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Société de Méridionaux à Paris

ami Alphonse Daudet, oat une saveur pénétrante, un goût de terroir, que les fins gourmets des lettres apprécient hautement. Daudet si dévoué et si bon a fait là un geste digne de son cœur. »t

Maintenant le maître me parle des principaux félibres parisiens, de Charles Maurras, Fernand Hauser, Glovis Hugues, Amy, Lucien Duc, Han Ryner, Paul Redonnel, Mariéton, Jules Véran ; pour tous il a un mot aimable, un souvenir à évoquer.

Enfin il m'invite à faire une promenade dans j son jardin. En sortant, il me fait admirer sa belle bibliothèque, des vieux meubles de la Provence, des armes anciennes, une magnifique statuette de I Mireille, une jolie reproduction de la Vénus d'Arles, deux beaux bustes: Lamartine et Gounod et en dernier lieu toute une série d'autres bustes, de médaillons et de photographies représentant ! les plus grandes figures de l'état major du Félibrige.

Et le maître armé de sa canne, accompagné de Pan-Perdu — un fidèle chien qu'il recueillit un jour au cours d'une promenade dans les champs — m'emmène dans son joli jardin (qui ressemble bien plutôt à un parc), en me parlant de choses et autres. ,

Là, à travers quelques massifs savamment aménagés, ornés de plantes rares et de fleurs au parfum capiteux, il me fait apprécier toute une théo- I rie d'arbres acclimatés sous le doux soleil de la i Provence. ' ♦

Arrivé devant un vieux et robuste figuier; il y cueille prestement un fruit et me l'offre en disant :

— Goûtez-moi ça !

A peine avais-je exprimé les délices de mon palais que mon illustre compagnon reprend avec cette bonté qui est comme cristallisée en son âme :

— Après tout, pourquoi n'en emporteriez-vous pas quelques douzaines à Paris ?

Joignant le geste à la parole, le maître à l'aide de sa canne met à peine cinq minutes pour remplir de figues ^ le petit panier en osier qu'un serviteur a apporté sur sa demande.

Achevant notre promenade sous les fraîches allées, où le soleil dessine sous nos pas mille arabesques d^'or, Frédéric Mistral s'arrête soudain, sous la voûte ombragée, puis prenant à la portée de sa main une petite branche verte me la présente en disant :

— En l'honneur de votre sincère attachement aux traditions de nos contrées et de votre profond amour pour la sublime langue provençale, je vous offre cette branche de laurier.

En le remerciant humblement, je lui dis qu'un poète aussi modeste que moi ne pouvait tirer

1. Ces figues mangées à Paris, en un dîner auquel assistaient de nombreux félibres, firent l'objet d'un bel article en langue provençale, écrit par l'ami Baptiste Bonnet, qui était au nombre des convives.

Plus tard, cet article, où il était question de moi, fut traduit en français par le poète Fernand Hauser et parut dans le Firjaro avec la suppression du passage où mon nom figurait.

vanité des sentiments indestructibles que Dieu lui j avait placés dans le cœur, mais que j'étais vive- ' ment touché de ce précieux témoignage d'estime, ; venant du plus grand parmi les grands poètes. I

Emu de cet amical hommage et de tant d'attentions délicates, je manifestais Fintention de mer retirer, quand le maître s" arrêtant et se plantant énergiquement me répond ;

— Gomment ?... Vous allez dîner avec moi. j Vous me ferez plaisir...

J'eus beaucoup de mal à le convaincre qu'il j me fallait retourner le soir même en Avignon, où j'avais pris rendez-vous avec l'aimable et talentueux poète Elzéar Jouveau.

Enfin, il consent à me laisser partir, mais par contre, il tient à m'accompagner jusqu'au Café Pascalon, bureau de la diligence qui doit me ramener tout à l'heure en l'ancienne cité des papes.

Comme le trajet n'est pas long, j'accepte en le remerciant d'avance de l'honneur qu'il veut bien me faire.

Et nous voilà, cheminant à petits pas, à travers le gracieux village de Maillane, dialoguant de philologie et de littérature.

