‹ De mon village à ParisChapitre 29 sur 57 · CHEZ LE PRINCE DE LUSIGNAN IS · texte numérisé non relu

CHEZ LE PRINCE DE LUSIGNAN IS

précieuses, les palpe et les classe pieusement dans leur carton respectif.

Puis me montrant un superbe album qui n'est autre que l'histoire de France racontée en de belles images, le dernier descendant des Lusignans se redresse, s'anime, et plein d'onction et de cœur, me dit en scandant les mots et en les pesant :

— Ah 1 qu'elles sont belles les pages de l'histoire de France; elles font l'admiration de tous les peuples 1 Son passé sublime est un éternel rayonnement d'honneur, de bravoure et de gloire ! Quelle lignée d^'écrivains, de savants, de héros, n'a-t-elle pas produite à travers les siècles ! Soyez orgueilleux d'être le fils de cette antique Gaule, qui fut la vénérable aïeule de la noble patrie française. Parmi toutes les grandes nations du monde, aujourd'hui comme hier, c'est toujours la France qui domine par sa richesse, son prestige et son génie. Partout où mes nombreux voyages m'ont amené, c'est-à-dire dans les milieux européens les plus divers et les plus sélects, j'ai constamment entendu répéter que la France était la terre traditionnelle, le sol classique de l'art et de la beauté.

Félicitant Son Altesse Royale de ces nobles paroles, je lui dis combien j'étais heureux et fier de saluer respectueusement le digne petit-fils de cette illustre race des Lusignans dont les exploits grandioses glorifièrent éternellement la longue dynastie des rois mémorables, ayant régné sous ce nom magique et prestigieux I

Remerciant encore le prince de la douce pensée qu'il avait eue de me distinguer, en m'octroyant si généreusement une de ses décorations, timide et joyeux à la fois, je me retirais en m'inclinant avec vénération devant cet homme si grand et si bon.

Quelques années après, quand les journaux m'apprirent que S. A. R. Mgr le prince Guy de Lusignan n'était qu'un habile simulateur, qu'un vulgaire aventurier exotique, s'appelant Dupont ou Durand, j'ai bien ri de mon aventure fin de siècle.

Cette gigantesque mystification, qui dura pendant vingt ans au sein de la Ville-Lumière, eut un succès formidable dans le meilleur monde des lettres, des sciences et des arts ; elle ne fut révélée au Tout Paris qu'à la mort de ce Prince de la bêtise humaine,, lorsqu'on vérifia son état

Parfois, quand la tristesse veut s'implanter en mon cœur, je me guéris d'elle en contemplant mon diplôme et ma décoration de Vordre royal de Sainte Catherine du Mont Sinaï,

Chez Alphonse Allais

Le poète Auguste Marin.— Comment il me fit connaître Allais.— Un entretien au Joiumal.— L'esprit du prince des humoristes. — L'acclimatation des cigales. — Ses débuts au Chat Noir.

Auguste Marin, était un excellent poète méridional, écrivant des vers simples, avec la même inspiration et le même charme que François Coppée, le barde populaire.

A sa lyre harmonieuse, il y avait plusieurs cordes, et, une entre autres était exclusivement réservée à faire vibrer cette sublime poésie provençale, dont Mistral est le grand maître.

Etant lié avec Marin par une amitié sincère, qui n'avait fait que se fortifier plus tard par nos fréquentes rencontres au Café Voltaire, où le Félibrige, en pleine éclosion, intéressait hautement le monde des lettres, un jour, comme je lui parlais d'Alphonse Allais, il me promit de me le faire connaître. Et c'est ce qu'il fit effectivement quelques semaines après.

En dehors de ses travaux littéraires, Auguste

Marin était attaché au Journal de Fernand Xau ooinme collaborateur régulier, en même temps qu'il remplissait la tâche ingrate de secrétaire de la Rédaction.

Ce poste élevé lui permettait donc d'être en ^ relation avec Alphonse Allais, Tun des plus dévoués écrivains qui assurèrent le succès de ce grand organe, dès son apparition.

La semaine suivante, le retrouvant parmi les félibres, qui ce soir-là offraient unbanquetau célèbre écrivain et insupportable pédant; Paul Arène, je lui renouvelai sa promesse. Auguste Marin s^exécuta de bonne grâce, en me fixant un rendez-vous au Journal^ et c'est là, en effet, qu'il me procura l'occasion de causer quelques instants avec ce prince des humoristes.

Au jour et à l'heure dits, je ne manquais pas de m'y rendre, heureux de rencontrer Tun des dieux du franc rire gaulois.

Dès mon arrivée, Auguste Marin, se rappelant la consigne, parla en ces termes, en s'adressant à Alphonse Allais : }

— Je te présente Pons, un poète méridional, qui depuis longtemps désirait te connaître ; il est homme d'équipe à la gare de Lyon, et cela ne l'empêche pas de faire de jolis vers et de diriger une intéressante revue littéraire, qui s'appelle la Mandoline . Pons est un compatriote de Daudet, il est de Nîmes.

— Tiens, je m'en doutais un peu en le voyant, dit Alphonse Allais, en me serrant la main. Son

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