‹ De Moise à DavidChapitre 90 sur 106 · JOS. XXIV · texte numérisé non relu

JOS. XXIV

Il mourut à l'âge de cent dix ans, et fut enseveli dans son héritage, à Thimnat-Saré, sur la montagne d'Ephraïm. « Cet homme, dit le fds de Sirach, a été grand par le nom de sauveur qu'il portait, et il a vraiment sauvé les élus de Dieu ^ , » Tous les Pères ont considéré Josué comme une figure authentique de Jésus. C'est un des rares personnages de l'Ancien Testament auquel il n'est adressé aucun reproche dans l'Ecriture.

Si Ton peut s'en tenir au récit de Procope, auteur grec du \f siècle , le nom de Josué , comme celui de Jésus, se répandit par tout l'univers. D'après cet historien, les Chananéens, vaincus par les Hébreux et forcés d'évacuer le pays, se seraient jetés sur le territoire de Sidon. Ils eurent bientôt encombré cette contrée trop étroite pour leurs multitudes. Une émigration s'imposa. Deux groupes de ces émigrants fondèrent des colonies, l'un à Thèbes, en Béotie, et l'autre en Afrique ^ Au temps de saint Augustin , les paysans des environs d'Hippone s'appelaient eux-mêmes Chanani, ou Chananéens ^ Le

^ Eccli. xLvi, 1-2.

■■^ Lenormant, Hist. anc. de l'Orient, t. vi, p. 49o et suiv. Cadmus fut le fondateur de la colonie de Thèbes. Les Grecs ont accolé à ce nom et à celui de ses descendants mille histoires étranges et monstrueuses : les Cadméens résumaient à leurs yeux la barbarie et l'obscénité orientales. Ce sont eux qui ont fourni le plus de sujets à la tragédie antique. Ces faits, qui ne sont pas tous légendaires, montrent combien légitime était le décret d'expulsion et d'extermination lancé contre les tribus maudites de Chanaan. Ils sont corroborés par ce que les écrivains nous rapportent des mœurs cruelles de la seconde colonie qui s'établit en Afrique : les Carthaginois ont leur réputation coiuiue.

3 (( Interrogati rustici qui sint, punice respondent Chanani, cor-

païen Procope, qui d'ailleurs ne paraît pas avoir connu le livre de Josué , et qui puisa ses récits dans les historiens de Tyr et de Sidon, ajoute que les Phéniciens qui émigrèrent à la nouvelle des conquêtes de Josué se répandirent jusqu'aux colonnes d'Hercule : « Là, dit-il, ils ont bâti une ville qu'on appelle Tigisis, où l'on voit, près de la grande fontaine, deux colonnes en pierre blanche sur lesquelles sont gravés ces mots en caractères phéniciens : « Nous « sommes les peuples chassés par le brigand Josué, a fils de Navé '. »

Les Pères de l'Eglise et de nombreux commentateurs ont cru trouver, dans ces premiers rapports de la Palestine avec la Grèce, la raison des ressemblances entre la Bible et certains récits mythologiques des Hellènes. Saint Augustin remarque que la fable de la Toison d'or commença à se propager vers l'époque des Juges-. « On peut, dit Clément d'Alexandrie , convaincre les Grecs d'avoir contrefait ce que la puissance divine a opéré par le ministère des saints , et transformé les miracles en prodiges mythologiques \ » Hésiode, Homère, les tra-

rupta scilicet voce. » Saint Augustin, qui ne savait pas l'hébreu ou l'ancien phénicien, se trompe en disant que le mot Chanani, '2'JZ2, est corrompu.

' Procop. (le Bello Vand. ii, 20. On a suspecté, il est vrai, l'authenticité de ce récit; cependant, dit M. Lenormant , on n"a pas d'objection sérieuse à lui opposer; aussi les savants modernes dont l'opinion fait autorité en semblable matière, Movers et Munck, n'ont -ils pas hésité à l'admettre (V. Munck, Palestine, p. 81 1.

- August. de Cic. Dei, xviii, 12.

•* Clem. Alex. Sti-om., vi.

giques, et, chez les Latins, Ovide, auraient attribué aux dieux ds l'Olympe ce qui n'appartient qu'au Dieu d'Israël.

Quel que soit le jugement à porter sur ces opinions, il faut admirer l'action de la Providence, qui s'est servie des Juifs pour faire connaître le vrai Dieu à travers le monde et porter partout la foi monothéiste, qui devait un jour conquérir l'univers.

On peut rapprocher l'œuvre de Josué de l'œuvre des apôtres, et son livre du livre de leurs Actes. Ce que celui-ci est à l'Evangile, le livre de Josué l'est, à certains égards, au livre de Moïse. L'histoire du premier établissement d'Israël en Palestine répond à l'établissement de l'Eglise , tel qu'il est raconté dans les Actes des apôtres.

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