‹ De mon village à ParisChapitre 33 sur 57 · MON VOYAGE A ORANGE · texte numérisé non relu

MON VOYAGE A ORANGE

culture des primeurs, qui sont expédiés à Paris et exportés en Angleterre.

Dans ses rues courtes, étroites et tortueuses, la plupart des maisons sont restées telles qu'elles étaient au xn* siècle ; quelques-unes, cependant, d'après les données et la nature de leur construction, paraissent être contemporaines des monuments romains ou avoir été construites en des périodes immédiatement consécutives.

Le provençal, la langue que Ton y parle, s'est conservée purement latine et musicale, comme, du reste, l'a recueillie le génial poète Mistral dans ses immortels chefs-d'œuvre.

Pour en revenir au théâtre antique, il faut dire que la scène fut, tout d'abord, consacrée pendant trois siècles à des comédies burlesques, à des exercices de jongleurs et d'acrobates, et, surtout, à des combats de gladiateurs, qui étaient, en somme, les vrais galas de l'époque.

Echappant à la rage des destructeurs, qui, en 1673, rasèrent le fameux château des princes d'Orange, ce théâtre fut délaissé et négligé pendant deux siècles.

Plus tard, des savants, des archéologues, et, entre autres, l'architecte Garistie, s'en éprirent et travaillèrent passionnément à sa restauration.

Dès 1869, MM. Ripert et Antony Real essayèrent de le ressusciter de ses ruines, par une représentation sensationnelle de Roméo et Juliette ^ de Vaccaï. Dès ce jour. Mistral, le dieu de la beauté, le grand propagateur de l'art, s'y dévoua tout en-

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tier et parvint, grâce à sa puissante initiative, à attirer l'attention des artistes et des lettrés sur la valeur et les avantages qu'offrait cette belle scène antique.

Cinq ans après, en 1874, à la suite de nouveaux aménagements, on y représenta Le Chalet, Gala' tée et Norma^ qui obtinrent un beau succès.

Douze ans plus tard, Alexis Mouzin, avec sa sublime tragédie; l'Empereur d'Arles, compléta la consécration de ce théâtre, et son œuvre, magistralement interprétée par Sylvain et M"' Garistie-Martel, ne fut rien moins qu'un immense succès.

Par la suite, on y joua OEdipe-Roi, r Hymne à Apollon, le Pallas-Athénée de Saint-Saëns, les Erinnyes, de Leconte de Lisle, et enfin Antigone,

En août 1902, on y donna deux représentations : Tune d'OEdipe-Roi, tragédie en cinq actes, de Sophocle, d'après la traduction de Jules Lacroix, et Tautre des Phéniciennes^ tragédie en quatre actes, d'Euripide, traduite par Georges Rivollet.

A cette époque, effectuant un voyage dans le Midi, j'allais revoir Orange et assistais à ces solennités artistiques.

Grâce à une carte de presse, je fus placé en bonne compagnie, dans les premiers rangs de chaises du parterre, auprès des illustres critiques dramatiques et des notables rédacteurs des grands journaux de Paris.

Je me croyais perdu, moi simple homme d'équipe du P,-L.-M., humble poète méridional,

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