‹ De mon village à ParisChapitre 9 sur 57 · DE NIMES A PARIS · texte numérisé non relu

DE NIMES A PARIS

Maillanais ? Pareil au paon de la basse-cour il vient ici faire le beau.

Puis il ajouta, en parlant toujours de Mistral et en faisant allusion à Alphonse Daudet :

— Lui et \QTiidl\xiTar tanneur savent jouer leur rôle... »

C'est en ces termes dégradants que cet être ivre d'orgueil parlait des deux illustres maîtres dont les nombreux chefs-d'œuvre forment un trophée de gloire en l'honneur de notre belle langue.

Un autre trait significatif qui peint bien Fhomme prétentieux et jaloux, qu'était Paul Arène, fut celui-ci :

Un soir, il arrive au Félibrige avec la mine dédaigneuse et l'air hautain qui lui étaient coutumiers, et se retire dans un coin de la salle selon 3on habitude.

Justement, ce soir-là, une très captivante disjîussion littéraire était engagée entre les personaes présentes sur les meilleurs morceaux des jiuteurs contemporaias, quand soudain Paul Arène brandissant un exemplaire de son livre ; la Chèvre tf Or, intervint brutalement dans le débat et dit en puvrant le volume à un endroit marqué d'avance :

— Parmi toute notre littérature, vous ne trouerez pas une page qui vaille celle-là...

• Peu après, en mai 1894, toujours aigri contre eus ceux qui régnaient plus haut que lui dans es lettres, Paul Arène poursuit avec tant de âge son œuvre de dénigrement et de haine, qu'il

parvient à créer une scission parmi les félibres.

Presque aussitôt, les dissidents, en nombre considérable, se réunirent au café du Centre, sous la présidence de Baptiste Bonnet, et décident de former un nouveau groupe félibréen sous le titre Lou Lugar^ terme provençal qui signifie : étoile du berger.

Durant cette réunion, à laquelle j'avais été convié, il fut décidé que « la revue la Mandoline sera l'organe officiel des vrais félibres de Paris, des félibres qui sont las définitivement de subir la domination tyrannique de quelques égoïstes pétris d'orgueil et d'ambition et dont l'incapacité notoire de la sainte langue félibréenne est reconnue de tous ».

L'éclosion de cette société ne pouvait trouver une heure mieux choisie et plus favorable.

A ce moment, à la Sorbonne, M. Gaston Paris entouré de philologues et d'écrivains aussi distingués que MM . Xavier Charmes, Sully-Prudhomme, Paul Meyer^ d'Arbois de Jubainville, Léon Gautier, se réunissaient pour la première fois au nom de leur nouvelle société: Les Parlés de France, destinée à faire revivre les anciens idiomes ayant contribué à la formation de la langue française;

Malheureusement ce groupement de félibres, malgré le favoritisme de l'actualité, n'eut qu'un court succès, la satanée politique s'y étant introduite inopinément.

Le prosateur provençal Baptiste Bonnet. — L'ami d'Alphonse Daudet. — Ernest Chebroux. — La bonne chanson française. — Au Chat Noir. — Rodolphe Salis.

Bientôt, m'étant lié plus intimement avec le célèbre écrivain provençal Baptiste Bonnet, mon collaborateur à la Mandoline^ je fus très souvent son hôte, lorsqu'il habitait son modeste logement de la rue de Buci.

Quand j'allais le voir, c'est toujours avec empressement qu'il m'accueillait à sa table où il m'octroyait constamment la même place, entre sa vaillante femme et sa gentille belle-fille Mireille. C'est ainsi, qu'à l'issue de l'un de ces repas amicaux, j'eus le plaisir de lire, avant son apparition, le manuscrit de son premier livre: Vie d' Enfant, ivd^duit en français et préfacé par Alphonse Daudet.

Baptiste Bonnet, était pour moi, non seulement un bon compatriote, mais un ami sûr et expansif . Jl fallait voir et entendre avec quel accent enflammé il me confiait toutes ses joies et toutes ses peines. Ce qui le réconfortait le plus et le rendait fier à juste titre de ses succès littéraires, c'était la grande affection et le réel intérêt que lui

portait Alphonse Daudet, quoiqu'il ne fût luimême qu'un simple jardinier.

En effet, il avait raison d'aimer Daudet, car cet illustre maître, en découvrant en lui les qualités et les dons du véritable prosateur provençal, s'était fait un devoir et un honneur de le diriger dans les lettres.

Mes relations avec Baptiste Bonnet furent de plus en plus régulières. A chaque entretien que nous avions, il avait quelque chose à m'apprendre quelque confidence à me faire.

Le jour, où il signa le contrat avec son éditeur pour la publication de son livre: Vie d'Enfant, il vint me voir, et, tout exubérant, me dit ;

— Eh bien î mon vieux Michel, ça y est, grâc« au puissant appui de mon bon baïle (maître) Alphonse Daudet, je vais être édité. C'est la maison Dentu qui s'en charge. On me donne 3.000 francs pour ce premier volume et autant pour les autres, qui viendront ensuite ».

Une autre fois, visiblement ennuyé, il accourt chez moi et me confesse qu'il s'est brouillé avec Mistral, parce que le génial père de Mireille n'a pas voulu insérer dans son journal en langue provençale, L'Aioli, un article en faveur de Léon Daudet, qui avait eu une violente altercation avec Vaîentin Simond, directeur de l'Echo de Paris,

Etant ouvriers tous les deux, et ayant les mêmes goûts littéraires, à chaque rencontre nous nous communiquions nos impressions sur les idées et les hommes.

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