HOMMAGE A COPPÉE
L'hommage que je venais de rendre à Goppée lavait eu un retentissement considérable dans la presse parisienne. Tout en m'encourageant, cela Ine me fît pas perdre la tête, ni oublier mon em- Iploijl'bomme d'équipe à la ^are de Lyon, où une ^semame de jour et une semaine de nuit j'accrochais des wagons à la formation des trains. I Peu après, suivant la mode de l'époque qui était de former des petites chapelles littéraires et des parlottes poétiques à la façon des revues en vogue, comme la Plume et U Ermitage ^\q décidai, avec l'ami Jayet,de créer des banquets mensuels, qui réuniraient nos amis et nos collaborateurs. , La première de ces agapes eut lieu au Café 'Voltaire sous la présidence de Jules Troubat, ancien secrétaire de Sainte-Beuve, bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale. C'est dans la jolie salle du Félibrige de Paris que les tables étaient dressées.
Au-dessus de la table d'honneur, se trouvait le glorieux portrait de Frédéric Mistral, ce patriarche de Provence, dont l'œuvre féconde rayonne en rimes d'or, toutes parsemées d'azur et d'éclat de soleil. A gauche, V orgueilleux Paul Arène qui, malgré tout ce qu'on peut dire de lui, a écrit quelques belles œuvres, empreintes de la couleur et de l'odeur du terroir natal. A droite, le vrai poète Jasmin, le chantre sonore, dont la vie fut une douce contemplation, une longue extase, devant la nature et devant les cieux.
Puis çà et là les portraits de Benjamin Constant,
Maurice Faure, Henry Fouquier^ Sextius Michel, Paul Mariéton, peints par des maîtres. Plus loin, un immense tableau, ayant pour titre : la Ferrade^ représente un pittoresque coin de la Camargue, où courent des chevaux sauvages et des taureaux en liberté. Ce tableau impressionnant rappelait le libre zénith, le soleil, l'espace, en un mot toutes les parures sublimes de cette merveilleuse terre de Provence, dont la langue vibrante a si souvent ajouté des accords à Tharmoi^ie des lettres françaises.
Du beau discours que nous fit Jules Troubat, je me plais à reproduire les lignes suivantes. Elles méritent cet honneur :
« Je me sens heureux et fier de me trouver au milieu de ce bel essaim de poètes qui représente, de la France, cette jeunesse intellectuelle si laborieuse et si vaillante.
« Ces fêtes, ces réunions littéraires, comme celle d^'aujourd'hui, sont faites pour apporter au fond de nos âmes le baume salutaire et vivifiant qui nous fait accepter la vie sans rancune, malgré les angoisses et les déceptions qu'elle nous réserve.
« Et que serions-nous, si, par intervalle, nous n'avions quelque chose de doux et de consolant pour nous retremper Tesprit, pour nous délasser le corps ; évidemment nous serions des malheureux bien à plaindre ?
« Car, tandis que les uns retrouvent leurs joies préférées dans des voyages et des promenades, dans des amusements et des distractions quelcon-