‹ De mon village à ParisChapitre 37 sur 57 · CHEZ GABRIEL HANOTAUX · texte numérisé non relu

CHEZ GABRIEL HANOTAUX

et vaincre dans les inévitables batailles de la vie. » S'arrêtant quelques secondes pour amener la conversation sur un autre sujet, le maître toujours bienveillant me parl<3 maintenant de Nîmes, dont les beaux monuments romains lui rappellent ceux de la Ville éternelle. •

— J'aime, me dit-il, ces antiques cités dans lesquelles on rencontre tant de vestiges du passé. J'ai visité Carcassonne, Nîmes, Arles, Avignon, Orange, et j'en ai gardé d'ineffaçables souvenirs. J'aime surtout la vieille et belle Provence, ce bosquet paradisiaque de France dont ^Mistral est le divin rossignol. Ah I Mistral, s'exclame-t-il, en voilà un qui serait élu à l'Académie le jour où il se présenterait I »

Et nous dialoguons longuement de Mireille^ de Calendau, des Isclo d'Or^ de Reino Jano^ du Poiiémo don rose^ où abondent tant de beaux vers et de grandes pensées. Nous sommes ainsi amenés à parler de la souplesse et de Tharmonie de la langue provençale, et, comme je fais remarquer incidemment que les trois quarts des mots du Dictionnaire de Mistral sont d'origine latine, le maître qui est un philologue distingué me dit :

— Eh oui! En bons agriculteurs qu'ils sont, les !*rovençaux ont transplanté la langue de Rome en leur contrée ; puis, afin qu'elle puisse mieux fructifier, ils en ont éliminé toutes les terminai- ><)ns inutiles et disgracieuses en ayant soin d'y ajouter une grande quantité d'expressions populaires et de mots de terroir, lesquels S3 sont si

rapidement enlacés à leur tronc et confondus dans la même racine que, désormais, ils n'apparaissent plus comme adoptés ou adaptés, mais naturels et harmonieux. De là sont nées ces fleurs fraîches et ces fruits savoureux, que cette langue divine peut produire, et dont Mistral nous a fait goûter les délices par ses chefs-d'œuvre. »

Puis, parlant encore de Nîmes, il fait l'éloge de ses enfants célèbres ; il cite Guizot, Jean Reboul, Nicot, Alphonse Daudet, Gaston Boissier, Soleillet et surtout son excellent ami Paul Révoil, ambassadeur de France à Madrid.

— Mais, me dit-il ensuite, connaissez-vous quelqu'un à l'Académie qui soit susceptible de \om servir de parrain?

— Non, lui répondis-je, mais j'espère beauco en Maurice Barrés, qui, dès la première heure ma candidature, m'a accordé spontanément, san restriction, toute sa sympathie.

Secoué d'une émotion bien manifeste, provo quée par mon ardente reconnaissance à l'illustn père de Colette Baudoche, je raconte alors à l'ai) I cien ministre des Affaires étrangères avec quell i bienveillance, avec quelle générosité Mauric Barrés m'a reçu à différentes reprises, me prt diguant sans réserve son temps et ses conseil tvec l'empressement et la sincérité d'un proté teur véritable.

— Gela ne me surprend pas du tout, reprer M. Hanotaux. Je dois d'abord vous dire que j'. une grande affection pour Barrés. C'est un d<

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