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SAMSON ET LES PHILISTINS

Les luttes contre les Ghananéens , les Moabites et les Ammonites n'eurent ni la durée ni la ténacité haineuse de la guerre que les Philistins firent aux Israélites. Poussant toujours plus loin leur domination, ces nouveaux ennemis finirent par s'établir en maîtres dans la tribu de Dan et de Juda : tout le sud de la Palestine fut soumis à une honteuse vassalité'. L'existence des tribus méridionales était mise en question, et les autres se voyaient sans cesse menacées : qui arrêterait l'envahisseur? Les Ephraïmites , ainsi que les tribus du nord et de l'est, épuisaient leurs forces à défendre leur précaire indépendance'. Mais les Judaïtes en étaient arrivés à ce point de lassitude et d'impuissance , qu'ils avaient complètement déposé les armes; ils tenaient pour fous ou pour coupables ceux des leurs qui songeaient

1 Jud. XIV, 4; cf. I Reg. xiii, 19-21.

- Trois juges, Ebson, Elon et Abdou semblent n'avoir exercé d'autre rôle que celui de chefs des tribus du nord. L'Écriture ne nous apprend rien d'eux ; elle raconte seulement d'Ebson qu'il avait trente fils et trente filles ; qu'il put marier ses trente filles et les remplacer auprès de lui par trente brus. Il régit Israël pendant douze ans, et fut enterré à Bethléhem de Zabulon , sa patrie.

à la guerre'. Le sentiment de la solidarité entre les tribus semblait mort, et le patriotisme éteint.

C'est à ce moment de l'histoire , quand tout paraissait perdu, que le Seigneur vint au secours de son peuple défaillant Samson inaugura la résistance. Au début, la lutte ne semble engagée qu'entre lui et les Philistins. Mais l'exemple est donné : les succès d'un seul homme font entrevoir ce que pourrait le peuple uni, résolu et persévérant. La protection divine, qui n'a jamais manqué à Samson, ne ferait pas non plus défaut à Israël. Les beaux exemples de courage donnés par le héros relevèrent à ce point les cœurs, qu'une formidable résistance finit par s'organiser.

D'où venaient et qu'étaient les Philistins ? II n'est question d'eux ni dans Moïse ni dans Josué. Au temps du grand législateur, c'était un peuple sans importance, et les Israélites d'alors ne pouvaient supposer que leurs descendants auraient à combattre ces étrangers, qui, montés sur des embarcations légères, abordaient timidement les plages de l'Egypte et de la Palestine. Quelques auteurs ont avec raison invoqué ce silence du Pentateuque en faveur de sa haute antiquité. Moïse, qui a parlé de tous les peuples de Chanaan et des nations limitrophes, ne cite point les Philistins. C'est que, à l'époque où a été écrit le Pentateuque. ils ne comptaient pas encore parmi les peuples ; ils n'étaient, pour ainsi dire, qu'un point imperceptible à l'horizon politique d'Israël.

' Jud. XV, 11.

Nous avons dit plus haut un mot de la patrie des Philistins, que les découvertes modernes en Egypte nous ont appris à connaître ' . Ces étrangers n'avaient aucun rapport d'origine avec les autres populations de la Syrie. Ils n'étaient ni du sang de Cham , comme les Ghananéens, ni du sang de Sem, comme les Israélites , mais du sang de Japhet , de ce Japhet dont le patriarche Noé avait prédit les destinées en ces termes :

Que Dieu dilate les possessions de Japhet, Qu'il soit l'hôte des tentes de Sem , Et que Chanaan soit leur esclave*.

De plus, les Philistins appartenaient à la race de ces Kittim, dont Balaam avait dit à son tour :

Sur leurs vaisseaux ils vienuent de Kittim; Ils oppriment Assur, ils oppriment Héber : Eux aussi périront ^ !

Branche considérable de la grande race des Pélasges ^ ils s'étaient, sous le règne de Ménephtah, abattus sur l'Egypte, avec l'intention de la piller et

* Voir plus haut, p. 253. Le caractère pélasgique des Philistins a été d'abord établi, après quelque hésitation, par Hitzig, Urgeschichte und Mythologie der Philistœer. C'est dans la Bible que la science historique a souvent trouvé ses meilleurs renseignements. Les Rois (I Reg. xxx, 14), Ézéchiel (xxv, 16) et Sophonie(ii, 5) appellent les Philistins des Cretois, Crethim. (Cf. Gen. x, 14; Ani. IX, 7.) Tacite est d'accord avec la Bible (Hist. v, 2).

