EN BELGIQUE
sensiblement à droite, je reconnais les deux tours massives de la curieuse église Sainte-Gudule, pendant que se dérobe, derrière elle, la Porte du Mal, une bastille miniature transformée en un musée d'armes anciennes. Puis, scrutant des yeux plus minutieusement le lointain, on aperçoit les plateaux de Saint-Gilles et de Kolkelberg*, qui font des immenses taches vertes et grises, comme une ébauche de peintre paysagiste. A Touest, le Jardin Botanique avec ses allées harmonieuses, s'étend démesurément jusqu'à l'imposante gare du Nord. Et de partout le regard avide de beauté plonge et se perd sur des coteaux verdoyants qui s'allongeant en amont, et en aval, vont rejoindre la charmante cité de Malines, le bois de la Cambre et le lion de Waterloo.
Pendant que je contemple avec ivresse toute la magnificence du panorama de la ville, à cette heure matinale, le soleil se montre à l'horizon et incendie la nature entière. Bientôt, une légère brise chasse, peu à peu, de l'atmosphère la buée laiteuse et les nuages épars, tandis qu'une nuée de corbeaux jette, un instant, la note discordante dans Fazur ensoleillé.
Tout s'illumine et resplendit sous l'éclat des rayons de Tastre du jour ; les toitures mouillées de rosée, les plantes, les verdures, les fleurs, humides des pleurs de la nuit, étincellent comme de ravissants émaux. Et devant cette impressionnante féerie de la divine nature, je reste un moment anéanti par la beauté sublime de ce tableau mer-
veilleux. Enfin ce doux rêve poétique prend fin et, dans Téblouissement des choses mirifiques que je venais de voir, je descends tout ému de la Colonne du Congrès et viens admirer, durant un instant, la foule des passants, qui, maintenant à ses pieds, dans la rue Royale, devient compacte et houleuse.
Dans ce flot humain, on remarque un ton disparate, une inégalité bizarre dans la conformité des conditions delà vie sociale. Au hasard de cette multitude bourdonnante, on voit défiler, on dis tingue çà et là des figures originales, des type: curieux à observer.
Voici tout d'abord des fillettes de huit à treizi ans, qui, en tablier bleu et cheveux au vent, ven dent des noix nouvelles et des petits bonbons ro ses. A côté, ce sont des bonnes vieilles édentées coiffées de capotes jaunes ou grises, faisant 1 vente ambulante des œufs durs, des brioches la confiture et d'affreux gâteaux à Thuile.
A travers le flux et le reflux des passants et de promeneurs, des nombreux camelots nippés à 1 mode du jour font la vente des cartes postale illustrées, des jouets mécaniques et d'un tas d i bibelots à bon marché.
Et pendant que de beaux carrosses et des vc tures aristocratiques suivent ou sont suivis pj des vélocipédistes et des marchands des quatre sa ! sons, des chiens, en r.ombre infini se succèdent si i la chaussée et traînent, haletant, en tirant la la : gue, des minuscules charrettes, chargées de paie j