ÉTAT SOCIAL ET RELIGIEUX DES HÉBREUX SOUS LES JUGES
Pendant la période des juges, c'est-à-dire pendant tout le temps compris entre la mort de Josué et l'élection de Saûl , les Hébreux demeurèrent, pour ainsi dire, sans gouvernement et dans un état voisin de l'anarchie ' . Le fait d'avoir vécu si longtemps dans des conditions aussi anormales prouve sans doute que , lorsque la famille est fortement constituée, elle supplée dune certaine manière le gouvernement de l'Etat ; mais il montre aussi qu'une providence spéciale veillait sur Israël et le menait , à travers les périls, à ses destinées messianiques. Il y
* Si l'on additionne la durée des oppressions ou servitudes énumérées dans le livre des Juges avec les périodes de paix, on obtient une somme de 390 ans ou plutôt de 410 ans, à laquelle il faut ajouter les 40 ans de la judicature dlléli. Saint Paul dit de la période des juges : « Quasi post 450 annos. » (Act. xiii, 20.) Voir sur ce sujet Hanneberg, op. cit., t. I, p. 240; Vigouroux , Manuel Biblique, les Juges: Munck, la Palestine, p. 281.
a plus : au sein d'une sorte d'anarchie, Israël s'améliora; s'il changea, ce fut pour devenir meilleur. Rien de plus faux que cette assertion de M. Reuss : « Le changement qui s'opéra, pendant celte période, s'opéra par la force des choses, et non sous l'influence d'une volonté directrice *. »
L'histoire des Israélites telle que l'a écrite l'auteur du livre des Juges est une monotone série d'infidélités, de honteuses défaillances, puis de miséricordieux pardons. Israël se repent, et Dieu fait grâce ; on dirait un adolescent incorrigible , à qui des parents pardonnent sans fin parce qu'ils l'aiment sans limites. C'est comme un perpétuel balancement entre le châtiment et le pardon : Fecerunt malum, <( les Hébreux font le mal ; » clamaverunt ad Dominum : a ils crient sous le fouet du châtiment. » Jéhovah cesse de frapper et leur envoie des sauveurs ^' .
Les héros suscités de Dieu, les juges, sont parfois des types d'une originalité sauvage. L'écrivain sacré ne se préoccupe pas de relever leurs incorrections et leurs fautes : il s'attache à fixer l'attention sur un seul point, à savoir, la présence de Dieu au milieu d'Israël, sa justice dans le châtiment, sa miséricorde dans les généreux pardons. Cette conduite de Jéhovah avait été prédite sur le Sinaï.
Si le livre des Juges a été mis par les anciens au rang des livres prophétiques, c'est parce qu'il
* Reuss, Hist. des Israélites, p. 20.
- Jud. II, 11 ; III, 7, 12; iv, 1; vi, 1; viii, 33; x, 6; xiii, 1, opposés à III, 9, 15; IV, 3; VI, 7; X, 10.
révèle le mystère du gouvernement de Dieu à travers les âges : le Très-Haut n'abdique jamais Fexercice de son autorité sur les nations'. L'historien a voulu tirer des documents qu'il avait entre les mains une démonstration de la Providence et de son intervention dans la marche des événements. Ainsi l'a compris Léon XIII, qui a donné tant de preuves d'une perspicacité géniale dans le domaine de la science sociale : « La nation des Juifs, a-t-il écrit, était comme une ébauche du peuple chrétien , et les vicissitudes de leur ancienne histoire ont souvent été l'image prophétique de ce qui devait se réaliser plus tard, avec cette différence que la bonté divine nous a enrichis et comblés de bienfaits beaucoup plus grands, et que, par suite, l'ingratitude rend beaucoup plus graves les péchés des chrétiens... Si les peuples antiques ont éprouvé la force et la vérité de cette parole : « Le péché rend « les peuples malheureux^, » notre siècle, en dégénérant de la vertu chrétienne, en ferait la plus triste expérience ^. »
Le livre des Juges renferme des tableaux d'un grand effet, très sincères, très précieux pour l'histoire. Grâce à eux, il nous est permis de saisir sur le vif les mœurs d'un petit peuple de l'Orient, qui vivait il y a trois mille ans; ce qui nous en est
' Cette conception de l'histoire se trouve jusque dans les formules de transition qui rattachent les unes aux autres les diverses scènes du grand drame (V.Huet, Z>émons^ éran.yé/., prop. vu, 11).
