MON VOYAGE A ORANGE
de me trouver là, avec Henry Fouquier, du Figaro^ Catulle-Mendès, du Journal, Lucien Munfield, de l'Echo de Paris, Emile Faguet, des Débats, Adolphe Brisson, des Annales politiques et littéraires, Charles Martel, de l'Aurore, Jean Finot, de la Revue des Revues, Paul Mariéton, de la Revue Félibréenne^ei tant d'autres personnalités littéraires qu'avait attirés cette manifestation artistique.
Enfin l'œuvre de Sophocle commença.
Ah I comme mon cœur tressaillait auprès de cette scène rustique, reconstituée en plein air, sous le même aspect qu'elle avait aux temps antiques, n'ayant pour principal décor qu'un ciel constellé d'étoiles, sous lequel Tharmonieuse voix humaine, déchirant le silence de la nuit, monte vers Dieu 5^
telle une ardente prière, ou un hosanna à sa gloire éternelle. *
Mounet-Sully, dans OEdipe, fut admirable, sublime. Par moments, il s'agitait, se convulsait dans des spasmes d'horreur, et, avec des imprécations qui comprimaient la gorge et mettaient dans l'âme une émotion poignante, un trouble indéfini.
J'ai vu bien des représentations pathétiques et sensationnelles, mais jamais je n'ai si bien senti passer en moi le frisson puissant du génie de l'art, et le fluide magnétique de l'immortelle beauté, comme à cet instant.
Voilà jusqu'à quel point de divins artistes, tels que Mounet-Sully, Paul Mounet, Albert Lambert
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et M"" Segond-Weber et Delvair, peuvent griser et ensorceler des créatures humaines.
Paul Mariéton, le savant érudit, le grand apô-j tre de l'esthétique, qui, depuis vingt-cinq ans,tra-lî vaille sans relâche à faire revivre, par des fêtes" annuelles, la splendeur de ce théâtre, trop long- ' temps délaissé, mérite d'être salué au nom de la Provence et d'être acclamé au nom de TArt.
La fondation de V Audace et Adolphe Pieyre. — Lettres d'Emile 011ivier,d*HaussonviUe, Paul Hervieu, Edmond Rostand et Jules Lemaitre, de TAcadémie française. — Lettres de Jules Verne, Léon Daudet, Jules Lermina, Clovis Hugues et Jules Troubat.
Au commencement de Tannée 1903, décidé à rompre le trop long silence^, qui s'était écoulé depuis la disparition de la Mandoline, ^e me préparai à fonder, avec les quelques économies que je possédais, une revue littéraire, sous le titre : l'Audace.
Dès que mon vieil ami, Adolphe Pieyre, ancien député, écrivain de talent, eut connaissance de mon projet, il m'écrivit la belle lettre suivante, que je suis heureux de reproduire ici, pour honorer sa mémoire et tirer d'un oubli immérité son œuvre littéraire et historique :
« Mon cher ami,
« Décidément vous êtes un audacieux. Après les charmants accents de la Mandoline, qui se sont fait entendre pendant huit ans, voici que vous annoncez la prochaine apparition de r Audace, de
titre fait rêver à Danton. Votre Audace se bornera, cependant, au rôle modeste de faire aimer les lettres, de soutenir les idées de décentralisation intellectuelle, d^'encourager les jeunes et de contribuer à faire connaître notre Attique française, cette terre de Nîmes recouverte d'oliviers, de' pins-parasols, de lauriers et d'asphodèles.
« Nul, mieux que vous, enfant de notre terroir, humble ouvrier de la terre, exilé à Paris et devenu employé de chemin de fer, mais resté toujours fidèle aux Muses, ne peut avoir plus d'autorité pour entreprendre une œuvre aussi digne d'encouragement et d'appui.
« Lorsque vous dirigiez la Mandoline^ les princes de la littérature vous ont accordé toutes leurs sympathies^mais, je sais aussi, qu'un de ces princes vous a mis un jour du sel dans vos fraises, suivant la belle expression de Franklin, et combien cette rencontre d'un si mauvais Passant a été sensible à votre cœur d'Humble et de bon berger. Pardonnez-lui, mon cher Michel Pons ;le doux poète Goppée qui a été jadis si dur pour vous, est aujourd'hui le plus indulgent des hommes et n'e&t plus dur que pour les enuemis de la patrie. Vous vous êtes alors laissé abattre, mais voilà que maintenant vous vous relevez courageusement.
« Je suis persuadé qu'avec le titre l'Audace que vous avez adopté, tous vos amis littéraires ^ s'attendent à quelque chose. Votre fidèle André Jayet doit être sur les dents et sera encore là à vos côtés dans cette nouvelle chevauchée.