Bientôt nous arrivons au susdit café, et en attendant la voiture, Frédéric Mistral me fait asseoir à son côté et commande une canette de bière. Nous trinquons à nouveau. Le maître me fait alors l'historique de la première représentation de son chef-d'œuvre Mireille ; il me raconte quelques incidents pittoresques de la mise en

scène ; il m'explique ensuite la genèse de Tidée de son beau Poème du Rhône, et me parle en dernier lieu de Paul Arène, de Gounod, de Roumanille et d'Aubanel.

Mais voici que la trop rapide diligence arrive 'et s'arrête devant nous. C'est Theure de partir... Je m'avance ; puis saluant le maître avec respect, et le remerciant encore une fois de son généreux iccueil, j'allais grimper sur rimpériale^ quand Mistral, d'un geste empressé, me prend les deux mains en disant ;

— Bon voyage, et bon courage, mon brave t

Que la Provence, que dis-je ? que la France Bntière s'honorent d'aimer ce grand trouvère et le glorifier son génie I

Chez Henry Fouquîer

Rôle d'un critique. — Ses débuts littéraires. — A l'hôte du Figaro. — Conversation avec le maître. — L'élogt de la poésie.

La plupart des journalistes qui font de la critique dramatique sont, d^habitude, des écrivains sérieux, mais très malins. Ils savent se tenir sui une réserve stricte, où leur jugement est contrain de ne point s'écarter du champ des fluctuation! possibles, entre un succès relatif ou un demi- four

En sortant d'une première, lorsqu'ils se metten à écrire leurs impressions, il est toujours prèf d'une heure du matin, et il faut qu'à deux heure: la copie soit à l'imprimerie ; c'est dire que l'homm* qui est chargé de la délicate mission d'é duquel | les foules, sur les prodiges ou les défaillances à«i l'art théâtral, doit faire vite et bien, sans mécontenter personne.

En effet, il est édifiant de se rendre compte d» la tâche ingrate qu'ils ont à remplir eu égard ; l'exigence des journaux et du public.

Sans liésitation, sans arrêt et sans retouche, ce

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îsclaves de la plume pondent impérieusement une jrose hâtive et obligatoire. Ils ne peuvent pas exprimer exactement ce qu'ils pensent ; ils préerent attendre, s'en tenir à des généralités, afin l'être le lendemain dans le même courant d'idées t de jugement que leurs confrères.

Quelle humiliation, pour eux, s'ils allaient anoncer comme un fom\ une pièce qui peut-être, ►ar la suite, aura un certain succès, s'ils allaient éclarer que tel auteur a un talent médiocre, alors ue dans quelques années il peut parfois atteindre

la consécration de son génie, momentanément léconnu. Ils n'engagent donc pas leurs affîrmaons ; ils marquent le pas en une tactique saante et facile à la fois, qui ne peut en rien être ompromettante.

Tout critique avisé vous dira d'une œuvre : Cette pièce est bonne, quoiqu'il y ait telle situaon ambiguë ou tel caractère trop faiblement essiné ; l'auteur a accompli un effort d'art un eu hésitant, mais son genre plein d'originalité et )n talent gros de promesses peuvent assurer ar la suite une certaine vogue à la pièce. »

Aussi, les lettrés prudents ne se fient guère ii'aux rois de la critique dramatique, à ceux qui at l'autorité et la sincérité nécessaires.

Gomme Francisque Sarcey, Henry Fouquier .ait l'un de ces souverains qui laissent, même i3rès leur mort, le vivant souvenir de leur valeur.

De bonne heure, de très sérieuses études seconiires avaient suffisamment préparé Fouquier au

noviciat littéraire, auquel il se consacra corps et âme, dès son arrivée à Paris.

Ses patientes observations, ses longues relations avec les Phénix de Técole parnassienne, firent bientôt de lui Tun des journalistes les mieux informés sur les hommes et sur les idées. Gomme c chroniqueur parisien, il acquit une telle réputation que la plupart des journaux mondains se le disputaient, lorsque le Figaro, mettant tout le monde d'accord, s'appropria exclusivement sa signature, mais non ses divers pseudonymes qui alimentaient toujours les feuilles boulevardières.

