CHEZ ARMAND SYLVESTRE
Quelques jours après, Armand Silvestre, dont ;tention pour moi était des plus touchantes, en accusait réception par cet aimable billet :
« Cher Confrère,
< Vos vers limpides et sonores m'ont beaucoup irnié. Je vous félicite et vous remercie. C'est :n là l'œuvre digne d'un poète méridional. t Recevez mes confraternelles salutations.
Armand Silvestre. »
Fier de cette lettre, je cherchais dans la suite e occasion de le rencontrer. Plus tard, comme ;te occasion ne se produisait pas, je me décidais .'aller voir; ce qui me coûta, du reste, de nom- 3uses démarches. Enfin, lorsque je pus arriver près de lui, je vis bientôt que cet illustre Touisain, doublé d'un Gascon authentique, était is conteste le plus charmant et le plus spiri- )1 des hommes.
Assis à mon côté, dans une pose aisée et symthique, il se laissa aller de bonne grâce à la jserie :
— La visite d'un poète, me dit-il, a toujours le don de me plaire et de me réjouir. D'abord dois vous dire que tout poète porte en lui un mde d'illusions, et est, pour moi une boîte à surises ; c'est vous dire que j'aime beaucoup à initier et à connaître les aspirations et les vas de ces pauvres et dévoués porte-lyres.
Vous connaissez le dicton populaire : Chaque paysan cultive sa terre à sa façon, il en est de même pour la muse, tout poète la courtise à sa guise et selon son état d'âme. Alors j'en reviens à vous dire que c'est cette divergence d'idées, de rythmes et de sentiment que l'on re-'^ marque dans tous les essais poétiques, qui font que je m'intéresse particulièrement aux jeunes poètes, produisant, il faut l'avouer, des œuvres originales et délicieuses. Et cela, sans cependant approuver les tendances extravagantes et révo- , lutionnaires des écoles décadentes et symbolistes, qui finiront, je le présume, par se moderniser en subissant diverses évolutions par quoi elles reviendront aux éternelles règles classiques ».
Questionnant le joyeux auteur des Contes Gras--: soiiillets sur la renaissance de la langue d'Oc et de Provence, Armand Silvestre me répond :
— Je dois vous avouer que j'ai un culte fervent pour les félibres, ces bardes méridionaux, qui chantent avec tant de charme, en leur langue harmonieuse, la fécondité de leur sol et la gloire de leur soleil.
« Parmi ces amants enflammés de cette langue sacrée de nos pères, il en est un au-dessus de tous dont, j'ose le dire, j'admire et j'adore les nobles accents et le pur génie, je veux parler du grand poète provençal Frédéric Mistral. Son œuvre merveilleuse et si féconde restera à jamais vivante; elle survivra comme le symbole des linguistes, comme la conception idéale des vrais fils de cette éton-