OTHONIEL. AUD. DÉBORA
dans la tribu de Ncphlhali, un homme nommé lîarak, qui jouissait d'une grande considération. Au nom de Dieu, Débora lui envoya Tordre de réunir les Nephthalites et les Zabulonites, et d'attaquer Sisara. Barak n'y voulut consentir qu'à une condition : Débora viendra combattre avec lui. « Eh bien, dit la prophétesse , je t'accompagnerai; mais la gloire ne sera pas pour toi : c'est aux mains d'une femme que sera livré Sisara. »
Débora vint, en effet, rejoindre les troupes de Barak, amenant avec elle les seuls volontaires d'Ephraïm, de Benjamin et de Manassé ; car les Israélites d'au delà du Jourdain et les tribus maritimes de Dan et d'Aser ne répondirent point à son appel. Juda et Siméon ne parurent pas non plus; peut-être étaient-ils occupés à guerroyer d'un autre côté contre les Philistins ^
L'armée s'organisa à Gadès et prit la direction du Thabor. Sisara, avec ses Chananéens et ses chars de fer, s'avança à sa rencontre. Les deux armées prirent contact aux sources du Kison , près de Mageddo : « Courage! crie Débora à Barak, Jéhovah t'a livré Sisara. En avant I Dieu t'accompagne. » On combattit à peine : une panique, dont on ignore la cause, s'empara des troupes de Sisara. Entraîné luimême, ce général dut abandonner son char et fuir. Il était arrivé dans les plaines de Sennim, où un groupe de Ginéens nomades, descendants de Jéthro, s'étaient fixés. Le fugitif avise une tente, à la porte de laquelle
• On le conclut de Jud. m. 31. Ils ne sont pas nommés dans le C; ntique de Débora,
se tenait une femme qui écoutait de loin les bruits du combat : c'était Jaël, femme de Héber. Elle a reconnu le général : elle court et l'invite à entrer chez elle : « Donne- moi un peu d'eau, s'écrie Sisara, je meurs de soif. » Jaël lui donna du lait\ et le cacha sous des couvertures : « Tiens-toi à la porte de la tente, dit-il, et si on te demande : Y a-t-il quelqu'un ici? tu répondras : Non. » Sisara s'endormit, terrassé par la fatigue.
Dans un temps où la fortune des peuples tenait souvent à un seul homme dont le génie ou la défaillance décidait du sort commun, Jaël comprit que la Providence remettait en ses mains le sort d'Israël. On lui avait souvent répété que sa famille descendait d'un parent de Moïse, le libérateur d'Israël : elle aurait du courage. Avisant une des grosses chevilles de fer qui servaient à fixer la tente '^, elle la saisit, s'arme d'un marteau et s'approche de Sisara. De la main gauche, elle assure la cheville, et de la droite, elle l'enfonce dans la tempe d'un seul coup : la tête resta clouée au sol.
Cependant Barak courait à la poursuite des fugitifs, et allait passer outre, lorsque Jaël se précipite! et l'arrête : «. Viens, lui dit-elle, je te montrerai celuiJ que tu cherches. » Le général entre et voit soim ennemi gisant, une cheville de fer dans la tempe. Lai mort de Sisara termina la guerre et mit fit à une oppression de vingt années.
^ Probablement le lait caillé que les Bédouins appellent lében, et qui a, dit-on, des propriétés soporifiques. ■^ SiSïipeov f|)vov, dit Josèphe.
OTIIONIEL. AOD. DÉBORA :583
Kii ce joiir-là, dit rEcrilure, iJéboru et Barak chantèrent un cantique. Débora était prophétesse et poète. La Bible hii t'ait honneur du beau chant qu'on va lire. Cette poésie est aussi une page dhisloiie, qui éclaire des temps bien obscurs.
Les chefs d'Israël se sont levés pleins de courag'e.
Le peuple les a suivis avec ardeur :
Bénissez Jéhovah !
Ecoutez , rois ; princes , comprenez ;
Je veux, moi, je veux chanter l'Eternel,
Célébrer Jéhovah , le Dieu d'Israël.
Jéhovah, quand, descendant des montag-nes de Séir,
Vous sortîtes des campagnes d'Edom, La terre trembla, les cieux se fondirent.
Les nuées se fondirent en eau.
Les montagnes tremblèrent devant Jéhovah.
Le Sinai trembla de>'ant le Dieu d'Israël.
Aux jours de Samg^ar, fils dAnath.
Aux jours de Jaël, les routes étaient désertes. Les A-oyageurs cherchaient des sentiers détournés.
Les chefs manquaient eu Israël , ils manquaient , ( kiand je me levai, moi, Débora.
Moi , la mère d'Israël.
On cherchait des dieux nouveaux , Et la g-uerre était aux portes.
Il n y avait plus ni boucliers ni lances
Parmi nos quarante mille guerriers.
Aujourd hui mon cœur acclame les chefs d'Israël : Ils olTrent leur vie pour le peuple :
Bénissez Jéhovah !
Vous qui montez les ânesses tachetées de blanc , Vous qui êtes assis sur de riches tapis , Vous qui allez à pied par les chemins, Chantez à l'envi !
Vous qui conduisez vos troupeaux aux abreuvoirs, Chantez, célébrez les victoires de Jéhovah, Les victoires des chefs d'Israël'.
Les soldats de Dieu inondent les places :
En avant , en avant , Débora !
En avant I Entonne le chant de guerre. Debout , Barak !
Amène tes captifs, fils d'Abinoam.
Chefs d'Israël qui demeurez , marchez à l'ennemi ; Peuple de Jéhovah , descends contre les soldats ; 0 Dieu, placez -vous k la tète de nos guerriers*!
Voici les Ephraïmites des montagnes d'Amalec ^, Et les bataillons de Benjamin; De Makir* arrivent les capitaines,
* Ce passage ofl're de iiomljrcuses diflicviltés g-rainmatlcales. Débora seml)le inviter à Lénir Jéhovah toutes les classes des citoyens : les princes qui montent les ânesses blanches, les riches qui sont assis sur des tapis , les pauvres qui cheminent à pied , et enfin les bergers. La Vulgate traduit ainsi : « Parlez, vous autres, tjui montez sur des ânes d'une grande beauté, qui occupez les sièges de la justice, ou qui êtes sur les chemins : que là où les chariots se sont heui'tés et brisés , où l'armée ennemie a été étoufîée, là même on publie les justices du Seigneur. »
- La Vulgate : « Les restes du peuple de Dieu ont été sauvés ; c'est le Seigneur qui a coml)attu par ces vaillants hommes. »
^ Une partie des montagnes d'Ephraïm jîortait encore le nom des Amalécites (Jud. xii, liî), qui y avaient habité autrefois.
^ Nom poétique de Manassé. Il ne désigne que la moitié de la tribu qui demeurait en deçà du Jourdain ; Taulre moitié, comme il est dit plus loin, ne prit pas part à la guerre.