- Gen. IX, 27. Voir notre volume précédent, p. 249 et suiv.

^ Num. XXIV, 24.

^ Le nom de Philistins ou Pilistins renferme les mêmes éléments essentiels que celui de Pelasgi; il signifie émigrants.

de s'y établir. Vaincus, mais non détruits, ils restèrent incommodes aux Egyptiens, et, pour s'en débarrasser, le pharaon leur accorda des terres sur le littoral méditerranéen, à l'est du Delta. Ils en firent le centre de leurs entreprises et leur quartier général. Ils acceptèrent d'abord d'être vassaux des pharaons, se résignant à ne pas devenir leurs maîtres d'un seul coup. Mais la décadence graduelle de la puissance égyptienne leur permit un jour de se déclarer indépendants. Avec le secours de nouvelles recrues venues de leur pays et des contrées voisines, ils se rendirent maîtres de cinq villes fortes, Gaza, Azoth, Ascalon, Gelh et Accaron, où ils établirent le culte de Bel-Dagon, le dieu-poisson, et de la déesse Dercéto, la même divinité qui portait en Assyrie le nom d'Istar, et en Ghanaan le nom d'Astarté, ou qui du moins se confondit avec elles '.

La puissance des Philistins ne cessait de grandir en, silence, et bientôt ils se sentirent assez forts pour se promettre la domination sur tout le pays de Ghanaan. Vers 1200 avant Jésus -Ghrist, ils s'emparèrent de Sidon et la réduisirent en cendres. Le désastre fut si complet, que la Phénicie disparut de 1 histoire pour un demi-siècle, jusqu'au jour où ïyr reprit l'héritage de Sidon ^

Ge fut aux premiers jours de leur puissance que

• Diodor. Sicul. 1. II; Lucian. de Dea Si/r. V. dom Calmet, Disserf, sur l'origine des divinités phéniciennes.

* Maspero, Hist. anc. de l'Orient, p. 267-70; Lenormant, op. cit., t. II, p. 307; t. VI, p. 214. Ce fut sans doute alors que le pays de Ghanaan prit le nom de Philistie, terre des Philistins, nu? ;S , d'où dérive le nom de Palestine.

ces descendants de Japhet se trouvèrent en contact avec les Hébreux. Vers Fan 1370, nous voyons l'Israélite Samgar les repousser sans trop de peine , «. avec le bâton du ])Ouvier, » disaient les anciens récits, c'est-à-dire avec une bande de paysans mal armés*. A dater de ce moment, va se livrer, sur un coin de terre de la Palestine , un duel h mort entre Sémites et Japhétites. Ce sont les fds de Sem qui en sortiront vainqueurs. Japhet devait habiter les tentes de Sem, mais non les détruire.

Les Hébreux de l'ouest subirent le premier choc des Philistins. Renversant la trop faible barrière que Dan leur opposait, ils eurent bientôt envahi les tribus voisines. La mauvaise fortune s'acharna avec opiniâtreté contre Israël et lui infligea les honteuses défaites qui marquèrent la judicature du grand prêtre Héli. Dieu, par de mystérieuses voies, forçait son peuple réfractaire à rentrer dans sa vocation. Il rh'imiliait, afin que le sentiment de son impuissance le ramenât à la fidélité. Il le façonnait sous le marteau de l'adversité, mais il ne l'abandonnait pas. Il arrêta les Philistins et leur imposa d'abord de légères humiliations , présage de leurs défaites futures. C'est ce qui apparaît dans l'histoire de Samson.

Ewald pense que la Bi])le reproduit ici des récits populaires empruntés à une histoire plus complète du héros, écrite longtemps après les événements. L'auteur du livre des Juges n'en aurait recueilli

' Jud. III , 31.

que quelques traits particulièrement mémorables, La vie de Samson débute par un prodige : un ange apparaît à sa mère , et lui annonce la naissance d'un fils '. A ce moment de l'histoire, Dieu voulait donner un signe des temps nouveaux qui commençaient. Israël était humilié , honteusement asservi : Jéhovah allait, avec Samson, inaugurer Tère de la délivrance. Les tribus du midi, exaspérées par les maux dont on les accablait, se soulèveront bientôt ; et si le succès ne répond pas toujours à leurs espérances, du moins le peuple reprendra conscience de ses destinées.

