‹ De Moise à DavidChapitre 94 sur 106 · OTHONIEL. AOD. DÉBORA · texte numérisé non relu

OTHONIEL. AOD. DÉBORA

De Zabulon les enrôleurs , le bâton à la main ; Voilà Débora au milieu des chefs d'Issachar,

Barak avec les t^ens de (Xephthali).

Tous se précipitent dans la plaine'.

Au bord des ruisseaux de Ruben

Il y eut de long-s conseils de guerre ^. Pourquoi, Ruben, es -tu resté dans tes parcs,

A écouter la flûte champêtre ?

Pourquoi Galaad reste-t-il campé au delà du Jourdain?

Et Dan, que fait-il sur ses bateaux?

Aser reste assis en ses ports de mer^.

Les rois sont venus , ils ont combattu ; A Taanak ont combattu les rois de Ghanaan ,

Et aux eaux de Mag-eddo : Leur butin ne s'élève pas à une pièce d'argent. Du haut des cieux les astres combattirent jDour nous ; De leurs orbites, ils combattirent contre Sisara.

Le torrent du Kison , l'antique torrent ,

Le torrent du Kison les a entraînés.

« En avant , marchons hardiment '' ! » Que les sabots des chevaux fassent retentir le sol ; Au galop, au galop, valeureux guerriers.

Maudissez Méroz , dit lange de Jéhovah ,

' Ces deux vers sont assez difficiles à comprendre. On suppose des fautes de copistes. Il faut lire, au lieu d' « Issachar avec Barak » , comme porte le texte actuel : « Nephlhali avec Barak. » Ce dernier était de la tribu de Nephtliali. (Jud. iv, 6, 10; v, 18.)

- Débora se moque de délibérations qui n'aboutirent à rien. Elle énumère les tribus qui ne répondirent pas à Fappel de Barak. Galaad représente la tribu de Gad et la demi-tribu de Manassé au delà du Jourdain.

^ On a conclu de ces paroles que les Hébreux se livraient à la navigation et au commerce maritime, avec les Phéniciens.

* Ce vers est une exclamation du poète qui se trouve , dans son exaltation lyrique, transportée sur le champ de bataille et s'excite à la poursuite dos fuyards.

Maudissez , maudissez ses habitants , Car ils ne sont pas venus au secours de Jéhovah , Au secours de Jéhovah contre les guerriers'.

Bénie soit Jaël entre les femmes,

La femme de Héber le Cinéen !

Bénie soit -elle entre les femmes des tentes ! Il demanda de l'eau ; elle lui donne du lait , Dans la jatte d'honneur elle lui donne la cième. Elle étend sa main vers la pointe de fer,

De sa droite elle saisit le maillet, Elle enfonce le fer dans la tête de Sisara ; Elle fait éclater les os, elle transperce la tempe.

A ses genoux Sisara s'affaisse inanimé ;

Il reste étendu où il est tombé.

Là-bas qui regarde à sa fenêtre, derrière le treillis?

C'est la mère de Sisara !

« Pourquoi, mon fils, ton char tarde-t-il à paraître? Pourquoi tes coursiers ralentissent-ils leurs pas? » Les plus sages de ses femmes lui répondent ,

Et elle-même répète leurs paroles :

« L'armée de Sisara a vaincu : on partage le butin.

Une esclave ou deux pour chaque soldat.

Un lot d'étoffes teintes pour Sisara.

Une broderie , deux broderies pour le cou de sa mère ! »

Ainsi périssent tous vos ennemis, Jéhovah; Mais que ceux qui vous aiment soient comme le soleil , Quand il se lève dans son éclat !

Le cantique de Dél)ora, un des plus anciens chants de victoire que nous possédions , pourrait

* Ce passage fait alkision à un incident inconnu. Les habitants de Méroz , ville ou pays qu'on identifie avec les terres de Méron (Jos. XII, 20), auraient pu achever la déroute des Chananéens, en leur barrant le passage. L'ange de Dieu, sans doute Débora ellemême, les mauiiit ; elle leur oppose le geste de Jaël.

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tenir une place dlionneur au milieu des hymnes guerriers les plus célèbres. Si l'auteur du livre des Juges, qui ne reproduit ordinairement les pièces de poésie que par lambeaux, a cité ce cantique en entier, c'est assurément qu'il l'a trouvé supérieurement beau. Il faut néanmoins convenir que certaines strophes renferment des sentiments bien différents de ceux de l'Evangile. Débora représente Israël tel qu'il était au début de l'occupation de la Palestine, et sans doute tel qu'étaient alors les autres peuples. A leurs yeux, le succès justifiait tout. La Bible ne discute ni n'approuve. En racontant les faits, elle nous permet de mesurer l'étendue du progrès accompli depuis Josué jusqu'à Jésus-Christ.

Débora représente Israël : cette femme le fait vivre de sa propre vie et lui prête, avec la chaleur de son cœur, un langage à la fois patriotique, religieux, riche en images .pittoresques et en traits enflammés.

Les triomphes dus à l'intervention des femmes étaient la figure des triomphes chrétiens. Le règne de Dieu se réalisera par des moyens disproportionnés avec leur importance : in/irma elegit Deiis iif confundat fortia. On retrouvera souvent, au cours des âges, ce signe caractéristique des œuvres divines. On verra le sort d'Israël plus d'une fois mis aux faibles mains d'une femme , et ce sera la vierge Marie qui chantera ce mystère :

Deposuit potentes de sede , Et exaltavit hu m i les^.

' Jaël frappant Sisara à la tète est regardée par les Pères comme une figure de la sainte Vierge, qui écrasa la tète du serpent.

A ce titre, Débora compte au moins comme type figurai parmi les saintes qui ont aidé à l'établissement du christianisme et à ses gloires. La prophétesse et les autres femmes illustres d'Israël , émules et auxiliaires des héros de la foi messianique , sèment l'histoire d'épisodes, parfois gracieux, le plus souvent tragiques. Peu à peu leurs paroles et leurs actes deviendront plus cléments ; la métamorphose s'accomplira par degrés, et la prophétesse qui résumera et ennoblira toutes les autres sera la Mère du Christ.

Les Pères ont aussi regardé Débora et Jaël comme deux types, l'un de la synagogue, et Taulrc de rÉglise. Débora, la synagogue, commence la guerre contre Satan ; Jaël la termine, en immolant le chef des puissances infernales. (Zschokke, die Bihl.Frauen, p. 183.)

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