Et c'est dans ce temple de la presse française, où rétonnant Ville messant se plaisait à sacrer tant de célébrités, que nous eûmes la joie — moi et mon ami Jayet — de passer une heure avec Henry Fouquier.

Etant venu le voir pour lui offrir la présidence de l'un des banquets mensuels de la Mandoline, nous l'attendions depuis longtemps dans un salon et guettions sa sortie, lorsqu'il vint vers nous avec cette douceur et cette simplicité qui le caractérisaient tout entier,

A peine avions-nous expliqué le but de notre visite qu'il nous répondait aussitôt ;

— C'est entendu, je présiderai avec plaisir votre banquet. Seulement voici, il faudra qu'à onze heures et demie, je vous quitte pour aller au théâtre delà Renaissance.

Puis le maître, se reposant à son aise sur ur fauteuil, nous pria de prendre place auprès de ,

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lui et s'abandonna à une causerie intéressante.

— Il me plaît, dit-il, de me trouver à côté de deux jeunes poètes nés dans cette glorieuse ville de Nîmes, incendiée par le soleil méridional et fleurie de précieuses reliques romaines.

< Vous avez le goût, la passion même de la poésie et vous en donnez Téclatante preuve en composant des vers qui ont le don, permettez-moi de vous le dire, d'attirer l'attention des lettrés. C'est parfait et je vous en félicite.

« Continuez à produire, mes chers amis ; soyez les dignes amants de la Muse ; courtisez-la avec amour et dévotion ; célébrez avec fidélité le sol natal, la nature et la vie. Oui, je ne saurais trop vous le répéter, la poésie, c'est la source originelle et féconde de nos joies et de nos espoirs. C'est elle qui fait déborder les cœurs et peuple les cerveaux de rêveries inépuisables, de chimères consolantes. Aux heures propices de douces inspirations, notre âme émue et recueillie grandit, s'élève au-dessus des choses matérielles d'ici-bas et nous vaut les félicités les plus pures.

« A un autre point de vue, j'ai constaté avec satisfaction que vos œuvres portaient l'estampille de la bonne école parnassienne. C'est au mieux.

« Voyez-vous, hors de là, point de salut, et je me demande comment des poètes dignes de ce nom, vénérant leur langue et leur art, peuvent s'orienter vers l'incompréhension manifeste de certaines tentatives littéraires.

« Les décadents,les symbolistes,les vers-libristes

hypnotisent tous ces barbares du rythme et de la rime. Leurs productions insipides qui semblent tout de même être écrites avec l'intention de nous révéler une musique charmeresse nouvelle, une sensation jusqu'alors inconnue, nous laissent absolument froids et nous produisent l'impression du grincement régulier d'une scie mécanique.

« J'ai l'espoir que d'ici quelques années la plupart de ces imiovateurs de poésies incohérentes et mortes, tomberont d'eux-mêmes dans le néant de Toubli éternel.

« Après Racine^ Voltaire, Hugo, Lamartine et Musset, les folies inconcevables du décadentisme doivent sombrer logiquement dans l'inditTérence et le mépris d'une époque si remarquable, où, quoi qu'on en dise, le bon sens littéraire et l'esthétique régnent souverainement.

« L'innovation en poésie n'engendrera jamais rien de bon. Elle est presque toujours la preuve patente d'une impuissance caractéristique. En tout art, il y a un fond traditionnel qui doit subsister en dépit de tout, et le jour où l'on prétend s'en affranchir, on s'éloigne fatalement de la beauté transcendante.

« Tout poète, qui s'insurge contre les traditions classiques en niant la lumière et l'harmonie, ne peut être digne de ce nom et ne mérite aucune attention sérieuse,

« Comme conclusion, je vous dirai que la poésie, la vraie poésie française qui a affronté depuis tant de siècles les assauts des vandales, n'est et ne sera

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