- Prov. XIV, 34.
^ Encycl. Sapienfiœ.
l'évélé jette des rayons de lumière sur des siècles entièrement obscurs.
Les Israélites ne devaient pas revoir de longtemps à leur tète des hommes aussi complets que Moïse et Josué. Ils étaient arrivés à ce moment de l'histoire où un peuple vit presque uniquement du passé. Rien d'éclatant pendant quatre siècles. Tout se borne à la biographie de quelques hommes, comme si leur nom avait triomphé de l'oubli par la seule raison que tout était terne, muet, éteint autour d'eux.
A cette époque où ni les lois encore mal connues, ni les pouvoirs publics encore mal établis ne venaient gêner l'expansion des énergies individuelles, les caractères s'accusaient fortement. La violence, la ruse et la perfidie se donnaient carrière. La victoire du plus faible sur le plus fort, quel qu'eût été le moyen mis en œuvre, était acclamée. Les triomphes de la force physique et les habiletés d'un savoir-faire sans scrupule créaient d'éphémères et bruyantes popularités. C'est le genre de gloire que recherche Samson. Jaël se complaît dans les perfidies d'un lâche assassinat. Le droit et la justice réclamaient sans doute, mais ils ne trouvaient pas d'écho ; les peuples ignorants ne sont- ils pas portés à croire que tout ce qui est utile est juste? Un mouvement irrésistible d'admiration populaire amnistiait tout succès. Exiger des Hébreux, aux premiers jours de leur formation nationale, la morale de nos temps chrétiens, c'est méconnaître les possibilités humaines.
Observons qu'en rapportant les actions blâmables
de ses héros, l'écrivain sacré ne les approuve point. Il raconte les faits tels qu'ils se sont accomplis, il ne les juge pas. Il a une manière impersonnelle d'écrire l'histoire, une sérénité imperturbable qui convient à des récits comme les siens. Nous le répétons , montrer par les faits que le peuple d'Israël est heureux ou malheureux, selon qu'il sert ou qu'il abandonne Jéhovah , voilà l'unique préoccupation de l'auteur, la seule leçon qu'il dégage des événements. Quant aux hommes et à leurs actes, il les abandonne aux appréciations du lecteur ' .
On a dit que l'ère des juges fut l'âge héroïque d'Israël. Nous croyons qu'Israël n'a connu d'âge héroïque que l'époque des patriarches, et cet âge d'or était loin, au retour des Hébreux en Palestine. Toutefois il convient de dire que, revenus au pays de leurs pères, les fils de Jacob rêvaient toujours à l'ère patriarcale : ils auraient volontiers repris les pratiques de leurs ancêtres et la vie pastorale d'autrefois. Ils goûtaient peu les prescriptions mosaïques qui ne se rapportaient pas à ce genre de vie. De toutes les lois de Moïse , celle qui régit la famille était la plus respectée. Les autres, on les accommodait aux circonstances.
Chaque tribu avait un chef. Mais, outre que l'autorité de ce chef n'apparaît nulle part très forte, elle avait naturellement pour bornes les limites de la tribu. On n'allait pas, du moins dans les premiers
' " Xeque approbavit ncquc reprobavit Scriptura,... sed œstimandiim pensandumquc dimisil , ut noster intellectus in judicando exerceretur. » (August. Quœst. in Heptat., 1. VII.)
temps, jusqu'à désirer un gouvernement central qui, er neliant les tribus, leur eût donné plus de force. On n'avait nulle idée des rouages multiples ni de l'organisation compliquée de l'Etat moderne. Si Israël n'avait eu ni le grand prêtre, ni le sacerdoce, ni le conseil des Anciens, son régime eût ressemblé à celui des Arabes : le vrai chef, le vrai roi, c'était le père de famille. L'intérêt qui préoccupait l'Hébreu de ce temps-là était le sien d'abord, puis celui de sa tribu; le reste lui importait peu.
