les autres aux mains d'un certain Elimélek ou MalkieP. Gaza, Ascalon, Lachis, fournissent des
conditions dans lesquelles s"acconi])Iil rélahlissement des Hébreux en Palestine ; elles nous en apprennent assez pour pouvoir démentir la phrase suivante d'un critique téméraire : c Je ne sais si Josué a beaucoup plus de réalité historique que Jacob. » ( Renan , Hist. du peuple d'Israël, t. I, p. 236.)
' Le roi de Jérusalem (Urusalim), de la Correspondance d'el- Amarna, se nomme Abdihêba (d'autres traduisent Arab-Hiba), Ses lettres sont les plus intéressantes (V. Zimmern, dans le Zeit. f. Assyr., 1891, n°= 102-106; Winckler, op. cit.). Aucun rapprochement ne semble devoir être fait entre les noms Abdihêba, Arab-Hiba et Adoni-Sedcch ; mais lun peut être le prédécesseur ou le successeur de l'autre. Notons toutefois, avec Rosenmûller, que l'appellation Adoni-Sedech, dominus juslilise, peut être le nom commun des rois de Jérusalem (cf. Gen. xiv, 18), comme pharaon ou ptolémée. Enfin Abdihêba était peut-être un simple gouverneur égyptien, le royaume de Jérusalem étant sous le protectorat des pharaons.
^ Quel est cet Elimélek, chef des >■ Habiri ^ ? Son nom, Elimilki, Milkili ou Malkiel, est essentiellement hébreu, sous cette dernière forme; précisément dans deux passages de la Bible (Gen. xlvi. 17 ; Num. xxvi , 4S ) il se retrouve à côté du mot Héber ou Hébreux. Peut-être y aurait-il un rapprochement à faire entre Milkili et Maleak, ''iiii'2, envoyé ou ange, titre donné par l'Exode (xxiii. 20-23) à Josué lui-même (selon saint Justin et saint Augustin;
vivres aux envahisseurs. Les préfets sont massacrés, du Gintikirmil (Garmel) au pays de Sêri (Idumée). « Si on n'accorde pas de troupes celte année, dit en terminant le gouverneur d'Urusalim, que le roi envoie un courrier pour me pendre avec mes frères, afin que nous finissions notre vie près du roi notre maître. Mais, je le répète, mon seigneur est en train de perdre toutes ses provinces. » Ces derniers mots, écrits par un prince désespéré, sur le bord de la tablette qu'il envoie à son suzerain, sont le commentaire frappant des paroles de Rahab aux espions de Josué : « Je sais que Jéhovah vous donne ce pays; nous sommes tous saisis de terreur à cause de vous, et tous les habitants ont perdu courage. »
Beaucoup de populations se soumirent pour échapper à la mort : c'est ce que fit en particulier la tribu des Gabaonites. Cette soumission acheva de décourager les grands chefs de Ghanaan. Gependant sous la conduite d'Adonisédech, roi de Jérusalem , ils tentèrent un dernier effort contre les envahisseurs, et vinrent mettre le siège devant la capitale des Gabaonites, qu'ils voulaient punir de leur défection ^ Josué avait toujours son quartier général à
V. dom Calmel, //. /.i. On peut cortainemont appliquer à Josué ce que dit la dépèche classée sous le n° 102 de la Correspondance : <i Elimilki, chef des Habiri rebelles, a ruiné le pays, et les Habiri continuent à le dévaster. >> M. Sayce (Academij, 7 fév. 1890) considère Malkiel comme un personnage distinct d'Elimélek, appelé par lui chef des Habiri ou Confédérés. Nous ne croyons pas pouvoir nous ranger à cette opinion, llahiri est probablement la transci-iption babylonienne du mot Hébreux ; en tout cas, ce nom est sémitique. (V. Loisy, l'Enseignement biblique, n" 1, Chronique, p. 14.) 1 La Correspondance d'el-Amarna montre clairement dans quel
Gilgal. En apprenant la nouvelle, il part aussitôt avec une troupe composée de ses plus vigoureux soldats, marche toute la nuit, tombe à l'improviste sur l'armée des assiégeants et la met en déroute. Un orage accompagné de grêle vient à son secours : les grêlons, d'une grosseur extraordinaire, firent périr plus de Chananéens que les Hébreux n'en tuèrent avec leurs armes, Josué comprit le parti qu'il pouvait tirer de cette coïncidence. Si les ombres de la nuit ne viennent pas arrêter la poursuite , il va achever d'anéantir ses ennemis. C'est alors qu'élevant son cœur vers Dieu, il s'écria, dans l'ardeur de la poursuite : « Soleil, arrête -toi sur Gabaon^ et toi. lune, sur la vallée d'Ajalon. » Et, dit l'Ecriture , le soleil et la lune s'arrêtèrent jusqu'à ce qu'Israël se fut vengé de ses ennemis.
