‹ De mon village à ParisChapitre 22 sur 57 · CHEZ ARMAND SYLVESTRE · texte numérisé non relu

CHEZ ARMAND SYLVESTRE

nante race gréco-latine. Car Mistral, disons-le, est appelé à occuper dans la littérature provençale la même place qu'occupe Victor Hugo dans la littérature française. »

Louant le maître de ses nobles appréciations sur le génial auteur de Mireille, ie lui demandais maintenant s'il croyait, ainsi que l'ont dit tant de poètes, que la femme soit la grande prêtresse et ait été toujours la plus puissante source de l'inspiration et de la poésie.

— Mais cela est incontestable, me répond l'auteur des Sonnets Païens, la, femme, c'est l'immortelle déesse de notre vie. C'est elle qui règne souverainement sur notre cerveau et sur notre cœur. C'est elle, dis-je, la grande dominatrice de notre volonté et de nos actions ; elle agit sur j toutes nos facultés par une puissance magnétique ou plutôt par un hypnotisme mystérieux, et c'est ainsi que pour l'éternité nous devenons Tesclave de ses fantaisies, la proie de ses caprices. 11 est . manifeste que l'homme doit s'estimer heureux et plus encore s'enorgueillir d'être la victime immolée de la grâce troublante et de la beauté ensorceleuse des filles d'Eve. Nous n'existons pas ; par nous-mêmes, nous ne vivons et n'agissons sur terre qu'en vertu d'un pouvoir occulte que la femme exerce sur notre intelligence et nos destinées.

« L'homme dépend de la femme comme le fruit dépend de l'arbre, comme la plante dépend du soleiL Sa voix le charme, son contact le stimule.

son regard renivre.Et c^est là ce qui démontre que le poète devient, par une force très naturelle, le jouet de la prépondérance féminine et subit agréablement le contre-coup de sa suprême influence jusque dans ses rêves et dans son inspiration.

« Pour synthétiser mon idée, je risquerai une métaphore : je dirais que la femme est le sublime démon qui tente éternellement notre corps et incendie notre intelligence. Voilà pourquoi je me permettrai de blâmer Alfred de Musset d'avoir blasphémé un amour qui fut la gloire de sa vie et peut-être le secret de son génie. »

Sous la profonde impression de ces paroles, je quittais le maître, en le remerciant d'avoir daigné accorder quelques instants d'entretien à un aussi modeste poète que moi.

Longtemps après ma visite, la mort emportait soudainement ce puissant cerveau, ce grand poète dont le souvenir et Tœuvre demeurent impérissables.

La Gascogne, fière du génie de ses enfants, a su, depuis, honorer la mémoire d'Armand Silvestre en immortalisait dans le bronze sa belle effigie latine.

Chez Edouard Drumont

Le lettré et l'observateur. — AU Libre Parole. — Léloge de l'œuvre de son ami Daudet. — L'avenir de la littérature .

Tous ceux qui ne sont aveuglés par aucun parti pris, se trouvent dans l'obligation de constater que Drumont estTun des plus grands philosophes de notre époque. Ses idées peuvent ne pas être partagées de tout le monde, mais ce qu'on es^ forcé de reconnaître en lui, c'est qu'il est un érudifc, un fin écrivain, doublé d'un puissant observateur.

Les événements politiques ont en lui le prophète par excellence et les lettres françaises, l'artiste le plus délicat.

Mo?i Vieux Pains est un livre poétique et sentimental que Ton ne peut s'empêcher de lire et de relire, car la noblesse, la grandeur et parfois même la naïveté voulue de ses récits et de ses tableaux charment, émotionnent et troublent An plus haut point l'esprit du lecteur.

Drumont est un sublime ouvrier de notre lan-

gue^ qui sait magistralement traiter toutes les questions, et les rend d'autant plus intéressantes qu'il appuie son raisonnement sur d^indiscutables preuves historiques et documentaires.

Ses articles, ou plutôt ses études sur les hommes et les choses de la vie contemporaine sont de précieux matériaux que Ton doit découper et conserver avec soin sur le meilleur rayon de la bibliothèque.

A l'avenir, tous ceux qui auront Tintention de décrire cette époque tourmentée et sanglante de la vie nationale qui comprend ce dernier quart de siècle, seront forcés d'avoir recours à son œuvre lumineuse, véritable encyclopédie de bon sens et de logique.

Mais pour bien connaître l'éminent directeur de la Libre Parole, il faut s'en approcher. Il faut le voir attelé à l'absorbante besogne quotidienne du journalisme, entouré de tous ses vaillants collaborateurs, qui le chérissent et l'aiment, non comme un patron, mais comme un père.

Lorsqu'on Ta vu dans ce digne milieu qu'il af- • fectionne et qui lui convient, on est apte à porter un jugement sincère sur l'homme bon et charmant qu'il est dans l'intimité.

Tout d'abord, Drumont produit une impressioD profondément agréable. Sous de fines lunettes, le regard apparaît franc et sympathique. Sa figure ouverte et expressive est encadrée d'une chevelure abondante qui le flatte beaucoup. Doué d'une grande taille, il produirait sur le visiteur

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