On ne connaissait ni impôts, ni travaux publics, ni fonctionnaires. Les artisans n'étaient qu'une exception ; chacun vivait du revenu de son champ et de ses troupeaux. Tout le commerce consistait en échanges. Lorsqu'on avait besoin des produits de l'industrie, on s'adressait aux Phéniciens, et l'on payait en blé et en huile les armes , les étoffes , les parures.
Avec un tel régime, Israël pouvait prospérer en temps de paix. Mais, en cas d'invasion, l'absence d'un gouvernement qui veille aux intérêts généraux l'exposait aux plus graves périls. On ne savait ni prévoir de loin ni repousser avec ensemble les attaques des voisins. Moïse, qui avait tout prévu pour l'entrée en Palestine, laissait à d'autres le soin de régler ce qui, au point de vue de la défense, conviendrait plus tard à Israël. Heureusement que, la plupart du temps, l'on n'avait affaire qu'à des bandes de pillards et à des vagabonds; on les rebroussait comme on pouvait , et on rentrait content chez soi. Si l'on se trouvait en présence d'un roi à
la tête d'une véritable armée et que Ton fût vaincu, on traitait avec lui et on payait un tribut annuel ' .
Quelquefois aussi, pour obéir à l'ordre que Moïse avait donné d'exterminer les Chananéens, on prenait Toffensive. Nous voyons, dès les premiers temps, Juda et Siméon s'unir pour expulser les indigènes qui habitaient Jérusalem et les montagnes ou les plaines environnantes. Ils prirent même la ville, quils incendièrent, après avoir passé les habitants au fil de l'épée ^
Lorsque la nation tout entière ou plusieurs tribus étaient menacées dans leur existence, Dieu suscitait un personnage auquel l'acclamation populaire conférait le titre de schophet , ou juge ^ Il se mettait à la tête des gens qui s'offraient à combattre. L'esprit national revivait alors, mais pour un temps assez court; la victoire remportée et le danger disparu, chacun retournait à son champ et à ses troupeaux*. Il ne restait au schophet que le prestige de la victoire et du service rendu : ses descendants demeuraient confondus dans le reste du peuple. Une dictature héréditaire avait semblé à Moïse une dérogation au pouvoir absolu de Dieu. Nous avons vu Josué lui-même, quand l'œuvre de la conquête
' Jud. m, 8, 14, elc.
■^ Les indigènes ne tardèrent pas à s'établir de nouveau à Jérusalem (Jos. XV, 63), de sorte que David dut en renouveler le siège (Il Reg. V, 6-8).
^ Le mot schophet signifie juge, avec la signification particulière d'homme revêtu du suprême pouvoir, comme le mot suffète chez les Phéniciens.
* Jud. V, 9; vni, 29.
fut achevée , se retirer à Thimnat , sa propriété privée, et y vivre dans le silence, jusqu'au moment où, sentant qu'il allait mourir, il en sortit pour rappeler à Israël ses dettes de reconnaissance envers Jéhovah^ Plus tard, Saûl dut se conformer aux vieux usages. Bien qu'élu roi, et déjà victorieux, il retourna, les troupes licenciées, à sa charrue et à ses champs-. Mais cet esprit démocratique, ces souvenirs de Tàge patriarcal, s'évanouirent peu à peu au contact des despotes syriens. Les Chananéens avaient leurs rois , leurs petites cours où s'étalaient de grands vices et un luxe relatif, qui plaisait à ces peuples corrompus. Les Hébreux se laissèrent à la longue entraîner par leur exemple, et un jour vint où ils demandèrent un roi comme en avaient les peuples d'alentour K
Tel fut l'état social d'Israël sous les juges. Qu'était son état religieux? Dans quelle mesure les nombreuses et minutieuses pratiques commandées par Moïse étaient-elles observées?
Tant que vécurent les Anciens qui avaient assisté à la conquête et suivi les exemples de Josué, les Hébreux demeurèrent à peu près fidèles aux lois. Il y eut bien, comme partout et toujours, des prévaricateurs; mais c'était en se dérobant qu'on se glissait dans les temples des idoles comme dans de mauvais lieux^; la grande majorité de la nation se
* Jos. XXIII-XXIV.
•^ I Reg. X, 26; XI, 5.
