CHAPITRE VIII
Les promesses faites à Abraham, à Isaac et à Jacob étaient accomplies; Moïse avait achevé son œuvre par Tépée de Josué : Israël avait recouvré son héritage.
Il s'agissait de partager entre les tribus le sol de la Palestine. Les surprises n'étaient pas à craindre : on savait cpie Jacob en mourant avait, pour ainsi dire, fait les lots. Cependant les délimitations resteraient toujours assez vagues. Il en sera du territoire des tribus comme d'un héritage : les uns savent le conserver et Tétendre ; les autres le laissent s'amoindrir entre leurs mains. Au lendemain du partage, I chaque tribu allait devenir plus ou moins importante, selon qu'elle saurait pousser plus loin le Chananéen. Le partage reçut toute la solennité possible. Il se fît au nom de Dieu, en présence du grand prêtre Eléazar et des chefs des tribus.
On confirma et on déclara définitifs les actes par lesquels Moïse, au delà du Jourdain, avait doté les tribus de Ruben, de Cad et la moitié de Manassé^ Ensuite le territoire d'Hébron fut donné à Caleb, et la
' Jos. XIII ; cf. Xum. xxxii.
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partie méridionale de Chanaan à Juda'. Le nord fut assigné à Ephraïm et à la seconde moitié de Manassé. Ces deux tribus se montrèrent mécontentes. Elles se plaignirent amèrement à Josué de leur sort : elles n'avaient pour lot qu'un pays de montagnes boisées ou des plaines encore babitées par les plus belHqueux des Chananéens.
Ces murmures étaient surtout inspirés par un sentiment de jalousie contre Juda. Par considération pour l'importance de cette dernière tribu et les services qu'elle avait rendus, on lui avait en effet accordé le privilège de choisir, et elle avait pris la meilleure part-. Il faut dater de ce moment les dissentiments qui éclateront un jour et amèneront, entre Ephraïm et Juda, une division éternelle. Que de partages entre enfants d'une même famille ont eu les mêmes conséquences !
L'incident qui venait de se produire arrêta l'opération commencée. Josué résolut de remettre une affaire aussi délicate aux mains de Jéhovah. Il convoqua une nouvelle assemblée générale . arrêtant , dans un but de pacification , qu'elle se tiendrait à Silo, en Ephraïm. On résolut même de transporter là le tabernacle et l'arche d'alliance. Située au cœur du pays. Silo offrait un lieu favorable aux réunions d'Israël : il fut accepté par toutes les tribus, et on y dressa la tente sacrée de Jéhovah.
^ Jos. xiv-xv. Caleb est récompensé à part , à cause de sa noble conduite dans la révolte qui suivit Texploration de la Palestine (Xum. xiii-xiv).
- V. Rosenmûller, Schol. in Jos., xviii, 2.
C'est en présence de l'arche qu'on décida de doter les sept tribus qui n'avaient point encore de territoire propre. Trois hommes de chacune d'entre elles furent choisis pour inspecter les lieux et fixer les limites ' . Quand leur mission fut accomplie, on fit les lots et on les tira au sort, devant le tabernacle, a Va, continue l'Ecriture, les fils d'Israël en prirent possession. Jéhovah leur accorda le repos de tous côtés, comme il l'avait juré à leurs pères : de toutes les promesses que Jéhovah avait faites à la maison d'Israël, aucune ne fut vaine -. » Toutefois ce ne devait être qu'avec le temps que se réaliserait, dans son intégralité , la promesse faite à Abraham : « Je donne à ta race le pays qui s'étend du fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve d'Euphrate. » Il faudra attendre le règne de Salomon.