On aurait tort de traiter de légende l'annonciation de Samson. Le fait est circonstancié : on cite des noms propres : la mère de Samson est la femme de Manoha le Danite. L'événement se rattache à la suite de l'histoire et l'explique. L'apparition de l'ange a été justement comparée à un rayon de soleil dans un temps obscur, à la première aurore de jours meilleurs. Ce n'est pas la seule fois que Dieu révélera aux mères les destinées de leurs enfants.

Il ne faut pas non plus regarder la force de Samson comme une impossibilité physique. Toutes les époques ont eu leurs Hercules. Dieu, d'ailleurs, intervient ici, et la confiance de Samson dans la

1 Deux annouciations , quoique un peu différentes , celle de Samson et celle de Samuel, marquent les temps de renaissance religieuse et sociale qui svii virent l'apparition de ces deux hommes. Deux annonciations aussi, celle de Jean -Baptiste et de Jésus- Christ, ouvrent l'ère des temps évangéliques. Il existe enti-e les unes et les autres des relations qui sont plus que des rapprochements curieux.

vigueur de ses muscles n'est ni arrogance ni présomption : elle se justifie par les événements.

Si son tour d'esprit le pousse aux énigmes, aux jeux de mots, c'est là une originalité qui ne prouve rien contre la Bible. Celle-ci se prête à raconter les faits plaisants de la guerre que Sanison fait aux Philistins, parce qu'ils ont leur importance et leur intérêt. Elle nous peint le héros tel qu'il a été. Malheureusement ce soldat a trop mêlé les aventures de femmes à celles de la guerre. Plus d'un soldat, plus d'un héros a connu ces défaillances. On a besoin de se rappeler que souvent de tels hommes rachètent leurs défauts par la magnanimité et l'héroïsme de leur vie.

L'histoire des fautes de Samson , fautes si cruellement punies, est une leçon. Ses amours illicites le firent tomber dans les filets de ses ennemis; il y perdit sa liberté, sa vigueur et ses yeux. La Bible, qui ne dissimule rien, a peint en lui le jeune insensé que la passion aveugle. Lorsqu'il veut épouser une Philistine, son père lui dit : « N'y a-t-il donc point de femmes dans tout le peuple d'Israël, pour que tu ailles chercher la tienne au pays des Philistins incirconcis? » Il répondit: « C'est celle-là qu'il me faut , parce qu'elle a plu à mes yeux ' . »

Un choix si légèrement fait eut ses suites ordinaires : Samson fut trahi par sa femme; pendant une absence de son mari, elle s'éprit d'un Philistin, Cette disgrâce le rattacha plus étroitement à Dieu et à sa

' Jud. XIV, 3 -4.

cause: « Puisqu il en est ainsi, s'écria- l-il . je me vengerai des ennemis disraël ; j'ai mi nouveau motif de ne leur vouloir aucun bien. «

L'histoire des trois cents chacals liés deux à deux par la queue et traînant une torche enflammée à travers la moisson des Philistins répond, par l'originalité du trait et les dommages causés, au caractère et aux dispositions de Samson. Les chacals sont très communs en Orient. Alors que les campagnes d'oii les Philistins avaient chassés les indigènes étaient encore à peu près désertes , ces animaux devaient se multiplier excessivement , et comme ils ont coutume de se rassembler par troupes autour des maisons isolées , qui leur offrent des déchets ou d'autres proies, il fut aisé à Samson de s'en procurer trois cents.

Les tours que le héros joua aux Philistins sont de ceux qui plaisent au peuple, dont ils raniment le courage et excitent l'audace. Aussi préparèrent -ils des recrues pour le jour des batailles sérieuses. C'est à ce point de vue qu'il faut considérer en particulier l'aventure de la porte de Gaza. Un matin les habitants de cette place forte se réveillèrent dans une ville ouverte : Samson avait transporté les battants des portes sur la montagne.

Les insultes et les actes d'hostilité qu'il multipliait finirent par mettre les Philistins dans la nécessité de se venger : une expédition s'apprêtait. Les Judaïtes effrayés offrirent, pour désarmer leurs terribles ennemis, de leur livrer Samson. Ils vinrent au nombre de trois mille pour l'arrêter et le lier.

Lui , préférant faire usage de sa force contre l'ennemi que contre ses compatriotes, permit à ceux-ci de le garrotter, mais à la condition qu'ils ne se joindraient pas contre lui aux Philistins, après l'avoir livré.

