‹ De mon village à ParisChapitre 18 sur 57 · CHEZ HENRY FOUQUIER · texte numérisé non relu

CHEZ HENRY FOUQUIER

toujours qu'un pur mélange d'émotion, de clarté 'Ct de flamme. »

Sous l'impression de ces saines paroles, nous manifestions Tintention de nous retirer, mais le maître lui-même devant sortir nous accompagna jusqu'aux grands boulevards, où il nous quitta en nous serrant amicalement la main.

Pauvre Fouquier ! que la mort a moissonné depuis, reçois les témoignages émus de deux humbles poètes, que tu honoras de tes conseils et de tes encouragements.

Chez Jean Aicard

Le Poète populaire. — Détracteurs et médisants. — L& Papa des jeunes auteurs — Bons conseils. — Autour du Nid d'un poète.

Jean Aicard est un homme de lettres dont les œuvres ont été maintes fois sévèrement critiquées voire même attaquées avec une certaine violence. Est-ce à dire que ces critiques et ces attaques aient reposé sur des analyses méthodiques ou sur des jugements impartiaux ? Non. Le déluge de dénigrement et d'absurdités qu^on s'est plu à faire tomber sur sa tête et sur ses livres n'était que la résultante d'une opposition systématique et d'une malveillance contagieuse.

Que peut-on reprocher à cet écrivain ? Est-ce un pédant, un orgueilleux qui joue au pontife et qui a la prétention, par son oeuvre respectable^ d'éclipser la gloire d'un Lamartine, d'un Musset ou d'un Hugo ? Pas le moins du monde. Jean Aicard est un modeste et un sage, qui a cru avoir le droit,commetous les autres littérateurs, d'écrire en paix, selon ses vues et ses conceptions, des

CHEZ JEAN ATCARD 119

volumes de vers, des romans et des œuvres pour le théâtre.

Quels sont encore les griefs que Ton fait à Aicard? C'est d'avoir écrit des livres sur des sujets qui avaient été déjà traités par d'autres. MaiîS mon Dieu, ce crime, si on y réfléchissait bien, serait alors imputable à vingt, à cent auteurs que l'on pourrait citer.

Pour ne parler que d'un sujet toujours vivant et toujours sublime : Jeanne d'Arc, pourrait-oii jamais savoir le nombre d'écrivains français ou étrangers qui ont narré, sous des nuances diverses, la jeunesse, la vie et la mort de l'héroïne française?

Depuis les merveilleux miracles de vertus et de patriotisme accomplis parla Pucelle d'Orléans, connaît-on un penseur qui ait eu l'audace, un jour, de revendiquer la propriété exclusive d'un sujet éternellement nouveau ?

Personne jusqu'à présent n'a articulé cette prétention outrecuidante ; et c'est assez naturel. Donc la conclusion logique de ce raisonnement sera que manger, boire, dormir, et même planter des choux, c'est imiter quelqu'un.

Après ce préambule que j'estimais nécessaire, je reviendrai à ma mission, qui est de narrer Tune des dernières visites que je fis au futur académicien.

Je connaissais depuis longtemps Jean Aicard par ses livres pleins de verve et d'esprit, ces livres qui ont le parfum capiteux des fleurs sauvages de la radieuse Provence.

Un peu partout, j'avais lu et relu avec un charme pénétrant et un intérêt soutenu toutes ses poésies, véritables mosaïques de naïveté et de grâce, doux reflet d'une âme recueillie et sensible.

Electrisé, grisé, comme un cœur simple que^ je suis, par la lecture saine et réconfortante de ses œuvres, qui apportaient en mon être une foi poétique plus pure et plus \ivace, je me risquais à aller frapper à sa porte lorsqu'il habitait encore rue Micheiet. .^|

J'y allais d'autant plus volontiers que je savais par avance qu'il était très bon et fort accueillant pour les jeunes poètes.

A mon apparition, le maître vient vers moi souriant et avec une simplicité digne de son talent il me dit :

— Vous êtes monsieur Michel Pons; on m'a beaucoup parlé de vous, et puis je connais vos œuvres poétiques qui ne manquent pas de valeur. Je sais aussi que vous avez groupé toute une pléiade de jeunes écrivains autour d'une charmante revue littéraire que vous dirigez ici à Paris. On m'a dit encore que vous étiez homme d'équipe dans une compagnie de chemins de fer. Bon, bon, c'est parfait, restez-y ; cela vous fait grand hon-^ , neur. Voyez-vous, les jeunes poètes, ne vous jetez jamais sans emploi sur le pavé de la capitale pour faire de la littérature avec l'idée d'en vivre. Gela est une pure folie. D'un côté ou d'un autre, assurez-vous d'abord le pain quotidien, et lorsque

Page 1