■' I Reg. VIII, 5-6.
* Jos. XXIV, 23.
tenait loin des pratiques et de l'esprit des Chananéens. Lorsque les Anciens eurent disparu, on s'habitua en premier lieu à vivre avec les Gentils sur le pied d'une égalité tolérante; puis, avec le temps, des relations d'amitié et même des alliances matrimoniales s'établirent entre les deux races. Les filles des Chananéens, en entrant dans les familles israélites, les initiaient à leurs usages idolàtriques , et elles entraînaient aux autels de Baal les adorateurs de Jéhovah.
Il faut reconnaître que, parmi les lois de la Thora, quelques-unes étaient d'une exécution difficile, sinon impossible. Moïse ne l'ignorait pas. Il savait que plusieurs de ces lois ne seraient que tardivement appliquées. La circoncision, par exemple, aurait eu de graves inconvénients pendant le séjour au désert. Ainsi en fut- il de la loi sur l'unité du lieu des sacrifices, à l'époque des juges; elle n'était guère praticable. En temps de guerre, les Chananéens interceptaient les routes, et on peut mettre en doute si, en temps de paix, dans un pays encore barbare et sans police aucune, les chemins étaient beaucoup plus sûrs. C'était assez de réussir à défendre, comme au pays arabe, son bœuf, sa génisse et ses moutons.
Comme nous le verrons plus tard. Moïse avait prévu cette époque troublée. C'est pourquoi l'Israélite . sans désobéir à aucune loi et sans avoir à redouter les réprimandes des prêtres, qui l'y autorisaient, sacrifiait dans les sanctuaires les plus accessibles, aux lieux illustrés par une victoire ou sanc-
tifiés, soit par une apparition de Jéhovah, soit par le souvenir des patriarches ^ L'habitude s'en était établie ; Moïse ne l'avait- il pas lui-même sanctionnée, en ordonnant d'élever un autel sur le Hébal, après la conquête ? Josué avait fidèlement exécuté l'ordre ^ Ce monument sacré se conserva longtemps, sous les yeux mêmes des prophètes. La seule chose absolument défendue par la loi était d'offrir des sacrifices aux divinités chananéennes. Ce qui nous est raconté de Gédéon, renversant un autel idolàtrique et élevant, à sa place, un autel au vrai Dieu, pour lui offrir un holocauste, prouve qu'un Israélite se couvrait d'honneur en vengeant cette loi offensée. La centralisation religieuse n'existait pas, mais la loi mosaïque n'en était pas moins Tàme de la religion populaire. On peut en juger par l'importance que garda larche d'alliance pendant toute cette époque. Elle était 'le symbole toujours subsistant de la loi du Sinaï. Nous la trouvons à Galgal, à Béthel, à Silo; et il est probable qu'elle accompagnait les tribus dans les grandes expéditions guerrières^. Quelque part qu'elle fût, elle déterminait le centre de la nation et le point rayonnant du monothéisme. Devant elle, le grand prêtre offrait
* On peut même dire qu'en agissant ainsi les Hébreux obéissaient à une loi positive : « Vous" allez passer le Jourdain, dit Moïse dans le Deutéronome (xi, 31-32; xii, 2-6; 13-16) : Prends garde de ne pas offrir tes holocaustes dans tous les lieux que tu verras, mais dans le lieu que choisii-a Jéhovah. Cependant tu immoleras dans toutes les villes, selon la bénédiction de Jéhovah. » Nous reviendrons sur ce sujet dans noire chapitre sur Samuel.
"^ Deut. XXVII, b et seqq. Jos. viii, 30.
■^ Jos. VI ; I Reg-. iv, xiv, 18; Il Reg. xi, 11.