Dieu n'avait point placé la gloire de son peuple dans l'étendue de son territoire, a J'ai honte, disait saint Jérôme, de parler de l'exiguité de la terre promise : je crains de donner prise aux railleries des païens. » Le vrai domaine d'Israël a été celui de la
^ Jos. XVIII. De Wctte et les rationalistes qui le suivent affirment que ces récits, très postérieurs aux événements, manquent de base et n'avaient pour but que de créer des titres de propriété. Le caractère du récit montre cependant avec toute évidence que nous avons entre les mains des documents contempoi'ains. Les géomètres étaient connus en Egypte dès la plus haute antiquité (Herod. ii, 109; Strab. xvii; Diod. i, 09). Quant à savoir comment ils purent circuler parmi les Chananéens qui restaient dans le pays, la Bible nous l'apprend en plusieurs endroits (Jos. xi, 23; xiv, 15; xxi, 42) : les Chananéens se savaient perdus. La Correspondance cFel- Amarna indique qu'ils étaient profondément divisés entre eux.
* Jos. XXI, 43.
vérité religieuse ; sa richesse consistait dans les promesses dont il fut le dépositaire. Destiné à faire rayonner la vérité dans le monde, il se trouvait placé au centre des civilisations les plus avancées. Les grandes roules de commerce traversaient la Palestine , de Torient à l'occident, et du sud au nord. Si elles n'aboutissaient pas à Jérusalem, c'était par une attention délicate de la Providence. Jérusalem la sainte resterait, avec son temple, à l'écart des grandes poussées humaines. Les affaires, les cupidités, les ambitions passeront sans s'arrêter; on ne montera à Jérusalem que pour prier. Rien néanmoins n'empêchera que l'enseignement religieux s'épanche de la Palestine sur tout l'univers. Lorsqu'Israël eut conquis l'Idumée, Esiongaber lui ouvrit les portes de l'Inde. Mais ce fut surtout la Méditerranée qui lui offrit les moyens de remplir le monde entier de ses colonies.
Il nous a plu, au moment où Israël prenait possession de la Palestine, de saluer cette terre bénie, choisie pour devenir le théâtre des épiphanies de Dieu et la patrie de nos pères dans la foi ; de saluer les contrées où, depuis Abraham jusqu'au dernier des prophètes. Dieu se rencontra tant de fois avec l'humanité , en attendant le jour où il s'y ferait homme lui-même. Que de prodiges éclatants sur ces collines que graviront les ^ oyants et que le Verbe foulera de ses pieds sacrés ! Quel attrait , quel avenir de gloire sont réservés à ce point minuscule de l'univers! Toutes les nations le révéreront; on en baisera en pleurant la poussière. On empor-
tera sa terre pour ensevelir les morts, et les peuples chrétiens revendiqueront l'indépendance de Jérusalem au prix; de leur sang.
En achevant le partage de la terre sainte, Josué avait terminé sa mission. Il n'avait plus qu'à mourir. Avant de quitter pour toujours un peuple tendrement aimé, il le rassembla une dernière fois à Sicliem, pour lui faire ses adieux. Ses discours se résument en une pensée : Aidé de Dieu, qu'Israël soit l'agent de ses propres destinées : il peut les rendre incomparablement glorieuses ou malheureuses, suivant qu'il se montrera fidèle ou infidèle à Jéhovah. Un prophétique pressentiment saisit alors Josué , et il s'écria : a Hélas ! vous quitterez votre Dieu pour adorer les dieux étrangers, et Jéhovah, qui vous a fait tant de bien , vous exterminera, v Cette parole souleva dans l'assemblée une énergique protestation: « Non, non, s'écria-t-on de toutes parts; il n'en sera pas ainsi. Nous voulons toujours servir Jéhovah. — Eh bien ! reprit Josué, qu'il en soit ainsi; autrement vous serez un jour témoins contre vous-mêmes. Vous engagez- vous à servir l'Eternel? — Oui, répond le peuple; nous sommes à nous-mêmes nos témoins : c'est Jéhovah que nous voulons servir, c'est lui seul que nous voulons écouter. »
Pour rappeler ce serment aux générations futures, Josué fit élever à l'endroit où s'était tenue l'assemblée une pierre monumentale, la pierre du témoignage ^