La troupe se présente , avec son prisonnier, au rendez- vous fixé. Mais, dès qu'il se vit au pouvoir de l'ennemi, Samson rompit ses liens, saisit une mâchoire d'âne qui se trouvait sous sa main , et il se fit un malin plaisir de les battre avec cette arme d'un nouveau genre :

Avec une mâchoire d'âne , Une troupe , deux troupes d'hommes ,

Avec une mâchoire d'âne , Un millier de gens j'assomme ^

Puis il adressa au ciel cette prière : a Seigneur, vous avez fait remporter une grande victoire à votre serviteur, et maintenant je meurs de soif : me laisserez-vous tomber entre les mains des incirconcis? » Alors, dit la Bible, Jéhovah fendit le rocher du voisinage, et de la crevasse il sortit de l'eau. Samson but, et les forces lui revinrent. A la suite de ces événements, le rocher prit le nom de Léhi, c'està-dire Mâchoire, et la fontaine, celui de source du Grieur ou de l'Livocation ^ \oûk l'interprétation

' L"hébreu contient un jeu de mots dont le sens exact nous échappe. Les deux premiers vers semblent jouer sur le mot hamor, âne. La traduction une troupe, ou un monceau, deux monceaux , est conjecturale. Les Septante ont traduit ainsi : In maxilla asini delens, delevi eos ; et la version syriaque par : Cumulos cumulavi ex eis ; ce qui prouve qu'au lieu du duel inexplicable, hamorataïm, « deux monceaux, » ils ont lu un verbe au prétérit.

2 Jud. XV, 16-19. On sait le miracle que la Vulgate a vu dans ce

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que nous proposons d'un texte obscur, dans lequel la poésie et les traditions populaires ont laissé leur empreinte. La diversité des opinions n'élimine pas la protection miraculeuse que Dieu exerça envers le vengeur de son peuple, dans un moment de grand péril.

Samson , vainqueur des Philistins, fut vaincu par Dalila : trompé par cette femme, il lui livra le secret de sa force, qui était celui de ses victoires. Pour obéir à Fange, la mère de Samson avait voué son fils au naziréat. La fidélité à ce vœu était une condition des faveurs extraordinaires accordées au héros : il devait demeurer nazir, et, en signe de cette foi, garder 1 intégrité de sa chevelure : ni ciseaux ni rasoirs ne devaient passer sur sa tète ; Samson était consacré à Jéhovah. Il le révéla à Dalila, qui le trahit : profitant du sommeil de son amant, elle fit tomber sous les ciseaux la chevelure de Samson. Celui-ci perdit aussitôt l'assistance de Dieu. N'est-ce point ici, à plus d'un égard, le renouvellement du drame de l'Eden?

fait. Elle traduit ainsi : « Dieu ouvrit une des molaires de la mâchoire de Fane, et il en sortit de l'eau. » Les Pères qui n'avaient entre les mains que cette traduction s'avouaient fort embarrassés pour expliquer un prodige aussi singulier. Comment une source sortie de terre parvenait-elle à traverser la mâchoire, puis la dent molaire? Le texte hébreu enlève la complication singulière du miracle. Le mot maktès, que la Vulgate traduit par molaire, signifie récipient, mortier (cf. Prov. xxvii, 22; Soph. i, H ). Le rocher du lieu appelé plus tard Lehi était sans doute en forme de mortier : c'est de là que sortit une source à la prière de Samson : « Dieu, dit Josèphe, fit jaillir du rocher une eau douce et abondante. » Le paraphraste chaldécn entendait ainsi ce passage. M. Guérin croit avoir trouvé la fontaine de Samson auprès d'Étam {Descript, de la Palestine, t. II, p. 396 et suiv).

Dalila livra son naïf et aveugle amant aux vengeances des Philistins : on lui creva les jeux et on le retint comme un trophée, ou plutôt comme un phénomène forain, dans une honteuse captivité.

Cependant Dieu permit que la force lui revînt avec la chevelure. Or, un jour de fête, les Philistins, voulant faire Texhibition de leur prisonnier, s'avisèrent de le lier à une colonne de leur temple. Mais Samson, dégageant ses bras robustes, secoua si fortement cette colonne et une autre qui se trouvait à la portée de ses mains, que l'édifice tout entier en fut ébranlé : temple et galeries s'écroulèrent sur la foule immense : « Jéhovah, s'était- il écrié, donnez-moi des forces encore une fois, et mes ennemis payeront pour l'un des deux jeux qu'ils m'ont arrachés ^ Que je périsse avec les Philistins! » Et, dit l'Ecriture, ceux qu'il ht périr en mourant étaient plus nombreux que ceux qu'il avait tués pendant sa vie^

Samson mourut comme il avait vécu, raillant ses ennemis et vengeant sa patrie. De tels hommes ne sont pas les sauveurs et les restaurateurs d'une nation ; mais, par leurs actions d'éclat et leur patriotisme, ils préparent les triomphes définitifs. Racontée avec les amplifications populaires dans les familles et les bivouacs, l'histoire de Samson remuait la fibre patriotique, excitait les courages, échauffait l'ardeur du soldat israélite. Cette histoire n'est point celle

^ Le texte hébreu semble renfermer un jeu de mots dont le sens parait être : Si je les tue tous, je ne leur rendrai que la moitié du mal qu'ils m'ont fait en m"arrachanl les deux yeux.

