‹ De mon village à ParisChapitre 25 sur 57 · CHEZ JULES TROUBAT · texte numérisé non relu

CHEZ JULES TROUBAT

Jules Troubat demeure rue de Rennes, en face de la gare Montparnasse,

Il a pu voir ainsi ce spectacle inoubliable d'une locomotive qui se jette par la fenêtre ; cela ne se voit pas tous les jours. 11 n'a jamais voulu quitter ce quartier qui le rapproche de la rue Montparnasse, où la maison de Sainte-Beuve qui s'y trouve, porte une plaque commémorative. Mon aimable collaborateur de la Mandoline est tous les jours, de dix heures du matin à quatre heures du soir, à la Bibliothèque nationale où il remplit les fonctions de bibliothécaire. Le temps qui lui reste est consacré à la littérature. Il y a quelques années, il fit une conférence au Cercle Populaire, sous la présidence de M. Eugène Ledrain, le distingué écrivain de la grande presse parisienne. Il a parlé pendant deux heures sur son célèbre Maître et cela sans fatiguer l'auditoire, ce qui prouve qu'il y a encore en France un public pour s'intéresser à la littérature, car Jules Troubat n'a abordé aucun autre sujet dans sa conférence, qui forme une brochure très substantielle

Mais il faut que je retrace, aussi fidèlement que possible, l'entretien amical que j'ai eu avec lui.

— Je suis né à Montpellier, me dit Jules Troubat, il y a déjà longtemps, en 1830, je suis venu à Paris en 1858 et je ne l'ai quitté qu'en 1879 pour aller à Compiègne où j'ai vécu treize ans. Le Félibrige m'a rendu ma patrie et je m'y retrouve à Montpellier, tous les mercredis au Café Voltaire, sans quoi j'avais fini par ne plus savoir au juste

si j'étftis de Montpellier, de Paris ou de Gompiègne I

— Mais parlez-moi de Sainte-Beuve, dis-je à mon illustre collaborateur et ami?

— De Sainte-Beuve ou de Ghampfleury. Je fus le rapin du second avant de devenir le secrétaire du premier, et c'est Ghampfleury qui me donna à Sainte-Beuve en 1861. Il ne croyait pas si bien faire pour mon avenir... Tenez, entre nous, quand j^entends crier contre Paris, je me demande ce que j'aurais fait dans ma ville natale où je me trouvais et où l'on ne me trouvait propre à rien...

J'arrive à Paris par un coup de tête à vingtdeux ans, je fais la connaissance de l'auteur des Bourgeois de Molinchart chez mon pauvre ami Soûlas, de Montpellier, qui écrivait dans le Figaro, Ghampfleury me prend en amitié, s'intéresse à moi, me fait travailler, écrire dans r Artiste. En 1861, je deviens le secrétaire de Sainte-Beuve et cela marcha très bien par la suite. Je vous prie de croire, mon cher Pons, quoi qu'on en dise, qu'on ne trouve nulle part plus de facilités qu'à Paris quand on veut travailler et qu'on ne veut pas tou conquérir.

— Et ce buste qui me fait face semble être un des vôtres? demandais-je à l'éminent écrivain.

— Ge buste est celui de mon fils aîné, mort d'un accès pernicieux à Stung-Treng sur le Mékong. Il était sous-officier aux tirailleurs annamites. 11 est mort il y a trois ans. Ses lettres dont je fis un volume parurent en partie dans la Revue Bleue..,

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