Le caractère poétique de cette prière s'accuse dans cette mention de la lune , que le parallélisme de la poésie pouvait seul réclamer :
Soleil, arrête -toi sur Gabaon ,
Et toi, lune, sur la vallée d Ajalon K
état d'hostilité vivaient entre eux les principicules de Chanaan. Lorsque Adonibésech avoue qu"il a coupé les pouces à soixantedouze rois (Jud. I, 7), il raconte un fait que les découvertes nous montrent fort possible à cette époque.
' On rencontre des parallélismes de ce genre dans Os. v, 8 ; Ani. I, 4-0 ; Mich. m, 12; Zach. ix, 10. Au point de vue poétique, ce discours adressé au soleil et à la lune rappelle Gen. iv, 23 et seqq. ; IX, 25; xxvii , 28. On rapproche cette apostrophe de celle d'Agamemnon : « Que le soleil ne se couche pas avant que j'aie détruit la maison de Priam. » (//., II, v. 413.) Sur l'ordre de Minerve, le soleil retarde son lever (Odyss., XXIII, v. 241 ). Une autre fois, pour le salut des Grecs, il se coucha plus tôt (//., XVIII, v. 239).
Rien n'est impossible à Dieu , et il est manifeste que Jéhovah combattait avec son peuple. Les chanteurs hébreux célébrèrent la série ininterrompue des merveilleuses victoires de Josué. Chacune eut son hymne triomphal. N'est-ce pas un des chants enflammés du Jasar que l'auteur du livre de Josué nous met sous les yeux ?
Soleil, arrête-toi sur Gabaon ,
Et toi, lune, demeure sur la plaine d'Ajalon. Et le soleil s'arrêta et la lune resta immobile, Jusqu^à ce que le peuple se fut vengé de ses ennemis... Et le soleil s'arrêta au milieu du ciel ,
Il ne se pressa pas de gagner sa couche. Il s'arrêta un jour entier !
Et jamais on ne vit jour pareil à celui-ci,
Ni avant ni après , Où Jéhovah ait pareillement obéi à un homme. Car l'Eternel combattait pour Israël.
Et Josué retourna au camp de Galgala, et tout Israël avec lui '.
Les légendes chinoises parlent d'un jour équivalant à plusieurs jours ensemble, qui causa de grands embrasements. Phaéton, en conduisant le char du soleil, prolongea la lumièi'e du jour. Enfin les Grecs et les Romains parlent aussi d'une nuit double en durée ; ce fut celle où naquit Hercule. Certains auteurs ont rapproché cette nuit du double jour des Hébreux (Rohrbacher, Hisl., h.l ).
' Jos. X, 12- In. Le verset 13 est précédé de cette réflexion : <' C'est ainsi qu'il est écrit dans le Sepher-Jasar, » à laquelle il faut suppléer ■< jusqu'à ces mots <>. Nous regardons, avec Rosenmiiller, ce passage 12-1 b comme une péricope prise dans le Jasai^; ce ne sont pas seulement les deux premiers vers qui lui sont empruntés. Le verset 16 continue la narration abandonnée au verset 1 1. Les derniers mots du verset 15 étaient à leur place dans le Jasar ; ils ne le sont plus ici, car au verset 16, après que nous croyions Josué retourné à Galgala, nous le voyons continuer la poursuite des fuyards.
De telles paroles sont bien celles d'un chantre de Jéhovah. Dieu avait si visiblement protégé son peuple, que les termes du poète ne parurent ni trop hardis ni indignes de l'histoire. Nous entendrons bientôt Débora parler des étoiles comme d'une armée rangée en bataille et s'avançant pour combattre les ennemis d'Israël ^
La défaite d'Adonisédech ne rendit pas Josué maître de la forteresse de Jébus ; cette victoire était réservée à David. Beaucoup de places fortes résistèrent longtemps. Mais trente et une principautés chananéennes du midi et du nord de la Palestine firent leur soumission. C'était assez pour que les Hébreux pussent avec avantage et suivant les occasions, étendre la conquête. En mourant. Josué pourra estimer sa mission terminée. Il abandonnera aux différentes tribus le soin de s'établir ellesmêmes dans les villes qui leur étaient assignées.
' Jiid. V, 20. L'opinion (jui voit ici lempliasc poéticjuc do l'Orient est celle de savants catholiques. Xoti-e but n'est pas de reprendre à ce sujet une polémique que le procès de Galilée a rendue si célèbre. Nous ne savons s'il s'agit ici d'un prolongement miraculeux du crépuscule , ou de que^iue autre moyen par lequel Dieu ménagea à son peuple une victoire décisive. Copernic essaya d'expliquer le prodige par un arrêt de la rotation de la terre autour du soleil , ou par la réfraction des rayons du soleil descendu audessous de l'horizon. D'autres ont cru que l'orage ayant continué, les éclairs avaient diminué l'obscurité de la nuit. D'autres enfin ont supposé que toute la journée de la bataille avait été si sombre et la nuit si éclairée, que le jour et la nuit se confondirent ensemble. De quelque manière qu'on interprète le récit , il est certain qu'un miracle de Dieu procura à Israël une victoire qui assurait à Josué sa conquête.