‹ De mon village à ParisChapitre 26 sur 57 · CHEZ JULES TROUBAT · texte numérisé non relu

CHEZ JULES TROUBAT

C'est VOUS dire si elles étaient intéressantes. Il promettait beaucoup et il était parti plein de santé. Le Minotaure colonial l'a dévoré. C'est votre compatriote x\lbert Riffard de Nîmes qui a fait son buste exposé l'an dernier au Salon des Champs-Elysées.

— Mais vous avez un autre fils, lui fîs-je remarquer.

— Oui, me répondit -il, le Félibrige de Paris Ta nommé naguère son secrétaire et quoique natif de Paris, il s'acquitte de cette tâche en véritable félibre. Il a pour secrétaire M. Marignan, de Gallargues, qui a prononcé son discours de réception le mois dernier, en languedocien... de Montpellier.

— Et le buste de Sainte-Beuve, demandais-je encore à Jules ïroubat,va-t-il bientôt être érigé?

— Il le sera prochainement dans le jardin du Luxembourg. Il est Tœuvro du sculpteur Denys Puech, encore un M';ridional aveyronnais, compatriote de M"' Galvé, la Sapho de l'Opéra-Comique. Le piédestal est de xM. Mouré, un jeune élève de l'école des Beaux-Arts où il a eu pour maître M.Scellior de Gisors, architecte du Palais du Luxembourg. Le sculpteur et l'artiste ont travaillé l'un et Pautre pour la gloire, car nous n'avions pas beaucoup d'argent à leur donner. La qualité des souscripteurs a remplacé la quantité. Il y a déjà vingt-huit ans que Sainte-Beuve est mort et la plupart de ses amis sont morts également. Ceux qui restent ont souscrit, les profes-

seurs surtout ont donné ; ils se sont montrés reconnaissants. I C'est François Coppée, continue le vice-prési-' dent du Félibrige, qui a émis le premier Tidée d'élever un buste à Joseph Delorme dans ce jardin de poètes, le D' Cabanes a été le promoteur*^ du Comité et moi le trésorier. Je puis donc vous dire en secret le chiffre de la souscription qui est de sept mille francs. Avec cela, vous le voyez,, on fait de grandes choses quand on a affaire à des artistes d'élite et de grand avenir^ n'en doutez pas.

— Mais ce buste ne saurait être le « terme » de^ votre existence et vous n'allez pas, je pense, cban-, ter votre Solve senescentem littéraire.

— Mon Dieu ! j'ai gardé un pied-à-terre qui:, suffît à mon repos et à celui de ma femme, pen-, dant les mois d'août et de septembre, à Rethondes, près Compiègne, au bord de l'Aisne, une,, rivière qui a plus de poissons que d'eau. J'y partagerai mon séjour le plus que je pourrai, sauf à revenir tous les jours à la Bibliothèque et à m'en retourner le soir. La littérature, telle que je l'ai apprise, trouve encore des auditeurs. Impossible de trouver un éditeur pour un livre sur Ghampfleury avec lequel j'ai vécu trente ans. J'a^ travaillé trois ans à l'écrire et il me reste en carton. C'est décourageant, cela s'appelle le Nunc dïmittis. J'ai gardé une Chronique parisienne où je dis mon secret toutes les semaines ou toutes les quinzaines, selon les saisons, dans la Province

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