^ Jud. XVI.

criiii sainl ; la vie du héros ne répondait point aux espérances qu'avait pu faire concevoir lannonciation qui la prépara; il convient d'y voir l'exemple d'une vocation à laquelle l'élu n'a pas correspondu. Il est certain que Samson ne sut pas se gouverner, qu'il se laissa entraîner par les passions. Il dissipa et profana les dons de Dieu ; c'est pour cela qu'il avança de si peu la délivrance d'Israël. Jamais de plan arrêté, point d'armée organisée : Samson cède à l'inspiration du moment. Ses actes portent le cachet de l'aventure, de la témérité, de la vantardise. Il n'est point un vrai guerrier du Seigneur; et pourtant son courage il le puisait dans la conscience des obligations que le naziréat lui créait. C'est comme nazir qu'il se recommandait au peuple et qu'il faisait trembler les Philistins *.

Dieu voulait que le naziréen Samson rappelât aux Hébreax, tombés dans le désespoir, qu'il était toujours prêt à les relever, Israël pouvait entrevoir, dans les triomphes du héros, tout ce dont est capable la force divine, tout ce qu'elle ferait, si l'homme voulait correspondre à la grâce.

On a rapproché Samson du peuple d'Israël. Tous deux eurent le sceau d'une vocation divine; tous deux furent liés par des engagements, et d'une certaine manière furent nazirs, séparés du monde pro-

' Ou voit par Samsoii qu'un nazir n'était i^oint nécessairement un homme retiré du bruit et du mouvement du monde. Le vœu du nazir consistait dans l'engagement d'être , comme nous dirions aujourd'hui, chevaher de Dieu, et de mettre toutes ses forces à son service. La chevelure et les abstinences de Samson étaient des signes extérieurs de son état.

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fane. Tant qu'ils acceptent les obligations de leur état, ils sont victorieux. Mais la défaite suit Finfidélité. Samson laisse une femme couper sa chevelure; Israël laisse la femme idolâtre s'asseoir à ses foyers : l'un et l'autre livrent le secret de leur force; et le vice, personnifié en Dalila, les livre à l'ennemi. Mais Dalila ne porte pas impunément la main sur ce que Dieu a consacré : Israël et Samson seront vengés. Ebranlées par le héros, les colonnes du temple écrasent les Philistins ; Jéhovah frappe les ennemis d'Israël; vaincus et humiliés, ils sont successivement anéantis *.

1 Jésus- Christ a été figuré par le peuple d'Israël : Ex JEgypto vocavi filiuni meum. Les Pères ont essayé sur (juelques points créta])lir un parallèle entre Jésus et Samson. L'un naît d'une mère stérile, l'autre d'une vierge ; un ange annonce leur naissance dans des termes qui se correspondent. Tous deux sont nommés nazaréens ; ils sont tous deux appelés à délivrer leur peuple (Jud. xiii, 3-D ; Matth. i, 2; Luc. i). Ils croissent tous deux en grâce devant Dieu, et pleins de son Esprit. Samson, devenu grand, va chercher son épouse chez les Philistins ; Jésus choisit rÉgiise son épouse parmi la Gentilité. Tous deux triomphent sans armes. Samson, dans Gaza, est entouré d'ennemis; il dort profondément, puis à son réveil il saisit les portes de la ville, sa prison, et les transporte sur la montagne , aux yeux de ses ennemis frappés d'épouvante. N'est-ce pas, demande saint Grégoire, le Christ dans sa résurrection glorieuse? Le Christ, comme Samson, permet un instant que sa puissance divine suspende ses manifestations; alors il est captif des pharisiens et devient l'objet de leurs risées. Mais au moment même où on les croit morts l'un et l'autre, ils recouvrent du sein de leur faiblesse leur première puissance. Samson en mourant « fait périr plus d'ennemis que j^endant sa vie » : le Christ en mourant détruit la mort elle-même.

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