des sacrifices et consultait l'éphod, au moment du danger ^ Au temps d'Héli, nous voyons les Israélites pieux aller à Silo , en pèlerinage , et y offrir des sacrifices. On se rapprochait de la loi le plus possible . lorsqu'on ne pouvait l'observer dans sa rigueur. Si des abus se glissaient dans les rites, la punition des fils du grand prêtre montre que ces abus étaient châtiés et la loi sanctionnée. Il faudrait s'étonner si les prescriptions multiples relatives aux offrandes eussent été toujours observées. Chacun apportait à l'Eternel ce qu'il pouvait. On constate l'offrande d'animaux, de galettes, d'outrés de vin et de lait^ La religion mosaïque avait place dans toutes les fêtes. M. Renan lui-même a été obligé d'avouer que plusieurs des prescriptions (( censées révélées à Moïse » existaient dès lors^
Pour établir que la loi mosaïque n'était pas encore connue , on a eu recours à de bien faibles arguments : certains chefs de famille continuent, comme à làge patriarcal , de sacrifier sur des autels de pierre et de gazon improvisés^. Les mots de Baal et de Moloch entrent dans la composition des noms propres ^ Quelques familles . comme autrefois
' Jud. XX, 27.
- I Reg. II, 12 et seqq. ; x, 3.
3 Renan, Hist. du peuple d'Israël, t. I, p. 279.
* Jud. Il, 3; XXI, 2 et seqq. Le livre de l'Alliance (Exod. xx, 24-26) prévoit ces sacrifices, et la loi du Deutéronome les remet en honneur. Nous reviendrons plus tard sur les exagérations des néocritiques à ce sujet.
^ Jud. II, 13. Jérobaal (Gédéon), Esbaal, Molchisua.
Rachel, sont affectionnées à leurs teraphim^ . On ne consulte pas toujours Jéhovah devant son sanctuaire, et même des lévites se prêtent à l'usage irrégulier de Vurim et tummim ^ Que prouvent ces infractions, qu'une critique passionnée groupe avec complaisance? Elles ressemblent à toutes celles des âges troublés. Un fait domine tout : l'arche de Moïse, dont on ne peut nier ni l'existence ni l'importance, pendant toute l'époque des juges, créait l'unité de culte, et Jéhovah était invoqué devant elle comme seul Dieu et seul sauveur ^ Les prophètes, qui commencent à apparaître dès cette époque sur la scène de l'histoire, sont tous nabis de Jéhovah et déclarent qu'Israël n'a point d'autre Dieu.
Assurément la situation était peu brillante au point de vue religieux, et l'état social était déplorable. Les Hébreux vivaient dans l'insécurité et généralement dans l'ignorance des lois. La préparation des œuvres divines est parfois entravée, et les résultats sont souvent lents à se dégager. Les quatre cent cinquante années que dura la judicature ontelles été perdues pour l'œuvre messianique? Non : Jéhovah fixa son peuple dans le monothéisme, il le forma à l'école d'événements que sa main dirigeait et dont chacun était une leçon. Il lui fit comprendre qu'il est l'arbitre de la destinée des nations, et que celle d'Israël, en particulier, était dans ses
' 1 Reg. XIX, 13. Les teraphim étaient des statuettes de la Divinité , en bois ou en métal.
"^ Jud. XVIII ; cf. VIII, 27.
■^ Jud, m, 9, lo; IV, 3; v; VI , 8; X, 10.
LES HÉBREUX SOUS LES JUGES 37b
mains. La situation plus que modeste dans laquelle Dieu le maintint eut l'avantage de le soustraire aux dangers de l'ambition, et pendant ce temps -là, un changement notable s'opéra graduellement dans les mœurs. Resserrés dans d'étroites limites, les Israélites furent obligés de demander à la terre les ressources dont ils avaient besoin. Les pâtres devinrent agriculteurs. La tente disparut; on bâtit des maisons ; on se perfectionna peu à peu dans les arts nécessaires aux commodités de la vie. Il s'établit entre les Hébreux et les peuples voisins un commerce d'échange qui eut pour résultat de les initier aux secrets des civilisations orientales.
Arrêté souvent dans sa marche, c'était à pas de fourmi qu'Israël progressait en civilisation et en moralisation , mais il avançait toujours. Dans le domaine des arts, il ne créa rien, il emprunta tout à ses voisins; mais il rendra aux peuples civilisés plus qu'ils ne lui ont prêté. De son sein, comme l'annonçaient les oracles, connus de Tacite, sortiront les apôtres chrétiens , conquérants spirituels des empires de l'univers : Persiiasio erat fore ut valescerel Oriens, profectique Jiidœa rerum potirentiir '.
1 Tacil. Hist., 1. V, XIII.