II03IMAGE A COPPÉE
doyen et le maître des bons chansonniers classiques, nous vécûmes en compagnie du père du Passant quelques instants inoubliables.
Le front rayonnant, la %ure épanouie, Goppée nous dit avec cette bonté d'âme qui lui était naturelle :
— Le plaisir que j'éprouve, en recevant ce bel ajbum, je ne puis le cacher. Pour moi, ce plaisir est d'autant plus sensible, que l'hommage rendu à ma personne et à mes œuvres me vient d'une pléiade de jeunes poètes, qui sont presque tous d'origine plébéienne. Voyez-vous, le peuple, le bon peuple qui travaille et lutte courageusement pour la famille, me charme, m'intéresse au plus haut point. Oh I comme je suis heureux, quand il m'est possible de passer quelques heures tranquilles dans les faubourgs de Paris, tout bourdonnants de travail et de vie ! Dans la classe ouvrière, on découvre les plus beaux documents, on glane les plus fines observations d'hum mité vraie. La grâce, le sentiment, le courage, composent l'immense lot de dons que la nature a donnés à ces êtres admirables qui peinent du matin au soir. J'irai plus loin, je dirai que si l'ouvrier a des fatigues et des tourments que nous n'avons pas, il a par contre des satisfactions et des joies qui sont plus réelles, plus simples et plus pures que les nôtres. Toute mon existence a été consacrée à l'étude de ces belles âmes qui rayonnent au sein des milieux populaires. Car là, seulement, en dehors de tout artifice, l'on est forcé de reconnaître que la vie^
les mœurs et le langage forment une poésie réelle et vivante. Et c^est à cette source que j'ai puisé en écrivant mes œuvres. » |
Notre entretien prit fin sur ces paroles éloquentes et profondes, que le maître prononçait, avec tant de sentiment et de cœur.
Quelques jours après, aux remerciements verbaux qu'il m'avait déjà faits, venait s'ajouter la,, belle lettre suivante :
« Mon cher Poète, .
« Je vous assure que j'ai été très touché du beau! présent que vous et les collaborateurs de votre intéressante revue littéraire la Mandoline avez eu Tamicale idée de me faire.
« Si j*ai tardé un peu à vous en marquer ma vive et sincère gratitude, attribuez-le, je vous en prie, aux besognes et à la petite fièvre d'attente que m'a apportée la préparation de mon nouveau drame au théâtre de TOdéon : Pour la Couronne,
« Je connaissais déjà par leurs œuvres plusieurs des poètes dont les belles pièces figurent dans ce bel album, je connais maintenant les autres et puis en faire cas.
« Voulez- vous bien accepter, pour vous, et faire agréer à messieurs vos collaborateurs, mes remerciements en toute cordialité, et croire, mon cher Poète, à mes sentiments les meilleurs.
« Je vous serre cordialement la main. â
François Goppée. »